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L'appel du divin [Jonathan] [Fini]

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MessageSujet: L'appel du divin [Jonathan] [Fini] Lun 3 Avr - 14:39



L’appel du divin

Parvis de l’église St Mary Matfelon

Janvier 1891


Le mois de janvier se profilait sournoisement. Promesse d’un long et cruel hiver,  la neige tombait en gros flocons sur les pavés. Silencieuse, traîtresse, elle gelait les malheureux jusqu’aux os, semblant vouloir ronger leurs oripeaux miteux. A l’aube naissante, la morgue accueillait ses victimes, orphelins et mendiants, prostituées et pauvres hères n’ayant eu que la voûte céleste pour abriter leur sommeil. Lucy était emmitouflée dans son sempiternel châle de laine. L’heure n’était plus à la coquetterie, mais à la survie. Oui le décolleté aguichait les clients potentiels, oui ses bras blancs et fins étaient l’un de ses atouts majeurs, mais ne pas laisser son cadavre gelé au fin fond d’une ruelle était la priorité de Lucy en cette saison.

La fille de joie détestait cette période de l’année. Pour elle comme pour ses congénères qui sillonnaient les bas-fonds de Londres, cette période n’était que souffrance et tentative de survie. Car errer au cœur de la capitale anglaise, de nuit et en plein hiver, relevait bel et bien de l’exploit un peu désespéré des miséreux contraints de subsister malgré le vent, la neige et le froid.

Car Lucy avait bel et bien froid. La placidité du vent, sournois, ne le rendait que plus mordant. Glacial et intrusif, il s’engouffrait sous ses jupes de coton taupe, élimées, et ankylosait ses chevilles jusqu’à ses genoux. Les orteils commençaient à geler dans les souliers de coton grossier. Lucy endurait, sachant que le début de la soirée était la pire épreuve à passer. Dans quelques heures, elle ne sentirait même plus ses pieds, rendus insensibles par le froid. De même qu’elle se sera plus ou moins accoutumée aux températures inférieures de la nuit, ses grelottements et ses frissons instinctifs, défense naturelle d’un corps vigoureux, ayant quelque peu contribué à la réchauffer.

Pour le moment, son châle étroitement serré sur sa poitrine menue, Lucy tentait d’ignorer le picotement de ses doigts engourdis et les flocons blancs qui glaçaient le bout de son nez rougi de froid. Elle marchait, sans prendre le risque de s’arrêter. Non seulement parce que les clients ne se bousculaient pas dans les rues de Londres au cœur de l’hiver, mais aussi pour ne pas mourir. Rester statique équivalait à la mort. Combien s’étaient laissé surprendre par la torpeur résultant de l’engourdissement des membres, finissant par s’endormir au coin d’une rue pour ne jamais se réveiller ? S’endormir c’était mourir. Aussi Lucy marchait à un rythme plutôt soutenu, l’exercice réchauffant ses membres, leur empêchant la fatale inactivité qui conduisait au trépas.

C’est ainsi qu’elle se retrouva, sans même y avoir pris garde, devant l’église de Whitechapel. L’édifice se découpait dans le crépuscule et avait quelque chose d’inquiétant. Lucy ne s’aventurait guère près de ce monument en règle générale.  Anglicane de naissance, par ignorance, la religion ne tenait aucune place dans sa mauvaise vie de chrétienne. Elle savait que les religieux exécraient les créatures de son genre, aussi préférait-elle ne pas les approcher. Ces gens dont elle ne connaissait rien l’effrayaient. Elle se sentait sale et avait peur d’approcher de ces personnes qui la considéreraient comme impure, impie et pécheresse. Dieu ne tenait aucune place dans sa vie. Jamais il ne lui avait envoyé le moindre signe, jamais Il ne lui avait laissé entrevoir le plus infime rayon d’espoir dans son lugubre quotidien. Lucy rendait donc à Dieu l’indifférence qu’Il lui portait.

Elle n’avait aucune haine envers la religion qui était censée être la sienne. Simplement une absence manifeste de curiosité et d’intérêt, qui lui faisait oublier de vénérer une présence mystique dans son quotidien beaucoup trop à terre-à-terre. Comment penser à ses devoirs religieux lorsque l’on est une prostituée à demi-morte de froid et de faim, et qui se demande sans cesse si, après être parvenue à survivre aux frimas hivernaux, elle n’allait pas être sauvagement égorgée par le meurtrier en série de Whitechapel ? La foi était un luxe réservé aux privilégiés qui avaient l’esprit assez libre pour y accorder du temps. Lucy consacrait la totalité de sa vie à gagner son pain noir et à ne pas mourir.

L’imposante présence du monument l’oppressait. Lucy avait appris, d’instinct, à se méfier de ces endroits au sein desquels elle savait sa présence honnie et indésirable. Créature sauvage que les hommes de foi détestaient, elle considérait que la visite d’un lieu de culte équivalait à se jeter dans la gueule du loup. La fille de joie évitait donc les ennuis en ne fréquentant pas d’ordinaire les parvis d’églises et autres monuments chrétiens. Mais, aujourd’hui arrivée par hasard, Lucy ne put s’empêcher de lever les yeux vers le sommet de l’église Sainte Mary Matfelon. Un sentiment étrange, mêlé d’un malaise indéfinissable, la submergea.

L’église était indéniablement belle sous la chétive lueur crépusculaire de janvier. Mais elle avait cette austérité des monuments chrétiens, cette sévérité que conférait la pierre, qui impressionnait Lucy. Elle se sentait toisée, jugée par ces gigantesques monuments qui dominaient Londres de leurs toits abrupts. L’ombre qu’elle projetait sur le sol semblait déjà vouloir engloutir la fille de joie dans les profondeurs infernales qui l’attendaient assurément après sa mort. Réprimant un frisson, de froid et de malaise, elle baissa ses yeux du ciel qui s’assombrissait à vue d’œil.

Si elle avait gardé quelques instants encore les yeux levés, Lucy n’aurait sans doute pas vu la silhouette qui sortait de l’église. Il s’agissait d’un homme. Il portait un long manteau et avait une physionomie trapue. La jeune femme se rapprocha. Les occasions étaient si rares en ces nuits glaciales qu’il ne fallait pas prendre le risque d’en laisser une s’échapper.

Arrivée plus près, la prostituée devenue craintive depuis les exploits assassins de Jack L’Eventreur, ressentit une sensation plutôt agréable qu’elle n’avait pas eu l’occasion d’éprouver depuis des mois. Elle était rassurée. Peut-être était-ce irrationnel, peut-être cet homme était-il violent, alcoolique ou fou. Mais ce réconfort soudain à la vue de ce visage semblait venir du plus profond de son instinct. Il semblait bon. Il ne s’agissait pas d’une attirance physique ou sexuelle, car Lucy ne prenait même plus garde à la physionomie de ses clients. Cet homme avait de grands yeux pleins de bonté, là ou Lucy voyait d’ordinaire chez les hommes le stupre ou l’agressivité.  Il semblait éclairé de quelque chose qui illuminait ses traits et donnait confiance. Ses cheveux blonds étaient soigneusement peignés, de même que sa barbe. Il semblait jeune. Lucy était étrangement fascinée par cette lumière qui éclairait les yeux clairs de l’homme en cette sombre nuit d’hiver. Mais, rassurée par ce sourire tranquille et par ce regard distant, elle se rapprocha un peu plus et extirpa ses bras blancs de son châle en l’interpellant d’une voix qui se voulait racoleuse, tentant d’en réprimer les tressaillements de froid :

- Voulez-vous un peu de bon temps, Monseigneur ?

Elle avait tenté parce qu’il aurait été trop bête de ne pas essayer. Mais, en son for intérieur, elle sentait que l’homme refuserait. Elle ne saurait expliquer pourquoi. Son regard semblait trop loin des préoccupations charnelles. Il semblait habité par quelque chose qui la dépassait. Mais il ne semblait pas inquiétant. Aussi c’est sans grande crainte que Lucy avait tenté sa chance. Son honneur était piétiné chaque nuit de son existence, à chaque passe. Il se remettrait très bien d’un refus, aussi indifférent soit-il. Et puis, l’homme avait vraiment l’air gentil.

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MessageSujet: Re: L'appel du divin [Jonathan] [Fini] Mer 5 Avr - 19:04



L'Appel Du Divin

« Completely Mad Mercy »

Parvis de l'église St Mary Matfelon, Whitechapel, 1890.

L'hiver était particulièrement rigoureux ce jour-ci, dans les sombres ruelles de Londres où le soleil peinait à entrer. Il n'y avait plus beaucoup de différences entre le jour et la nuit dans certaines parties de la basse-ville, et les peaux les plus blanches sortaient des différents caniveaux pour parfois ne plus jamais y retourner. C'était un jeu dangereux que celui du temps qui jouait avec les sangs de chacun. Rien ne promettait à la centaine de sans-abris londonniens qu'ils se réveilleraient le lendemain. Et ce qui était un poids en moins pour les classes supérieures était une incommensurable peine pour Jonathan. Ce dernier savait, qui ne le savait pas -mis à part ceux qui se voilaient la face, que ces gens-là n'avaient pas choisi de naître ou de vivre dans de tels conditions.

Mais que pouvait-il faire de plus que ce qu'il faisait déjà ? Dès qu'il voyait un mendiant dans le besoin, il lui donnait un peu d'argent de sa besace. Qu'allait-il en faire de toute façon...il faisait parti de ces bourgeois qui avaient trop d'argent et ne savait pas quoi en faire. Mais heureusement pour les pauvres de Londres, Jonathan était un bourgeois pasteur, avec le coeur sur la main. Cependant, il pouvait pas non plus les inviter à dormir chez lui. L'Église avait beau offrir un toit, le chauffage restait précaire et malgré toute sa confiance, cela lui pesait que de laisser sa bâtisse à la confidence de ces gens dont il ne connaissait rien. Il avait récemment réaménagé la cave du bâtiment afin d'y vivre, à ce moment là, très certainement qu'il pourrait acceuillir de pauvres âmes à dormir sur les bancs de la Maison de Dieu.

