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hello from the other side | David

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Emploi : Fondeur
Informations : Orphelin déposé au seuil d'une institution quelques semaines après sa naissance ✘ Ignore tout de ses origines, et n'y accorde aucune importance ✘ Fraie dans le monde de la petite délinquence depuis sa plus tendre enfance ✘ Ancien chef d'une bande gosses aventureux, à présent dissolue ✘ Suite à ça, a passé plusieurs mois en maison de correction ✘ La mort d'un de ses meilleurs amis, atteint de syphilis, a suffi à le convaincre de ne pas s'approcher des prostituées, règle qu'il suit toujours ✘ A fondé la Tribu, gang des rues sévissant à Whitechapel, dont il connait les moindres recoins ✘ Participe régulièrement à des combats illégaux organisés dans des bars, desquels il tire un joli pactole, ainsi que quelques petites cicatrices sur tout le corps ✘ Amateur d'armes blanches, il se sépare rarement de son couteau de boucher, tout comme de son vieux chapeau melon ✘ Se moque bien des forces de police, avec lesquelles il n'hésiterait pas à en découdre ✘ Ne voue que mépris à l'aristocratie et aux autres parvenus, mais grâce aux paiements reçus en échange de l'aide de son gang, il recrute de plus en plus d'adeptes, et accroît l'influence de la Tribu : son ambitieux objectif n'est autre que de faire tomber sous sa coupe Whitechapel et Southwark, pour mieux leur donner un second souffle, ainsi qu'une capacité de réponse envers les injustices infligées par les strates plus aisées de la société.
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MessageSujet: Re: hello from the other side | David Sam 13 Mai - 21:17



Hello from the other side

« “It was a mistake,” you said. But the cruel thing was
it felt like the mistake was mine, for trusting you. »

St Bartholomew's Hospital, 1890


And now I understand
Why facing a friend
Is so hard, sometimes
But guess what
You're not the only one
The door is shot
But so is your mind.


Dormir. Son corps s'accrochait à cette idée fixe, à ce désir devenu viscéral, sans que son esprit ne parvienne à avoir son mot à dire dans cette histoire, et à imposer la tension de la situation comme motif suffisant pour oublier la fatigue. Nulle crainte ne s'éveillait en lui quant à de possibles troubles graves, cachés au fin fond de son être et résultant de son combat victorieux, étrangement -et possiblement à tort-, il ne restait dans le vague pré carré que se connaissait sa conscience dans le vaste néant que la paisible certitude qu'une bonne nuit de sommeil le remettrait sur pieds, en qualité de meilleur remède possible en l'état actuel des choses. Ce serait si facile, en plus, de simplement fermer les yeux, et de se laisser sombrer à nouveau... Sa tête, lourde, n'aurait même pas à décider seule de l'envoyer de force dans les bras de Morphée, sorte de viol métaphorique que Lynch avait déjà expérimenté cette nuit-là en pleine rue, en plus : l'épuisement constituait le chant d'une sirène qu'il était impossible d'ignorer tout à fait, et qui en fin de compte finissait toujours par triompher de vous, ainsi que des dernières bribes de votre résistance aux abois.

Dormir... Dormir pour oublier, oublier cette stupide soirée, et surtout ce qui était advenu après que leur joyeuse troupe ait quitté le bar, oublier ce visage revenu hanter son présent après avoir défiguré son passé, oublier tous ces souvenirs qui auraient voulu remonter à la surface, aggloméré sous forme d'une douleur à la fois diffuse et aigue. Dormir pour ne plus avoir à se rappeler que quelque part sur cette terre, David Williams existait, dormir pour que ses pensées cessent d'être retenues en arrière, comme enchaînées à de vieux fantômes et à d'amères déceptions de jadis, pour ne plus que se projeter vers l'avenir, ce bel et fringuant avenir ne demandant qu'à happer toute son attention et à le noyer de lumière, loin des ombres qui, derrière lui, ne pouvaient plus être changées, de quelque manière que ce fût. Une part de lui-même voulait échapper à ce marasme aussi inutile que pénible, puisque de toute manière, ce qui était fait était fait, les mots et les actes d'hier comme d'alors avaient été proférés ou menés, et rien ne les effacerait des mémoires ; leurs effets, pourtant, avaient une chance d'être estompés, polis par le temps mais aussi par l'abandon aux limbes, éternel ou seulement passager.

