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la grâce des brigands | Joséphine [Fini]

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Emploi : Fondeur
Informations : Orphelin déposé au seuil d'une institution quelques semaines après sa naissance ✘ Ignore tout de ses origines, et n'y accorde aucune importance ✘ Fraie dans le monde de la petite délinquence depuis sa plus tendre enfance ✘ Ancien chef d'une bande gosses aventureux, à présent dissolue ✘ Suite à ça, a passé plusieurs mois en maison de correction ✘ La mort d'un de ses meilleurs amis, atteint de syphilis, a suffi à le convaincre de ne pas s'approcher des prostituées, règle qu'il suit toujours ✘ A fondé la Tribu, gang des rues sévissant à Whitechapel, dont il connait les moindres recoins ✘ Participe régulièrement à des combats illégaux organisés dans des bars, desquels il tire un joli pactole, ainsi que quelques petites cicatrices sur tout le corps ✘ Amateur d'armes blanches, il se sépare rarement de son couteau de boucher, tout comme de son vieux chapeau melon ✘ Se moque bien des forces de police, avec lesquelles il n'hésiterait pas à en découdre ✘ Ne voue que mépris à l'aristocratie et aux autres parvenus, mais grâce aux paiements reçus en échange de l'aide de son gang, il recrute de plus en plus d'adeptes, et accroît l'influence de la Tribu : son ambitieux objectif n'est autre que de faire tomber sous sa coupe Whitechapel et Southwark, pour mieux leur donner un second souffle, ainsi qu'une capacité de réponse envers les injustices infligées par les strates plus aisées de la société.
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MessageSujet: la grâce des brigands | Joséphine [Fini] Jeu 22 Déc - 23:16



La grâce des brigands

« There’s a price to pay and a consequence. »

Ruelles de Whitechapel, 1890

Dès l’aube, le brouillard avait avalé Londres, sans laisser une seule chance aux rayons du soleil de parvenir jusqu’au sol. Le point du jour n’avait pas vraiment été un, gommé par le gris s’étant déversé dans les rues comme un fleuve sorti de son lit, dans la plus pure tradition de cette ville si bien connue pour son temps capricieux, et notamment cette brume épaisse montée des abords du fleuve. Un crépuscule embué avait donc débuté son règne, prodigue en ombres mouvantes et gourmand en silhouette de passants suffisamment hardis pour affronter le mur anthracite, et ce n’avait que vers midi, heure à laquelle l’astre soleil s’était péniblement traîné jusqu’à son zénith, que les vapeurs avaient à peine consenti à commencer de se déchirer, suffisamment clémentes pour accorder au habitants de la cité le droit de ne pas se croire revenus au plus noir de l’hiver. Pourtant, la température avait tout de même légèrement chuté depuis la veille, elle aussi happé par la purée de pois

Sans parvenir à définir le pourquoi du comment, Fergus avait follement envie de parler d’heure du crime, étirée non pas sur soixante malheureuses minutes mais bien sur vingt-quatre de ses semblables, une tentation née à l’instant où, par la fenêtre, il avait pour la première fois posé les yeux sur le linceul recouvrant la ville. Il ne se rappelait même plus exactement où il avait vu ou entendu cette séduisante expression, peut-être dans un des livres que, dans une autre vie, un certain David Williams lui avait prêté après lui avoir appris à lire, mais ne parvenait à se l’ôter de la tête, sans que cela ne devienne irritant, au contraire. Tout, dans les apprêts austères de cette journée, lui évoquait le terme largement usité par les enquêteurs de la façon la plus triviale, passant clairement à côté de toute la poésie d’un terme au fond on ne peut plus technique. Comment ne pas céder à son charme, alors que le bleu du ciel semblait ne pouvoir être aperçu à nouveau ? Une sorte d’aura ténébreuse, presque magique en un sens, serpentait dans l’air chargé d’humidité, et invitait à imaginer le plus sombre. Il semblait en effet plus que probable que nombre d’infractions à la loi se verraient perpétrées, drapées d’invisibilité grâce aux nuées descendues des cieux pour nimber le cœur de l’empire britannique. Nul doute que le lendemain, après une nuit sans lune, des corps sans vie seraient retrouvés aux quatre coins de Londres, au fond des ruelles détrempées : avec un horizon si radicalement bloqué par les limbes éphémères, tout à chacun pouvait devenir un Jack l’Eventreur, avec un simple couteau, une soif de sang parfaitement humaine et un brin de patience, pour simplement attendre sa proie, et profiter de ses tâtonnements en pleine rue pour lui trancher la carotide. Rien que d’imaginer tous les meurtres diligentés anonymement, toutes les denrées du marché noir échangées impunément sous le manteau et les innombrables rendez-vous secrets qui se tiendraient sans que personne ne s’en doute exacerbaient le désir de prendre part à ces élégantes malversations, et également profiter du royaume des êtres de chair devenus spectres. Les pauvres larbins de Scotland Yard, bien au chaud dans leurs bureaux, se sentaient-ils craintivement impuissants, à l’image de lapereaux courbant l’échine au fond de leur terrier, dans l’attente que l’orage passe ?

L’heure était plus que jamais aux affaires, et le cœur enjoué, Lynch avait décidé de pleinement mettre à profit ses quelques heures de repos, périodes vides de toute activité avant la reprise de son poste tard dans la soirée, pour se plonger dans les prometteurs balbutiements de la Tribu. Rendre visite aux gars lui permettait de prendre la température de leur moral, tout en apprenant de vive voix les dernières nouvelles, au lieu d’attendre de recroiser ses camarades à la fonderie pour les questionner discrètement dans le dos des contremaîtres, ou de guetter indéfiniment les ragots. Rester coincé entre les quatre murs de sa misérable garçonnière n’avait de plus rien de bien passionnant, pour cet être affamé de grand air et de mouvement, ce qui accessoirement permettait à ceux ayant décidé de le suivre de se sentir épaulés, même lorsqu’ils se trouvaient chargés de tâches pour le moins ingrates. En travers de cette rue peu passante, une des venelles passées sous leur contrôle, un petit groupe de braves malfrats ralliés à la cause de Lynch feraient parfaitement l’affaire, compagnons de bavardage informel autant que sphinx des faubourgs, soucieux de filtrer ceux qui avaient le droit de passage et de refouler les gêneurs, ceux avec une tête qui ne leur revenait pas, ou tout simplement des étrangers à leur patrie, que ne reconnaissait aucune autre nation à travers le monde, mais néanmoins plus que chère à leur cœur d’oubliés du système. Deux ou trois caisses de bois pour s’installer chichement dans la fraîcheur moite, et l’artère déserte devenait point de passage, halte forcée et discret symbole de leur mainmise croissante sur les bas-fonds, cancer encore invisible, et qui ne serait remarqué que lorsqu’il serait trop tard pour l’arrêter.

Bien que comme il l’avait supputé, l’animation en ville frôlait le néant absolu : les échos de leurs voix, aux accents chaleureux et à l’argot vibrant, rebondissait sur les façades mornes des bicoques, dans un silence de sépulcre qui ne parvenait à amoindrir l’ambiance de bonne camaraderie régnant sur le tracé de la modeste frontière entre eux et le reste du monde. Qu’importât, ils n’avaient aucune raison de se ronger les sangs : ils ne craignaient plus les fantômes depuis longtemps, et même si l’Eventreur se payait le luxe d’une visite, malgré sa sanglante légende, cela resterait toujours un type face à tout un groupe. Qui auraient-ils bien pu craindre, alors que l’entièreté de la bonne société se souciait d’eux comme d’une guigne, au point d’oublier purement et simplement les plus miséreux ? Une jeune femme vint pourtant égayer la monotonie de leur veille, une aventureuse damoiselle au visage bien connu qui avait obtenu la bénédiction de Fergus, et se trouvait ainsi libre d’aller et venir à sa guise, bien que ses déplacements, nécessairement, se trouvassent connus du gang sous la protection de laquelle elle avait choisi de se placer. Comme toujours, et ce malgré l’affabilité du maître des lieux, Annie Strides jouait comme à son habitude à l’enquêtrice besogneuse n’ayant pas le temps pour de pareils enfantillages, mais Lynch ne s’y trompait pas : la moue que la journaliste arborait, toute de lèvres pincées et de désapprobation irritée contenue tant bien que mal, ne le trompait guère, et c’était comme toujours avec plaisir que le criminel accentuait ses manières bravaches. L’aspect présomptueux, autant dans ses mots que dans ses gestes, revêtait semblerait-il, un pouvoir magique, un sortilège contre lequel la belle blonde paraissait pour le moins désarmée, et difficilement capable de s’armer de stoïcisme quand tant de répliques acerbes ne demandaient qu’à fleurir à ses lèvres. Ah, cette chère Annie… Une source intarissable de divertissement.

Alors que la reporter reprenait sa route, bientôt avalée par le brouillard, un mouvement dans la périphérie de son champ de vision, le fit se retourner tout de go, les sens en alerte, plus joueur alerte sur le qui-vive que spectateur impuissant d’un inquiétant phénomène. Quelque chose se mouvait dans la brume, quelque chose de proche, cherchant un refuge dans les masses impalpables. Les volumes cendrés, cependant, s’étaient refermés tant bien que mal sur les pas du nouveau venu, à la manière d’une cicatrice fraîchement refermée, encore décelable. Chercherait-on à leur fausser compagnie, par le plus grand des hasards… ? Le petit malin les avait forcément entendus, à défaut de les apercevoir avec netteté ; ne pas se présenter auprès de leur noble assemblée allait donc de pair avec un vif désir de les éviter, pour une raison ou pour une autre, motivation qu’il tardait à Fergus de découvrir. Dans son regard, une lueur joueuse, propre aux chasseurs appâtés par l’odeur du sang frais, l’y rejoignit.