Mais ce soir là, il rentrait encore chez lui, dans son appartement cossu du quartier d'en bas. City of London. Il n'avait pas très fier de devoir traverser les rues pleines de souffrance pour rejoindre sa vie factice au milieu d'un certain beau monde. Il savait que ne pesait pas sur les pauvres que la menace du froid, mais également d'un tueur en série qui sévissait monstrueusment dans les parages. Mais le gentil pasteur allait rejoindre sa demeure, et sa femme serait probablement absente, comme toujours. Plusieurs années maintenant qu'il allait directement dormir dans le canapé sans plus se poser de questions, c'était plus rapide comme ça.

Refermant correctement les portes de sa chaleureuse église fleurie, il se tourna rapidement vers la rue, refermant les pans de son large manteau autour de son col blanc -le cachant ainsi à la vue de tous. C'est alors que ce petit morceau de femme s'approcha de lui, montrant des bras blanchis et frigorifiés par le temps. Elle pouvait faire la chaude donzelle autant qu'elle voulait, mais la fraicheur de son corps s'y montrait bien davantage. Il soupira doucement et fit un petit sourire. La pauvre ne risquait pas de gagner grand chose par un temps pareil. Ce qui attirait davantage son oeil par contre, c'était la merveilleuse masse de cheveux roux qui surplombait sa tête. Il avait toujours été admiratif de cette couleur, et trouvait les femmes qui l'avaient, absolument magnifique. Rougissant malgré tout de la proposition indécente de la prostituée, il ne sut quoi répondre sur le coup. Cette pauvresse parlait de prendre du bon temps, mais pour qui le temps serait bon essentiellement ? A moins d'un coup de foudre surprenant, il n'y avait rien d'intéressant de cette étrange altercation. Jonathan se sentait cruel de la faire repartir sans le sous, et commençait déjà à faire le geste de lui donner de quoi se payer une chambre pour cette nuit – elle toute seule. Cependant, il arrêta son geste et regarda la porte de son église. Peut-être était-il temps de tester ce fameux projet d'asile hivernal qui commençait à lui porter à coeur ? Cela lui permettrait de passer une nuit loin du mépris de sa femme. Tremblotant lui-même de froid, il sortit finalement la main de sa poche et prit le châle de la demoiselle pour le lui remettre autour des épaules, bien resserré autour de sa poitrine par un gros noeud assez maladroit. Il n'avait pas l'habitude d'être aussi proche d'une femme, et ça le troublait terriblement, malgré que ce fut une prostituée éloignée du chemin de la Lumière de Dieu.

- Ce ne sera pas certainement pas un bon temps pour vous, ne soyez pas plus bête que vous ne pouvez le paraître en vous déshabillant comme ça avec le temps qu'il fait...vous voulez attaper la mort ou quoi ?

Il recula d'un pas après avoir rhabiller la demoiselle et entreprit de rouvrir la porte de l'Église devant elle. D'une main derrière son dos, il l'invita à entrer. Et de la force, notre bon pasteur en avait assez pour faire avancer ce petit bout de chair jusqu'à l'intérieur, certes glacé mais sans vent, de ce grand bâtiment. De toute façon, quel choix pouvait-elle avoir d'autre que rentrer ou bien dormir dehors ? Toujours en lui souriant gentimment, Jonathan referma derrière lui et retira son long manteau, dévoilant ainsi sa tenue de pasteur et son caractère religieux. Il revint donc vers la jeune femme et fit:

- Vous pouvez dormir ici ce soir, il fait plus chaud que dans la rue, il y a un lit dans la cave que vous pouvez utiliser, ainsi qu'une salle de bain.

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MessageSujet: Re: L'appel du divin [Jonathan] [Fini] Ven 7 Avr - 10:17



L’appel du divin

Parvis de l’église St Mary Matfelon

Janvier 1891


La réponse du client potentiel se fit attendre. Un soupir à peine perceptible traversa ses lèvres qui s’étiraient en un léger sourire. Pour une raison qui échappait à Lucy, l’homme au visage si avenant paraissait comme désabusé, presque surpris par l’indécente proposition soumise à son bon vouloir. Les ruelles de Whitechapel regorgeaient de filles de joie, et il était impossible qu’une présence masculine ait pu échapper au racolage incessant qui sévissait dans ces sombres quartiers. De plus, si Lucy ainsi que toutes ses congénères partageaient le même avis, l’homme devait être sollicité. Elle ne croisait guère souvent des faciès si engageants. Car le sourire seyait bien à l’homme, conférant à ses traits plus de bonté encore que lorsqu’il était apparu à Lucy, bravant le froid cruel pour sans doute retourner à son logis. Lorsqu’elle le vit s’attarder sur sa crinière flamboyante, la fille de joie crut sans fausse modestie la partie gagnée. En des années de rue elle avait appris qu’il était vain de tenter de plaire à tous les hommes et qu’elle ne serait jamais au goût de certains. Il y’avait ceux qui n’aimaient que les femmes plantureuses ; la poitrine menue, les hanches frêles et la taille gracile de Lucy ne pouvaient lutter contre cette forme d’attraction. De même sa chevelure originale ; soit les hommes étaient rebutés, soit ils raffolaient des rousses. Visiblement l’homme au regard si gentil appartenait à la seconde catégorie.

Les bras blancs et nus de Lucy se rafraichissaient à une vitesse ahurissante tandis que l’intéressé restait mutique. Ils commençaient à s’engourdir et elle était à deux doigts de les glisser de nouveau sous son châle, mais son geste s’arrêta net ; ce fut à son tour d’avoir l’air surpris. Au clair de la lueur vespérale, Lucy discernait nettement que les joues de son interlocuteur s’étaient empourprées de marbrures cramoisies. Mais quel genre d’homme était-ce donc là ? Lucy, qui croyait l’instant précédent avoir réussi à dégoter un client, ne cachait plus sa perplexité.  Il n’y avait guère besoin d’un sens aigu de la psychologie en règle générale pour deviner les pensées masculines qui hantaient Whitechapel. Leur regard était habité par le vice, la violence, l’ivresse, le désir. Mais elle n’entendait rien à cette pudibonderie qu’elle n’avait jamais eu l’occasion de lire dans des yeux masculins.

Lucy reprit toutefois espoir lorsqu’elle le vit fourrer une main dans sa poche. Ce geste qu’elle ne connaissait que trop bien signifiait le consentement muet de l’achat, pour un temps, des charmes de la donzelle. Accord tacite des charmes monnayés pour une heure ou deux, elle s’attendait à recevoir le tintement des pièces au creux de sa main glacée et suivre son premier client de la soirée où bon lui semblerait. Ce fut pourtant une main vide et tremblotante de froid qui sortit de la poche du long manteau pour agripper le châle sans âge de Lucy qu’il noua plus fermement autour de ses épaules. La fille de joie, surprise par la prévenance du geste, et croyant qu’il s’agissait d’une approche, en profita pour saisir au vol la large main de l’homme, qu’elle pressa délicatement contre sa poitrine, comme un préambule de l’étalage de ses attributs, refrain mécanique et usuel de cette profession sans âme qu’elle exerçait froidement.  La main était chaude et le contact agréable. Il ne s’agissait pas de ces mains calleuses d’ouvriers que le labeur finissait par tuer à la tâche. L’homme, de par ses manières prudes, l’élégance de son manteau et le soin de sa chevelure, était sans nul doute un bourgeois. La fille de joie se décida à encourager celui qui faisait montre d’une timidité qui lui était jusqu’alors inconnue :

- Ou désirez-vous aller ?

A peine peut-elle le temps d’achever sa question qu’une voix grave, aussi chaude que cette main que Lucy tenait entre ses doigts gelés, se fit enfin entendre :


- Ce ne sera pas certainement pas un bon temps pour vous, ne soyez pas plus bête que vous ne pouvez le paraître en vous déshabillant comme ça avec le temps qu'il fait...vous voulez attraper la mort ou quoi ?



Cette tirade eut le don de laisser Lucy sans voix. Pourquoi tant de mots, pourquoi tant de délicatesses pour refuser les services d’une prostituée de bas-étage ? Quelle importance pour lui qu’elle meurt de froid, si ses charmes ne l’intéressait pas ? Lucy ne savait guère réagir à la bonté. Elle avait appris à se défendre face à la violence, au mépris et aux insultes, mais tant de sollicitude la rendait totalement indécise et lui coupait littéralement la parole. L’esprit embrumé par les réactions insolites de cet homme, c’est à peine si elle aperçut qu’il s’était reculé, laissant glisser les doigts blancs de la prostituée de sa main, comme pour mieux pousser la porte de l’église. Une fois ouverte, elle put sentir le plat d’une main exercer une pression légère dans son dos, comme pour l’encourager à pénétrer au cœur du lieu sacré. Lucy n’opposa aucune résistance et laissa même l’homme refermer derrière lui sans dire un mot. Un sourire bienveillant se dessinait sur son visage. Lorsqu’il ôta soudain son manteau, Lucy comprit ; le col blanc, l’austérité du costume noir. Elle avait offert ses charmes au pasteur de Whitechapel.

