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voici le temps des assassins | Sarah

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Emploi : Fondeur
Informations : Orphelin déposé au seuil d'une institution quelques semaines après sa naissance ✘ Ignore tout de ses origines, et n'y accorde aucune importance ✘ Fraie dans le monde de la petite délinquence depuis sa plus tendre enfance ✘ Ancien chef d'une bande gosses aventureux, à présent dissolue ✘ Suite à ça, a passé plusieurs mois en maison de correction ✘ La mort d'un de ses meilleurs amis, atteint de syphilis, a suffi à le convaincre de ne pas s'approcher des prostituées, règle qu'il suit toujours ✘ A fondé la Tribu, gang des rues sévissant à Whitechapel, dont il connait les moindres recoins ✘ Participe régulièrement à des combats illégaux organisés dans des bars, desquels il tire un joli pactole, ainsi que quelques petites cicatrices sur tout le corps ✘ Amateur d'armes blanches, il se sépare rarement de son couteau de boucher, tout comme de son vieux chapeau melon ✘ Se moque bien des forces de police, avec lesquelles il n'hésiterait pas à en découdre ✘ Ne voue que mépris à l'aristocratie et aux autres parvenus, mais grâce aux paiements reçus en échange de l'aide de son gang, il recrute de plus en plus d'adeptes, et accroît l'influence de la Tribu : son ambitieux objectif n'est autre que de faire tomber sous sa coupe Whitechapel et Southwark, pour mieux leur donner un second souffle, ainsi qu'une capacité de réponse envers les injustices infligées par les strates plus aisées de la société.
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MessageSujet: voici le temps des assassins | Sarah Sam 11 Fév - 11:11



Voici le temps des assassins

« I'm gonna make her an offer she can't refuse. »

Église St Mary Matfelon, 1891

Lorsque Fergus alluma l’extrémité de son cigare, une lueur mordorée dévora ses traits, y révélant les premiers signes de l’âge, les marques qu’un être aussi expressif que lui portait tout aussi fièrement que ses cicatrices. Les ombres, durant quelques secondes, soulignèrent chaque relief, chaque ligne, à la manière d’un peintre plus amateur d’esquisses vaporeuses que de détails crus, le temps que le tabac s’enflamme, et que dans une première bouffée parfumée, il n’abandonne son allumette dans le néant. Celle-ci, à la flamme étouffée d’un preste geste du poignet, chut à terre, un mince filet de fumée retraçant grossièrement sa trajectoire avant qu’elle ne rebondisse sur les pavés et n’y périsse sans un cri, à présent inutile, et privée de son brasier intérieur. La petite fournaise, à la perpendiculaire des lèvres de l’Anglais, se réduisait à présent à un simple point, pas assez flamboyant pour sobrement enflammer son visage, mais suffisamment pour rappeler à quel point, le temps d’un instant, la nuit avait été déchirée d’une lueur fugace.

Lynch ne craignait pas d’être remarqué, ou même pris pour cible, malgré le soleil rouge sang qui, dans les ténèbres, faisait songer au Diable en pleine observation du monde des vivants, par un judas prolixe en fumerolles au parfum âcre, exhalées par un des humbles serviteurs du Malin. Il fallait dire que déjà, en soi, un groupe de loubards regroupés dans l’ombre projetée par l’angle d’une église, alors que le jour avait disparu depuis des lustres, ne relevait pas de la discrétion la plus experte ; à cela s’ajoutait la confiance inébranlable de Fergus, et pour le coup, sa volonté de se montrer raisonnablement pourvu en assurance, nullement prêt à sursauter au moindre soupir de la nuit, apeuré à l’idée de prendre une balle en plein front. Courage ou inconscience effrontée, l’Humanité aurait pu débattre là-dessus durant des siècles, au risque de rater l’objet de cette réunion de conjurés, au fond bien plus captivant que de savoir si, oui ou non, le criminel soignait chacune de ses postures pour se donner un genre, ou si une bonne dose d’improvisation plus ou moins irréfléchie. Rien que le voir le cigare aux lèvres soulevait quelques interrogations, compte-tenu du fait qu’à l’ordinaire, Fergus ne fumait pas, trop conscient que l’argent était suffisamment rare pour ne pas le dépenser en denrées inutiles. Qu’était donc en train de fomenter Lynch, pour ainsi se retrouver dans une telle combine, et savourant un barreau de chaise sorti d’on ne savait où, trop cher pour un simple ouvrier et étrangement déplacé en plein cœur de Whitechapel, là où la misère frappait sans vergogne, et sans pitié ? Les conjectures se perdaient dans le ciel nocturne, accompagnées des volutes que le Britannique exhalait avec flegme, imperturbable malgré la tension légèrement palpable au sein de ses hommes.

Les gars, pour le coup, ne se paraient pas franchement de la fatuité habituelle avec laquelle ils s’affichaient quand, en présence de leur mentor, ils sortaient hanter les rues de leur quartier bien-aimé ; sans être à proprement parler sur les nerfs, un vent de crispation semblait crisper chacun de leurs muscles, et les laisser sur le qui-vive, trop pour ne pas pressentir la venue imminente d’un être pour le moins hors du commun, puisque cette église comme le reste appartenait à leur fief, leur territoire où parader sans une once de retenue. Fergus s’en serait presque amusé, si un tel jeu n’avait été, en réalité, bien cruel envers ceux lui ayant donné leur confiance : d’un péril, ils se faisaient un monstre devant lequel fuir ou se protéger tant bien que mal ; à l’inverse, le hors-la-loi y voyait une opportunité à saisir, quels que fussent les risques, ce qui justifiait bien cette entrevue digne d’un roman, et son calme pleinement assumé. Voilà pourquoi il était chef et que ses sbires suivaient ses directives, entre autres…

-Elle ne viendra pas,
affirma l’un des truands à sa solde, tout en balayant l’obscurité alentour du regard, à la manière d’un chasseur à présent traqué. On perd not’ temps, on ferait mieux de décamper.

Un fin sourire se traça sur les lèvres du chef de la Tribu, en coin du fait du cigare toujours en place, coincé entre ses lippes. Les échos de Big Ben leur avaient apporté depuis quelque temps déjà l’annonce d’un nouveau jour qui débutait, et bien que minuit ait sonné, il n’y avait nulle trace de qui que ce fût d’autre qu’eux ; quand bien même un passant aurait eu l’imprudence de se perdre du côté de Ste Mary Matfelon, la vue de la petite bande, maigre échantillon de ce à quoi ressemblait le gang, l’aurait de toute façon vivement invité à passer son chemin sans demander son reste. En soi, le larbin n’avait pas tout à fait tort… Mais celle qu’ils espéraient voir n’était pas n’importe qui, du moins quelqu’un qu’on pouvait prendre la peine de patienter encore un peu.

-Elle va se pointer. Aussi vrai que le fleuve est fait d’eau, et qu’il coulera encore au milieu de la ville quand le matin se lèvera. On attend.


La Sybille prophétisant la chute de Troie n’aurait pas eu plus de tranquille certitude quant à ce qu’elle annonçait, si bien que le gros bras se rembrunit, préférant se fier à son chef que de prendre la responsabilité d’un départ aux accents de lâche désertion. Si Lynch soutenait que leur invitée allait apparaître, tel un fantôme vomi par le noir, alors d’accord, ils ne bougeraient pas, trop impressionnés par la maîtrise qu’affichait le fondeur dans tout ce qu’il entreprenait, à commencer par ce message, colporté à travers tous le quartier par des canaux secrets, véritables arcanes dont ils ignoraient tout ou presque alors que Fergus les maniait avec chaque jour un peu plus d’adresse, cette invitation à le rencontrer, ici, à cette heure, ce soir-là. À certaines occasions, Fergus était l’un des leurs, un bon camarade sur lequel se fier et avec qui partager une bonne bière, une bonne rigolade ou une bonne bagarre ; à d’autres, il paraissait appartenir à un autre monde, doté de deux coups d’avance, presque sorcier, tant il jouait les mystérieux, et maniait le gouvernail de leur groupe en solitaire, vers des abysses où il semblait être le seul à parvenir à se repérer sans l’ombre d’un doute.