-Allez me chercher ça, ordonna-t-il à ses sbires, eux aussi en branle-bas de combat, dans un sensible mimétisme de leur chef.

Trois d’entre eux furent avalés par le smog, et durant quelques minutes, Fergus demeura seul avec l’unique membre de la Tribu encore là, tout ouïe, à l’affût du moindre son que n’auraient pas avalé les gouttes d’eau en suspension dans l’air immobile. Après une brève attente, ses émissaires revinrent, visiblement en ayant fait bonne pioche.

-Mais qu’avons-nous donc là… demanda l’Anglais juste pour la forme, bras croisés en travers du torse et avec l’art de poser les questions rhétoriques là où elles se paraient le mieux de leur ironie sarcastique.




Titre : Véronique Ovaldé
Citation : Regina Spektor - All the rowboats
gif (c) daka-el

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We're going till the world stops turning
While we burn it to the ground tonight.
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Emploi : Officiellement aucun, officieusement romancière.
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Eugène Morel est le pseudonyme utilisé pour signer ses romans.
❤️ Joséphine est féministe et fait de ses convictions le sujet principal de ses romans.
☂️ Habite la demeure du cousin de son père, M. Devlin Stanton, dans The Strand.
☠️ Afin de mousser son inspiration pour ses romans, Joséphine s'habille parfois en homme pour se promener incognito dans les rues de Londres.
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MessageSujet: Re: la grâce des brigands | Joséphine [Fini] Ven 27 Jan - 22:34



La grâce des brigands

 « C'est dans le brouillard qu'une rencontre est belle »
- Fred Pellerin (Tenir debout)

 
Ruelles de Whitechapel, 1890

Une fois de plus, je désobéissais à Monsieur Stanton en m’aventurant dans les ruelles sombres de Whitechapel avec, pour seule protection, les vêtements d’hommes (ajustés à ma taille grâce aux doigts agiles de Madame McIntire) que je portais fièrement et comme arme mon éternelle insolence. Je ne craignais pas de rencontrer Jack L’Éventreur alors que ce dernier semblait causer tant de soucis au cher cousin de mon père… Et à bien d’autres personnes également. En fait, Londres entière tremblait à la seule évocation de ce pseudonyme… Quoi qu’il en soit, je n’avais jamais rencontré le moindre obstacle à mes promenades nocturnes, à l’exception de cette soirée pendant laquelle j’étais tombée sur Devlin et Athos, son fidèle compagnon canin, et qui avait mis fin prématurément à mon petit secret. À côté de Monsieur Stanton, le bon vieux Jack me semblait presque être une personne plus sympathique… Ainsi, bien que mes activités nocturnes, pouvant même être qualifiées d’illicites pour la jeune femme de la bourgeoisie que j’étais, ne plaisaient pas à mon protecteur, ce dernier ne m’avait pas formellement interdit de les poursuivre, je devais simplement être prudente et, à sa demande, le prévenir lorsque j’avais l’intention de sortir… Pour qu’il puisse me suivre, bien évidemment, même s’il ne l’avait jamais officiellement annoncé ainsi. Je ne suis tout de même pas dupe… J’avais accepté de le faire, à quelques reprises, afin de démontrer un peu de bonne foi (et par le fait même, de baisser sa garde), mais seulement lorsque le but de ma promenade était de prendre l’air autour du domaine… Ce soir, Devlin ignorait que j’avais quitté son domicile londonien. J’avais profité du seul soir de la semaine où le cousin de mon père s’absentait de la maison,  pour une raison qui demeurait pour moi inconnue, mais qui l’occupait si longtemps qu’il ne rentrait bien souvent que le lendemain au matin. Non, mais! Pensait-il que la bête sauvage et libre que j’étais accepterait d’être si facilement domestiquée?

Quoi qu’il en soit, ce soir, ma sortie avait un but bien précis : je devais découvrir quels étaient les contacts de la journaliste Annie Stride! Résumé de cette manière, cela me donnait l’impression d’être une détective en mission de filature aux conséquences pouvant être désastreuses… J’aime dramatiser les choses… En toute simplicité, j’espérais rencontrer les gens qui permettaient à Annie d’être la femme forte et indépendante que j’admirais. Comme elle, je voulais pratiquer un métier qui, dans l’opinion publique, demeurait celui des hommes et je rêvais d’être reconnue pour celui-ci! Eugène Morel, pseudonyme peu original, j’en conviens  (Eugène étant la version masculine d’Eugénie, mon deuxième prénom), qui m’avait permis, en France, de faire publier mon tout premier manuscrit, devrait un jour laisser Joséphine récolter les mérites de son art. Annie signait ses articles de son vrai nom et je voulais en faire autant! Un jour… Néanmoins, j’étais fort désavantagée; j’étais Française, étrangère, sans contact dans le milieu du livre et, malencontreusement, je ne possédais aucune idée pour un prochain roman… Je sais, j’aurais peut-être dû commencer par écrire avant de chercher à publier un manuscrit inexistant, mais j’étais ainsi faite : je faisais parfois les choses dans un ordre inapproprié…

Oh! J’avais, certes, demandé à Annie de m’aider, mais elle ne pouvait rien pour moi. Ce que je demandais frôlait l’illégalité et dans ce domaine, il ne suffisait pas de demander pour recevoir : si j’étais digne d’intérêt, on viendrait à moi et non le contraire. Je me retrouvais seule, sans inspiration et sans contact pour faire publier, de manière illégale, un futur roman… Néanmoins, comme mentionné plus tôt, j’aimais bien faire les choses à l’envers… et à ma manière. Il était donc hors de question d’attendre sagement que quelqu’un vienne à moi! Ainsi, j’avais décidé de suivre Annie…

Le bruit léger de mes pas était absorbé par le pavé humide alors que je suivais la journaliste en me dissimulant dans l’ombre des ruelles. L’épais brouillard ne me permettait pas de suivre Annie à une distance suffisamment grande pour ne pas éveiller ses soupçons sans la perdre de vue, mais j’avais de la chance; pas une fois la jeune femme ne s’était retournée dans ma direction ou n’avait semblé dérangée par ma présence. Cette dernière marchait d’un pas constant et décidé, sachant très bien où elle allait alors que moi, j’essayais, tant bien que mal, de me mémoriser le chemin qu’elle empruntait et de trouver quelques points de repère. Je ne m’étais jamais aventurée dans cette partie de Whitechapel et je commençais à croire qu’Annie, bien malgré elle, ne me conduisait pas vers des gens qui pourraient m’être utiles… De plus, nous n’avions croisé personne, aucun étrange personnage qui aurait pu m’aider à créer l’univers dans lequel l’héroïne de ma prochaine histoire évoluerait…

L’idée de rebrousser chemin se faisait de plus en plus séduisante lorsque, tout à coup, des échos de voix masculines virent chatouiller mes tympans, transportés par les gouttes d’eau en suspension dans l’air. Aussitôt, Annie Stride accéléra le pas pour rejoindre les voix alors que moi, je restais là, à regarder sa silhouette disparaitre dans le brouillard. Je comprenais que la journaliste était arrivée à destination et que si je continuais d’avancer, je rejoindrais ce rassemblement de gens auquel je n’étais pas invitée. Je prenais maintenant pleinement conscience des risques que pouvait comporter ma petite filature et n’étais plus tout à fait certaine d’avoir envie de rencontrer ces contacts. Je ne sais pas ce que je m’attendais à trouver, mais ce n’était certainement pas un groupe d’hommes, rassemblé dans une ruelle sombre. Néanmoins, il était hors de question d’avoir fait tout ce chemin pour rien! Cherchant des yeux une cachette de fortune pour espionner ce rendez-vous clandestin, je vis rapidement une grosse caisse de bois derrière laquelle je pouvais me dissimuler. Rien ne m’empêchait de tendre l’oreille, d’écouter et de peut-être entendre des informations qui pourraient m’être utiles… qui sait…

Les pas d’Annie revenaient dans ma direction. Je la vis passer près de moi, ignorant totalement ma présence, et lorsqu’elle eut pris de l’avance, je me levai de ma cachette pour pouvoir la suivre. Discrètement, je m’apprêtais à reprendre ma route lorsque j’entendis, derrière moi, la voix de l’homme que j’avais écouté discuter avec Annie ordonner : « Allez me chercher ça ». Le sang dans mes veines se glaça : avais-je été aperçu ou s’agissait-il d’une désagréable coïncidence? Ne souhaitant pas réellement avoir de réponse à cette interrogation, je jetai un regard rapide par-dessus mon épaule afin de m’assurer que je pouvais bouger, mais cette simple précaution eut l’effet d’une perte de temps considérable et rapidement, j’aperçus trois imposantes silhouettes s’avancer vers moi. Prise par surprise (et entre vous et moi, terrifiée), j’eus comme réflexe d’essayer de me sauver en courant… Terrible erreur… Les hommes me rattrapèrent rapidement et visiblement mécontents, ne furent pas très tendres en m’immobilisant. Je venais de découvrir l’un des désavantages à être vêtue comme un homme à un endroit où je ne devrais pas être… Ma frêle constitution ne me permettant pas de riposter, je fus contrainte de me soumettre à mes agresseurs qui n’eurent aucune difficulté à me trainer jusqu’à leur chef.