Elle se sentit soudain mal. Effrayée par l’énormité de son acte inconséquent, Lucy commençait à se demander ce qu’un ministre du culte voulait faire d’elle en l’enfermant dans son église. La dénoncer ? La traîner dans un hospice ou une prison, pour la laisser moisir au fond d’une cellule et payer, de par sa souffrance, le pardon de ses infâmes péchés ? Elle sentit ses genoux se dérober, par ce mélange de crainte, de froid et de faim qui la fragilisait. Alors elle tenta de se racheter auprès de lui, précipitamment, maladroitement, et n’hésiterait pas à s’abimer en supplications si d’aventure il décidait de la jeter en pâture à la police de Londres ;


- Je vous demande pardon, Révérend. Je n’aurais jamais fait ça si j’avais su qui vous étiez. Je le jure. Pitié, ne me dénoncez pas.


Comment Lucy, que des années de prostitution avaient aguerrie au point de discerner au coin d’une rue une patrouille de police, en était-elle arrivée à se faire piéger d’une manière aussi stupide ? Son regard s’attardait déjà sur la porte de l’église comme pour anticiper une fuite lorsque, quasiment en même temps, l’homme se retournait, ce sourire avenant toujours accroché à ses lèvres, et lui lançait cette proposition :


- Vous pouvez dormir ici ce soir, il fait plus chaud que dans la rue, il y a un lit dans la cave que vous pouvez utiliser, ainsi qu'une salle de bain.


Décidément, son ignorance de la religion jouait de bien vilains tours à Lucy. Le pasteur qui se tenait face à elle semblait détruire tous les stéréotypes que l’imagination de la rousse s’était faite des ministres du culte. Il n’avait pas seulement l’air bon. Il était bon. La fille de joie, d’ordinaire si maîtresse de ses émotions, se sentit ridicule en repensant à ses précédentes supplications. Pourtant, Lucy dont personne ne se préoccupait, ne parvenait pas à croire qu’on lui offrit l’asile gratuitement. Sa chambre miteuse l’attendait, sans eau courante, sans savon, et à une bonne demi-heure de marche de l’église. L’émotion et le froid avaient épuisée Lucy qui ne se sentait soudain plus aucune bravoure. Le trajet du retour sous la voûte céleste glaciale lui paraissait soudain insurmontable. Mais elle voulait remercier ce pasteur si gentil qui, au lieu de la sermonner ou la dénoncer, lui offrait le gîte. Elle ne savait pas comment remercier, n’en ayant jamais eu l’occasion. Aussi lui proposa-t-elle la seule et unique chose qu’elle était capable d’offrir :

- Et resterez-vous avec moi, Révérend ?

Le châle de laine glissa sur le sol en même temps que cette invitation, dévoilant les épaules nues, la gorge blanche et les bras de Lucy. Sa crinière rousse n’en avait que plus d’éclat, contrastant avec la peau immaculée de la fille de joie. Elle tendit sa main fine vers le pasteur, se rapprochant ostensiblement de lui, le regard langoureux, cherchant à lui donner quelque chose dont, peut-être, il ne voulait pas.

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MessageSujet: Re: L'appel du divin [Jonathan] [Fini] Sam 8 Avr - 23:07



L'Appel Du Divin

« Completely Mad Mercy »

Église St Mary Matfelon, Whitechapel, 1890.

Il aurait été stupide de dire que notre cher pasteur n'avait pas été terriblement troublé par sa propre main posée sur la poitrine de la demoiselle. Jamais encore on ne l'avait ainsi obligé à faire quelque chose comme ça, il fuyait plus qu'autre chose les filles de joie, d'ordinaire. L'idée seul que l'on puisse vendre quelque chose qui était censé être l'apogée de l'Amour lui était absolument insupportable. Et si celles-ci voyaient surtout en lui son beau manteau de noble et son impeccable propreté, jusque dans la tenue de sa chevelure, les femmes dont il aurait vraiment voulu se rapprocher ne lui décochaient souvent pas le moindre regard. Une fois à l'intérieur, il espérait que sa proposition ait fini d'éteindre les ardeurs de la jeune demoiselle, car il ne fallait pas se voiler la face, ce n'était pas de son propre plaisir qu'elle se vendait, et lui n'en prendrait également aucun.

Ce n'était pas qu'il n'en voudrait pas, mais son rapport à tout ce qui était de l'intime avait drastiquement changé depuis qu'il avait connu sa femme, presque six ans plus tôt. Il n'était plus aussi à l'aise qu'il aurait pu vaguement le paraître. Alors qu'ils étaient à l'intérieur, les excuses de la demoiselle, à la vue de son costume religieux, le firent doucement rire à l'intérieur. Ce genre de réaction n'était pas non plus rare. Décidément, c'était tellement une répétition d'événement qu'il se demandait pourquoi il avait décidé d'ouvrir son église à cette femme là en particulier plutôt qu'à une autre. Peut-être à cause de la couleur de ses cheveux auquel il ne pouvait s'empêcher de donner des petits coups d'oeil de temps en temps. Quand elle vint alors à lui, posant cette question qui sur le coup n'éveilla aucun sous-entendu dans son esprit pur, il s'apprêtait à répondre quand son châle lui tomba des épaules, dévoilant une splendide beauté. Cette peau si blanche qui contrastait tellement bien avec la flamboyance de cette chevelure de feu. Comment était-il possible qu'un être humain en soit de glace ? Lentement mais sûrement, Jonathan perdait tout contrôle de lui-même, et tremblotait comme un adolescent, les joues rouges, tandis qu'elle avançait sa main vers lui, jusqu'à lui en toucher son torse par dessus le vêtement noir.

- Ma... ma... Madame, je... je ne pense pas que ce soit bien... enfin, avouez que vous n'en... avez pas vraiment envie... Non, vraiment ce... enfin... ne croyez pas que c'est parce que vous n'êtes pas belle ! Vous... oh, hum, vous l'êtes mais... enfin voilà...

Il se garda bien de dire que cela serait surtout de piètre qualité pour la jeune femme. Non pas qu'il n'eut aucune qualité, mais encore jamais il n'avait pu les prouver. Notre tout mignon pasteur n'avait en effet, malgré son mariage, jamais encore goûté à la chair tendre d'une femme -ni d'un homme, soit dit en passant. Autant dire que cette invitation le mettait au bout de ses envies depuis trop longtemps enfermés dans son corps. Sa respiration se faisait plus lourde et rapide, ce que la main de la prostitué pouvait sentir sans problème. Lui qui avait toujours mis l'Amour au centre de tout, il avait au coeur cette idée stupide de vouloir  se garder pur pour l'amour de sa vie, pour la femme qu'il épouserait et avec qui il passerait le restant de sa vie avec. Il s'était avéré qu'au final, le mariage forcé auquel on le retint était pourri dans l'oeuf. D'une main puissante mais toujours tremblante, Jonathan déglutit tout en s'emparant de la main de la jeune femme.

- Mais... laissez-moi plutôt vous montrer les appartements de l'église, vous... vous verrez, ils sont très confortables... Oh ! Et vous avez fait tomber votre châle !

Se baissant alors pour la ramasser, il la rendit à la splendide demoiselle, essayant de tout faire pour échapper son regard de ces cheveux qu'il avait bien envie de caresser, en réalité. Gardant donc la main qu'il avait retiré de son torse et mettant l'autre au niveau de son dos, bien galament, il la guida jusqu'à une porte dérobée qui ouvrait sur un escalier en colimaçon, allant à un sous-sol caché en dessous de l'immense bâtiment. Cela ouvrit sur une grande pièce, avec sur le côté, un grand lit à draps de soies blancs. On sentait un goût presque féminin dans la création de cette pièce, qui faisait à la fois chambre, salon et salle à manger. Il avait tout fait pour pouvoir y vivre une fois...une fois que tout serait terminé. Sur la table de cuisine, l'on pouvait y trouver des documents de divorce qu'il restait à remplir, quand bien même l'appartement luxueux qu'il avait avec sa femme était à son nom, il était hors de question qu'il y retourne vivre seul. Il la guida alors à une autre porte qui menait à une beaucoup plus petite salle, celle de bain.

- Voilà, ici, vous pourrez vous débarbouiller. Si j'avais des robes dans l'armoire, je vous en aurai bien donner une... mais je n'en ai pas, à par celle du sacerdoce.

Il gloussa doucement d'un petit rire un peu idiot et la laissa à cet endroit là. S'écartant un peu vers la cuisine, il entreprit de commencer à faire du café devant ses yeux. Quoiqu'il s'arrêta d'un coup et la regarda, l'air interrogateur. Notre petit pasteur reprenait un peu son sens des réalités, bien que la bouffée de chaleur était toujours présente. Après tout, il y avait une femme dans ses quartiers. Une femme. Rousse. Rien n'avait plus de sens. Il y avait une femme rousse proche d'entre son lit et sa salle de bain. Quelque chose qui n'arrivait que dans ses rêves pour le moment.

- Mmh... Vous êtes plutôt café ou thé ?

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MessageSujet: Re: L'appel du divin [Jonathan] [Fini] Mar 11 Avr - 14:41



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Janvier 1891

Il y’avait quelque chose d’indécent dans l’image de cette pécheresse aux bras blancs, debout, immobile et la gorge offerte, au sein même de ce sanctuaire sacré que sa présence impie, jusqu’à la couleur flamboyante de ses cheveux, semblait violer. La gêne manifeste du pasteur confirmait l’impression initiale de Lucy ; malgré son statut de fille de mauvaise vie, son air débraillé et sa robe sans âge, elle ne laissait pas indifférent l’homme de Dieu qu’elle avait au préalable indécemment aguiché. Elle se sentit encore plus ridicule en repensant à son éphémère crise de panique. Inutile d’être doué d’une clairvoyance aigue pour s’apercevoir que l’homme tentait juste de pratiquer la charité tout en conservant ses moyens auprès d’une prostituée qui le harcelait de son racolage incessant.