Leur hôte de marque ? Sarah Blackcat, rien que ça, et sans nul doute ce qui, pour être honnête, rendait ces messieurs si nerveux. Pensez donc, une femme tueuse, une demoiselle avec plus de sang sur les mains qu’ils n’en auraient sans doute jamais… Il y avait de quoi les ébranler dans leurs certitudes, sur leurs trônes de mâles dominants habitués à ce que les membres du beau sexe baissent les yeux sur leur passage. Voilà pourquoi Fergus voulait la voir. Voilà pourquoi il voulait lui parler, entremêler sa trajectoire à la sienne, le temps de quelques heures, ou d’une vie de complicité, dans le sens criminel du terme : les êtres exceptionnels étaient faits pour se rencontrer, pour se magnifier les uns les autres, là, au milieu de la médiocrité. L’amusement ne s’en trouvait que décuplé, en tout cas, Lynch en demeurait convaincu.




Citation : The Godfather (revisitée)
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Informations : My name is Sarah Odelschwanck. After a childhood in hell, I took arms for only one goal : To save women in my city. But I failed into darkness and I must become someone else. I must become something else. I must become THE BLACKCAT.
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MessageSujet: Re: voici le temps des assassins | Sarah Lun 6 Mar - 9:22



Voici le temps des Assassins.

« If you wanna see the morning to comes, you'll need to be alive.»



Quand dieu vous déteste, le mieux à faire est de lui renvoyer la pareil. On peu dire que c’est dans cet état d’esprit que je vis ma vie à ce jour. Sauf que, finalement, il est assez difficile de vaincre un dieu sur ce point car il sera toujours le premier à vous tartiner d’emmerdes. Ainsi, ma vie est loin d’être rose. Mais, au moins, je peux aider ma mère à se reconstruire une vie plus ou moins ordinaire… Même-ci, cela signifie par la même occasion, sacrifié mon propre avenir, mon propre bonheur.

Après Riven et Felix, je me suis faite une raison. Je serais haïs de tous et, à ma mort, je finirais seule. Personne pour me tenir la main le moment venu. Si j’ai été une femme un jour, je ne le suis plus aujourd’hui. Je ne suis plus qu’une tueuse… Et encore, à supposé que j’ai été une seule fois une femme dans toute ma vie !

Ce jour là, du coup, je noyais ma tristesse dans un vieux Scotch écossais, dans une taverne minable non loin de chez moi. C’était l’un des rares endroits où l’on pouvait me contacter en personne. Je reçu alors à ma table un messager qui m’invita à me rendre en un lieu à une heure précise afin de rencontrer son employeur, un certain Fergus. Ce nom m’était plus ou moins familier. Je ne donna pas de réponse au messager, lui disant simplement avec ma bonne humeur habituelle (je précise que c’est de l’ironie) que je viendrais si le désir m’y venait.  Tout d’abords, je devais me renseigner un peu sur l’homme dont il était question. Déjà, être sûr qu’il ne voulait pas ma peau, connaître ses activités… J’entendis finalement parlé d’un certain Fergus, à la fois simple ouvrier et chef de gang en train de se faire une réputation dans les rues de la belle ville de Londres. Bon… ça ne coûte peut-être rien d’aller lui rendre visite… Même ci je ne sais pas comment il va me payer.

Je m’équipa plus que d’habitude pour cela. Deux pistolets à six coups, une épée à une main, deux couteaux et une dague. Je devais rencontrer un chef de gang et, quoi qu’il me veuille, je préférais être prête au pire. Après tout, quand on est tueur à gage, on est rarement très apprécié dans le milieu publique, surtout parmi les autres criminels. Il suffisait  que je me sois occupé juste une fois d’une personne de ce gang pour attiser la colère de son chef et de ses membres. A la nuit tombée, je me rendis sur place, totalement invisible avec mon long manteau en cuir, mes bottes et mon chapeau, toute de noir vêtue. A l’angle de l’Église St. Mary Matfelon, je vis un peu de mouvement. Difficile de définir un nombre exacte tant il faisait sombre mais je doutais qu’ils soient très nombreux. Finalement, l’un d’eux alluma un cigare… Quelle idée stupide ! On ne fume pas en pleine nuit quand on souhaite invoqué une tueuse à gage. Cela me donnait une jolie cible où viser. Enfin, je n’allais pas m’en plaindre ! Grâce à cela, je n’y voyais que plus clair et je voyais surtout que ce petit groupe était composé dans sa totalité d’hommes. Il ne faisait nul doute que le leader était celui qui tirait sur son barreau de chaise. Vu d’ici, ce Fergus avait l’air presque… banal. Je ne dis pas ça dans le sens où c’était sa beauté qui était banale (car, je dois l’avouer, il ne doit pas laisser les filles indifférentes sur son passage… enfin, les autres filles) mais je le voyais plus comme ouvrier de fonderie qu’en chef de gang. Ce lieu avait l’avantage de raisonner ce qui faisait que j’entendais toute leur conversation. L’un d’eux laissa transparaître son désir de partir. En moi même, j’eus envie de rire à sa réaction. Eh bien alors, sans-couille, on a peur du noir ou de ce qui peu en sortir ?… Ce que j’aime cela… Provoquer la peur du sexe opposé, celui qui se plaît tant à se sentir supérieur. Il pouvait avoir peur néanmoins. Car si je le voulais, je pouvais les tué, tous, sans tirer un seul coup de feu et disparaître dans la nuit tel un fantôme. Mais ce n’était pas mon but et puis, les paroles de Fergus me troublèrent. Il semblait bien loin de son sbire mentalement parlant. Philosophe hein ?…

L’heure était venue. Je sortis à mon tour une cigarette de ma poche et la mit dans ma bouche sans chercher à l’allumer pour le moment. Je pris ma dague dans une main et mon épée courte dans l’autre. A pas de velours, je m’approcha du petit groupe avant de finalement charger, en deux pas mesuré, bousculant deux hommes de ses hommes sur mon passage, visant juste Fergus. Les pas furent vif, trop pour laisser le temps aux sbires de réagir et, rapidement, je posa la lame de la dague sur la gorge du chef alors que la pointe de mon épée courte se posa sur la gorge de l’homme le plus proche. Si je me faisais tué maintenant, étant donné ma position, j’emporterais avec moi Fergus et ça, personne ne le voulait. De toute manière, c’était surtout histoire de les intimidé et d’être sûr que cela se passe sans effusions de sang… Drôle de façon de s’y prendre vous me direz, mais cela m’évitait de sortir les pistolets que je détestais tant utiliser.

« … Mais pour voir l’eau s’écouler un beau matin, il faut être encore en vie. »

Mes yeux se posèrent dans les siens alors que je posait le bout de ma cigarette contre le bout de son cigare, allumant de cette manière le simple rouleau de tabac qui se trouvait dans ma bouche. Je ne plaisantais pas et ça se voyait. J’ai tué tellement de personne que cela ne me ferait ni chaud ni froid de le tué lui aussi et de le laisser se vider de son sang ici, au pied de la maison de son dieu. Après une ou deux bouffées, je repris la parole, toujours menaçante.

« Je vais être bref… Je n’aime pas l’idée que l’on appelle, entouré d’une garde personnelle. Si vous voulez vivre assez longtemps pour voir le matin, je vous conseille de leur dire de rentrer chez eux. Les odeurs des rues sont assez nauséabondes comme ça, pas la peine de rajouter 500 kilo de testostérone. »

A présent, tu sais de quoi je suis capable. Fais pas le con.


