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L'appel du divin [Jonathan] [Fini]

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MessageSujet: Re: L'appel du divin [Jonathan] [Fini] Mar 9 Mai - 10:39



L’appel du divin

« Eglise St Mary Matfelon »

Janvier 1891

Une tornade blonde fusa sur Lucy à l’instant même où elle amorçait sa sortie de la baignoire. Avant d’avoir pu déplier les jambes, avant même que le moindre son n’ait pu sortir de sa bouche, le pasteur était devant elle, recouvrant de ses mains les épaules frêles de Lucy, et exerçant une pression pour la contraindre à garder sa posture précédente. La jeune femme, hébétée, tentait d’accrocher le regard bleu de l’homme, comme y pour déceler le moindre signe qui aiderait à élucider ce comportement fougueux et pour le moins anormal. Les prunelles d’azur semblaient malheureusement ne pas vouloir rencontrer le visage impie de la fille de joie. Aussi se laissa-t-elle de nouveau glisser dans la baignoire sans opposer une quelconque résistance inutile. Chacune de ses épaules tenait dans la paume d’une main du ministre divin et, dans le contact qui avait brièvement uni leurs chairs, elle avait pu évaluer la force de l’homme, proportionnelle à sa corpulence charpentée, et ne comptait guère s’épuiser vainement. Aussi s’abandonnait-elle à la puissance masculine qui lui intimait l’ordre mutique de demeurer au fond du réceptacle empli d’une chaude, douce, et savonneuse, lorsqu’elle sentit les larges paumes tout à l’heure si fermement appuyées sur son corps déraper.

Tout se déroula si vite que Lucy n’y comprit rien. Quelques secondes après avoir senti frémir les mains robustes du pasteur, voilà qu’il se retrouvait emporté dans la baignoire, le profil de son visage effleurant la poitrine de la prostituée qui flottait à la surface de l’eau, dissimulée par les bulles immaculées aux délicates effluves de lavande. Le corps reclus sous le large torse de l’homme qui baignait dans l’eau, Lucy était incapable de bouger. Il se releva vite, le visage maculé de mousse, la chevelure ébouriffée, la tenue sacerdotale débraillée. Rapidement il s’essuya, dévoilant ses joues que sa maladresse et le contact accidentel qu’elle avait provoqué avec le corps nu de la prostituée avait rendu écarlates. La jeune rousse le regarda ; il avait le souffle saccadé, les yeux rougis, les joues cramoisies. Sa chevelure qu’elle avait admiré de prime abord par le soin qu’il prenait certainement à la peigner, était humide et indomptable. La clarté de son regard était embrumée par l’affolement dû à la surprise ainsi qu’à l’effort qu’il faisait afin de reprendre contenance. Il évaluait les dégâts causés sur sa tenue. L’eau avait littéralement trempé la partie haute de l’austère habit sacerdotal. Et Lucy pouvait apercevoir une infime partie de son cou, jusqu’ici soigneusement cachée à ses yeux de pécheresse. De la main droite, elle saisit délicatement la partie manquante de la tenue du pasteur qui flottait sous ses yeux, et lui tendit le col blanc en lui souriant d’un air mutin :


- Est-ce cela que vous cherchez, Révérend ?


La situation décrite ci-dessus provoqua chez Lucy une réaction naturelle, spontanée, mais qui lui était cependant arrivée si peu souvent qu’elle surprit l’intéressée même. Elle éclata d’un rire gai, sans méchanceté ni retenue, et s’étonna même de le trouver cristallin. Celle qui ne riait jamais n’avait pu résister à la dimension intensément comique de l’évènement. Ce pasteur si gentil, qui, dans l’affolement de sa pudeur, s’était retrouvé à demi-propulsé dans le bain de la prostituée qu’il hébergeait pour la nuit et qui affichait à présent une mine penaude et débraillée avait vraiment de quoi faire sourire. Assurément il n’en voudrait pas à Lucy. Et puis, la prostituée lui était vraiment reconnaissante de cet éclat de joie dont il était à l’origine et qui lui avait fait tant de bien. Peut-être encore plus que l’hospitalité qu’il lui portait, elle se sentait redevable du bref rayon de soleil qu’il apportait dans sa vie, de par sa bonté, ses frasques maladroites et sa sincérité timide.

Le souffle saccadé, le pasteur, qui semblait se remettre tant bien que mal de sa déconvenue, braqua sur la prostituée un regard las aux prunelles sombrement éclairées de stries écarlates, avant de répondre dans un soupir à sa précédente question. Il s’appelait Jonathan. Connaître une chose aussi commune que le prénom de cet homme faisait un drôle d’effet à Lucy, comme si il contribuait à le rendre plus humain encore, plus accessible peut-être.