Le spectacle d’un pasteur rougissant, tiraillé entre un désir que sa conscience religieuse considérait comme honteux et l’envie d’exercer la charité envers une personne glacée et affamée était assez déconcertant. La main qu’elle avait tendue vers lui, telle une invitation mutique, se rapprochait dangereusement, les doigts blancs effleurant la chemise noire, boutonnée jusqu’au cou qu’emprisonnait le col blanc, symbole sacerdotal du ministère divin. Lucy le regarda. Ses yeux clairs exprimaient un trouble manifeste. On lisait dans ce regard perdu une bataille farouche entre un désir charnel difficilement contrôlable et une conscience farouchement opposée à l’accomplissement de l’acte amoureux avec une femme de l’engeance dont faisait partie Lucy.

- Ma... ma... Madame, je... je ne pense pas que ce soit bien... enfin, avouez que vous n'en... avez pas vraiment envie... Non, vraiment ce... enfin... ne croyez pas que c'est parce que vous n'êtes pas belle ! Vous... oh, hum, vous l'êtes mais... enfin voilà...

Le cerveau embrumé par le froid, la faim et la rencontre somme toute étrange de cette nuit, Lucy n’avait pas compris grand-chose aux balbutiements du pasteur. Elle avait simplement déduit de ses justifications vaseuses et hachées, qu’il déclinait sa proposition, en tentant d’allier tact et politesse. Madame ? De mémoire, on n’avait jamais appelé Lucy ainsi. Elle n’ignorait pas qu’aux yeux du monde, elle était tout sauf une dame. Ses clients ne se gênaient guère pour le lui rappeler. En réalité la fille de joie ne savait si elle devait être vexée, décontenancée, amusée ou touchée. Peut-être ressentait-elle toutes ces émotions à la fois, expliquant de par leur déferlement violent l’épais brouillard au cœur duquel l’esprit de Lucy semblait divaguer. En contradiction du refus de l’homme, la fille de joie pouvait sentir les battements affolés de son cœur marteler le bout de ses doigts, qu’elle avait presque collé à son vêtement noir. Comme la révélation authentique de son désir profond, le corps ne mentait pas, et ce souffle saccadé, ce rythme cardiaque intense, confirmait l’envie que lui inspirait la fille de joie, et l’ardeur qu’il mettait à réfréner ses passions.

Le pasteur sembla toutefois trouver assez de force pour s’emparer de la frêle main et de l’éloigner de son corps qui, contrairement à ses dires, semblait réceptif aux charmes de la prostituée. L’homme avait gardé les doigts blancs de Lucy au creux de sa paume chaude et douce. Coutumière des rapports violents, alcoolisés ou à la va-vite, la fille de joie était peu habituée à ce genre de geste. Elle était étonnée de trouver le contact de cette large main dans la sienne agréable, presque rassurant. Lucy cherchait à croiser le regard de l’homme qui, lui, semblait vouloir fuir tout contact visuel avec la fille de joie dont il tenait la main. Elle l’entendit seulement bredouiller :

- Mais... laissez-moi plutôt vous montrer les appartements de l'église, vous... vous verrez, ils sont très confortables... Oh ! Et vous avez fait tomber votre châle !

On avait toujours parlé à Lucy sans ambages. Comment réagir face à une invitation tournée avec tant de soin ? Et que répondre à cette exclamation faussement surprise, alors qu’il y’a déjà quelques instants le pasteur avait tout à fait compris qu’elle avait volontairement dégagé ses épaules de l’étoffe de laine usée qui les couvrait ? Là où il n’y avait que tact et gentillesse, Lucy se sentait décontenancée. En réalité elle ne savait même plus si elle devait insister, pourtant quasiment certaine que ses charmes auraient à l’usure raison de la barrière pieuse et pudibonde que le pasteur mettait entre lui et cette créature du diable. Aussi pour le moment, Lucy se contenta de récupérer le châle que l’homme lui avait galamment ramassé, le jeta négligemment sur ses épaules de sa main libre, la gorge, le cou et les bras restant découverts. Puis elle répondit docilement :

- D’accord. Je vous suis. Merci Révérend, vous êtes vraiment bon.

La voix de Lucy avait l’accent ingénu de ceux qui découvrent une qualité qu’ils croyaient inexistante chez une catégorie de personnes. La fille de joie se souvenait du pasteur de son enfance. Il sermonnait les enfants lorsqu’ils jouaient sur le parvis de l’Eglise, leur assénant quelques gifles parfois, culpabilisait les femmes parce que jamais assez soumises à leurs époux à son goût, et passait devant les pauvres en leur recommandant de prier, sans jamais pratiquer la charité. Lucy en avait déduit que les hommes de Dieu étaient tous comme ça. Froids, cruels et distants, l’humanité dissimulée sous leurs fonctions sacerdotales. Ce pasteur aux yeux clairs faisait-il figure d’exception, ou en existait-il d’autres, des gentils comme lui ? Lucy pensait à cela tandis qu’il la guidait avec la galanterie que les hommes réservaient d’ordinaire aux véritables dames. Ces égards avaient le don de mettre Lucy mal à l’aise. Elle n’était rien, et il pouvait la traiter sans ambages, car au moins elle y était habituée. Lorsqu’il ouvrit la porte du sous-sol dans lequel il avait invité Lucy, qu’elle ne fut pas sa surprise de voir un appartement coquet, luxueux même, au cœur des fondations de l’église de Whitechapel. Le pasteur n’avait pas ménagé sa peine. Peut-être vivait-il ici ? Jamais elle n’avait vu un si grand lit, et jamais elle n’avait pu apprécier la pureté de l’étoffe qui l’en recouvrait.

- C’est magnifique. Vous vivez ici ?

A peine eut elle le temps de fermer la bouche et de discerner le nombre de pièces du charmant appartement que le pasteur guidait la prostituée vers une petite salle d’eau. Lucy aurait été tentée de prendre cette sollicitude hâtive comme une insulte, si elle n’avait pas eu elle-même grandement envie de sentir un peu d’eau sur son visage. La neige avait gelé son visage rougi par le froid et avait emmêlé sa tignasse rousse. Malgré les toilettes, sommaires mais quotidiennes, qu’elle s’imposait à l’aide d’une écuelle d’eau froide, les vêtements se salissaient sur les pavés, sous la pluie et dans la boue. Avec la même délicatesse que lors de sa précédente invitation, il tourna sa phrase ainsi :

- Voilà, ici, vous pourrez vous débarbouiller. Si j'avais des robes dans l'armoire, je vous en aurai bien donner une... mais je n'en ai pas, à par celle du sacerdoce.

L’homme se mit à rire de sa dernière phrase qui devait sans doute être une plaisanterie. Lucy faisait partie de la catégorie de personnages un peu sinistres qui n’entendaient rien à l’humour. Pessimiste, résignée et d’ordinaire placide, il ne lui était que rarement arrivée de rire, n’en ayant pas eu l’occasion dans sa misérable vie, et trouvant ces exclamations de gaieté un peu trop expansives à son goût. Elle était de ces fatalistes qui murent leur chagrin dans le silence, ne percevant qu’humiliation à l’étalage de ses sentiments, et persuadée que sa douleur, sa lassitude et son existence piteuse étaient inéluctables. Aussi se contenta-elle de bredouiller un :

- Merci beaucoup.

Mais l’homme n’était déjà plus dans la pièce. Il se trouvait à quelques pas, dans ce qui devait être la cuisine. Lucy posa son châle sur le lavabo et se prépara instinctivement au contact de l’eau glacée. Elle tourna le robinet et eut un geste de recul surpris. L’eau était chaude ! La sensation était si agréable qu’elle resta prostrée de longues secondes, la main sous le jet d’eau. Revenue à elle, elle délaça quelque peu son corsage et remarqua avec un plaisir sans nom le morceau de savon posé à l’autre extrémité du lavabo. Lucy savoura avec délice ces deux luxes qu’elle ne verrait sans doute jamais plus et nettoya sa gorge, son décolleté, ses bras et son visage avec soin, tentant de coiffer ses cheveux de ses doigts humides. Elle reprit pied avec la réalité lorsqu’elle entendit l’homme qui s’affairait dans la cuisine lui poser une question :


- Mmh... Vous êtes plutôt café ou thé ?


Drôle de question. Lucy avait rarement l’occasion de boire du thé, pourtant boisson nationale, ne pouvant chauffer de l’eau chez elle, et préférant acheter un morceau de pain que ces feuilles odorantes qui n’aidaient guère à la satiété.  Mais elle n’avait jamais goûté au café, qui était à un prix exorbitant, et qui nécessitait un appareillage plus technique encore, là où le thé demandait uniquement de l’eau chaude. Sautant sur une occasion qui serait sans doute unique, Lucy répondit avec sincérité :


- Je n’ai jamais bu de café, Révérend. Je peux goûter ? Mais, attendez, je vais vous aider !


Comme un éclair traversant son esprit, elle venait tout juste de s’apercevoir que l’homme, qui la logeait comme une reine et mettait à disposition son savon et son eau chaude pour une nuit, s’apprêtait en plus à la servir. Gênée par tant de sollicitude, Lucy sortit de la salle de bain, plus fraîche et les cheveux arrangés, mais le corsage toujours largement délacé et le châle resté sur le lavabo. Elle n’était que rarement aussi réchauffée en hiver et ne tenait pas vraiment compte de son aspect débraillé. Si la pudeur physique la bouleversait autant, il y’a longtemps qu’elle aurait troqué la prostitution pour la mendicité. Arrivant à pas rapides derrière lui, elle toucha son bras comme pour arrêter ses gestes, et lui demanda :

- Allons, ou sont vos tasses, Révérend ? Allez-donc vous asseoir, je vais le faire.