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MessageSujet: Re: voici le temps des assassins | Sarah Lun 3 Avr - 12:05



Voici le temps des assassins

« No pain, no gain. »

Église St Mary Matfelon, 1891

Il existait une multitude de facettes au Mal avec un grand M –mot qui, comme bien d’autre, gagnait en puissance, gravité et force de frappe une fois pourvu d’une majuscule-, n’en déplaise aux ploutocrates adeptes d’une vision bipolaire des choses, les bienpensants instruits et moraux en lutte constante avec les masses populaires, responsables de tous les maux, de tous les vices, et de tout ce qui faisait que notre société demeurait constamment tirée en arrière, ancrée à la médiocrité à cause de rustres aussi ignorants que dégénérés. Loin de se présenter avec une paire de cornes impressionnantes et accompagné des feux de l’enfer anglican, la racine des pires instincts humains n’avait d cesse de changer de visage, pour mieux devenir propre à chacun, aussi malléable que la glaise maculant les berges de la Tamise. Fergus en savait quelque chose : lui-même se savait définitivement perdu aux yeux des moralisateurs et de Dieu, si d’aventure ce dernier existait, sans pour autant trouver qu’il correspondait à un archétype plus qu’un autre, volontiers détaillés par les journaux à présent que toutes les théories sur l’Eventreur se trouvaient permises. Et puis d’abord, ce qu’il faisait était-il exactement « mal » ? Puisqu’un « non » plein et entier ne s’imposait pas en réponse à cette question purement philosophique, du moins selon lui, le Britannique s’amusait innocemment en se considérant, selon les jours et son humeur, entre un joyeux drille s’amusant avec une amulette au beau milieu d’un tas de bâtons de dynamite et un stratège qui, tel un Mozart du crime, apprenait son art à grands coups de pratique. Les risques qu’il faisait peser sur la tranquillité d’esprit des élites de cette ville se révélaient bien réels, pour un gangster ne se prenant pas au sérieux.

La personne qu’il espérait bien voir pointer le bout de son nez cette nuit-là, à l’inverse, possédait un style bien particulier –comme ils pourraient tous en juger-, et pourrait-on même dire ciselé avec soin, voire même travaillé à l’excès, selon le jugement que ne manqueraient pas de rendre les amoureux de l’esthétisme épuré. En cela, Fergus aurait plutôt rejoint leur avis, quand bien même se fichât-il bien de comment Sarah Blackcat pouvait bien vivre sa vie, ou du genre qu’elle désirait se donner. En un sens, n’avait-elle pas la possibilité de laisser parler son talent de lui-même, sans en rajouter dans le drame et la noirceur à outrance ? Un fantôme frappant dans l’ombre, avant de disparaître sans un souffle cela aurait amplement suffi à lui valoir une réputation de tueuse efficace, sans avoir à donner dans le mythe théâtral –aspirez le « a » final autant que vous en serez capables, on n’insiste jamais assez sur ce genre de mise en scène trop perceptible pour être pleinement élégante. Oh, il n’y avait pas à dire, beaucoup en mouraient de peur, mais c’était ceux qui ne comptaient pas, trop fébriles, trop étroits d’esprit pour ne pas se trouver pris au piège de la mythologie entourant la meurtrière. Une mythologie qui laissait de marbre les créatures dont la demoiselle devait se soucier en priorité, car ce seraient avec elles que la tueuse aurait à traiter, voire contre lesquelles elle aurait à se défendre, le cas échéant, si d’aventure cela venait à tourner au vinaigre pour elle. Au lieu de cela, Sarah se donnait du mal pour pas grand-chose, et finissait par fatiguer, à force d’insister encore et encore, par sa mine renfrognée autant que par la gravité sur-jouée avec laquelle elle se comportait. Certes, Fergus ne connaissait pas les insoutenables méandres par lesquelles la jeune femme avait louvoyé, quelle souffrance un viol enracinait dans le cœur de sa victime, quelle haine glaciale devenait nécessaire pour seulement espérer y survivre, en cet univers patriarcal écœurant par tant d’aspects ; porter le moindre jugement relevait de l’ignominie indicible, malheureusement institutionnalisée, et largement défendue par les pontes de ce pays. Cependant… Trop d’effet tuait l’effet, à son humble avis, ce qui s’avérait bien dommage, car elle avait un potentiel fou –ce qui expliquait cette audacieuse invitation. En rajouter à outrance, en « faire des caisses », comme les plus triviaux d’entre nous se plaisaient à le formuler, ne servait pas sa cause autant qu’un peu plus de retenue aurait pu le faire, la laissant au stade de caricature. Une caricature mortelle… Mais une caricature quand même. En même temps, elle pouvait bien faire ce qui lui chantait : qu’est-ce qu’un joyeux drille comme lui y changerait donc ?

L’objet de ce rendez-vous ? Faire en sorte qu’à la peur s’ajoute le respect, et que tout le monde ici-bas s’en trouve gratifié : tout le talent décuplé, d’une façon ou d’une autre, profitait de la révélation pleine et entière d’un tel potentiel.
En attendant ce grand réveil, le Britannique se contenta d’expirer doucement, ravivant ainsi l’extrémité de son cigare, et concourant ainsi à embraser la cigarette de Sarah, à la manière du Diable signant un pacte à la morsure d’un feu venu tout droit de son antre sous-terraine. Les feux de forêt commençaient tous par une modeste étincelle… Se montrer accueillant ne lui coûtait en plus rien, en tout cas bien moins d’efforts que ce que s’évertuait à déployer son invitée pour jouer les dures à cuire. On ne devait pas se fendre la poire tous les jours avec ce fauve grondant et griffant… Quelle tristesse. Son petit sourire, qui relevait à peine les commissures de ses lèvres, ne laissait que bien peu de doutes quant au peu de cas qu’il faisait de la menace de mort, à peine voilée, qu’on venait gracieusement de leur décerner. Fergus jouait en un sens avec le feu, tant certains cœurs rongés de rancœur s’échauffaient pour un rien ; cependant, n’était-ce pas ce qu’elle attendait de lui, ce que tous attendaient de lui ? S’écraser devant l’aura pseudo-maléfique de la demoiselle ne constituait pas l’attitude de quelqu’un près à renverser l’ordre établi, ni avec qui l’on aurait eu envie de négocier.

Les cheveux d’ébène, le cœur tout aussi noir, Sarah Blackcat correspondait bien à l’idée que Lynch s’était forgée d’elle, un être aussi rugueux et sombre que les heures les plus avancées de la nuit, une force brute au caractère bien trempé, aux valeurs prônées haut et fort, quoi qu’un brin gâchées par un message sous-jacent aux accents de lamentations : « le monde a été infect avec moi, les hommes sont tous des monstres, le monde est cruellement injuste ». Merci de rappeler une évidence : la vie n’avait rien de juste, tout le monde était au courant, inutile d’en rajouter une couche, même au nom de la bonne cause. Heureusement, grand prince, le gangster saurait passer outre, et lui proposer le marché de sa vie, rien de moins. Justement, plus que jamais, elle aurait l’occasion de tenter faire bouger les choses, plus qu’en jouant aux vengeresses drapées de gravité.

Décidément aussi peu impressionné par le couteau de l’assassine que s’il s’était agi d’une plume, il haussa légèrement l’épaule gauche, pas suffisamment pour que le mouvement gagne sa gorge, et ne mette en péril la peau de celle-ci. Sa mine paisiblement inconséquente, pour sa part, ne laissait planer aucun doute quant à son insolente assurance, aussi impressionnante pour ses hommes qu’elle pouvait paraître irritante, bravache, complètement inconsciente, et donc en un sens intrigante. Bluff, ou réel discours capable de changer la donne, la question restait encore entière au sujet de ce que ce diable de mécréant avait en tête.

-Avoir à me répéter me fatigue… expliqua l’Anglais, désinvolte. Mais bon, pour toi, je ferai une fleur.

Et avec plaisir, sans sous-entendre de dette, de traitement de faveur ou de tentative de médiocre opération séduction lancée au hasard, telle une bouteille à la mer. La demande de son interlocutrice, au contraire, valait de l’or, et comble de la bonne fortune, il n’avait rien eu à entreprendre pour la décrocher : rapporter le contenu de leur entretien à ses sbires ne représentait qu’un inconvénient plus que mineur en comparaison de la renommée que lui vaudrait le fait d’avoir survécu à une nuit d’entrevue avec une tigresse pareille. S’il rentrait vivant le lendemain, il deviendrait une vraie légende.

-On se voit demain, les gars.


L’étonnement général, né autant de l’apparition fantomatique de Sarah que du flegme quasi surnaturel de Lynch, se mua en deux réactions différentes : certains, peu rassurés, hésitèrent un instant avant d’obéir, au fond ravis de cette permission inespérée ; une minorité d’autres jetèrent un regard suspicieux à celle qu’ils avaient tant attendue, pour reculer de même, et partir ruminer une bonne brassée d’embryons de vengeance, à laisser macérer juste à cas où leur mentor révéré connaitrait une fin funeste.