D’un mouvement brusque, l’un des hommes me poussa et je tombai face contre terre, me retenant de mes avant-bras pour ne pas m’étendre de tout mon long. Décidément, embrasser le sol était une entrée en matière que j’affectionnais depuis quelque temps… Dans ce moment d’incertitude, j’eus une pensée pour Devlin et ses nombreux avertissements, mais une brève pensée! La voix que j’avais entendue plus tôt s’éleva à nouveau et dit, en anglais : « Mais qu’avons-nous donc là… ». Aussitôt, je me remis, plutôt facilement, sur mes pieds; je ne semblais pas être blessée, ce qui me rassura, mais je n’en menais pas large, je dois bien l’avouer. Lorsque mon regard croisa celui de l’homme qui avait parlé et qui me semblait être le chef de cette joyeuse bande, je sentis un frisson parcourir mon échine; c’était un homme grand à la musculature imposante, certes, mais ses yeux étaient si clairs et perçants que j’eus l’impression d’être mise complètement à nue devant lui et, malgré cela, je n’arrivais pas à détacher mon regard de son visage. Que devais-je faire? Crier à l’aide pour que l’on vienne me sauver, au risque de me faire tuer rapidement? Un mouvement près de moi me fit sursauter, me sortant de cette étrange contemplation dans laquelle j’étais en train de me perdre.

« Je… » avais-je commencé en français, d’une voix légèrement plus aigüe qu’à l’ordinaire, avant de me taire. Si j’avais l’intention de jouer la comédie et de faire croire à ces hommes que j’étais l’un d’eux, c’était plutôt bien raté. « Je suis une amie de Mademoiselle Stride! » avais-je finalement réussi à annoncer en anglais et d’une voix précipitée; utiliser la relation que j’avais avec Annie était peut-être ma seule chance de me sortir de cette galère. Maintenant qu’il n’y avait plus de doute sur mon genre, le peu de tissus que comportait ma tenue d’homme me faisait regretter mon corset et mes grandes robes…


 
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What a wicked game you play to make me feel this way.
What a wicked thing to do, to let me dream of you.

Crédit - © Joy
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MessageSujet: Re: la grâce des brigands | Joséphine [Fini] Mer 22 Fév - 22:26



La grâce des brigands

« Welcome to hell
Oh we're so happy that you're here today. »

Ruelles de Whitechapel, 1890

Dans les rues de Whitechapel, quantités de choses intéressantes pouvaient être rencontrées, une fois les ténèbres tombées sur le monde : des loubards un peu louches, des cambrioleurs en route pour les quartiers riches et leur cible de la nuit, une belle collection de demoiselles aguicheuses promptes à convertir l’argent en plaisir, aucun membre ou presque des forces de l’ordre –généralement là pour profiter des vices faciles offerts par le quartier-, et beaucoup d’oiseaux de nuit plus à leur aise une fois le soleil avalé par la frontière de l’horizon. Il y a avait de tout, venu parfois de l’autre bout de l’Europe pour échapper à de vieux démons ou tenter de fuir une misère qui, même au cœur de l’Empire le plus puissant de la planète, était parvenue à les rattraper, une faune à la fois sauvage et curieuse, ayant mille et une choses à vendre, des intérêts divers et variés, et un instinct de survie plus solide encore que leur appât du gain.

Depuis qu’il vivait là, Fergus pensait avoir tout vu ou presque, participant lui aussi de façon passive à l’exotisme de la fosse à purin où leur petite communauté vivotait tant bien que mal, à l’ombre des usines où ils s’usaient le corps et l’âme, des hôtels particuliers sur lesquels ils osaient à peine poser les yeux lorsqu’au pied de leurs grilles ils osaient venir mendier, et des taudis où leurs familles croissaient, à l’image de nuisibles vivotant des quelques restes qu’ils parvenaient à grappiller le tout dans l’indifférence du Gouvernement. L’Anglais s’en amusait, car il s’avérait fort plaisant de prendre le pouls de son cul de basse fosse bien-aimé, d’en sentir palpiter le cœur, et de suivre les influx nerveux agitant leur petit microcosme, innombrables rumeurs, contrats et discrètes réactions en chaîne qui se réverbéraient de bouche en bouche, dans l’intimité des foyers miséreux. Autant vous dire que tomber sur la prise de ce soir-là constituait une belle surprise, enthousiasmante et intrigante juste comme il fallait. Un bout de fille grimé en bonhomme, il y avait de quoi trouver ça divertissant ! Aussi étrange que cela puisse paraître, peu de demoiselles de leurs ruelles s’adonnaient à pareil art du déguisement : une partie non négligeable vendait leurs charmes, ce qui aurait été passablement compliqué par les frusques d’un gavroche, et les jeunes demoiselles encore à la charge de leurs parents, ou d’un d’entre eux, n’auraient jamais été autorisées à se ridiculiser de la sorte –et vous pouvez me croire, ce que les miséreux n’avaient pas en richesses, ils le possédaient en rigueur destinée à leurs marmots, moins à leurs propres agissements pour parvenir à poser sur la table de quoi nourrir leurs proches. En fait, si Lynch avait eu l’occasion de parier, il aurait misé sur une jouvencelle venue des quartiers plus huppés, ou du moins d’une maisonnée assez préservée du besoin pour ne pas savoir à quoi ressemblait la vie dans les bas-fonds, et donc s’imaginer que se présenter ainsi fagotée ferait l’affaire, n’éveillerait aucune interrogation, ni ne titillerait la moindre curiosité. Fergus ne présupposait pas qu’aucune femme des quartiers pauvres ne s’amusait à se faire passer pour ce qu’elle n’était pas… Mais que la connaissance de ce milieu dans lequel elles surnageaient tant bien que mal chaque jour les encourageait fortement à ne pas chercher à s’exposer aux regards des autres mâles, prompts à chercher la bagarre. La naïveté de la démarche, au-delà de son côté risiblement mignon, valait le coup de s’attarder un brin sur leur hôte de marque, suffisamment pour percer à jour le pourquoi du comment de son expédition, puisque quitte à entreprendre un interrogatoire improvisé, autant faire les choses bien.

Pour commencer, l’inconnue avait plutôt bien joué en optant pour une attitude, disons, coopérative. Peut-être était-ce par pur calcul, peut-être ses hommes, pur produit de la racaille londonienne, avaient suffi par leurs airs patibulaires ainsi que leur poigne peu amène à l’encourager suffisamment pour qu’elle se montre raisonnable, au moins pour le premier contact. En un sens, un petit lot d’information précieuses venaient de lui être apportées par les quelques mots de la donzelle, et ce sans avoir besoin d’user de la force, ou même de la menace : un accent étranger, allant de pair avec une première bribe monosyllabique sonnant pas mal français, un lien réel ou monté de toutes pièces avec cette chère miss Stride, et surtout un bon vieux filet de peur, qui rendait les voix tremblotantes, les paumes moites et le regard hagard. N’importe quel stratège, même de bas-étage, aurait pu vous expliquer à quel point l’effroi, chez l’ « adversaire », se révélait précieux, sorte de petite défaite avant l’heure, octroyée sans contrepartie, et sans même que vous ayez eu à demander quoi que ce fût. L’avantage, pour le moins indéniable, ne se refusait pas, comme une bonne bouteille. Les brimades que le brigand aurait pu lui opposer, afin de briser une éventuelle insolence bravache et affichée d’entrée de jeu -au mépris de sa position de faiblesse évidente-, Lynch les gardait en réserve e bien au chaud, si d’aventure la fibre rebelle de l’exploratrice se réveillait : il n’était jamais trop bon de rappeler que pour vérifier le sexe de leur invitée surprise, Fergus se trouvait pleinement en mesure de lui baisser le froc devant leur comité d’accueil, et pas besoin d’être un génie pour imaginer quelles idées un tel spectacle ferait naître dans les cervelles de ses acolytes. Le tout, bien évidemment, présenté avec bonhomie, puisque la belle avait pleinement le choix de répondre ce qu’elle désirait, une fois consciente des possibilités que chacune d’entre elles donnaient à ses nouveaux camarades de jeu. La découvrir honnête, du moins autant que le Britannique en avait actuellement les moyens d’en juger, lui avait fait gagner un bon point auprès du gangster qui, il fallait bien l’avouer, avaient de fortes chances de décider de son destin cette nuit-là.

-Une amie d’Annie, tiens donc…

Le ton gentiment railleur du malfrat n’avait pas pour but de dénigrer l’affirmation de l’ingénue, pas autant qu’on aurait pu se laisser tenter à le croire : si aucune preuve tangible n’appuyait ses dires, ces derniers demeuraient plausibles, d’autant plus que la journaliste se trouvait effectivement dans les parages –plus plausible en tout cas que le sempiternel « je ne faisais que me promener », si ridicule qu’en plus de perdre son temps, Fergus ne s’amusait même pas ; un comble, quand on songeait qu’il avait la bonté de ne pas abattre sans sommation les petits malins pensant s’infiltrer peinards sur son domaine.