Et tandis que Lucy se faufilait pour prendre la place du pasteur devant la cafetière dans laquelle coulait le café fumant, elle aperçut une pile de papiers portant des inscriptions. Elle fixa ses yeux dessus, intriguée. Totalement illettrée, Lucy regardait comme fascinée la suite indéchiffrable de signes qu’elle ne comprenait pas. Innocemment, elle demanda à l’homme de Dieu, pensant qu’il s’agissait sans doute d’extraits bibliques ou de prières :

- De quoi ça parle ?

En parlant, Lucy avait saisi les documents et lui montrait, la curiosité quelque peu éveillée. Whitechapel regorgeait d’illettrés et elle n’avait pas souvent l’occasion de voir ces symboles bizarres dont elle ne connaissait rien étalés sur le papier.

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MessageSujet: Re: L'appel du divin [Jonathan] [Fini] Jeu 13 Avr - 17:21



L'Appel Du Divin

« Completely Mad Mercy »

Église St Mary Matfelon, Whitechapel, 1890.

Quand Jonathan était entré dans la cave qui faisait office d'appartement de fortune, bien que luxueux, il n'avait pas voulu être désagréable ni même insultant. Ayant fait de larges pas jusqu'à la salle de bain, il songeait avant tout que la demoiselle, transi par l'atmosphère de janvier, aurait avant tout voulu se débarbouiller et se réchauffer dans un bon bain chaud. Aussi n'avait-il pas même entendu la question qu'on lui avait posé et s'était aussitôt attablé à la confection d'un café, ne voulant pas déranger la jeune femme dans son acte d'hygiène. C'était bien la première fois qu'une situation pareille venait déranger sa pauvre quiétude de mari ignoré. Allant aussi calmement que possible vers les meubles de cuisine, il commençait à faire tout le nécessaire dans la confection du café. Pouvait-on alors dire qu'il tentait de se cacher dans cette petite zone de lumière offert par une lampe grisonnante ? Totalement. Incapable de faire face à la situation, il préférait pour le moment l'oublier en la laissant barboter dans son eau. Il n'aurait ensuite qu'à laisser le café et s'éclipser pour aller dormir sur l'un des bancs du hall de prière. Pourquoi pas directement dormir dans le confessionnal ? Ou alors derrière l'autel, après tout, le sol ou le bois serait tout aussi dur. Alors qu'il pensait innocemment à ce genre de choses, n'étant résolument pas décidé à rentrer chez lui ni à partager le lit de la prostituée, il ne vit pas alors la tornade rousse le pousser.

Ce qui le troubla en premier, c'était curieusement cette longue chevelure en mouvement qui libéra toutes les saveurs de ses fragrances. Ses reflets à la lumière, ainsi que sa longue danse jusqu'à l'arrêt total de la demoiselle. C'était tout autant de beauté qui lui rappelait aussi un des mauvais que des bons souvenirs. En deuxième évidemment, comment ne pas parler de cette tenue fort peu convenable, qui aurait limité tout homme de peu d'honneur à un assouvissement simple. Mais si Jonathan avait acquis une réputation de bênet, il n'en était pas moins plus fort que le commun des mortels. Question de domaine, il faut croire. Mais s'il n'était désormais qu'une statue de sable, son regard également était devenu fixe. Ou plus exactement, fixé sur les parties libres de la jeune femme. Sur sa peau blanche totalement libéré d'un décolleté ouvert et presque avide de souffle. Même s'il n'avait jamais goûté au plaisir de la chair, ce n'était pas la première fois qu'il voyait une partie intime féminine, bien malgré lui. Cette proximité était pourtant particulièrement différente de tout ce qu'il avait pu voir de sa vie, et son souffle s'accéléra à nouveau. Il mit sur le compte de la chaleur de la bouilloire sifflante pour expliquer la sueur de son front, qu'il essuya de l'arrière de sa main. Cela ne l'empêcha pas de sursauter quand elle toucha son bras.

- Là-bas, dans le premier placard au dessus du lavabo... Oh Seigneur...

Prenant une longue respiration et retirant son regard de la peau bien trop appétissante de la prostituée, il alla donc s'asseoir pendant quelques secondes. Alors qu'il songeait à aller chercher son châle dans la salle de bain, ce fut à ce moment que la jeune femme prit les papiers qu'il avait oublié sur la table. Jonathan se liquéfia aussitôt, son excitation potentiel réduite à néant. Paniqué par le fait qu'elle ait lu cette faiblesse, le pasteur se leva aussitôt et récupéra les papiers d'une main ferme. Son visage n'exprimait aucune colère, mais plus une panique contre lui-même, ainsi qu'une douce tristesse. Petit à petit, le blanc de son visage devint tout aussi rouge qu'une pivoire. Il se devait de répondre à présent, de toute façon, elle devait l'avoir bien lu. Sous la rapidité de sa panique, Jonathan n'avait pas pensé trente secondes au fait qu'une prostituée de Whitechapel n'avait peut-être pas cormpis les assemblages de lettres sur le papier. Aussi baissa-t-il la tête vers les feuilles tout en se rasseyant avec.

- Ce sont des papiers de divorce....pour répondre à votre question de toute à l'heure, non, je n'habite pas encore ici, mais j'ai aménagé la cave pour y vivre une fois que tout sera...conclu...

Il soupira. Oh, ce n'était pas une mauvaise chose, il était content de pouvoir enfin se libérer de cette harpie. Mais c'était toujours une étape désagréable que la paperasse. Après avoir perdu son regard sur la feuille, il regarda la jeune femme et lui sourit. Pour rougir aussitôt davantage et baisser la tête, bredouillant dans sa barbe quelques excuses. Essayant de regarder partout ailleurs que là où se trouver la demoiselle, il finit par se lever en toussotant.

- Mais ne vous ne faites pas pour moi, pour ce soir, vous êtes mon hôte. Après tout... cela m'arrange bien, je n'avais pas envie de rentrer chez moi ce soir. Merci. Je vais vous faire couler un bain.

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MessageSujet: Re: L'appel du divin [Jonathan] [Fini] Jeu 20 Avr - 13:16



L’appel du divin

« Eglise St Mary Matfelon »

Janvier 1891

Lucy n’était pas sans ignorer ce genre de trouble qu’elle inspirait à la gent masculine. Aussi ne fut-elle pas surprise outre mesure de la gêne manifeste du pasteur lorsqu’elle s’approcha de lui. Néanmoins, cette violence intérieure qui semblait déferler au fond de l’âme de son interlocuteur la faisait légèrement culpabiliser. Ses clients ne cherchaient jamais à réguler leurs pulsions et n’avaient en principe aucun problème avec leur conscience ou leur morale religieuse qu’ils laissaient au vestiaire lorsqu’ils se payaient les services d’une prostituée. Peut-être se repentaient-ils par la suite, peut-être auprès de l’homme qui se trouvait en face d’elle à cet instant, d’avoir cédé aux appels de la chair auprès d’une créature du genre de Lucy. Peut-être étaient-ils sincères dans l’aveu de leur pêché, et peut-être même ressentaient-ils un vague sentiment de honte lorsqu’ils venaient la retrouver une nouvelle fois, le regard brillant de désir et quelques shillings tintant au creux de leurs mains.

Alors que la fille de joie, suivant les instructions du pasteur, entreprit d’ouvrir le placard de bois afin d’y récupérer deux tasses, elle le vit suivre son conseil et aller s’asseoir sur le divan de la pièce d’à côté. Le repos qu’il s’accordait après toutes ces émotions fut de courte durée ; il se leva d’un bond suite à la curiosité ingénue et à la question innocente de Lucy. Promptement, il arracha des mains de la prostituée les documents recouverts de symboles à l’encre noire auxquels elle ne comprenait rien. Effrayée d’avoir pu commettre une faute, elle lui jeta un regard affolée. Elle fut vite rassérénée, quoique décontenancée ; l’homme n’avait pas l’air en colère, simplement paniqué à l’idée que Lucy ait pu découvrir le sens de tous ces mots étalés sur le papier, son trouble l’empêchant sans doute de penser qu’une prostituée de Whitechapel lettrée était une créature rarissime. Lucy ne saurait même pas lire son propre nom, alors le pasteur pouvait se rassurer. Cet amas inintelligible de lettres assemblées les unes à côté des autres délivraient sans doute un message, mais qui restait pour la fille de joie un mystère absolu. Devenu cramoisi, le pasteur entreprit de répondre, sincèrement, à la question de Lucy, alors qu’il aurait facilement pu lui rétorquer de se mêler de ses affaires :

- Ce sont des papiers de divorce....pour répondre à votre question de toute à l'heure, non, je n'habite pas encore ici, mais j'ai aménagé la cave pour y vivre une fois que tout sera...conclu...

Le divorce ? Un pasteur ? N’était-ce pas interdit ? Lucy était de plus en plus confuse. Elle s’était expliqué la pudibonderie excessive de l’homme de par le célibat dans lequel il se trouvait sans doute. Mais marié, donc connaissant les choses relatives à la chair, la prostituée ne concevait plus cette pudeur d’adolescent qui rendait l’homme rougissant et balbutiant chaque fois qu’elle s’approchait un peu trop de lui. Lorsqu’elle était entrée dans la cuisine, elle avait vu le regard du pasteur fuir son décolleté indécent, le souffle court. Seule l’abstinence pouvait provoquer un tel émoi pour si peu de choses. Aussi, sa curiosité éveillée, Lucy, au risque de paraître indiscrète ou désobligeante, lui répondit :

- Oh…un divorce ? Je suis désolée pour vous. Mais n’est-ce pas interdit Révérend ? Cet endroit est très joli en tout cas.