La possibilité d’être laissé pour mort par la brunette ? Oh, bien sûr, elle existait, mais Fergus l’ignorait superbement, ne s’en souciant que comme d’une guigne. Oui, mourir était un risque, comme à chaque minute de ses vingt-huit années de vie, depuis son premier cri. Chaque jour, rien qu’en n’étant un simple habitant des quartiers pauvres, il remettait en jeu ses chances de vieillir un jour, ne serait-ce qu’entre la faim, le froid, la maladie, ou encore les conditions de travail épouvantables à l’usine. Chaque matin, un nouveau pari avec le hasard, quitte ou double. On comprendra donc aisément où se trouvait la source de tant d’imprudence, folle pour les uns, audacieuses pour les autres : la mor faisait depuis trop longtemps partie de sa vie pour encore l’effrayer, même au cœur du danger. Son cœur, son corps, son âme, tout tendait dans un même élan vers une destinée dont lui-même ignorait encore l’aboutissement, et tel un navigateur certain d’atteindre une rive inconnue après des jours de mer d’huile, ou un générale sentant dans ses tripes que ses troupes en sous-nombre triompheraient, il ne laisserait pas le mordant d’un poignard contre son cou lui couper les ailes.

-J’apprécie que tu sois venue, Chat Noir. Mais tu peux ranger ta lame, vraiment. Tu n’en auras pas besoin… Pas pour l’instant.


La confidence finale se passait de plus d’explications. Il n’y avait qu’une chose, une seule chose qui avait réussi à amener Sarah Blackcat jusqu’à lui, et ce n’était ni l’appât du gain, ni la sensation de supériorité, ou encore la soif de sang : la curiosité, une énième fois, instaurait sa dictature aux lettres de noblesse jamais fanées, Fergus aurait pu le jurer, quand bien même fût irrévocablement sans foi ni loi.




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MessageSujet: Re: voici le temps des assassins | Sarah Dim 7 Mai - 18:11



Voici le temps des Assassins.

« Welcome in the house of your god !»



Mon apparition, serte théâtral, eut, au moins, l’effet que j’avais escompté. Les hommes autour étaient déstabilisé, ne comprenant pas d’où je sortais ni comment je m’étais approché aussi rapidement de leur Maître. Cela me fit sourire. Comme je le pensais, il s’agissait bien de, ce que j’appelais, de bandits des bas quartiers et pas de vrais mercenaires. Si cela avait été un piège, il se serait déjà refermé. Mais cela m’aurait énormément étonné, néanmoins, on est jamais sûr de rien… Je ne suis toujours pas sûr que le piège, si il y a piège, ne s’est pas encore refermé.

Finalement, la suite se passa comme je l’avais demandé. Fergus salua ses sbires en leur disant « on se voit demain ». Cette phrase me fit sourire. Alors il était sur de revenir demain ?… Il n’y a pas à dire, il en tient une paire celui là ! Enfin, je n’avais aucune raison de le tué et, qui sait, si il avait demandé à me voir sans pour autant me tendre un piège, c’était sûrement pour me proposer un contrat qui valait de l’or ! C’est tout ce que j’espère ! Dans tout les cas, jusqu’à ce que le dernier sbire quitta la rue, je ne lâcha pas leur chef et garda toujours mon arme pointé vers eux… Jusqu’à finalement le lâcher à sa demande, ranger le flingue ainsi que le couteau…. Enfin le lâché. Je l’ai plutôt repoussé sans aucune douceur contre le mur de pierre de l’église.

Ses paroles me firent froncé les sourcils et me rappelèrent que je n’avais absolument aucune idée de la raison de ma venue si ce n’est la curiosité. Dieu sait combien il est dangereux de se laissé dicté par sa curiosité mais, dans mon boulot, le danger est partout… Et aussi incroyable que cela puisse paraître, là où je suis la plus vulnérable, où j’ai le plus de chance de me faire tué, c’est le jour, quand je dors. Car là, n’importe quel assassin expérimenté a la possibilité de retrouver ma trace, pénétré dans ma chambre et me tuer avant d’aller empoché sa récompense. Autant dire, je suis tout à fait consciente que je ne saurais jamais ce que ça fait que de vieillir… Mais j’ai mes raisons de faire cela. Dans un sens, après tout, je suis déjà morte. En tout cas, quelque chose me disait que ce Fergus avait autant peur de la mort que moi même… Je le lisais dans son regard qui brillait légèrement à la faible lumière de la lune. Après tout, c’était un chef de gang des bas quartiers. Entre les gangs adverses, les assassins et les chasseurs de primes, lui aussi devait savoir ce que ça fait que d’avoir la mort en personne aux trousses. Cela appelait le respect ! Je tira une latte de ma cigarette avant de lui dire :

« Saches que personne ne m’invoque ainsi… J’ai hésité longuement à te laissé planté là avec ta bande de bras cassés mais… Pour savoir qui je suis, où me trouver et avoir les couilles de me donner rendez vous en pleine nuit dans un lieu dégagé, ça force le respect. »

Je regarde autour de nous. Malgré le faite qu’il n’y ait personne, j’entendais au loin les sons des pas dans une rue non loin ainsi que des bruits de la vie de tout les jours dans les maisons alentours. On pouvait nous écouter de là où on était.

« Tu veux que l’on parle, eh bien nous allons parler… Mais pas ici. Suis moi. »

Je me dirige alors vers la porte de la sacristie. Prudemment, je regarde autour de moi avant de sortir de ma poche intérieur une grosse clef qui me servait de passe-partout pour ce genre de grosse serrure. Un tour de clef et c’est réglé ! Je laisse le chef de gang rentrer avant de refermer à clef derrière nous, laissant l’obscurité nous recouvrir. Je voyais néanmoins où il était grâce à son gros cigare. De toute manière, nous ne restâmes pas longtemps dans le noir total. Une allumette et j’allumai un cierge qui me servit a allumé les chandelles qui entouraient la pièce afin de l’éclairer. Non, je n’ai pas vraiment le respect des églises. De toute manière, je ne pouvais plus rien faire pour sauver mon âme à présent, que dieu existe ou non. Et puis, même-ci il existait, il ne méritait pas le moindre respect de ma part à la vue de ce qu’il a fait à ma mère…

« Ici nous pouvons parler en toute liberté. Personne ne peut nous entendre a part ton dieu… Si je puis dire. »

Oui, il peut m’arriver de plaisanté même-ci il s’agit bien souvent de plaisanterie de mauvais goût.

« J’espère juste pour toi que ça vaut le coup. »

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MessageSujet: Re: voici le temps des assassins | Sarah Dim 16 Juil - 19:13



Voici le temps des assassins

« Le tact dans l'audace, c'est de savoir
jusqu'où on peut aller trop loin. »

Église St Mary Matfelon, 1891

La demoiselle ne donnait pas dans la dentelle, c'était peu dire. Si le contact entre ses omoplates et les vieilles pierres de l'église fut loin d'être agréable, Fergus n'en montra rien, et subit la rudesse du choc sans broncher, ni se départir de cette ombre de sourire avenant qui ne l'avait pas lâché, même alors que son intégrité physique se trouvait fichtrement bien menacée. Après tout, son corps ne faisait que subir une mince partie de ce que la ténébreuse créature lui infligeait déjà psychologiquement -ou essayait de lui infliger, du moins-... En règle générale, dans leur milieu où l'éducation, les jeux d'esprit et les duels de réparties cinglantes n'avaient aucun terreau fertile à partir duquel se développer, ou ne serait-ce que survivre ; la violence se devait de tout souligner afin de donner de la tangibilité au moindre acte, à la moindre décision, comme si aucune idée ne pouvait être défendue ou validée sans taper du poing sur la table. Ce n'était rien de plus -ni de moins- que la colère grondante des bas-fonds qui remontait à la surface, n'ayant d'autre choix que de la laisser échapper afin de la garder sous contrôle, suffisamment rassasiée pour qu'elle ne vous dévore pas vivant. On trouvait les exutoires que l'on pouvait... Lynch le comprenait bien volontiers : il était né dans cette obscurité constante, qui grignotait la raison de tous pour faire réapparaître les bêtes derrière le faciès buriné des hommes, il y avait grandi, s'en était imprégné, et sentait son cœur battre au même rythme que cette force obscure dont les puissants avaient si peur, derrière leur masque de mépris. Les règles du jeu, il les avait apprises, et loin de désirer les bouleverser, le criminel entendait bien les pousser à l'extrême, au point de les sublimer comme un artisan portant au rouge le verre qu’il compte façonner en œuvre majeure, d'une finesse incomparable en comparaison du sable grossier lui ayant servi de matrice première. La loi de la rue est dure, mais c'est la loi.