Loin de voir un intrus comme une menace, quel que fût sa nature, Lynch se plaisait à voir dans ces incursions étrangères des opportunités, aussi neutre qu’un sol recouvert de neige se trouvait blanc et intact avant que quiconque n’y ait posé le pied. Les bonnes ou les mauvaises rencontres, au demeurant, ne le devenaient que parce que le quidam en question en savait comment tourner les choses en sa faveur –ou éviter qu’elles ne virent en sa défaveur, selon les cas. Il ne savait pas encore quoi faire du lot que l’adversité venait de lui coller sur les bras, mais il finirait bien par trouver, la laissant partir constituant une option parmi un fourmillement d’autres, et certainement la moins attirante. À voir ce qu’en face, la grande amie de la féministe mettrait sur la table pour faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre… ça aussi, ça ne manquait pas de le distraire par avance, à la manière d’un acheteur un brin capricieux se plaisant à négocier auprès d’un marchand, tout en se sachant trop précieux pour que le commerçant le laisser filer sans réduire jusqu’à la déraison ses prétentions en matière de prix. La vie humaine, comme n’importe quelle denrée, se négociait, et ce n’était pas les esclavagistes modernes de la trempe d’O’Farrell, le directeur du cirque, qui s’en iraient dire le contraire.

Un fin sourire un soupçon goguenard aux lèvres, Fergus ne se fit pas prier pour gentiment appuyer là où ça faisait mal :

-Et à part ça, c’est la nouvelle mode, de marcher dix pas derrière ses amis quand on se balade avec eux dans la rue ? Non, parce que là, tu as juste l’air de la filer, et ça, c’est très loin d’être une attitude amicale.

En poussant un peu plus loin le raisonnement, ce qui ne requerrait pas d’enfoncer de vive voix des portes ouvertes, il aurait même été dans son bon droit en demandant pourquoi elle ne s’était pas présentée, en même temps qu’Annie, à leur petit avant-poste, au lieu de se tapir dans l’ombre, en toute discrétion.
Le tutoiement, employé par le hors-la-loi, asseyait un peu plus son autorité, bien que ce fût plus par habitude que pour la rabaisser ; nouvel environnement, nouvelle donne, nouvelles règles.

-Tu caches quelque chose, nous tombons tous d’accord là-dessus. Et autant te dire que tu n’es pas prête de partir d’ici avant d’avoir craché le morceau.

Ça tombait bien, le soleil n’allait pas se lever de sitôt, l’épaisseur du brouillard leur accordait une intimité plus que profitable pour bavarder tranquillement, et Lynch n’avait rien d’autre de prévu qui requît sa présence incessamment sous peu, ou de façon non négociable. Trois solides gaillards entouraient toujours leur captive, il ne restait plus à l’Anglais qu’à s’appuyer paisiblement contre le mur le plus proche, dos calé contre la pierre grossière, et bras croisés en travers de son torse, dans une attitude d’attente. Sous les apparences bonhommes qu’avait pris leur échange, l’attention ne demeurait pas moins braquée sur la créature tombée dans leurs filets.

-Tu vas commencer par nous donner ton nom. Ensuite, tu vas nous expliquer ce que tu viens faire ici, et pourquoi tu te planquais derrière cette caisse en espérant t’y faire oublier.

Inutile de préciser que tout mensonge, même habilement maquillé, risquait d’accroître ses chances de ne pas voir l’aube poindre… Et que ces affirmations amènes avaient la teneur d’ordres, purs et simples. Ils étaient entre personnes de bonne volonté, n’est-ce pas ?



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MessageSujet: Re: la grâce des brigands | Joséphine [Fini] Sam 4 Mar - 22:39



La grâce des brigands

« C'est dans le brouillard qu'une rencontre est belle »
- Fred Pellerin (Tenir debout)

Ruelles de Whitechapel, 1890

J’aurais aimé pouvoir prétendre que ces hommes ne m’inspiraient aucune crainte et que puisque j’avais affirmé être une amie d’Annie, j’avais la certitude qu’aucun d’entre eux n’oserait me faire le moindre mal, mais il n’en était rien. J’avais perdu le contrôle de la situation avant même de l’avoir possédé et il ne me restait plus qu’à espérer qu’ils se lassent rapidement de ma présence. Je sentais toujours sur moi le regard perçant de celui qui semblait être le chef de cette joyeuse bande d’enfants de chœur, mais n’avais osé relever la tête vers lui, de peur d’être à nouveau prise au piège par le bleu de ses yeux. Je me contentais de jeter de brefs regards autour de moi, un peu à la manière d’un animal effrayé, en espérant détecter le moindre mouvement des trois autres hommes qui demeuraient près de moi. Pensais-je réellement pouvoir réagir rapidement si l’un d’eux s’approchait de ma frêle personne? La peur bourdonnait dans mes oreilles alors que le rythme anormalement élevé des battements de mon cœur propulsait mon sang tel un venin dans chacune des veines de mon corps. Je devais me ressaisir… et avoir suffisamment confiance au jugement d’Annie pour espérer que ses contacts soient de parfait gentleman… Un tremblement, que j’aurais préféré imperceptible, trahissait mon état d’esprit et j’avais l’impression d’entendre la voix de mon tuteur me répéter qu’il m’avait prévenu…

La voix de l’homme s’éleva à nouveau. Aussitôt, je tournai la tête dans sa direction, plongeant une nouvelle fois dans l’abysse de son regard. Il ne semblait pas convaincu par ma relation amicale avec la journaliste et il n’avait pas tout à fait tort; Annie et moi nous connaissions et échangions souvent sur nos valeurs communes, mais affirmer que nous étions amies étaient un tant soit peu exagéré. Néanmoins, j’espérais être suffisamment estimée par la journaliste pour pouvoir compter sur son aide, dans le cas où son aide serait demandée. Entre vous et moi, elle devait déjà être bien loin et ne viendrait pas à mon secours… Ainsi laissée seule devant l’adversité, j’eus comme réflexe de vouloir  répondre aux doutes de l’homme par un mensonge habilement improvisé, mais celui-ci reprit la parole, me devançant, et poursuivit son analyse de la situation, me tutoyant au passage. Cet homme n’était pas dupe et je pouvais imaginer que la vie dans les bas-fonds de Londres l’avait certainement préparé à faire face à toutes sortes de situations et à des hommes de toutes les trempes. Tomber sur une jeune femme vêtue en homme et appartenant à un univers complètement différent devait avoir des airs de divertissement innocent à ses yeux. Je ne connaissais rien de son monde et tenter d’y jouer était dangereux. J’ouvris la bouche pour dire quelque chose, mais aucun son ne s’y échappa. Il avait vu juste; je filais Annie, mais mes motivations n’avaient rien à voir avec ce qu’il pouvait s’imaginer. Motivations qui maintenant, me paraissaient les plus idiotes et dénuées de sens qu’il m’ait été donné d’avoir…

Lorsque le bandit annonça avec certitude que je cachais quelque chose et que tant que je n’aurais pas dévoilé à sa petite bande de quoi il s’agissait, je resterais avec eux, l’une de ses brutes qui m’avaient tirée jusqu’à ses pieds rigola grassement. Impulsivement, je me tournai dans sa direction, lui lançant un regard haineux qui invitait presque au défi; peu importe ce qu’il pouvait imaginer dans sa sale tête et la peur qui semblait me paralyser, capituler n’était pas une option! Loin d’être impressionné par ma silencieuse intervention, ce dernier me sourit alors que son chef s’adressait maintenant à moi sur un ton plus…impératif. Je tournai lentement les yeux vers sa silhouette pour détailler la position nonchalante de son corps. Que devais-je faire? Lui raconter une histoire inventée de toute pièce, mais qui saurait, avec un peu de chance, le captiver jusqu’à l’aube… et jusqu’à ce que quelqu’un ne passe par là pour me sauver? Ne possédant pas les talents de conteur de Shéhérazade, cette tentative était vouée à l’échec, mais la vérité n’avait rien de passionnant…

« Mon nom est… ». J’hésitai pendant une fraction de seconde. Temps d’hésitation qui me parut plus long qu’il ne l’était en réalité. « … Joséphine. ». Avais-je finalement prononcé en fermant les paupières comme si je venais de dévoiler un secret intime. J’optais pour l’honnêteté en espérant que cette bonne volonté serait rapidement récompensée. Lorsque j’ouvris les yeux, je pris une profonde inspiration et sentant le courage me gagner peu à peu, je m’avançai d’un pas vers l’homme au regard azur, mettant une certaine distance entre les trois hommes qui me servaient de garde rapprochée, puis fis un pas de plus. Je levai légèrement le menton, comme je le faisais avec Mr. Stanton lorsque j’espérais remporter une joute verbale, mais cette fois, je le faisais simplement pour me donner un peu de prestance. « La vérité est que je suivais Mlle Stride en pensant qu’elle allait me conduire à ses… contacts… ». C’était si ridicule comme première réponse que j’anticipais déjà les éclats de rire des bandits. Raconter une histoire mensongère aurait peut-être été préférable? « En fait, j’ignore ce que je cherchais exactement… ». De pire en pire, ce qui n'était toutefois pas tout à fait faux. J'ignorais réellement ce à quoi pouvait ressembler les "contacts" de la journaliste, si "contacts" il y avait. Décidément, je n’avais pas besoin de chercher les ennuis pour les trouver, je n’avais qu’à ouvrir la bouche!