Une irréductible part de lui-même, nichée au creux de son crâne autant que dans quelques rares réseaux de fibres de son être, refusait pourtant obstinément de lâcher prise. Courage, folie, entêtement, allez savoir, mais impossible de complètement plonger tant que ces bribes de combattivité existeraient encore en lui, et n'auraient pas obtenu satisfaction. Ainsi, il vivotait, en attente de trouver de quoi suffisamment alimenter son feu intérieur pour le faire renaître de ses cendres, ou une échappatoire lui permettant d'enfin se laisser sombrer, certain de se trouver dans un endroit sûr. Pour un être ayant si intensément voué chacun de ses souffles à une survie furieuse, accepter de rendre les armes, quel que fût le contexte, relevait de l'impossibilité quasi totale : plutôt mourir que de courber l'échine, mantra gravé si fort en ses muscles et en son coeur que même pour la bonne cause, un manquement volontaire à ce devoir se révélait plus qu'ardu à arracher.

Ce furent ces parcelles de lui, encore à peine valide, qui reconnurent David, quand celui-ci vint l'aider à se redresser, pantin de chair aussi malléable qu'un nourrisson. Sa fierté tenta bien de s'y opposer, mais sa chair se rappelait trop de ce qui les avait uni, de la confiance mutuelle qui l'avait revigoré, de la joie sincère et simple qu'il avait eu à le côtoyer, à courir à perdre haleine dans les rues de son quartier miteux, à se soutenir dans des bagarres les opposant à d'autres groupes d'enfants, à rêver et à rire, à vivre toutes ces épopées qu'ils avaient vécues, en compagnie des autres, ou bien juste entre eux. Ces choses-là, malgré la haine, ne s’effaçaient jamais complètement, ce qui expliquait le point auquel l’on pouvait souffrir, lorsque de tels joyaux corrompus se rappelaient à vous.

La position assise laissa son sang redescendre dans le reste de sa personne, ce qui lui éclaircit les idées, contre toute attente. La dureté des mots de Williams, pourtant, ne lui parvint que de très loin, rendue ouatée par le peu de cas que le criminel faisait de son propre sort, cette nuit-là plus qu’à l’ordinaire. Mourir ne l’avait jamais vraiment effrayé ; c’était ne pas vivre qui depuis son enfance le rebutait au-delà de toute expression, et puis il avait déjà perdu son meilleur ami, qu’est-ce qui risquait de lui arriver de pire ?
Quand David évoque sa haine des bourgeois, un petit rire sec lui échappa, qui fit palpiter sa tempe droite durant quelques secondes, le temps que son sourire fatigué, un instant réapparu, s’affadisse de nouveau :

-Bien évidemment, que je pourrais te tuer. Mais qu’est-ce que ça m’apporterait ? Est-ce que ça effacerait mes mois d’emprisonnement ? Ou me rendrait l’ami en qui j’avais placé ma confiance ?  Je n’ai pas changé, à l’époque tu savais très bien qui j’étais, ce qui me motivait, et ça ne t’a jamais gêné. Tu n’étais pas le dernier pour condamner les agissements de richards se croyant tout permis, ni pour leur cracher au visage, et aujourd’hui tu joues les vierges effarouchées, en me parlant de ton innocence, alors que tout converge vers toi.