-Merci du compliment, j'apprécie, lui répondit le Britannique avec un franc sourire, de ceux qui faisaient remonter les commissures de ses lèvres jusqu’à menacer de trancher ses joues.

Visiblement très content de lui, l'ouvrier ne cachait pas son côté positif, comme il savait si bien le faire quand il avait décidé que l'ordre du monde se plierait à sa tranquille bien qu'implacable volonté. Pourquoi tirer une tronche de dix pieds de long, alors qu'on vantait son audace ? La démarche pouvait paraître horriblement tête-à-claques -et l'était très certainement pour une bonne part-, mais en ce bas monde, tout se révélait bon à prendre, y compris une remarque acerbe d’une tueuse psychopathe, ou pas loin de l’être. Du moment que c’était gratuit, et que vous pouviez y trouver en tout ou partie votre compte… Et qu’importe de se montrer aussi irritant que la caresse d’un brin d’ortie, et d’une impertinence frôlant la pulsion suicidaire : la folie, en fin de compte, ça n'était que du génie mal évalué.

Étonnamment, Fergus se sentait à l’aise, à présent que ses hommes avaient pris le large. D’ordinaire, il n’était pas contre avoir son petit public, et se retrouver avec ses gars témoins du peu de respect que daignait lui témoigner Sarah ne l’aurait pas gêné -preuve qu’il donnait de sa personne et mettait les mains dans le cambouis, sans craindre de se voir insulter ou malmener, un vrai chef bataillant dans le pétrin avec eux et non un roitelet soucieux de son image avant tout. Cependant, et aussi sympathiquement attachants soient ses suppôts, ils n’avaient pas à avoir connaissance de toutes les tractations et de toutes les propositions que leur meneur était amené à prendre en leur nom. Ne pas voir la conversation à venir polluée par les questions naïves ou les remarques orgueilleuses des uns et des autres se révélait plutôt particulièrement confortable, et plaisant dans le sens où Fergus se sentait pleinement les mains libres pour agir comme il l’entendait, allégé du poids des esprits moins vifs attachés à sa fulgurance naturelle. Il n’aurait pas à veiller à ce qu’aucun d’entre eux ne commette un faux pas suffisamment stupide et suffisamment gros  pour que ses jours se retrouvent en danger… Et ce n’était vraiment pas plus mal de pouvoir se concentrer tout entier sur Sarah, et rien que sur elle ; défi qui lui demanderait toute son énergie, sa persuasion, son sang-froid, et plus encore.

Docile, l’ouvrier emboîta le pas à sa sinistre guide, Orphée à la mine insolemment détendue suivant son Charon d’un pas résolument volontaire, et sa belle humeur ne s’en trouva que plus satisfaite lorsque sa mémoire en vint à se demander depuis combien de temps il n’avait pas remis les pieds dans une église. Se pouvait-il que ce fût la première fois que sa carcasse de noble pécheur venait hanter un lieu de culte ? Après tout, s’il avait été oint à l’eau de bénitier -fait dont il n’aurait juré-, aucune sorte de foi quelconque en une force supérieure n’avait jamais réussi à s’enraciner en son cœur, faisant de Lynch un athée convaincu : un homme de Dieu avait régulièrement visité l’orphelinat, pour y dispenser leçons et prêches aux jeunes âmes trop juvéniles et trop dissipées pour lui accorder la moindre attention, mais personne ne les avait emmenés à Sainte Mary, et Fergus ne s’y serait certainement pas rendu de lui-même. Le tête-à-tête d’envergure avec Backcat se doublait peut-être d’un  baptême du feu d’un autre genre, qui amusait tout autant le brigand, pas franchement impressionné par le sérieux cérémoniel de l’endroit. La présence de Sarah derrière lui, apte à donner la chair de poule à de bien valeureux gaillards, fut éclipsée par l’apparition fugace d’être encore plus froids que la brune, faits de pierre et dédiés à un Seigneur sur les yeux duquel personne n’avait posé les yeux. Les quelques statues que Ste Mary Matfelon se connaissait, autrefois catholique et désormais protestante sauvée de l'iconoclasme, chiche lieu de prière représentant fidèlement à quel point le quartier s’étranglait de misère. Les visages immobiles pâtissaient du temps qui s’écoulait, de la futilité des espoirs confiés ici à demi-mots et de la laideur des péchés confessés, mais Fergus ne reculait pas à l’idée le choquer plus encore leurs cœurs flétris, en arborant fièrement son incroyance, et même mieux : sa volonté clairement affichée de continuer à s’avancer toujours plus avant sur le chemin de ce que les hypocrites moralisateurs nommaient le vice. Quand la vie ne vous donnait d’autre choix que de quitter le droit chemin ou de mourir à petit feu parmi des hommes devenus ombres, comment refuser de se détourner du soi-disant Tout-Puissant ? L’Anglais n’avait pas peur des foudres du Ciel, et se montrait en un sens parfaitement raccord avec lui-même, puisque la lame de l’assassin, autrement plus tangible que la colère d’une divinité à l’existence faisant débat, ne l’émouvait pas plus que ça. Dieu avait un sacré boulot à abattre pour l’impressionner, ou ne serait-ce que pour museler en lui cet élan provocateur, cette envie presque irrépressible de défier Son autorité.

Le rouge de son cigare jurait avec le gris prude de tout ce sur quoi ils auraient pu poser le regard alentour, comme l’aurait fait la robe écarlate d’une courtisane à une réunion de nonnes, et alors que ses yeux balayaient les lieux encore enténébrés, comme s’il avait compté en faire l’acquisition, Lynch se demanda si souffler un baiser du plat de la main à la sculpture de la Vierge qui les regardait, impuissante, prendre possession de la nef arriverait à fissurer ses traits impavides. Qui sait, peut-être qu’avec un peu d’entraînement, des larmes de sang viendraient perler aux paupières de calcaire, tant la détresse de la belle inanimée se révélerait douloureuse, à la vue de cet agneau devenu loup parmi les loups…

-Pas le mien non plus, la corrigea l’ouvrier avec bonhomie. Beaucoup trop encombrant, ce genre de chose.

Déjà que le quotidien était loin d’être tout rose à Whitechapel, s’ajouter encore plus de contraintes aurait relevé soit de la stupidité, soit d’une soif de douleur et de difficultés plutôt inquiétante… Et Fergus désirait plus que tout sentir ses idées claires, vivaces, avec tout l’espace nécessaire sous son crâne pour fuser et croître pleinement, aussi impétueusement irrévérencieuses qu’elles le souhaiteraient.

Avec un soupir d’aise, il se laissa plus ou moins tomber sur un des bancs de bois le plus proche, laissant Sarah se charger de repousser le noir pour un temps. Index et majeur de sa main droite se saisirent de son cigare, alors que ses bras, ramenés en arrière de manière à caler ses coudes derrière le dossier, il adopta la posture de quelqu’un qui se serait tenu chez lui –ce qui d’une certaine façon s’avérait vrai-, dans le plus pur irrespect de la petite église.

-Ne crains rien, je ne pense pas que je serai déçu, enchaîna Lynch en prenant le contre-pied de ce que la jeune femme avait voulu dire, souvent prompt à repérer puis exploiter les perches qu’on lui tendait sans s’en rendre compte.