J’avais suivi la journaliste dans le but précis de rencontrer des gens qui pouvaient m’être utiles lors de la publication d’un futur roman. J’avais souhaité qu’ils soient prêts à tout risquer pour imprimer et publier le roman d’une jeune femme sans que les revenus de son art n’aient directement dans les poches de son père, puisqu’elle était toujours sous sa tutelle. Utiliser le pseudonyme d’Eugène n’avait été possible qu’avec l’aide de complices que je ne possédais pas ici, à Londres.

Je fronçai légèrement les sourcils; et si, malgré les airs peu officieux que prenait cette mésaventure, cet homme qui m’observait, les bras croisés sur son torse, était celui que je cherchais? Je me trouvais prise au piège, d’une manière ou d’une autre, alors pourquoi ne pas tenter de faire changer les choses en ma faveur? Le cœur battant la chamade et cette petite voix dans ma tête qui tentait de me mettre en garde contre ces bandits, je décidai d’avancer, une fois de plus, vers celui qui semblait être le chef, jusqu’à n’être qu’à quelques pas de lui. Plongeant mon regard dans le sien, je dis, d’une voix faible, comme si je ne voulais être entendue que de lui : « Je suis écrivaine et comme Mlle Stride, je veux vivre de l’écriture. Je pensais qu’en la suivant, elle me conduirait, bien malgré elle, à des gens qui lui permettent de le faire dans ce monde qui ne semble appartenir qu’aux hommes. Je me suis trompée et lorsque je m’en suis aperçue, je me suis cachée. J’ai eu… peur… ». Je baissai les yeux pour détailler la silhouette imposante du bandit, mais les remontai aussitôt, quelque peu intimidée par la courte distance que j’avais mise entre nous. Reculant d’un pas, je poursuivis : « C’est la vérité, monsieur… ». Pouvais-je me risquer à demander à ces hommes s’ils pouvaient m’aider alors que je me trouvais dans une délicate position? Je n’en étais pas tout à fait certaine…


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MessageSujet: Re: la grâce des brigands | Joséphine [Fini] Mar 28 Mar - 21:08



La grâce des brigands

« Il faut toujours payer un prix, l'Histoire n'est jamais gratuite. »

Ruelles de Whitechapel, 1890

Le Petit Chaperon rouge avait perdu son chemin, par une nuit sans lune, dans une forêt qui n’était pas la sienne. Ici, pas d’arbres, pas de lueurs rassurantes dispensées par un ciel moucheté d’étoiles, juste des maisons borgnes, aussi grises qu’indifférentes, des taudis terrifiants de par les murailles de bric et de broc, parfois de pierre, souvent de bois, qui telles des murailles d’indigence bloquaient votre vision et vous privaient de toute horizon. Pas d’échappatoire, pas de lune bienveillante auprès de laquelle demander asile, pas de panier garni d’un petit pot de beurre pour amadouer les éventuelles créatures nocturnes rencontrées sur sa route ; le chasseur, en la personne de n’importe quel inspecteur, brigadier ou trouffion armé d’une matraque pour représenter peu ou prou l’ordre établi, avait visiblement mieux à faire, et quant à Mère Grand, vraisemblablement Annie bien que le lien soit peu flatteur au point qu’elle risquât fort de s’en vexer, elle avait été avalée par l’onde vaporeuse. Peut-être se trouvait-elle déjà à bien des rues de là, complètement inconsciente des périls pesant sur sa juvénile admiratrice ? Ou bien tout près, percevant l’écho étouffé de leurs voix, tentant de les retrouver au cœur de ce puis sans fonds qu’avait fait le brouillard de Whitechapel ? Peut-être même la brave journaliste s’était tapie à quelques pas de là, afin de suivre leur échange, tendue comme un arc, son esprit tournant à plein régime pour mieux déterminer comment venir en aide à l’infortunée demoiselle sans compromettre les choses pour elle, dans tous les sens du terme… Aucun signe, pour l’heure, ne laissait suggérer qu’une détérioration dommageable de la situation s’était enclenchée, capable de les entraîner vers le pire, il n’existait en soi aucune raison de craindre une fin désastreuse pour cette aventure crépusculaire. Cependant, et Annie aurait été suffisamment futée pour le comprendre, si d’aventure elle se voyait en train d’imiter sa disciple supposée, pelotonnée dans un coin, à l’abri, la gamine avait peur, quoi qu’aucune atteinte autre qu’un peu d’intimidation, bien modeste quand on y réfléchissait, n’ait été orchestrée à l’encontre de la malchanceuse. Instinctivement, tout à chacun le percevait, aussi aimable puisse se montrer l’être de pouvoir vous tenant au creux de sa paume : les choses pouvaient vite, très vite dégénérer, parfois pour une peccadille plus imprévisible et insignifiante qu’un grain de poussière apporté par le vent.

Une étincelle aurait pu tout enflammer, craquement involontaire d’une allumette intangible, ça ne faisait pas franchement de doute. Si une telle possibilité glaçait certaines –certaines, même, une en particulier pour être précis-, Fergus, lui, trouvait cela plus que grisant. Sorte d’agent du chaos, il représentait en même temps l’ordre, en une sorte de dichotomie vivante à l’épreuve de toute forme de raison, un ordre à la définition toute personnelle à laquelle Joséphine allait se heurter, plus encore qu’à l’atmosphère pesante, lourde de menaces en filigrane, ou qu’à la violence à peine dissimulée avec laquelle elle se trouvait traitée. Certaines personnes ne rêvaient tout simplement que de voir le monde brûler, vous savez.
Heureusement pour la Française, cette dernière n’était pas tombée sur un Grand Méchant Loup conventionnel, comme tous les petits enfants du monde se l’imaginaient à la nuit tombée, leurs draps remontés jusqu’au nez, la bougie sur leur table de chevet soufflée. N’importe quel autre brigand aurait été plus que réceptif à la séduisante idée de profiter de son avantage outre mesure, dans le sang et l’outrage le plus sordide, car après tout, qu’est-ce qui aurait bien pu l’en empêcher, ou l’en dissuader ? Certainement pas la force physique de la petite, d’apparence aussi fragile qu’une brindille, ni la solitude anxiogène dans laquelle celle-ci se trouvait empêtrée, au moins autant que dans les ennuis. La tuer, en la violant avant ou non, s’avérait aussi facile que de respirer, et pourtant, Fergus reniait sans hésiter cette solution de facilité. Pourquoi, me demanderez-vous ? Pas grand monde le considérait comme un chevalier blanc, lui-même en tête ; il n’en était même pas à se rêver en simple redresseur de torts occasionnel, la véracité d’une telle explication, aussi noble et plaisante puisse-t-elle se révéler, paraissait sérieusement compromise. Non, à dire vrai… Lynch était un homme d’affaire. Un brigand, un aventurier sans foi ni loi, un voleur doublé d’un meurtrier, un hors-la-loi que Scotland Yard aurait adoré voir pendu haut et court…Mais un homme d’affaires avant tout. Le court terme, infiniment séduisant pour certains, le laissait souvent de marbre, parce qu’inapte à répondre aux projets d’envergure dont accouchait son esprit fertile, méthodique, visionnaire : seul l’avenir comptait, et avec un cadavre sur les bras, regretter d’avoir emprunté la voie la plus alléchante arrivait tôt ou tard, mais survenait toujours. Fergus ne rechignait pas à employer la force pour asseoir chaque jour un peu plus son gang, mais aussi intelligemment que possible, car il ne faisait aucun doute que se retrouver avec des escouades d’inspecteurs dans les pattes, venus jusque dans leur fief pour mener une battue à la recherche d’une jeune ingénue –ou de son corps-, dont la disparition inquiétait ses parents riches à foison, n’aurait pas franchement été bon pour les affaires. Pour assurer les arrières de la Tribu, il aurait fallu maquiller son meurtre…  Autant de temps, d’efforts et de risques dont l’épargne semblait s’imposer d’elle-même, du moins tant que la demoiselle se montrerait aussi coopérative, et potentiellement de valeur.

L’Anglais la laissa donc venir à lui, poliment curieux, son léger sourire amusé ne prenant même pas la peine de céder le pas à une expression plus sérieuse, vu que tous ici ne doutaient aucunement de la place de choix que lui et ses hommes occupaient dans ce bras de fer à sens unique, et que pour être honnête, il commençait à bien trop s’amuser pour ne pas le montrer, même discrètement. L’affaire s’avérait de minute en minute plus truculente, ce qui ne signifiait pas forcément que le criminel se montrer plus coulant, d’autant plus qu’éterniser le calvaire de la gamine faisait durer le jeu qui s’installait peu à peu, et qui lui plaisait bien. La remarque, gratuite, fusa de ses lèvres sans hésitation, ni pitié :

-… Et tu n’as pas trouvé de meilleure source d’inspiration que de mettre toutes les chances de ton côté pour finir ton existence en te vidant de ton sang dans une ruelle… ?


Son ironie avait le don d’en remettre une couche, selon l’expression populaire, comme si quelqu’un encore parmi eux ne se rendait pas compte de l’tendue de la folie –de la bêtise ?- commise par une enfant à l’esprit trop léger pour réaliser dans quel lieu de perdition elle s’en allait gaiment. Un nouveau souffle d’hilarité parcourut la bande, dont l’itération sifflotait l’air bien connu de l’humiliation : enfoncer le clou avec tant de lourdeur pouvait être taxé de sadisme primaire, mais enfin, le monde était cruel, et il ne se révélait jamais mauvais de le rappeler, surtout à celles et ceux enclins à l’oublier trop facilement.