Il s’agissait là d’une question stupide. Un ministre du culte savait bien mieux qu’une prostituée ce que la religion proscrivait ou non, et sans doute n’avait-il pas pris cette décision à la légère. Mais Lucy était de plus en plus fascinée par ce Révérend peu commun, de par sa bonté et la charité avec laquelle il traitait une misérable fille de joie. Il s’était rassis pour se remettre de ses émotions, les papiers litigieux toujours fermement serrés au creux de sa main. Souhaitant sans doute clore ce sujet qui le mettait mal à l’aise, le Révérend se racla un peu la gorge avant de continuer :

- Mais ne vous ne faites pas pour moi, pour ce soir, vous êtes mon hôte. Après tout... cela m'arrange bien, je n'avais pas envie de rentrer chez moi ce soir. Merci. Je vais vous faire couler un bain.

Voilà pourquoi l’appartement aménagé au sous-sol de l’église était si douillet. Le pasteur semblait vouloir en faire sa résidence principale une fois son divorce prononcé. Si vivre au sein même de son lieu de travail était d’une logique indiscutable, Lucy n’aurait guère imaginé que l’on puisse faire des sous-sols d’un lieu de culte un endroit si charmant. L’homme avait du goût, et avait dû déployer beaucoup de temps et d’énergie pour créer un lieu si coquet.

Lorsqu’il parla d’un bain, Lucy n’osait en croire ces oreilles. Elle avait dû voir une baignoire une seule fois dans sa vie, lorsqu’elle avait suivi un client plutôt aisé dans la chambre de son hôtel. Les gens disaient qu’être intégralement plongés dans de l’eau chaude apportait un incomparable délassement. En réalité la pauvresse était perplexe. Une chose aussi banale et relaxante qu’un bain était si abstraite et inconnue dans l’esprit des nombreux défavorisés londoniens qu’elle en deviendrait presque inquiétante. Curieuse, l’excitation de Lucy était malgré tout quelque peu réfrénée par un peu d’hésitation. Elle suivit néanmoins sans broncher le gentil pasteur, tout en se rendant, que, perdue dans ses pensées, elle avait complètement oublié de le remercier pour cette proposition :

- D’accord. Désolée, je voulais pas me mêler de vos histoires. Merci beaucoup pour le bain, c’est vraiment très gentil.

Lucy suivait le pasteur jusqu’à la salle de bains, sans mot dire. Le silence était simplement brisé par le bruit du café qui chauffait dans la machine. Lorsqu’ils furent tous les deux arrivés dans la pièce d’eau, l’homme tira un rideau, qui dissimulait un énorme réceptacle de cuivre, surmonté de deux robinets. Il ouvrit les deux simultanément et deux jets d’eau en jaillirent, emplissant la baignoire à une vitesse vertigineuse. Lucy fixait, comme hypnotisée, les petites sources claires qui s’unissaient au fond de l’immense baquet. Lorsque la baignoire fut pleine, le pasteur ferma les robinets. Lucy, d’un air perplexe et un peu stupide, se tenait là, immobile devant l’eau, ne sachant que faire. Une vapeur d’une chaleur réconfortante s’évaporait de la baignoire et semblait délicieusement l’inviter à s’y plonger.

Lucy était attendrie par la bonté gratuite de l’homme, cette pudeur étrange, ces égards inconnus avec lesquels il la traitait. Sa mystérieuse et originale histoire le rendait plus touchant encore, presque vulnérable, là où la fille de joie avait toujours cru voir, chez les ministres du culte, une austérité rigide et une sévérité peu empreinte d’humanité. Aussi cherchait-elle vraiment à le séduire, pour le remercier mais aussi parce qu’il lui plaisait. Il n’avait pourtant pas la physionomie du dieu grec pour lesquelles la moindre membre de la noblesse anglaise serait prête à se damner. Paraissant fort mais plus trapu qu’élancé, il avait un visage plutôt commun. Ses cheveux et sa barbe était incroyablement soignés. Mais dans ses yeux clairs semblait transparaître son âme innocente, si pure même que Lucy paraissait la souiller de sa simple présence. Plus qu’un physique, il respirait la bonté, et la fille de joie considérait cette qualité comme exceptionnelle, elle qui devait, chaque nuit, affronter l’engeance masculine des bas-fonds londoniens dans tout ce qu’elle avait de plus abject. Alors Lucy délaça le peu de corsage qu’il lui restait et, d’un mouvement ample du bassin, laissa glisser sa robe usée à ses pieds ;

- Merci beaucoup. Bien…Alors…j’y vais.

Car Lucy restait une prostituée malgré tout. Elle ne savait pas séduire autrement que par l’indécence. Elle ignorait tout des phrases subtiles à double-sens, de la douceur de certains chastes effleurements, ou même de la tendresse de certains gestes prévenants. Elle ne connaissait des choses de l’amour que son accomplissement, sans ses débuts, cette préparation, cette attente, qui sont pour le plupart des gens le plus important. Regardant le pasteur qui se trouvait juste en face, elle commença par lever un pied, précautionneusement, puis enjamba la baignoire dans laquelle elle plongea son corps nu tout entier…

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MessageSujet: Re: L'appel du divin [Jonathan] [Fini] Sam 22 Avr - 18:37



L'Appel Du Divin

« Completely Mad Mercy »

Église St Mary Matfelon, Whitechapel, 1890.

Jonathan aurait pu répondre, plus tôt, à la parole innocente et pleine d'ignorance de la prostituée, se rendant compte qu'il ne connaissait même pas son nom pour l'avoir invité. Lui avait-il même donner le sien ? Car mis à part le nommer Révérend, il n'y avait eu aucun échange nominatif. Mais il avait la tête ailleurs, c'était le minimum que l'on pouvait dire. Entre la demoiselle qui ne faisait absolument aucune attention à comment ses vêtements la recouvrer, et les papiers de divorce qu'il était apeuré d'avoir rendu si découvert, le pauvre n'avait plus les yeux en face des trous. Il voulait juste rendre service lui. Elle le remerciait d'ailleurs de cette attention envers elle. Même si Jonathan était un petit pasteur naïf qui croyait en la bonté dans toutes choses, il se doutait bien que la jeune femme ne devait pas vivre autant d'attentions tous les jours. Peut-être aurait-elle au moins appris à se couvrir. Oh, bon sang. Jonathan cherchait à tout prix à éviter le contact de la poitrine qui vivait comme deux yeux le transperçant du regard. Il goûta l'eau qu'il vérifia être à une température correcte et se recula un peu devant tout ceci. En même temps qu'il était joyeux d'offrir ces bien-êtres à une âme en peine, il était également fier du travail qu'il avait commandé pour faire cette splendide salle de bain. Si elle était la première à inaugurer l'utilisation de cette création, il ne pouvait s'empêcher de penser à toutes les fois où il pourrait l'utiliser pour lui-même. Le divorce lui parut alors moins dur. Après tout, si on peut ensuite se permettre de prendre de longs bains, quel bonheur.

Mais c'est alors que la demoiselle prit le pas devant lui, prête à utiliser l'eau. Pas un mot, rien du tout, il n'eut même pas le temps de demander ce qu'il pouvait faire pour elle, s'il devait rajouter du savon, s'il devait mettre plus d'eau ou si elle était suffisamment chaude pour elle. En vérité, elle ne goûta pas même l'eau d'elle-même et sa robe quitta ses hanches plus vite que Jonathan ne put détourner le regard. Sa main vint se porter sur le rebord du lavabo et le serra de toutes ses forces sous le choc. Décidément, mais qu'est-ce qu'avaient donc toutes les femmes de cet univers pour se mettre entièrement nues devant lui ?! C'était un peu groggy et absent de son corps que Jonathan vit la demoiselle se mettre dans le bain sans aucune honte. Il finit par passer une main sur son visage, celle qui n'était pas en train de macérer le rebord du lavabo pour se contenir, et frotta ses yeux comme pour se réveiller. Il finit par balbutier, regardant un peu tout autour de la baignoire sans vraiment regarder le sujet de son trouble. De toute façon, à présent qu'elle était dans l'eau, on ne voyait plus grand chose et ce serait encore mieux lorsqu'elle commencerait à se savonner.

- Si... si... la réponse... à votre... ques... question de toute à l'heure... vous intéresse toujours... je suis... enfin... les pasteurs, ministres du culte protestant, ont... le droit de se marier, contrairement aux prêtres, ministres du culte catholique... c'est... juste une question d'école...

Il déglutit alors, presque étonné d'avoir pu faire une réponse aussi longue dans un tel état. Passant un doigt dans son col pour mieux respirer -dieu qu'il faisait chaud par ici, malgré que ce fut une cave, Jonathan finit par prendre une bouteille et l'approcher de la demoiselle.

- Si vous aimez... la mousse, mettez un peu de ça dans l'eau, ça cachera un peu plus chastement votre corps... même... enfin même si ça n'est pas un problème... pour vous en tout cas.

Notre pasteur tout timide eut un petit rire nerveux pour ponctuer sa phrase. Comme si ce n'était pas évident depuis tout à l'heure que c'était une effet un véritable problème pour lui que de la voir tranquillement offrir ses atouts physiques à sa libre vue. Il savait que n'importe quel homme l'aurait cru le plus chanceux du monde de ne même pas avoir à payer pour voir ce que nombre payent en alcool au bar des cabarets. Et cette superbe chevelure rousse qui n'avait pas encore totalement plongé dans l'eau qui l'assombrissait de son humidité. Se redressant bien noblement, tout droit mais luttant encore pour la détente de certains de ses appendices, Jonathan entendit siffler la bouilloire et se souvint de ce café avorté. Il retourna donc dans la cuisine pour récupérer le café, les tasses ayant déjà été mises sur la table. Tout ceci lui fit reprendre possession de ses moyens. Il se rappelait de toutes les horreurs que lui avait fait subir sa femme et se demandait pourquoi c'était soudainement si difficile à présent. Après tout, ce n'était qu'une autre femme à la chevelure de feu et avec un beau corps mortel. Il soupira doucement et posa les tasses sur un petit plateau. Si elle voulait jouer à cela, il était désormais décidé à ne plus se laisser faire. Entrant à nouveau dans la salle de bain, il sourit à la demoiselle et posa juste à côté d'elle et de la bouteille, l'une des tasses de café. Voilà donc un grand luxe que tout ceci. Prenant la sienne, et allant se poser contre l'encadrure de la porte, il sirota un petit peu du liquide brûlant -qui l'aida à réguler sa propre soudaine chaleur corporelle.