En soi, il s’avérait de tuer tout le monde : le Pape, la Reine, jusqu’à sa propre mère ; il suffisait de presser une détente, d’empoisonner un verre ou de trancher une gorge. La difficulté était en fait d’ordre moral : soit vous vous montriez capable de vous décider, puis de vivre le restant de votre vie, soit vous ne l’étiez pas. Les aspects pratiques, matériels, palpables, ça n’était que des arguments de lâches, des faux-fuyants cachant un manque cruel de force de caractère. Si David lui avait demandé s’il aurait été capable de supporter de le tuer, la réponse de Lynch n’aurait vraisemblablement pas revêtu la même assurance. Tout comme ses valeurs et sa vision de la lutte des classes, le bourgeois avait su, à une poqué, faire attention à son vocabulaire, tant son camarade avait le chic pour retourner contre autrui son choix de mots pas forcément constamment heureux, au service de ses propres arguments et de sa logique toute personnelle. À ce point-là, on quittait le domaine de la mauvaise foi, pour toucher à une certaine forme d’art.


Callant aussi confortablement que possible l’arrière douloureux de son crâne –ou plutôt le moins inconfortablement possible- contre le meuble qui lui servait désormais de dossier,
le Britannique laissa son regard morne rencontrer celui du chirurgien, et y rester, puits au fond duquel sa désillusion conférait, étrangement, un apaisement en parfait contrepoint avec sa colère passée, qui l’avait tout de même bien épuisé, par son éclat aussi flamboyant que bref :

-ça valait le coup, dis-moi ? Es-tu heureux, avec cette vie que tu as bâtie sur l’abandon de celui que tu te plaisais à présenter comme ton frère d’une autre mère ?


Il voulut secouer la tête, mais le geste fut imperceptible, tant son crâne, à grand coup de migraine latente, lui signifia que tout mouvement intempestif de la sorte lui procurerait la sensation d’avoir la tête sur le point d’exploser, et de repeindre la pièce avec des éclats de sa pauvre cervelle en souffrance.

-Qu’est-ce que j’ai bien pu faire, pour que tu me haïsses à ce point… ? Je croyais vraiment qu’on allait conquérir le monde, côte à côte. Mais ça n’a pas besoin d’être aussi compliqué, pas vrai ? C’est humain, de penser à soi avant les autres ; j’étais là, sans méfiance, et avec assez de valeur pour devenir une monnaie d’échange… ça s’est juste fait comme ça, j’imagine. Ça me tue, que ce qu’on partageait n’ait pesé en rien dans la balance. Qu’on soit devenu des étrangers l’un pour l’autre, alors que j’espérais que notre amitié te suffirait, malgré toutes les pressions de ta famille à ton encontre.


Et cela le rendait presque fou : Fergus avait beau chercher, chercher et encore chercher, il ne voyait pas quelle faute il avait pu commettre pour retourner si haineusement contre lui l’enfant qu’avait été jadis son vis-à-vis, quelle offense avait pu lui échapper, pour ainsi précipiter leur rupture, lors que leur groupe se trouvait déjà en pleine tourmente. Peut-être avait-il une once de responsabilité dans tout ça, après tout.





Titre : Adele, Hello
Citation :  David Levithan, Lover’s Dictionary
Faada Freddy - Slow Down
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Emploi : Chirurgien.
Informations : Est né en Écosse. • Vient d'une famille de petits bourgeois. • Son père est pasteur. • A été abusé par sa mère pendant plusieurs années. • Santé fragile. • A passé quelques semaines à l'asile à cause de son homosexualité. • A un très fort caractère. • Arrogant parfois. • Se drogue. • Fume occasionnellement. • A tenté de suicider. • En a conservé les cicatrices sur son avant-bras. • A des marques de piqûre au niveau du coude.
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MessageSujet: Re: hello from the other side | David Mer 7 Juin - 11:50



Hello From The Other Side.

« There's Such A Difference Between Us. »

St Bartholomew's Hospital, 1890.