Cependant, ce ne seraient bien que des rires que se permettrait l’échantillon du peuple de la Tribu, puisque de dessoudeurs, Fergus en avait fait des chiens de guerre, capables de se tenir eux-mêmes en laisse quand de la chair aussi fraîche que vulnérable leur était offerte sur un plateau par la bonne fortune, bien que la tentation dût être forte. Plutôt que de céder à leurs pulsions, ils avaient appris à se montrer dociles, à suivre leur chef et ses projets plutôt que de n’espérer qu’un repas facile  fait de menus larcins et d’adolescentes égarées la nuit venue. Ces masses de muscles d’apparence sans cervelle, aussi incongru cela puisse sembler, croyaient en des promesses de trésors à venir, que le Britannique, par un tour de force quasi satanique, était parvenu à rendre plus attirants que des plaisirs faciles.

Un léger haussement d’épaules s’allia chez Lynch à une expression indolente, à la manière d’un grand prince se montrant magnanime plus par ennui que par réelle conviction :

-Admettons. Partons du principe que j’accorde du crédit à ton histoire de bouquin.

Très improbable, sa jolie fable, mais au final, le mensonge se trouvait tellement énorme qu’il en devenait plausible, en fin de compte, et même, pourquoi pas, vrai. Après tout, l’idée qu’un gang puisse actuellement œuvrer pour prendre le contrôle de deux quartiers entiers de Londres sans que les autorités n’en sachent rien  paraissait relever de la fiction la plus échevelée, et pourtant, c’était bel et bien le cas.

-Je me fiche bien de que qu’Annie et toi, vous mijotez, ni de ce que tu lui caches ; ça ne devient mon affaire que parce que vous vous plaisez toutes les deux à vous promener là où vous ne devriez pas.

Autrement dit, sur des terres en pleine mutation, de plus en plus réfractaires à tous ces éléments étrangers venus fouinés dans les derniers retranchements qu’une société oppressive avait condescendu à leur attribuer : qu’on se le dise, les pauvres hères vivant à Whitechapel et Southwark ne pardonnaient plus, ni ne considéraient d’un œil bienveillant celles et ceux n’ayant rien à faire chez eux, dans leur indigence et leur fol espoir d’avoir enfin leur propre champion. Sans compter que toutes les cabales illégales fomentées dans ce giron n’avaient pas besoin d’un public extérieur.

-Si je te laisse gentiment filer, pour continuer d’épier ta journaliste ou de griffonner ce que tu voudras, qui me dit que tu ne vas pas  de ce pas aller tout cafarder à ton cher papa, à la police, à d’autres messieurs mal intentionnés ?


En soi, seuls les autres groupuscules illégaux auraient réellement pu poser problème, comme Percy Mortimer allait le faire pour le gang de son père, tant l’information, même en des lieux si abandonnés par le Ciel, valait de l’or. Néanmoins, comme nous l’avions précisé plus haut, se dispenser de patrouilles de bobbies n’aurait pas été un bienfait sur lequel Fergus aurait craché.

-Quel intérêt j’ai à ne pas demander à ces messieurs de te trancher la langue, ou mieux, vu que tu sais écrire, de balancer ton corps aux chiens pour que tu ne risques pas de baver sur notre compte ?

Lui-même le savait déjà, mais la blondinette l’intriguait, et il désirait savoir jusqu’à quel point elle parviendrait à gouverner sa peur pour débattre en adulte de sa propre survie, avec autant de calme que d’arguments convaincants. C’était surtout là-dessus que le fondeur l’attendait, sur sa capacité à se vendre, à trouver de quoi plaider sa cause pour mieux rendre ceci attractif aux yeux de mécréants comme eux, plus rompus à ce genre de négociation qu’elle.

-Qu’est-ce que tu me rapportes, Joséphine ? demanda Fergus, employant pour la première fois le prénom de la Française, l’écorchant par son accent, tout en mettant des mots, au fond, sur ce qu’il attendait vraiment. Quel prix tu m’offres, en échange de ta vie et de ta liberté de mouvement ?

Annie, en soi, ne donnait aucune contrepartie en échange de son laisser-passer, mais Annie était une amie, ce qui rendait les choses complètement différentes –monstrueusement partiales, mais différentes. Chacun tirait son épingle du jeu à sa manière, à Whitechapel sans doute plus que partout ailleurs.



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MessageSujet: Re: la grâce des brigands | Joséphine [Fini] Sam 13 Mai - 14:04



La grâce des brigands

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- Fred Pellerin (Tenir debout)

Ruelles de Whitechapel, 1890

« -… Et tu n’as pas trouvé de meilleure source d’inspiration que de mettre toutes les chances de ton côté pour finir ton existence en te vidant de ton sang dans une ruelle… ? »

Si j’avais bêtement cru que ma mésaventure avec Billy, ce petit bandit qui m’avait dérobé un  bien précieux, et la chasse à l’homme qui s’en était suivi, en compagnie de Devlin, m’avait préparé à affronter les dangers de Londres, cet homme au regard azure me rappelait à quel point j’étais naïve et innocente. M’imaginer me vider de mon sang, dans une ruelle de Whitechapel, n’avait rien pour me rassurer et si je n’avais pas été habité par ce sentiment étrange qui me poussait à me mettre à danger pour atteindre mes rêves et l’existence à laquelle j’aspirais, je me serais certainement écroulée au sol pour pleurer et supplier ces criminels de m’épargner. À vrai dire, cette idée embrouillait de plus en plus mes pensées, mais je ne pouvais pas m’y abandonner. Annie n’était certainement pas arrivée à les amadouer en faisant preuve de faiblesse! Que ces hommes puissent être ceux que je recherchais ou pas, je devais me montrer courageuse et digne de leur attention.

Je jetai un bref regard aux hommes, autour de moi, qui riaient de l’intervention de leur chef. Ma poitrine se souleva fortement alors que cette hilarité déclenchait un processus d’autodéfense en moi; je pouvais accepter d’être prise au piège par manque de jugement, mais que ma démarche artistique soit dévalorisée ainsi, par un homme qui ne savait probablement pas ce qu’était un livre, venait me heurter d’une manière viscérale! Sans réfléchir, mes petits poings se crispèrent de chaque côté de mes hanches. J’aurais aimé pouvoir répondre du tac au tac que j’étais prête à tout pour donner corps à mes idées et écrire le prochain livre qui ferait de moi une écrivaine respectée par le milieu, mais je ne pus le faire… Ne vous détrompez pas, j’étais toujours terrorisée par ce que ces bandits pouvaient me faire subir, mais mon tempérament impétueux me poussait parfois à réagir violemment dans un élan de colère… Dans ces moments, je n’accordais aucune importance aux conséquences de mes actions et pourtant, en ce moment précis, il était crucial d’y penser! Ces hommes n’étaient pas Devlin Stanton, cousin de mon père qui devait prendre soin de moi à la demande de ce dernier! Rien ne les empêchait de laisser libre court à leurs plus bas instincts et de se débarrasser de moi à la fin… Et pourtant… ces rires ne faisaient qu’alimenter le feu qui me consumait de l’intérieur…

« -Admettons. Partons du principe que j’accorde du crédit à ton histoire de bouquin. »

… La voix de l’homme s’éleva à nouveau, faisant taire les rires de ses hommes. Je tournai les yeux dans sa direction, fronçant les sourcils, et écoutai attentivement chacune de ses paroles. Lorsqu’il supposa que je pourrais aller tout raconter à mon « cher papa » (ou à tout autre monsieur), je croisai les bras sur ma poitrine en secouant légèrement la tête. Non, mais! Pour qui me prenait-il donc? J’allais lui faire savoir ma façon de penser sur le sujet lorsqu’il poursuit : « Quel intérêt j’ai à ne pas demander à ces messieurs de te trancher la langue, ou mieux, vu que tu sais écrire, de balancer ton corps aux chiens pour que tu ne risques pas de baver sur notre compte ? » Je devins agitée. Pendant quelques instants, je m’étais laissée emportée par cette joute verbale, croyant pouvoir y participer de la même manière que je le faisais avec Devlin, mais ce rappel à la réalité eut l’effet d’une douche froide qui me fit frissonner de la tête aux pieds. Ici, dans cette ruelle sombre de Whitechapel, je n’étais personne et ces hommes le savaient. Si une petite bourgeoise française, vivant à Londres depuis peu, disparaissait sans laisser de traces, les chances pour que la piste remonte à cette joyeuse bande d’hommes sympathiques étaient bien minces. Néanmoins, une légère lueur d’espoir me permettait de ne pas sombrer dans un sentiment de peur paralysant : tout ceci n’était qu’un jeu pour ces bandits. Du moins, j’essayais de m’en convaincre. Après tout, pour quelle raison  l’homme au regard clair n’avait-il pas ordonné immédiatement à ses hommes de m’immobiliser ou de me bâillonner afin d’éviter que je me mette à crier à l’aide? Tout cela n’avait aucun sens! Une fois encore, je fus extirpé de mes pensées par cette voix que je ne pourrais plus jamais oublier : « Qu’est-ce que tu me rapportes, Joséphine ? Quel prix tu m’offres, en échange de ta vie et de ta liberté de mouvement ? ».