- Vous savez... j'ai beau ne pas être... à l'aise, disons ceci comme cela, mais vous n'êtes pas le premier corps nu que je vois. Même si vous êtes belle, vous restez une femme...

Il but encore un peu plus, souriant. Qui pourrait croire, avec une phrase pareille, qu'elle n'était peut-être pas la première femme à se montrer devant lui, mais qu'elle aurait pu être la première femme à le toucher. Riant de ses propres réflexions, il finit par poser la fameuse question que tout le monde attendait:

- Mais au fait... quel est votre nom ?

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MessageSujet: Re: L'appel du divin [Jonathan] [Fini] Mer 26 Avr - 14:53



L’appel du divin

« Eglise St Mary Matfelon »

Janvier 1891

Lucy s’attendait à tout sauf à ça ; l’eau chaude semblait recouvrir son corps d’un écrin protecteur, embrumant ses pensées d’une torpeur fulgurante. Brutalement enivrée de sommeil, la jeune femme éreintée sentait la chaleur rassurante peser sur ses membres qui se détendaient naturellement, et sur ses paupières qui devenaient de plus en plus lourdes. La sensation incomparable du corps baignant dans une eau claire et chaude agissait sur la pauvresse comme un puissant soporifique. Pour ceux qui, comme elle, s’endormaient sur une paillasse, le ventre parfois vide, à demi-protégés par une couverture trouée, le luxe de la chaleur en plein hiver était inconcevable. Le froid ne laissait pas un seul instant de répit à Lucy en cette saison ; il la tenaillait durant presque quatre mois, accompagnant son sommeil, ses repas et ses passes, acolyte douloureux et inséparable qui l’épuisait au quotidien.

Mais pour la première fois, Lucy avait chaud en plein de cœur de janvier. La vapeur d’eau qui s’évaporait de la baignoire colorait ses joues pâles d’un rose tendre. Les traits de son visage se détendirent. La prostituée ne se souvenait pas s’être un jour sentie aussi bien. Elle aurait pu rester là des heures. Le temps, l’univers semblaient si loin. Lucy en oubliait sa faim, la présence du pasteur, jusqu’à l’atrocité de son métier et de sa misérable existence. Ce fut la voix de son hôte qui l’extirpa péniblement de la rêverie au cœur de laquelle elle s’enfonçait inconsciemment, les paupières déjà à demi closes et Morphée lui tendant ses bras délicats.

Lucy regardait le pasteur parler. Il dissimulait de plus en plus difficilement sa gêne et son malaise. Il fallait bien admettre que le pauvre ministre du culte ne devait que rarement se retrouver seul en présence d’énergumènes aussi impudiques et peu délicates que la fille de joie qui se délassait dans sa baignoire à cet instant. Lucy était aussi perdue que lui. D’abord intéressée, elle avait cru voir en cet homme esseulé au sein de Whitechapel un client potentiel. Effrayée en découvrant son identité, elle avait cru à un traquenard destiné à livrer la pécheresse aux autorités compétentes et enfin, rassurée et étonnamment surprise par la bonté spontanée de l’homme, Lucy semblait vouloir profiter de sa présence et de l’humanité bienveillante qu’il lui offrait.

Voilà des mois, peut-être des années, qu’un homme n’avait pas parlé à Lucy aussi longuement, et de manière désintéressée. Le pasteur répondait à ses questions avec patience, comme si son interlocutrice avait quelque valeur que ce soit. La fille de joie ne comprenait pas bien pourquoi il s’encombrait ainsi d’elle pour la nuit, s’il ne désirait guère profiter de ses charmes. Lucy n’avait pas imaginé qu’elle puisse apprécier ce genre de considération pour sa personne jusqu’alors inconnue. Elle avait survécu à la solitude grâce à son naturel misanthrope et taciturne, et jamais elle ne s’était doutée qu’une présence, une simple voix qui conversait de concert avec la sienne, pouvait apporter du réconfort. Aussi, l’esprit embrumé par la chaleur du bain, Lucy répondit aux explications du pasteur qui lui avait confirmé son droit de convoler en justes noces, contrairement aux prêtres catholiques :

- D’accord…Merci…Mais je ne voulais pas vous mettre mal à l’aise. Vous savez mieux que moi.

Lucy avait regretté cette question posée au pasteur avec spontanéité, et qui sonnait comme un jugement. La prostituée, qui pratiquait un des plus vils métiers existant, rejetée de la société terrestre et divine à cause de celui-ci, ne se serait jamais permis de juger qui que soit sur les bonnes mœurs. Lucy représentait le péché dans tout ce qu’il avait de plus diablement tentateur. L’homme était déjà gentil de ne pas l’avoir chassé du parvis de son église. Les gestes du pasteur, ses manières hésitantes, sa voix hachée, trahissaient son trouble. La fille de joie le vit se détourner de son corps blanc dévêtu, après avoir tenté de desserrer quelque peu son col sacerdotal de son cou. Lorsqu’il revint vers Lucy, un flacon à la main, elle lui jeta un regard interrogateur. Elle se l’imaginait rempli d’eau-de-vie et, à présent que le café coulait et qu’elle était plongée dans un bain chaud, elle ne voyait guère quel réconfort l’alcool pourrait lui apporter. De plus, elle ne buvait presque jamais. Peut-être était-ce pour cela, et de par sa jeunesse également, que la prostitution ne l’avait pas encore trop abîmée. Si il y’avait pléthore de filles de joie qui supportaient l’infamie de leur existence aidées par la boisson, Lucy ne voulait pas plonger dans ce cercle vicieux. Il était bien trop dangereux de ne pas rester maîtresse de ses agissements dans une profession aussi risquée, et comment se défendre d’un client agressif et violent, si l’on est soi-même alcoolisé ? De plus, la rousse préférait s’acheter un quignon de pain, un bol de lait ou de soupe, de quoi se remplir l’estomac en somme, plutôt que de dilapider ses maigres revenus aux seules fins d’absorber ce liquide de feu désagréable en bouche, qui teintait le visage de stries disgracieuses et cramoisies et qui donnait l’air hagard. Lucy s’apprêtait à décliner poliment l’invitation lorsque l’homme expliqua qu’il s’agissait d’une solution moussante spécialement destinée pour le bain et lui fit comprendre qu’il espérait que la dite écume recouvrirait un tant soit peu son corps si indécemment dévoilé. A présent qu’il venait de révéler aussi clairement sa gêne devant l’impudeur de la prostituée, Lucy se voyait mal continuer d’ignorer la pudibonderie d’un homme de Dieu avec autant d’insolence. Aussi, mal à l’aise, peut-être quelque peu vexée, elle saisit le flacon que le pasteur lui tendait et en renversa avec maladresse dans l’eau chaude. La mousse immaculée qui apparut intrigua et amusa la fille de joie. Elle dégageait des volutes parfumées qui contribuaient à rendre l’atmosphère plus relaxante encore. Lucy soupira, sachant qu’il fallait répondre à la remarque de l’homme, qui, même tournée avec tact et délicatesse, n’en restait pas moins désagréable ;

- D’accord…Désolée…Je n’ai pas l’habitude. Ça sent très bon.

Le pasteur quitta la pièce un moment. La jeune rousse entendit un léger fracas et le vit revenir, portant sur un plateau deux tasses fumantes. Encore une fois, elle était gênée de se faire servir par son hôte qui se montrait déjà bien trop aimable envers elle. Le ministre divin posa une tasse sur le rebord de la baignoire et vint s’installer plus loin de Lucy qu’il ne l’était précédemment, dans l’encadrure de la porte. Intriguée par le breuvage noir, qui dégageait une odeur envoûtante, la fille de joie y trempa les lèvres. Le goût était réellement inattendu. Forte et âpre, cette boisson n’avait rien de comparable avec le thé. Le palais de Lucy n’était guère habitué à la douceur du sucre, aussi l’amertume du café ne la dérangeait pas. Elle fut surprise mais cela ne lui déplût pas. Elle s’apprêtait à le remercier lorsque l’homme, qui semblait comme rassuré et ragaillardi par la distance qu’il avait mis entre lui et cette femme qu’il semblait désirer, reprit la parole. L’homme tentait d’expliquer sa timidité extrême par des justifications entremêlées, lui assurant qu’elle n’était pas la première femme qu’il voyait en tenue d’Eve, que, malgré sa beauté, elle restait une femme. Lucy ne voyait pas très bien ou le pasteur voulait en venir. A quoi bon perdre de l’énergie à lui à se justifier sur son expérience des femmes ou à la complimenter s’il refusait catégoriquement de lever ne serait-ce qu’un regard sur elle ? Cet homme l’interloquait de plus en plus et la fille de joie réfléchit quelques secondes avant de lui répondre ;

- J’en suis sûre, puisque vous avez une femme. Mais n’avez-vous fait que les regarder, Révérend ?