Suite à son monologue, David vit Fergus, toujours à moitié avachi par terre, laisser échapper un petit rire moqueur avant de lui répondre. Le chirurgien croisa les bras et le laissa parler, exaspéré de cette situation et fatigué. Il avait de plus en plus envie de le foutre dehors pour toujours et de ne plus jamais entendre parler de lui, malgré tout ce qui les avait liés. C’était triste, certes, mais il semblait ne pas y avoir d’autres issues possibles quand on constatait la haine que nourrissait le brigand envers son ancien ami. Fergus s’avança sur un sujet dont il était sûr du résultat et surtout de son déroulement, comme si quelqu’un lui avait tout dit, bien que cela fusse une version totalement erronée de la réalité. David se passa une main sur le visage, essayant de réfléchir à qui aurait bien pu dire qu’il était le coupable dans toute cette histoire. C’était relativement frustrant comme situation où votre interlocuteur vous accusait de tous les maux de la Terre, sans que vous n’y compreniez rien. David était fatigué, éreinté, il n’avait même plus envie de s’en mêler ni de lutter. Fergus s’aveuglait dans ce qu’il pensait être la vérité, sourd à toute potentielle défense de la part du chirurgien.

David lui tourna alors le dos, le laissant contre son mur, pensant qu’il avait terminé. Mais il recommença et le chirurgien s’arrêta d’avancer quand son ancien ami lui demandait si le dénoncer en valait la peine. S’il était heureux après l’avoir abandonné, s’il pouvait vivre avec cela sur la conscience. Le chirurgien ne répondit pas tout de suite mais cela prouvait bien que Fergus parlait sans savoir. David n’avait pas tellement envie de s’engager sur la conversation qu’il trouvait trop personnelle. Même s’ils avaient eu pour habitude de tout se dire à une époque, il semblait néanmoins que ce temps ne soit complètement révolu. Le chirurgien n’avait nullement envie de se confier à Fergus sur ses problèmes personnels dont il semblait n’en avoir que faire. Après tout, il était forcément coupable de tout. David soupira alors profondément et se gratta pensivement le haut du front, les yeux fermés, lui tournant toujours le dos. Il avait juste envie que Fergus parte. Il ne voulait même plus se battre pour quoi que ce soit ni pour qui que ce soit. Il fallait néanmoins qu’il lui réponde, même en restant évasif, absolument las de tout ceci.

— Rien ne vaut le coup, Fergus.

Il lâcha cela sur un ton grave et morne avant de passer une main sur son avant-bras, pensif.

— Rien n’a jamais valu la peine qu’on se batte. Tout finit par être réduit en cendres par le principe même de la vie. Ou du destin, appelle cela comme tu veux, même si je n’y crois pas.

Il se tourna vers lui, l’air impassible, froid, presque mort.

— Je n’ai même plus envie de discuter avec toi. Tu avances des propos que tu penses être justes et criant de vérité alors que… non. Il s’en est passé des choses durant ces années, des choses que tu sembles parfaitement ignorer et c’est pour cela que tu as un jugement si arrêté sur moi. Mais tu vois, je n’ai plus envie de discuter avec toi, de me battre avec toi, parce que justement, ça ne vaut pas le coup. Je ne sais pas ce qu’il t’est arrivé durant tout ce temps, c’est pour cela que je ne te juge pas, que je n’avance rien. Si on t’a raconté que c’est moi qui t’ai dénoncé alors c’est faux. Je ne savais même pas que tu avais été enfermé, pour tout te dire. Mais si tu ne me crois pas, c’est ton problème. Je pourrais vivre avec ça. Je pourrais vivre avec le fait que tu m’accuses de ton calvaire alors que je suis innocent. Libre à toi de me croire ou pas, mais j’en ai assez de te revoir ramper et à cracher ton venin comme un vieux serpent à moitié mort. Donc sors. Dégage.

Il lui tourna de nouveau le dos avant de passer une main fébrile sur son visage livide. Il ne se sentait pas bien du tout et son cœur commençait à s’emballer, à faiblir. Il regarda alors cet antidouleur posait un peu plus loin et dont il était complètement accro. Il soupira doucement. Il pouvait bien se retenir jusqu’à temps que Fergus parte de la morgue… Sentant la colère monter rapidement, il finit par murmurer agressivement entre ses dents :

— Vous me faites tous chier, ce n’est pas possible. C’est vous qui vous liguez tous contre moi.

Ces alliés étaient en effet peu nombreux. On pouvait rapidement compter Amy et Jonathan et peut-être ce vétérinaire rencontré il y a peu. Et encore. David n’aimait pas s’ouvrir aux gens et pourtant il leur sauvait la vie la plupart du temps. Il secoua négativement la tête, perdant son calme et son sang-froid à une vitesse folle.