Je restai surprise, dans un premier temps, de ces nouvelles questions. Après avoir tenté de me faire peur, voilà que j’avais maintenant la chance de me sortir de cette délicate situation? Instinctivement, je me mis à tâter mes vêtements d’hommes, cherchant dans chacune des poches profondes de mon manteau, puis de mon pantalon, quelques pièces sonnantes ou tout autre objet pouvant être susceptibles d’intéresser ces bandits. Après quelques instants qui me parurent une éternité, je fus forcé d’admettre que je n’avais rien, sur moi, à proposer à l’homme devant moi. Nerveusement, j’étouffai un rire alors que je laissais mes deux bras retomber mollement de chaque côté de mon corps. « Je n’ai rien… » avais-je annoncé en français en baissant les yeux… « Rien que vous ne pouvez déjà me prendre par la force… ». En m’exprimant toujours en français, je tournai la tête pour regarder chacun des hommes présents à ma mésaventure. « Je n’ai rien! » avais-je répété, cette fois en anglais en souriant étrangement; la folie venait-elle de prendre possession de mon esprit? Ma poitrine se souleva à plusieurs reprises, de plus en plus rapidement alors que des larmes inondaient mes yeux; je devinais déjà quel prix ces hommes demanderaient et je ne pouvais l’accepter! « Mr. Stanton est très riche… » avais-je murmuré sans réaliser qu’il y avait une infime chance pour que ces bandits connaissent le grand détective Devlin Stanton et que cette information soit l’élément décisif à une mise à mort rapide. « … et je possède quelques objets ayant appartenu à ma mère qui ont certainement de la valeur… ». Je levai mes yeux humides vers l’homme au chapeau melon. « Si vous souhaitez autre chose que des richesses, je peux vous procurer des armes (Devlin en avait une collection… ) et mon père est marchand… Peut-être pourrais-je… ». Je levai les yeux au ciel, penchant la tête légèrement vers l’arrière en prenant une profonde inspiration afin de ne pas pleurer. Je ne devais pas pleurer devant ces hommes! Je ne leur ferais pas ce plaisir! Une idée traversa mon esprit et sans prendre le temps de l’analyser, je la livrai à ces hommes : « … Je peux peut-être me rendre utile pour vous aider… Si vous avez besoin de quelque chose que vous ne pouvez vous procurer sans attirer l’attention ou… Je connais des gens… Je pourrais entendre des choses… je ne sais pas… ».

Je croisai les bras sur mon abdomen en baissant les yeux à nouveau, regardant le vide devant moi. Je devais accepter que je vécusse probablement mes derniers instants de vie; ce que j’essayais de marchander, en échange de ma liberté en valait-il réellement le coup? Le regard toujours perdu, je murmurai quelques mots que j’avais un jour gribouillés sur un bout de papier : « Une nuit ou une vie cerne mes yeux déjà flous aux reflets vert-de-gris et cruels… Et la gorge qui rit, et les mains dans la boue, c'est dans le brouillard qu'une rencontre est belle… »*. Cette fois, après avoir récité ces quelques mots qui ne voulaient probablement rien dire aux brigands, je me mise à rigoler nerveusement : « … Cette mésaventure sera le thème de mon prochain roman, et vous, le héros de cette histoire!... ». Je tournai les yeux vers l’homme au regard clair en sachant très bien qu’il n’apprécierait certainement pas la plaisanterie, mais qu’avais-je à perdre maintenant?...

*- Fred Pellerin (Tenir debout)

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MessageSujet: Re: la grâce des brigands | Joséphine [Fini] Lun 31 Juil - 18:41



La grâce des brigands

« Descends, descends en enfer, et dis que c'est moi qui t'y envoie. »

Ruelles de Whitechapel, 1890

Quand l'existence vous donne des citrons, il faut en faire, paraît-il, de la limonade. Fergus, pour sûr, n'avait jamais goûté de limonade de sa vie, breuvage insipide qui en plus d'être trop élitiste pour lui avait le grand désavantage de ne pas être alcoolisé pour tenter de rattraper le coup ; quant aux citrons, ils ne pullulaient pas spécialement à Whitechapel, de même que bon nombre de fruits et légumes que les commençants ne prenaient ni la peine ni le risque de transporter jusqu'aux marchés crasseux de ce quartier à la réputation accablante. Pour tout dire, si vous ne sortiez pas de ce cloaque à ciel ouvert, vous aviez de fortes chances de ne même pas savoir à quoi ressemblait un citron... Les sommités de la médecine anglaises auraient fait une sacrée tête en réalisant qu'au cœur-même de leur belle ville, des cas de scorbut se déclaraient dans les faubourgs pauvres comme si ces derniers avaient été des navires démâtés voguant à la dérive, les cales vides et l'équipage  aux abois.

En tout cas, si en pratique ce bel adage relevait de l'impossibilité pratique la plus crue, Lynch en saisissait la philosophie profonde, et y adhérait avec énergie. S'il avait été homme à s'arrêter dès la première difficulté rencontrée, ou quand les choses commençaient à devenir pénibles, il n'aurait clairement pas été aussi loin sur la lancée qu'il s'était conférée depuis sa prime jeunesse. Plus encore : chaque écueil n'avait d'autre choix que de se muer en une opportunité à saisir et non une impasse, afin d'aller toujours plus loin dans ses plans. Dépasser les limites de ce qu'avaient pu réaliser ses pairs en leurs temps, ainsi que ce que les autorités leur avaient imposé comme pré carré aussi étriqué que vicié, requerrait une adaptabilité sans faille, si bien qu'à chaque élément nouveau, bon comme mauvais, la surprise ne devait s'éterniser plus de temps que quelques battements de cœur, pour laisser les pleins pouvoirs à un esprit pragmatique, réactif, à l'affût de tout ce qui pourrait être tiré de la situation présente.

Ainsi, dès que la silhouette filiforme de Joséphine était apparue dans le brouillard, une part de son subconscient, aux dents longues et à la méfiance exacerbée et à l'ambition vorace s'était mise en branle, comme à chaque perturbation, même minime, de la bonne marche des rouages multiples habitant le ventre de la Tribu. Lien entre la surface et les profondeurs, son instinct jouait les périscopes, transmettant les informations transmises par ses sens jusqu'à la boîte noire sous son crâne où idées novatrices et grandes décisions voyaient le jour ; tout était bon à prendre, laisser quoi que ce fût au hasard pouvait, savait-on jamais, entraîner la chute à venir de leur groupe de même que de tous ses espoirs, les enjeux n'étaient jamais vraiment minimes. Alors que le brigand écoutait les propos de la jeune femme, tantôt combative, tantôt désespérée, les engrenages de sa raison s'activaient, infatigables, machine à broyer le grain à moudre que sa position de chef l'amenait à devoir gérer bien souvent en tête à tête avec lui-même, comme tous les hommes de pouvoir se trouvaient amenés à le faire, un jour ou l'autre.

En cherchant bien, et sans avoir besoin de s'aventurer dans des projets sur la comète absolument ubuesque, la demoiselle avait bien quelque chose sous le coude susceptible de les intéresser, voir même dans le meilleur des mondes de leur être utile, il suffisait de se creuser les méninges, tout en ne repoussant aucune option. Cependant, Fergus ne désirait pas lui faciliter la tâche plus que ça, autant par manque cruel de motivation que parce qu'il n'était pas là pour faire office de Bon Samaritain : la laisser se dépêtrer du bourbier dans lequel elle s'était fourrée comme une grande relevait en partie du petit jeu mesquin du chat et de la souris, mais également d'une sorte d'épreuve du feu préliminaire, toute destinée à déterminer à quel point la visiteuse en avait dans la tête -et dans les tripes. Selon ce que la Française parviendrait à extirper de son imagination, et de comment son sixième sens évaluerait la valeur de l'offre, le Britannique trancherait la question, en se montrant ou non force de proposition.

-Parle dans notre langue,
la reprit-il sans prendre de gants, à la manière d'une fine baguette maniée par un professeur de musique tyrannique, fervent amateur de châtiment corporels pour corriger ses élèves et les emmener vers l'inatteignable perfection.

L'emploi de la langue maternelle de la jeune femme, en soi, n’était vraiment problématique, vu que celle-ci avait l’air de pleurer sur son sort plus que de délivrer des éléments d’un intérêt inégalable ; néanmoins, ce n’était pas le moment de laisser passer, en présence de ses acolytes, des manques de tact que ses hommes seraient à même de prendre pour un manque de respect envers eux, les traîne-misère trop balourds pour maîtriser plus que leur dialecte maternel, voire un défi à son autorité. Fergus savait se montrer dur mais juste en tant que leader, cependant il avait également conscience du point auquel son image était importante, plus même que la susceptibilité éventuellement froissée de la demoiselle.

La pitié gratuite n’avait pas franchement cours dans leur milieu, pas plus que laisser passer la moindre offense, réelle ou imaginaire, d’autant plus si celle-ci émanait d’un « étranger », d’un être n’appartenant pas à leur gang, ou pire, à leur univers. De même, la voir chercher de la menue monnaie au fond de la moindre ses poches pour acheter son passage -et sa survie, par la même occasion-, était en un sens insultant, bien que la petite n’ait sans doute pas pensé à mal, ingénue comme alla avait l’air de l’être : à qui pensait-elle s’adresser, à de vulgaires mendiants venus faire la manche pour quelques piécettes ? Un reniflement méprisant, dans son dos, lui confirma que la manœuvre maladroite de la Française ne se trouvait effectivement pas appréciée par grand monde. Fergus ne pouvait  vraiment leur en vouloir pour leur irascibilité : il lui avait fallu bien des mois pour réanimer le brasier de leur fierté, soufflant patiemment sur des braises étouffées depuis des décennies, attendre autre chose de leur part en pareilles circonstances n’aurait pas eu de sens. Une part de son coeur, secrète, souriait dans l’ombre, fière d’avoir tiré de ces fantômes serviles des battants à l’orgueil trop exacerbé pour accepter le moindre affront.