Oui, la réplique était insolente. Mais, dubitative, elle se demandait sincèrement ce qui pouvait bien se passer dans la tête de cet homme de Dieu marié en instance de divorce et qui semblait faire des efforts surhumains pour ne pas céder à l’appel de la chair. Il semblait en tout cas satisfait de sa tirade, comme si il avait réussi à prouver quelque chose. Que Lucy ne lui plaisait pas ? Elle n’y croyait pas. Elle avait vu son trouble, vu ses joues rougir furieusement, senti les battements de son cœur s’affoler et entendu sa voix entrecoupée par les émotions qui l’avaient submergé. La fille de joie avait soudain l’impression d’avoir torturé ce pauvre homme de Dieu par ses provocations indécentes, et paradoxalement elle aurait souhaité, sans pouvoir se l’expliquer, qu’il cède aux tentations charnelles qu’elle avait étalées sans pudeur à son regard bleu. Lucy ne saurait dire pourquoi, mais cette résistance, cette lutte acharnée contre sa séduction, jointe à cette bienveillance dont il faisait preuve, ne la laissait pas indifférente. En réalité la jeune rousse n’avait jamais croisé un homme avec de telles manières, et ce tout, sa timidité, sa maladresse, sa gentillesse, exerçaient sur Lucy un étrange pouvoir d’attraction qu’elle n’avait guère l’occasion de ressentir en compagnie de ses brutes de clients. Lorsqu’il lui demanda son nom, la prostituée répondit naturellement, curieuse elle aussi de connaître celui qu’elle nommait « Révérend » depuis de longues minutes déjà :

- Je m’appelle Lucy. Et vous ? Enfin, c’est juste comme ça…pour savoir…Si vous voulez, je continue de vous appeler « Révérend ».

Puis, s’étant accoutumée à l’âpreté du café, elle termina sa tasse d’une gorgée. La voyant vide et se souvenant de son malaise d’il y’a quelques minutes, Lucy proposa, ne désirant pas que l’homme la traite encore comme une princesse ;

- Si vous voulez, je peux aller laver ça…C’était très bon…

Ce disant, elle pointait leurs deux tasses de la main, et commençait déjà à esquisser un mouvement pour se lever de la baignoire…
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MessageSujet: Re: L'appel du divin [Jonathan] [Fini] Sam 29 Avr - 17:58



L'Appel Du Divin

« Completely Mad Mercy »

Cave de l'église St Mary Matfelon, Whitechapel, 1890.

Jonathan se tenait proche de l'encadrure de la porte, prêt à faire ce que bon voulait la jeune femme pour son bien-être. Ce n'était peut-être pas quelque chose digne de son rang, surtout face à une si piètre créature, mais il s'en moquait tellement actuellement qu'elle aurait pu être tout au contraire la Reine d'Angleterre qu'il n'aurait eu de réactions différentes. Cela faisait en vérité si longtemps qu'il n'avait pas parlé à quelqu'un de nouveau comme ça. Trop souvent l'oreille de tous, de toutes les plus terribles et plus tristes confessions, il n'avait pas l'habitude de l'inverse. A un tel point qu'en vérité, il se rendait compte qu'il avait malgré lui dévoiler bien plus sur lui qu'il n'avait même l'habitude d'en dire au Seigneur. Rien qu'avouer son divorce, il ne l'avait fait dans aucune prières, pas même en avait-il parler à son frère, rien. Il sirota doucement son café, écoutant la demoiselle barboter dans son bain dont elle n'avait pas non plus l'habitude. Décidément, c'est impressionnant à quel point une simple porte ouverte pouvait changer toutes les habitudes. Le pasteur l'écouta s'excuser de le mettre mal à l'aise, de ne pas réellement connaître les bienfaits des bains et de tout ce qu'on pouvait y faire, tel qu'y renverser la bouteille savonneuse ou autre. En vérité, c'était presque amusant que de s'occuper d'elle telle une enfant, quand bien même elle ne se comportait absolument pas de cette manière. Quoiqu'il pouvait y avoir une certaine ressemblance dans sa totale impudeur, même si encore heureux, les enfants ne s'en jouaient pas avec arrières pensées.

Il écoutait les barbotis et le bruit de l'eau qui l'apaisait étrangement. Entre toutes les émotions que la demoiselle avait pu lui susurrer, c'était bien celui auquel il s'était le moins attendu. Etrangement, le fait qu'une femme nue se tienne dans un bain à peut-être moins de cinq mètres de lui ne le dérangea plus en autres manières. Il se tenait juste là, comme il aurait pu se tenir devant un feu de cheminée crépitant, sirotant son café en écoutant les flammes ici remplacé par l'eau, les yeux dans le vague. Quand ses oreilles entendirent la question impertinente de la jeune femme, de multiples émotions le traversèrent. Aussi bien qu'il rougit à nouveau sous la ligne franchie par la question complètement sexuelle, son coeur se serra avec douleur. Ah, bien évidemment qu'il n'avait fait que les regarder... il termina son café d'un coup sec, ses yeux bleus devenant légèrement plus sombres. Le pasteur crissa des dents tout le posant un peu plus fort que prévu la tasse sur le rebord du lavabo. Le bruit qui s'en échappa fut strident et Jonathan aurait pu s'inquiéter de l'état de la tasse -incassée par chance- mais au final... c'était le cadet de ces soucis. La question de la prostituée lui tournait pitoyablement en tête, à telle point que cela l'agaça visiblement. Pourquoi semblait-elle vouloir à tout prix qu'il débatte ce genre de sujet ? Il avait toujours songé, pour calmer le désagrément de connaître l'existence d'une telle profession, que ces femmes n'aimaient pas ce qu'elles faisaient et que si on leur offrait la possibilité de faire autre chose, elles sauteraient sur l'occasion. Pourquoi celle-ci, alors qu'on lui offrait gracieusement des conforts pour la nuit glacée, tenait-elle à tout prix à le remercier de son corps qu'il n'a pas demandé ? Entendant son prénom, il hocha la tête pour lui montrer qu'il avait entendu, mais restait songeur à la deuxième partie. Révérend, ce n'était qu'ainsi que les croyants le nommaient, ou en tout cas les gens venant au sein de cette église. Mais à présent qu'elle avait dépassé le stade de visiteur, peut-être pouvait-il se permettre de lui donner son nom -qui n'était finalement pas si inconnu du tout dans le quartier.

Il s'apprêtait donc à hausser les épaules tout en tournant la tête vers elle, prêt à répondre à toutes les questions possibles et inimaginables... quand celle-ci commença à se lever pour soit-disant lever la tasse. Jonathan traversa alors les cinq mètres en à peine une seconde et posa les mains sur les épaules de la demoiselle pour la remettre assise dans la baignoire. Elle ne pouvait rien faire face à la force physique du pasteur qui ne faisait pas mentir son apparence trapue. Mais peut-être y avait-il était un peu fort dans son mouvement, car son pied glissa dans une flaque tout juste laissé par Lucy. Tout l'avant de son corps partit dans la baignoire, ses jambes étant à genoux de l'autre côté, au sec. Etait-ce son épaule ou autre chose qu'il touchait de sa joue ? Toujours était-il que ce fut complètement trempé qu'il se redressa brutalement, toussant de la mousse qui était entré dans ses yeux, ses narines et sa bouche. S'emparant d'une petite serviette sur le côté, il s'essuya le visage et se posa trente secondes, les joues plus rouges que jamais. Sa tenue de pasteur était mouillé jusqu'en dessous du torse, et il était fort probable que sa languette blanche était partie dans l'eau. Reprenant sa respiration, les yeux rougeoyants donnant à ses yeux bleus une toute nouvelle lumière pas tellement rassurante, le jeune homme timide soupira:

- Vous... vous pouvez m'appeler Jonathan... au point où on en est et laissez la tasse... Ah, et si vous voulez sortir, dites le moi, je vous apporterai une serviette pour vous réchauffer...

Il se leva sur ses deux jambes, et s'ébroua les cheveux. Son café lui fit regretter alors le fait de ne pas y avoir mis une goutte de whisky. Regardant alors sa soutane avec une petite moue, il porta son regard vers Lucy.

- Je vais me changer et je vous apporte une serviette, ne vous en faites pas pour les tasses, elles sont très bien ici.

Riant doucement, il se leva et partit donc se changer, retirant sa soutane pour la remplacer par une simple chemise blanche. Par chance, son pantalon n'avait pas été trempé, aussi décida-t-il de le garder. Cela serait toujours ça d'économiser au lavoir. Jonathan avait cependant oublié de fermer la porte derrière lui, certainement pour inconsciemment l'entendre l'appeler s'il y avait le moindre problème. Mais si elle se déplaçait un petit peu vers ses pieds, peut-être pouvait-elle le voir se changer. Heureusement que Jonathan n'y avait pas penser, il aurait véritablement fermé la porte pour qu'elle ne voit pas son corps. Après tout, il était aussi pudique que timide. De toute façon, quel femme pourrait vouloir d'un torse grasouillet, avec une pilosité -certes bien blonde et se fondant dans la peau- mais toujours bien présente. Il n'avait absolument rien d'un canon de beauté. Alors qu'il refermait la chemise, Jonathan se retourna vers l'entrebaillement de la porte et fit d'un ton reprenant l'agacement occasionné par sa première question:

- Et pour votre gouverne, je me suis approché bien plus proche de vous que d'aucune femmes dans ce monde, même de ma propre femme.

Car notre petit pasteur avait sa fierté masculine tout de même bien prononcé, mais ce n'était pas compatible avec le fait qu'il ne mentait jmais. Un mélange de frustration, de fierté mal placé, et d'honnêté qui aurait pu faire fuir n'importe quel psychologue. Prenant alors une grande serviette, le pasteur retourna dans la salle de bain et la posa sur le lavabo avant de froncer les sourcils de questionnement.

- Au fait...mmh, Lucy, je suppose que vous n'avez pas dîner ? Parce que je dois vous avouer que j'ai un peu faim là tout de suite.

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