— Fous le camp, Fergus.

Il n’avait rien d’autre à dire de plus, son humeur s’était brusquement dégradée, il en avait eu assez pour ce soir. Il espérait juste que le brigand n’ait pas la mauvaise idée d’insister et d’ainsi relancer de l’huile sur le feu.
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MessageSujet: Re: hello from the other side | David Ven 11 Aoû - 19:13



Hello from the other side

« You can't break my spirit - it's my dreams you take, and as you
move on, remember me, remember us and all we used to be. »

St Bartholomew's Hospital, 1890


Goodbye my friend, hello heartache.


Jusqu'à ce fameux soir, Fergus n'avait jamais vraiment eu de notion de ce à quoi pouvait bien ressembler un point de rupture, ne s'en était jamais inquiété ni n'y avait même songé. Réfléchir à de pareilles choses n'apportaient rien, rien de bon en tout cas, tout comme leur échange selon David, et pour le brigand, seulement accepter de se connaître pareille faiblesse équivalait à se saborder, purement et simplement. Penser à l'échec amenait à échouer, car une part de votre esprit demeurait focalisée sur cette idée insidieuse qui, même si vous croyiez dur comme fer l'avoir abandonnée loin derrière vous, vous collait à la peau plus fidèlement que votre propre ombre. Un simple seconde d'inattention, ou pire, d'inconséquence, et votre imagination vous faisait poser le pied sur un sentier sur lequel le premier pas vous était fatal : pour un battant, un vrai, les failles zébrant aussi bien les convictions que les déterminations n'existaient tout simplement pas, tel un vaisseau fendant les vagues, ils ne se souciaient ni même ne remarquaient les embruns venant heurter sa coque.

En contemplant Williams, pourtant, il eut vaguement l'impression de faire face à une plutôt bonne définition de ce phénomène qu'il avait constamment repoussé de toutes ses forces, inlassablement, depuis le jour de  sa naissance jusqu'à cette piteuse nuit où, il fallait bien l'avouer, le criminel tombait de haut dans bien des sens du terme. Le fils de bourgeois et lui s'étaient toujours opposés sur de nombreux aspects, ce qui les avait rapprochés, étonnamment, dans leur jeunesse, complémentaires plutôt qu'antagonistes, et ce règlement de comptes débordant d'amertume n'échapperait pas à la règle : impossible pour l'Anglais d'adhérer à une vision aussi défaitiste de la vie. Venant d'un nanti, il s'avérait peut-être plus simple de baisser les bras en accusant la vie d'être trop dure, et les épreuves sur son passage trop pénibles pour être surmontées ; après tout, à de rares exceptions près, on ne pouvait vraiment dire que ces êtres des hautes sphères avaient à lutter pour leur survie ainsi que pour la moindre parcelle d'un quotidien flirtant déjà dangereusement avec le chaos chaque jour que Dieu faisait, se plaindre en lâchant tout ce qu'il avait pu être entrepris jusque-là ne représentait pas une difficulté majeure, au contraire. Il y aurait bien quelqu'un, de plus, pour ramasser derrière eux, ou se retrousser les manches afin de leur remonter le moral, et relancer leur motivation... Dans le monde de Fergus, personne ne venait s'enquérir de vous : un échec laissait le champ libre à ceux qui n'avaient pas été en mesure de tenter leur chance avant vous et qui, dépourvus de scrupules, n'auraient pas hésité à vous piétiner dans le but de s'élancer vers votre but. Renoncer, c'était mourir : une attitude aussi désespérée que résignée, comme celle du chirurgien, équivalait à un suicide, puisque vous refusiez de vous battre, et ce même pour votre simple conservation.