La tueuse n’avait bien évidemment pas eu cela en tête, mais le fondeur avait décidé de partir là-dessus, décidément de trop belle humeur pour daigner prendre note correctement de la nouvelle menace proférée par son invitée. De plus, il ne doutait pas que tous les deux trouveraient leur intérêt dans cette rencontre, ne serait-ce que pour se dire à présent informés de ce qui, dans un futur proche, allait secouer leur quartier. Son cigare rythmait mollement ses propos, les soulignant de diaphanes volutes.

-Je ne suis pas là pour te faire perdre ton temps, ni le mien, d’ailleurs. Comme beaucoup de monde, j’ai eu vent de la qualité du boulot qui est le tien, et à quel point tu ne chômes pas ; je dois dire que c’est plutôt impressionnant.

Il n’y avait aucun mal à reconnaitre le talent lorsqu’on le croisait, au contraire, surtout lorsque l’on s’employait à rassembler autour de soi les talents les plus divers, ou au moins à s’assurer de la cordialité avec laquelle les uns et les autres salueraient l’ascension de la Tribu.

-J’ai moi-même quelques projets en tête, avec des intérêts somme toute pas antagonistes aux tiens : si je t’ai invitée à me rencontrer ce soir, c’est pour voir quel type… D’interactions, pourrions-nous dire, seraient envisageables entre nos affaires.


Parce que Fergus ne doutait pas qu’il y en aurait, bonnes ou mauvaises, puisque tout le monde avait toujours un avis sur tout ; c’était d’ailleurs pour cela qu’il était là, pour faire tout ce qu’il serait possible de réaliser pour que lesdites interférences soient les plus bénéfiques possible, pour lui comme pour elle.

Le cigare revint brièvement trouver sa bouche avant que son bras ne reprenne sa place nonchalante, et quand bien même Lynch ne se connaissait pas un goût particulier pour le tabac, il expira la fumée par le nez, laissant ses sinus brûler douloureusement et l’arôme prononcé emplir ses sens ; on ne récupérait pas un barreau de chaise de cette qualité tous les jours.




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MessageSujet: Re: voici le temps des assassins | Sarah Sam 5 Aoû - 12:36



Voici le temps des Assassins.

« I'm working alone.»



Je vais m’appuyer contre une colonne, tirant doucement sur le petit rouleau de tabac qui se trouvaient dans ma bouche. Franchement, je pense que vous vous en doutez un peu, mais je ne suis pas une personne très sociable. Même avant tout les malheurs qui se sont abattus sur ma famille, j’étais une enfant timide qui aimait la solitude. Autant dire que, lorsque j’ai été livrée à moi même, cela n’a pas aidé. Je n’ai plus eu confiance en personne et ma haine envers le « sexe fort » n’a pas aidé. Là encore, cela n’aidait pas. J’avais réussi à le cacher pour mon travail, mais dans un sens, au fond de mes tripes, j’avais envie de tuer Fergus. Mais je ne le ferais pas… Ou du moins, pas avant de savoir ce qu’il me veut vraiment. Devlin Stanton était l’un des rares hommes avec qui j’avais pu me sentir a peu prêt à l’aise et, il faut le dire, il a un peu réussi à me convaincre que tous n’étaient pas mauvais.

Fergus m’avait fait comprendre qu’il n’était pas plus croyant que je ne l’étais. Logique venant d’un baron du crime me direz vous. Mais, croyez le ou non, j’ai déjà effectué des contrats pour des personnes qui sont aller, par la suite, à l’enterrement de la personne qu’ils m’avaient demandé de tué et qui ont pleuré la personne en question !… Cela avait le don de me donner envie de vomir. Et encore, je ne parle pas de ceux qui ont prié dieu de punir celui (ou celle) qui a commis cet acte atroce ! Tchhh… Je ne suis que l’instrument de votre crime. Si vous voulez en voir l’architecte, regardez vous dans une glace ! Enfin, il faut que je me calme et que je vous raconte la suite de ce face-à-face.

Ce garçon parlait vraiment bien, un vrai charmeur. Bien évidemment, il lui faudra plus que son charme naturel pour me convaincre. En tout cas, il semblait sur de lui comme personne. Ses réponses sont habiles et mesurées. Ça change de ma clientèle habituelle ! On verra bien si il ne sera pas déçu au final, notre beau parleur.

Je tire sur la cigarette avant de la retirer de ma bouche, la tapotant de manière à ce que les cendres tombent sur les pavés humides de cette église. Il commença par faire l’éloge de mon travaille. Oui, il avait raison, beaucoup de monde a eu vent de mon travail… Une chance sinon je serais au chômage. Peu de personne a envie de payer pour une femme assassin… a part D’AUTRES femmes. Eh oui, comment croyez vous que ma carrière a été lancée ? Bref, je m’égare à nouveau. Alors qu’il faisait un peu l’éloge de ma réputation, comme beaucoup, j’avais pris l’air las et je tourna mon visage vers lui. Il n’avait rien de différent des autres… J’avais l’impression de perdre mon temps ici surtout qu’il n’allait pas à l’essentiel, continuant à essayer de me convaincre qu’une alliance était vitale pour nous deux. Je recule mon dos de la colonne et me tourne vers lui. J’ai déjà travaillé avec quelqu’un… Je ne peux pas dire avoir été malheureuse, au contraire, mais j’ai fini le cœur brisée, avec une ennemie mortelle aux talons.


« Que les choses soient clairs… Je bosse seule. Je vis très bien, j’ai assez de contrat pour vivre jusqu’à ce que la mort ne vienne me prendre dieu-sait quand. De plus, tu dis avoir des projets en tête, avec des intérêts communs… Mais connais tu au moins mes intérêts ? Ma motivation ? J’en doute. Tu n’es pas le premier à me proposer une collaboration. Et je refuse à chaque fois, tu sais pourquoi ?… Les gangs, c’est toujours pareil… Le business est fondé sur la débauche : L’argent, les femmes, l’alcool. Et, bien souvent, cela fini dans la violence. Des gens innocents meurent, des femmes finissent violées, parfois même enceintes et sont jetées à la rues, forcées à vendre leur corps pour survivre. C’est écœurant. »


Je tire nerveusement sur ma cigarette. J’étais agacée. Ma voix était devenue plus rauque, plus grave, presque masculine alors que je parlais. Réflexe lors des moments où je veux me faire passer pour un homme. Mais là je m’en fichais. Cet homme, avachit sur le banc ressemblait en tout point aux autres : Arrogant au possible, persuadé qu’il peut tout avoir.

« Mais tu as l’air sur de toi alors je te donne une nouvelle chance de me prouver que j’ai tord. Et arrêtes de nous faire perdre notre temps à tout les deux... »

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MessageSujet: Re: voici le temps des assassins | Sarah Sam 23 Sep - 11:45



Voici le temps des assassins

« Il n'y a qu'une façon d'échouer,
c'est d'abandonner avant d'avoir réussi. »

Église St Mary Matfelon, 1891

Croire que réussir à amener Blackcat à montrer le bout de son nez et ne pas finir les pieds devant avant même que leur entretien ait réellement débuté signifiait que la victoire lui était acquise aurait été une sacrément belle utopie. Il n’existait certes pas de petite victoire, contrairement à ce que des préceptes aussi creux que l’humilité voulaient vous faire rentrer dans le crâne, mais le triomphe ne constituait pas la porte à côté, loin de là, même si Fergus était sans doute arrivé bien plus loin que nombre de ses pairs ayant eu la même audace que la sienne. Le véritable pari ne se trouvait pas là où l’évidence semblait l’indiquer : capter l’attention de Sarah, là résidait toute la difficulté, et en même temps la quasi-certitude de faire mouche, car l’Anglais ne doutait pas que son projet, présenté comme il se devait, possédait en ses tripes de quoi maintenir éveillée cette attention, la piquer de la pointe de la curiosité, et lui faire réaliser que si elle se tenait là, sous le regard vide du Christ et dans l’indifférence du Très Haut, ça n’était nullement pour entendre les mêmes boniments qu’on avait déjà pu lui servir jusqu’à l’écœurement.