Le nom que la jeune femme prononça, presque en désespoir de cause, le fit tiquer, mais pas dans le sens que Joséphine craignait. Oh, bien sûr, le raccourci aurait pu être aisément fait : une parente d’un détective privé, gêneur s’il en était, pouvait donner de sérieuses envie de meurtre, juste pour faire les pieds à un type comme Devlin Stanton, et lui apprendre un peu la vie, tout en lui faisant passer le goût de venir fouiner dans les affaires des autres. Cependant, comme pour tout ce qui touchait à la Tribu, la vision de Fergus avait une longueur d’avance et brassait large, bien plus large que les pulsions primaires auxquelles tout à chacun s’attendre venant d’un brigand de son espèce. Qui disait meurtre d’un proche d’un enquêteur, rattaché ou non à Scotland Yard, signifierait enquête, mais pas du genre à se voir enterrée au bout de quelque temps, faute de preuve ; un limier ne lâchait jamais sa proie, dût-il passer sa vie à tenter de trouver le coupable, mettant ses talents professionnels au service d’une affaire devenue toute personnelle. Même sans l’appui de la police, Stanton pouvait très certainement constituer un grain de sable dans leur belle entreprise, un inconvénient dont l’Anglais n’avait nulle envie d’avoir à s’occuper. Garder Joséphine en vie représentait tout un tas d’avantages plus intéressants les uns que les autres, maintenant qu’il savait pour elle et le détective… Hors de question de les balayer sur un coup de sang.

-Stanton, hein… murmura-t-il, pensif, tout en la laissant poursuivre son monologue, auquel le hors-la-loi ne prêtait plus qu’une oreille légèrement distraite.

Lynch n’avait jamais eu l’occasion de se heurter personnellement aux talents d’investigation de ce brave monsieur, mais il arrivait de temps à autres que ce patronyme circule dans une bouche ou deux, assez pour qu’il vît de qui il s’agissait, sans pleinement être en capacité de mesurer le pouvoir de nuisance exact du larron. Ça tombait bien, Dame Fortune venait de lui servir l’atout parfait sur un plateau, avant même qu’il ait commencé à réfléchir à comment se prémunir de la curiosité du privé. Concocter de la limonade, pour le coup, allait être un jeu d’enfant.

-Tu pourras garder ça pour ta pierre tombale, trancha Fergus en réponse à la citation déclamée timidement par son interlocutrice.

Après cette brève réflexion, où tout s’était déroulé en dedans de lui-même, son énergie refluait, l’animant de la motivation à mettre les mains dans le cambouis propre aux besogneurs avec chevillée au cœur l’excitation de donner pleinement la parole à ses dons. Assez de blabla, place au concret, il n’était pas homme à perdre son temps avec de grandes déclarations de tragédiens à la voix secouée de trémolos. L’on sentait qu’il était satisfait de se mettre au turbin, sans pour autant que son plan de bataille parût seulement imaginable. Dans quelle direction les embringuait-il donc encore, capitaine imprévisible d’un vaisseau dont il était le seigneur et maître ?

Son regard, pétillant, ne laissait cependant aucun doute quant au caractère irrévocable de la nouvelle aventure pour laquelle tous les autres -surtout Joséphine, à dire vrai- avaient été désignés volontaires.

-Ton truc, c’est la cause des femmes, par vrai ? Tu vas donc aller visiter des bordels.

Sa dernière phrase sonnait moins comme une question que comme une affirmation : elle traînait avec Annie, se disait être son amie et se plaisait à se balader habillée en homme là où elle n’aurait pas dû, ça ne faisait aucun doute qu’elle se rattachait au même mouvement de pensée que la journaliste. Il tombait donc sous le sens que sa noble croisade pour le beau sexe allait la mener jusqu’aux lieux de perdition où filles et femmes échangeaient les plaisirs de leurs corps contre des gages dérisoires ; en tout cas, si tels n’étaient pas les plans de miss Morel, ils allaient le devenir, comme le sous-entendait Fergus, avec une fermeté cachée derrière l’amabilité d’un négociateur -une poigne de fer dans un gant de soie.

-Quand tu seras là-bas, et en échange de ta liberté d’allées et venues, je veux que tu ouvres grand tes yeux et tes oreilles. Rapporte-moi tout ce que tu entendras, les moindres détails, tout ce que tu pourras remarquer : les rumeurs, les visages des clients, les détails, les indiscrétions des filles, tout. Ne te soucie pas de ce qui te paraît intéressant ou pas, engrange tout, on verra après, et écris sur ce que tu voudras, ça ne me regarde pas. Tu feras un rapport toutes les semaines ; je te conseille vivement d’avoir des choses à dire, et de te pointer sans faute. Tu as l’air d’être une fille intelligente, pas besoin de t’expliquer ce qui t’arrivera si tu déroges à notre accord. Sache simplement que le temps qu’on mette la main sur ton adresse, on retrouvera des petits morceaux de ta grande amie Annie Strides un peu partout dans Londres, en avant-goût de ce qui t’attendra.

Difficile de dire si le Britannique bluffait ou non au sujet de la reporter : celle-ci pouvait être considérée, à priori, comme une amie, à la rigueur une bonne connaissance, mais était-ce suffisant pour la préserver des retombées du chantage que le truand venait d’imposer à la jeune écrivaine ? Celui-ci n’avait apparemment aucune limite lorsqu’il s’agissait d’installer l’omnipotence de son groupe, tout s’avérait possible ; quoi qu’il en fût, l’objectif était clair : en la leurrant ou non, il souhaitait lui faire peur, la terroriser suffisamment pour qu’elle exécute sa tâche avec diligence, sans pour autant perdre tous ses moyens à cause de son anxiété. De ce côté-là aussi, Fergus n’avait plus grand-chose à apprendre. Une menace simple ourlée de bonhomie, si intellectuellement satisfaisante, glaçait bien plus que des hurlements barbares… Et c’était beaucoup moins fatiguant.

-Si tu passes, conclut l’ouvrier, en décroisant brièvement les bras pour montrer négligemment du bout de l’index la ligne invisible entre le mur et leur « poste de garde », tu acceptes le marché. Sinon, tu peux rebrousser chemin, et renoncer à tes incursions de ce côté-ci de la frontière ; ça s’arrêtera là. À toi de voir.

L’éclat dans les yeux bleu-gris du fondateur de la Tribu n’était au fond pas que de l’entrain à l’idée de déployer un énième stratagème né de son esprit fécond : il sentait la demoiselle joueuse, motivée par sa curiosité et ses convictions au point d’aller à l’encontre de la prudence la plus élémentaire. S’il avait dû parier, il aurait misé ses deniers sur une tentation beaucoup trop forte pour que la belle batte en retraite : elle paraissait aussi flambeuse que lui, au fond, êtres de danger se reconnaissant les uns les autres comme les explorateurs mordus par la fièvre de l’or, et parlaient le même langage. Ils avaient tous deux de quoi satisfaire l’autre, et Satan proposant un contrat à un mortel sur le point de se détourner de son Berger n’aurait pas arboré un demi-sourire moins narquoisement confiant.



Titre : Véronique Ovaldé
Citation : William Shakespeare, Henry VI, V, 6, Gloucester
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MessageSujet: Re: la grâce des brigands | Joséphine [Fini] Mar 8 Aoû - 21:39



La grâce des brigands

« C'est dans le brouillard qu'une rencontre est belle »
- Fred Pellerin (Tenir debout)

Ruelles de Whitechapel, 1890

Quelques jours seulement après cette rencontre, le corps démembré de la journaliste Annie Strides fut retrouvé par des enfants de la rue, tel que l’avait prédit Fergus, en cas de refus de ma part de travailler pour lui. Pensant que ses menaces ne seraient pas mises à exécution et que je pourrais rapidement retrouver la sécurité du foyer de mon tuteur, j'avais rebroussé chemin…

… Eh bien non. Ce ne fut pas ce qui se passa, car terrorisée à l’idée qu’une telle chose puisse arriver à cette chère Annie, je fis le seul choix qui s’offrait véritablement à moi; accepter de travailler à espionner dans les bordels pour le chef de cette bande.

J’étais néanmoins bien loin d’imaginer que, passé le choc de notre première rencontre, je travaillerais de mon plein gré pour Fergus puisque comme tous les gens qu’il rassemblait sous sa bannière, j’allais être charmée par sa personne, ses aspirations et ce désir commun que nous partagions de vouloir vivre sa vie librement.

Dans l’ombre des membres de la Tribu, j’allais offrir mon allégeance à cet homme, trahissant au passage la confiance de la seule famille que je possédais ici, à Londres, attirant les ennuis et cultivant le doute, mais malgré tout, à aucun moment je n'allais regretter d’avoir fait la connaissance de Fergus…

FIN


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Crédit - © Joy
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