Le plus pénible dans tout ça, c'était bien que le Britannique sentait confusément que lui aussi, ce soir-là, tanguait dangereusement, et sans doute pour la première fois, sur la corde raide constituant son existence d'aventureux trompe-la-mort : des défaites dans des salles de combats illégaux, il en avait connues quelques-unes, de plus en plus rares au fur et à mesure qu'il prenait ses marques dans le milieu et progressait en cette barbare quoi que rentable matière, mais cela faisait un sacré bout de temps quand même que personne ne l'avait mis au tapis de la sorte. Certes, sa victoire avait été prononcée, et la prime empochée -d'ailleurs pour une part déjà dépensée, pour le plus grand plaisir de ses supporters-, mais s'effondrer de la sorte, comme si son corps, plus fidèle allié depuis toujours, refusait à présent le moindre effort trop intense, avait de quoi questionner sa belle assurance. Certains gars s'écroulaient pour ne plus jamais se relever, et ce sans parfois qu'ils arborent le moindre signe de blessure externe ou interne : ils se portaient comme des charmes, riaient, buvaient, dansaient ou discutaient, et l'instant après, comme si une Moire mal intentionnée s'était mis en tête de couper au hasard un des fils de vie dont elle avait la garde, ils se trouvaient réduits à l'état de poupées de chair sans vie. Lynch allait-il subir un tel sort ? La peur de mourir ne l'avait pas plus frôlé que l'acceptation de pouvoir un jour connaître une défaite cuisante, apte à lui couper les ailes ; de même, il n'aurait jamais rien fait de sa vie, s'il avait dû trembler comme une feuille à la moindre petite douleur, ou en allant s'imaginer toutes les injures que sa personne encourrait, à ainsi exister de par le vaste monde. Pourtant, et il le lui fallait bien le reconnaître, son malaise n'avait rien de très rassurant... Durant les jours qui suivraient, l'Anglais, sans non plus s'imposer de calmer le rythme effréné auquel il menait son quotidien, s'écouterait un peu plus, à l'affût d'un message que son être, sans mot dire, aurait essayé de lui faire passer. Ne pas se brider lâchement était une chose, aller au suicide en était une autre, bien que pour une grande majorité des gens, aucune différence n'existât entre les deux, faisant ainsi de Fergus un audacieux -voire irresponsable- inconscient.

Son regard, malgré la fatigue évidente qu'on y lisait, ne manquait pas d’irrévérence, de cette morgue usée des personnes n'ayant que trop eu à se confronter à la laideur de la nature humaine, au point où la colère cédait le pas au dégoût :

-Tu as au moins raison sur un point : rien n'est moins simple que de savoir que croire, et en qui avoir confiance, pas vrai ?


Comment avaient-ils fait pour si bien s'entendre dans une autre vie, eux qui à présent se jetaient de telles horreurs à la tête ? Leur jeunesse les avait-elle aveuglés au point de masquer des divergences qui ne pouvaient qu'à terme briser une amitié contre-nature, ou bien vieillir leur permettait à présent de prendre du recul, pour mieux réaliser à quel point ils s'étaient montrés naïfs, de s'imaginer capables d'être proches ?

Fergus ne voulait pas y songer. Il ne voulait même pas mener l'introspection nécessaire pour savoir si oui ou non, il avait ne serait-ce qu'envie d'accorder le bénéfice du doute à David, et de le considérer comme innocent jusqu'à ce que cette affaire finisse par éclater au grand jour, révélant l'identité ainsi que les motivations du délateur à qui il devait plusieurs mois passés en maison de redressement. Le brigand ne se trouvait pas en état de revenir sur cette décision fondatrice à partir de laquelle il avait commencé à haïr le médecin ainsi qu'à alimenter, en plus d'autres sources tout aussi abondantes, la rage lui servant de moteur, et à vrai dire, peut-être ne le serait-il jamais.

Puisque Williams souhaitait le voir décamper, il n'avait aucun raison de s'éterniser : même si la demande de son hôte, de par son impolitesse, l'aurait passablement irrité ne temps normal au point de le menacer d'une bonne calotte pour lui réapprendre les bonnes manières, il avait dit ce qu'il avait à dire, ne distillant dans ses mots qu'une petite partie de la tempête hurlant dans son coeur à chaque fois qu’il repensait à tout, et notamment avec quelle violence il s'en prendrait à son ancien ami s'il venait à le recroiser. C'était à présent chose faite, et si d'aventure il souhaitait le retrouver pour lui cracher une nouvelle fois son venin au visage, il savait où le trouver, ce qui suffisait à ne pas donner à ce règlement de comptes des allures de complet fiasco.