Comme en médecine, tout était une question de dosage. Un doigt de poison se révélait capable de vous sauver la mise en venant à bout du mal parcourant vos veines, une once de plus vous envoyait ad patres sans seconde chance permise : voilà en quelques mots le jeu auquel Fergus s’adonnait cette nuit, une sorte de roulette russe encore jamais vraiment expérimentée par aucun membre du genre humain, puisque son projet, fou au point de frôler le génie, n’avait encore été tenté par personne. Sarah était son arsenic, d’une certaine façon, tout comme lui-même tenait lieu de ciguë pour les strates les plus miséreuses de Londres ; ne restait plus qu’à déterminer quels dosages leur permettrait de survivre, et même mieux, ne s’en trouver que plus exaltés…

Lynch n’avait sciemment pas exposé son entreprise de but en blanc à la tueuse à gages : si c’était pour essuyer son mépris sarcastique, merci, mais non merci ; se voir retarder de la sorte ne l’attirait pas du tout, car comme il l’avait fait remarquer tantôt avec raison, tous les deux couraient après le temps, trop occupés et demandés de toute part pour encore parvenir à souffrir de s’ennuyer, de se forcer à demeurer en mauvaise compagnie, ou de s’adonner à quoi que ce fût de fondamentalement improductif et déplaisant dans le même temps. Présentement, certes, la demoiselle ne paraissait clairement pas heureuse d’avoir, pour une raison qui peut-être échappait encore un brin à la logique même pour elle, choisi de ne pas bouder son invitation impromptue, mais en attendant, c’était elle qui insistait pour connaître le fin mot de l’histoire, au lieu de se faire imposer l’histoire de la Tribu sans avoir rien demandé. Choisir cette démarche plutôt qu’une autre pouvait paraître absolument dérisoire, du purement dérisoire qui ne changerait rien au fait que si l’assassin désirait le blackbouler, elle le ferait quoi qu’il arrive, même en toute mauvaise foi –une femme comme elle ne devait certainement ne plus être à ça près-, mais hors de question pour lui de jouer aux marchands de tapis. Une prostituée vendant ses charmes en pleine rue au chaland de passage n’aurait pas eu une attitude différente, et ç’aurait été faire une belle injure à son gang, à ses aspirations ainsi qu’à sa propre personne que d’exposer ses buts et ses promesses à tout va, comme si elles ne valaient rien. Jouer les mystérieux agaçait la célèbre spadassin, un mal nécessaire et un handicap de départ qu’il fallait bien endurer, au nom de la crédibilité nécessaire à ce que son discours ne soit pas automatiquement taxé de maquignonnage, avilissant pour elle comme pour lui.

À présent que les choses devenaient véritablement sérieuses, et que Sarah l’écoutait vraiment, Lynch se redressa sur son banc, ses manières désinvoltes se coulant subitement dans un sérieux d’aventurier aux dents longues ne craignant ni de mettre sa vie en jeu dans un projet insensé, ni de se heurter à l’incompréhension moqueuse de ses semblables :

-Ce que je veux ? La même chose que toi, et ne t’en déplaise, ta réputation te précède, tes valeurs ne me sont pas étrangères. Je vois simplement plus grand. Beaucoup plus grand.

Quoi qu’en pense le Chat noir, son vif mépris envers les hommes laissait plus ou moins aisément discerner quelles revendications se trouvaient chères à la ténébreuse brune, également connue pour frapper, menacer ou abattre tout membre du sexe fort manquant de respect par ses mots ou ses actes à ses consœurs. Si vous vous en preniez à une femme de quelque manière que ce fût et que vous aviez le malheur que la demoiselle fût dans les parages, ou en entendît parler, vous pouviez être certains qu’une ombre, un beau soir, se mette en tête de briser le moindre de vos os. Sarah avait choisi la voie de la violence pour protéger autant que possible les femmes qu’elle croisait, mais qu’était-ce donc dans l’immensité de toutes les formes de violence leur étant infligées ? Un être seul ne pouvait renverser les choses, ni venir à bout de tout un système méthodiquement enraciné et foncièrement résolu à camper sur ses acquis, armé du nombre et des armes que des siècles passés à s’engraisser ainsi qu’à s’enrichir, n’aurait aucune peine à s’expurger. C’était comme d’essayer de vider l’océan avec une petite cuillère : même un millénaire ne se trouvait suffisant pour lutter contre des pratiques devenues forces de la nature. Accélérer le mouvement devenait viscéralement nécessaire, ce qui avait accouché d’un mouvement d’un nouveau genre, incarné par l’Anglais.

-Il n’est pas question que de moi, ou d’un gang. J’ai la ferme intention de réapprendre certaines règles aux nobliaux et autres bourgeois : nous sommes un certain nombre à ne plus supporter leurs excès ; on grandit, on se renforce, on rassemble des deux côtés du fleuve. Nous ne sommes ni leurs esclaves, ni leurs putains, et il est grand temps de le leur rappeler. Ils ont peut-être le pognon, mais on a le nombre, et on héberge dans nos quartiers tous leurs vilains petits travers, qu’ils ne sauraient voir dans leur joli monde tout rutilant. On les tient par les couilles.

Même présenté de la façon la plus terre-à-terre imaginable, le projet paraissait tiré de l’esprit naïf d’un rêveur surestimant bien trop ses propres capacités ainsi que ce que le peuple oublié des ruelles était capable d’offrir, entre coupe-jarrets, alcooliques, fantômes brisées et filles devenues adultes bien trop vite. Il aurait facile de n’y voir qu’un ramassis de bras cassés et de désespérés qui, une fois assemblés en groupe, ils s’écrouleraient tel un château de cartes à la moindre complication d’envergure, soufflés par la violence de la correction que les nantis leur infligerait, pour mieux leur réapprendre où se trouvait leur place dans la machinerie conçue par et pour eux, entièrement dédiée à l’engraissement de leurs profits. Pourtant, Sarah tout comme Fergus connaissait la colère qui parvenait à s’embraser dans les yeux de celles et ceux supportant mal toute la souffrance doublée d’humiliation que leur infligeaient ce troupeau de privilégiés bien cachés derrière les grilles de leurs immenses propriétés de Westminster. La grogne existait, fluctuante, fébrile, un amadou qui n’attendait qu’une étincelle pour s’embraser, et qu’un moyen de canaliser toute cette énergie dévastatrice : en cela, la personne de Lynch semblait toute indiquée.

Ce dernier laissa à nouveau son dos reposer contre le rude dossier du banc de prière, bras croisés, avant que ses épaules, brièvement haussées, n’indiquent que la suite relevait de la pure évidence, simplement rappelée pour la forme :

-Le reste est simple : un seul bloc avec assez de ressources pour avoir la population ralliée sous une même bannière, apte à se donner les moyens de punir le moindre abus, quel qu’il soit. On va les faire crever de peur dans leurs bas de soie, et ils y regarderont à deux fois avant de s’imaginer pouvoir encore profiter de qui que ce soit dans nos deux quartiers.


Filles innocentes, ouvriers, familles nombreuses, toutes ces victimes incapables de se faire entendre : le gang n’était qu’un moyen comme un autre de se faire connaître auprès d’eux et de leur montrer qu’en se réunissant tous et en s’organisant de manière à ce que Whitechapel et Southwark deviennent une contrée étrangère en plein cœur de Londres, gérée par de nouvelles règles, opaque au reste de la ville, en quasi autosuffisance, et hors de portée de Scotland Yard.

-Mon but n’est pas de m’enrichir, mais de guider cette mue jusqu’à sa conclusion et son inscription dans la durée. Bien évidemment, je ne me fais pas d’illusion : ça va fortement déplaire à certains, des coqs trop bien installés sur leur petit tas de fumier pour accepter que le peuple en son entier prenne le pouvoir et balaie leurs empires personnels. Le genre de gars qui ne vont pas hésiter longtemps à engager une bonne âme pour venir stopper net la Tribu… Et c’est là que tu interviens. Je ne vais pas te mentir, j’ai autre chose à faire que de passer ma vie à regarder par-dessus mon épaule, et toi trop de talent à mon avis pour perdre ton temps à gérer ce genre de connerie pour le compte de types aux ambitions aussi étroites. Tu l’as dit toi-même, les gangs tournent en rond autour de cupidités puériles : tôt ou tard, quelqu’un va te contacter pour s’offrir ma tête. Et j’aimerais qu’à ce moment-là, plutôt que de te mettre en tête de m’ouvrir la gorge pour une prime dérisoire, tu viennes me trouver pour me donner le nom du cabaleur. Si le cœur t’en dit, il sera aussi sûrement probable qu’on aura du boulot pour toi, enfin digne de quelqu’un avec ton talent.