Péniblement, Lynch se leva, exercice plus difficile qu'auparavant, vu que ce n'était qu'à la force des jambes qu'il retrouverait une position verticale, et non par la simple descente d'une table d'opération ; cependant, il n'aurait en rien voulu que David l'aidât, ou même simplement lui proposât quoi que ce fût, lui qui malgré sa mauvaise humeur avait sans doute dû lui sauver la vie ce soir-là, ou pas loin ; en fait, si l'ouvrier avait pu en un claquement de doigts se retrouver chez lui, dans son lit, il n'aurait pas hésité. La nuit, bien qu'elle eût bien commencé, n'avait à présent plus que le goût des mauvais moments poisseux comme pas permis, que seul le temps parvient à affadir un brin, dans le meilleur des cas.

Au lieu de s'évaporer comme par magie, il dut traîner sa grande carcasse solitaire jusqu'au seuil de la pièce, sa fierté légendaire le soutenant tout autant si ce n'était plus que ses muscles eux-mêmes, avec un reste de panache que l'on retrouvait souvent chez les grands hommes déchus. Pourtant, au moment d'être ravalé par le sombres, il se stoppa, la main droit apposée contre le chambranle de la porte. Son visage se tourna de profil, non pas pour capter une dernière vision de David, seul dans son Royaume de silence, mais pour lancer une ultime question, peut-être la plus personnelle et la pire de toutes :

-Tu sais où ils l'ont enterré ? Ils ne me l'ont jamais dit.

Impossible d'hésiter une seule seconde, quant à savoir à qui le hors-la-loi faisait référence. Quand Fergus avait été arrêté, ni M. Williams ni aucun des agents des forces de l'ordre n'avait daigné se renseigner puis lui transmettre le nom du cimetière où la famille de Jack avait choisi de faire reposer sa dépouille, ni même s'ils avaient eu les moyens de lui offrir mieux que la fosse commune, destination finale de bon nombre des pauvres hères de Whitechapel. Une fois libéré,  instinctivement persuadé -et à raison- compte-tenu de l'absence de visites durant sa détention que leur petite bande n'existait plus, le futur fondateur de la Tribu n'avait pas cherché à retrouver la tombe de son premier véritable ami, pour mieux laisser les plaies du passé se refermer, et la peine s'estomper comme la mer reculant à marée descendante, seule chance pour se construire les bases d'un nouveau et solide futur.

Voilà donc tout ce qui leur restait, le dernier trait d'union entre eux -les restes pourris depuis longtemps d'un jeune homme cher à leurs coeurs, irrémédiablement perdu.





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MessageSujet: Re: hello from the other side | David Ven 18 Aoû - 23:54



Hello From The Other Side.

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St Bartholomew's Hospital, 1890.

David ne bougeait pas. Immobile, tournant le dos à celui qui fut son meilleur ami pendant longtemps. Il pouvait se demander comment ils en étaient arrivés là, à être des étrangers désormais, eux qui avaient tant partagé par le passé. Des souvenirs lui vinrent, d’eux cinq jouant dans les rues, venant tous d’un milieu différent : David et Jonathan, les deux frères qui venaient d’une famille religieuse et aisée, Amy, petite campagnarde française dont les parents la traitait comme une véritable princesse, Jack, qui venait d’une famille défavorisée et nombreuse mais qui avait un toit et un peu à se nourrir et puis Fergus, qui ne connaissait même pas ses parents. À cet instant-là, rien n’avait d’importance entre eux si ce n’est une amitié sincère et franche. Mais il fallait réellement croire que le statut social créait de trop gros fossés que nul ne pouvait contester. Que malgré les liens du passé, la pression familiale finissait par tout détruire ou que la classe sociale finissait par définir ce que nous étions. Un fils de bourgeois restera un fils de bourgeois. Ses centres d’intérêt seront ceux d’un bourgeois. Sa profession serait celle d’un bourgeois. Jamais l’orphelin ne deviendrait médecin. C’était le cas de ces deux amis qui se tournaient maintenant le dos.