Fergus afficha un léger sourire posé, presque amical : en fait, dépeindre l’essentiel de son idée, devenu le projet d’une vie, se révélait d’une simplicité enfantine, malgré l’envergure de ce que lui et ceux croyant en lui réalisaient chaque jour. C’était sans doute pour cela que tant de monde acceptait de bonne volonté d’adhérer à la Tribu, et de s’y investir avec une énergie enthousiaste qu’on ne leur avait pas vu déployer depuis des années, voire depuis toujours. Il n’existait donc que l’humilité pour en parler, et ce même en présence de personnalités aussi sombres et critiques que Sarah, là où l’ego aurait peut-être souhaité enfoncer le clou avec une bonne dose de morgue. Il avait rempli le contrat qu’il devait aux siens, indépendamment de la manière dont le Chat noir jugerait son discours.

-Des questions ?

D’après lui, l’intérêt qu’avait Sarah de coopérer, même sur de petits riens tels que la délation de ses commanditaires, paraissait des plus clair, tout en s’avérant multiple, ce qui dans le métier du meurtre constituait somme toute une plus-value à tout le moins considérable avec sérieux, mais après tout, il se tenait là en qualité d’ambassadeur, en quelque sorte, et Lynch ne se défilerait pas, quoi qu’il advienne. Après tout, la demoiselle lui avait déjà plaqué un couteau sous la gorge, que pouvait-il arriver de pire ?




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Citation : Georges Clémenceau

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MessageSujet: Re: voici le temps des assassins | Sarah Mar 17 Oct - 10:49



Voici le temps des Assassins.

« All of men are corrupted.»



Très franchement, je ne savais pas vraiment ce qui me retenait de partir. J’avais vraiment la sensation que cet homme se jouait de moi et me considérait un peu comme ces femmes qui traînent les tavernes, attendant qu’un beau parleur vienne leur promettre monts et merveilles alors, qu’en général, elle ne récolte qu’une nuit dans un hôtel miteux avec comme seul compagnons le lendemain matin : la solitude. Très franchement, j’imaginais bien ce Fergus ainsi. Il parlait vraiment bien, je dois le reconnaître, et il dégageait un charme que même moi ne pouvait nier. C’était un ouvrier et pourtant, il y avait quelque chose de noble dans sa façon de parler. Un gentleman des rues… Enfin, je lui lance bien des fleurs, mais en vérité, il m’agaçait vraiment au plus haut point. Pourtant, je ne pouvais nier qu’il avait bien plus de courage que la plupart des personnes qui ont osé venir à ma rencontre et, aussi, qu’il semblait bien plus intelligent. Hors, je n’ai pas encore eu l’occasion de parler avec quelqu’un d’aussi intelligent que lui depuis que je suis dans le métier… Sauf peut-être Riven. Mais c’était une femme. Mais justement, il me rappelait un peu mon ancienne co-équipière. Elle aussi était très douée pour parler aux gens et les écouter. Si il est aussi intelligent que je ne le pense, alors il ne serait pas venu à moi pour rien. C’est aussi pour ça que j’attends de savoir : ce qu’il a derrière la tête.

Je fronce les sourcils alors qu’il dit vouloir la même chose que moi en plus grand… Quel prétentieux ! Comment peut-il avoir la moindre idée de ce pourquoi je me bats ?… Il ne va pas me faire croire qu’il me connaît tout de même ! Bref, je ne dis rien, jetant mon mégot dans le bénitier. Le morceau de tabac encore chaud laissa échappé un léger « pchhh » au contacte de l’eau froide, sois disant, bénite. Alors qu’il reprenait ses paroles, j’avais ressortit mes lames que j’affûtais l’une contre l’autre dans un sinistre bruit métallique évoquant celui d’un boucher qui allait commencer son travail de découpe. Mais, ne vous méprenez pas. Je ne comptais pas tuer Fergus, et j’étais toujours très attentive à ce qu’il disait. Je me devais juste de m’occuper. Rester aussi longtemps sur place à ne rien faire, ce n’est pas vraiment mon style… Du coup, je reste calme et silencieuse. Je n’étais pas totalement en désaccord avec ses paroles mais soit. Je l’écouta jusqu’au bout, un petit sourire aux lèvres. Si Fergus ne mentait pas, son combat était vraiment noble. Je doutais qu’il mente de toute manière. Il me demandait clairement protection et il se doutait que je n’étais pas bête. Qui dit protéger, dit garder un œil sur lui. Qui dit garder un œil sur lui, dit également être au courant de tout ses fais et gestes. Mentir maintenant serait se mettre en sursis. Donc, non, il ne mentait pas. D’un geste souple, je range mes lames et viens à sa rencontre, m’asseyant sur ce même banc, mon regard se plantant dans le sien.

« Ce que tu me dis là est en partit vrai… à ceci prêt que les gens d’en bas se fond déjà beaucoup de mal entre eux. De là où je suis, je le vois. Pas plus tard qu’hier, je l’ai vu. »

L’usurpateur de Devlin n’était pas riche, et pourtant il avait su bien mener la zizanie et avait aidé à détruire la vie de cette pauvre prostituée qui croyait à tout ses mots doux. A cette pensée, je ne pus m’empêcher de serrer les poings.

« Je vais être honnête avec toi, ton idée est idyllique. Au mieux, vous renverserez les riches, et après ? Que se passera-t-il ? Deuxième chose : Tu t’en doutes, ce ne sont pas les pauvres qui viennent quérir mes services. La plupart du temps, il s’agit de bourgeois ou de noble. Rarement d’ouvriers… Et lorsque ça arrive, on peut se douter que le tarif est pauvre. Il te sera très difficile d’égaler certains de mes clients... »

Je ne l’ai pas précisé, mais la plupart de mes clients nobles et bourgeois étaient en réalité des clientes qui se plaignaient des fréquentations de leur maris. Mais, ce que j’aimais beaucoup dans les missions « haut de gamme », c’était empêcher un mariage forcé. J’en viens alors à mon troisième point.


« Je n’aime pas beaucoup non plus les nobles et les bourgeois, c’est vrai. Mais ce ne sont pas non plus les personnes les plus heureuses. Dans mon travail, j’en ai croisé beaucoup aussi motivé que toi à faire tomber ce système vieillissant emplis de devoirs et de manières inutiles. Encore un point : tu dis connaître mes motivations alors que, clairement, t’aider me ferait perdre ma clientèle haut placée. Pour finir… Tu dois te tromper en croyant connaître mes valeurs car saches que, si j’ai bien appris quelque chose depuis que je vis dans la rue. C’est que riche, ou pauvre, tout les hommes sont pourrit ! »


Je plante mon couteau entre nous deux et m’affale sur le banc en soupirant, essayant de calmer mes nerfs. On pouvait prendre le mot « hommes » comme une désignation sur l’humanité. Mais c’était vraiment les hommes en tant que mâle que je désignais. Bien entendu, je ne dis pas que toutes les femmes sont des saintes mais, les hommes eux, sont toujours les premiers à se blesser entre eux sans raison apparente.


« Et j’ai oublié de te dire… je bosse en solo. »


Néanmoins, je ne partais pas. Cet homme a plus d’une corde à son arc et je comptais bien voir jusqu’où il était prêt à aller pour quémander mes services. Je dois l’avouer, mais rien ne m’amuserait plus que de le voir se mettre à genoux devant moi, suppliant. C’est cruel, je sais, surtout que Fergus n’est sans doute pas quelqu’un de mauvais. Mais il reste un homme… Et en voir un se soumettre devant le « sexe faible » me ferait tellement plaisir… Pourtant, il me rappelait vraiment Riven quand elle est venu à moi la première fois. Elle aussi voulait m’offrir un but noble dans mes actions. Donner un sens véritable à ma vie. Riven…

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