Il n’y avait plus grand-chose à faire au final, hormis sentir le fantôme de leur amitié passée, morte sur l’autel de la société. David avait vu l’asile, pour seoir à la vision de « bonne conduite » de son père et ainsi se remettre sur le droit chemin, celui tracé par Dieu. Néanmoins, encore une fois, malgré son métier haut placé, il pouvait toujours être considéré comme un hérétique par les plus extrémistes des religieux en essayant de sauver la vie de ceux que Dieu avait choisi pour tomber malade ou se blesser gravement. Cependant, d’expérience personnelle, David savait pertinemment que Dieu ne choisissait pas la mort de toutes ses brebis. L’Homme était un animal sanguinaire, capable de tuer pour soulager une besoin primaire, assouvir une vengeance, ou juste par plaisir. Peut-être ces individus étaient-ils animés par le Malin, c’était fort probable, mais la foi de David s’ébranlait. Il croyait en une force supérieure, ayant grandi là-dedans, mais ne parvenait pas à la vénérer. Pas après tout ce qu’il avait vu ou fait. Jack était mort trop jeune tandis que lui vivait toujours et qu’il ne méritait pas. Et il le savait. Si la police avait appris ce qu’il avait fait, il pouvait se retrouver au bout d’une corde. Ou à croupir au fond d’une cellule.

Il se dirigea vers un plan de travail où se trouvait une petite bouteille de laudanum. Il ne savait même plus s’il en avait consommé depuis que Fergus était là, avec lui, mais à cet instant présent, il avait la gorge sèche et avait besoin de se désaltérer. Il avait surtout besoin de l’opium pour se vider la tête. Ou alors juste par addiction, ce qui était fort probable aussi à son stade. Fergus ne savait pas ce que David avait traversé, tout comme David ne savait pas ce que Fergus avait traversé. Ils étaient devenus des étrangers, divisés par les années, les classes sociales et maintenant leur aigreur mutuelle. Il soupira profondément en regardant le flacon et l’ouvrit pour en boire une gorgée. Il entendit alors la voix usée de Fergus qui n’était finalement rien de plus qu’un patient désormais lui demander où il était enterré. David baissa tristement le regard, observant ses pieds, comme si Jack pouvait les voir de là où il était,  même si lever les yeux aurait été beaucoup plus approprié dans le cas de l’adolescent décédé. David hésita un instant pour révéler le cimetière où a été inhumé leur ami commun. Y allant régulièrement fleurir la tombe, il n’avait nullement envie d’y croiser le caïd. Cependant, ce n’était tout simplement pas correct de garder une telle information pour lui. Il dit alors d’une voix rauque et cassée :

— Le cimetière de Highgate. Il est dans le coin au Nord-Ouest. Sa tombe est l’une de celles fleuries. Elle est… relativement modeste…

Il inspira profondément avant de pousser un long soupir triste. Cette époque lui manquait affreusement. Jack lui manquait affreusement. Un peu groggy par le laudanum et ému, il s’essuya le coin de l’œil sans rien dire, tournant toujours le dos à Fergus. Il resta un instant silencieux avant de dire :

— Tu risqueras de m’y trouver cependant.

Il eut une moue attristée, presque désespérée et se cacha les yeux de sa main, ayant juste envie de retourner chez lui et d’oublier. Rester au milieu des morts et être hanté par des fantômes du passé n’étaient pas des choses recommandables pour rester de bonne humeur. Ou ne serait-ce que stable mentalement.
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Si Deus Me Relinquit.
I'm scared to get close and I hate being alone. I long for that feeling to not feel at all. The higher I get, the lower I'll sink. I can't drown my demons, they know how to swim. Can you hear the silence? Can you see the dark? Can you fix the broken? Can you feel... can you feel my heart? ©️ by Sun
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