En jetant un coup d’œil à son habit avec une légère grimace, Jonathan regarda Lucy en lui expliquant qu’il allait changer de vêtement avant de lui apporter une serviette. Toujours aussi mal à l’aise de se faire dorloter de la sorte par son bienfaiteur, la fille de joie ne répliqua pourtant pas. Elle n’avait guère envie que le pasteur fasse de nouveau étalage de sa force, et, de plus, sa proposition ressemblait plus à un ordre déguisé, lui interdisant gentiment de débarrasser les tasses qui traînaient çà et là dans la salle de bains. Il s’éloigna avec un petit rire quelque peu gêné, passant dans une autre pièce dont il laissa la porte ouverte. Le miroir qui trônait devant le lavabo renvoyait le reflet du pasteur qui ôtait négligemment sa chemise mouillée. A la décontraction et la nonchalance dont il faisait preuve, Lucy était persuadé qu’il ne pensait pas pouvoir être vu. La prostituée se sentait comme hypnotisée par la bribe de spectacle qu’elle entrevoyait à travers le miroir. La jeune femme, dans un voyeurisme curieux, était comme fascinée par le corps qui pouvait se dissimuler sous la soutane d’un ministre du culte, comme surprise de voir apparaître la chair terrestre sous les attributs divins.

Car il s’agissait bien là d’un corps de mortel, commun parmi les hommes, pas même plus beau que n’importe quel autre torse masculin. Accusant une indiscutable force physique, les bras, les épaules étaient trapues. Les hanches étaient cerclées d’une mince épaisseur de graisse sans aucun doute due à son aisance pécuniaire qui lui permettait de se nourrir à sa faim. Il n’était pas rare que Lucy voit ce genre d’attributs chez les hommes de la classe moyenne quelque peu aisés qui pouvaient se sustenter à leur guise de gibiers rôtis, de pâtisseries au miel et de confitures, le tout arrosé de bon vin français aromatisé aux épices. Ce qui aurait pu paraître déplaisant chez une femme socialement plus élevée que Lucy ne dérangeait pas la fille de joie, considérant cet attribut comme un privilège et un signe d’abondance. Aussi, pas le moins du monde rebutée par ce qu’elle considérait comme un atout, la fille de joie continuait de regarder la toison dorée qui recouvrait la partie supérieure du corps de Jonathan, qu’il habillait d’une chemise blanche, contrastant avec le pantalon noir du ministère divin, et apportait plus de gaieté à sa tenue. De plus, la couleur immaculée du vêtement éclairait son visage et ses yeux d’azur, auréolant d’un halo pâle la blondeur lumineuse de ses cheveux.

Lucy ne s’attendait pas à ce revirement brusque de la part du pasteur. N’ayant même pas fini de boutonner sa chemise, le voilà qu’il faisait volte-face et passait l’encadrure de la porte de la salle de bains un instant après. La prostituée glissa promptement dans l’eau le bras qu’elle avait inconsciemment appuyé sur le rebord de la baignoire afin de mieux observer l’homme et baissa le menton, faisant mine d’être soudain très occupée par la mousse blanche qui l’environnait. Néanmoins, la rapidité de son geste provoqua un remous dans la baignoire, et quelques infimes jets d’eau claquèrent peu discrètement sur le plancher de bois. Lucy eut à peine le temps de chercher une excuse ou de masquer sa gêne tant bien que mal que le pasteur reprenait, d’un ton où se percevait le malaise et l’irritation :


- Et pour votre gouverne, je me suis approché bien plus proche de vous que d'aucune femmes dans ce monde, même de ma propre femme.


Lucy savait sa question provocatrice. Elle s’attendait à plus de gêne encore, des justifications rougissantes, un silence offusqué, des bredouillements pudibonds, mais certainement pas à cette sincérité brutale, authentique et quelque peu déroutante. Les excès de pudeur du pasteur s’expliquaient donc de par sa virginité qu’il venait de confesser d’un ton abrupt. La fille de joie n’avait pourtant nulle envie de se moquer. Elle pensait seulement impossible qu’un époux n’ait pas consommé ses noces. Le problème ne pouvait pas venir de lui. Elle avait déjà entendu parler de certains hommes que les femmes n’attiraient pas, mais Jonathan, de par son trouble manifeste, avait prouvé que ce n’était pas son cas. Le refus venait-il de son épouse ? Il semblait pourtant à Lucy que les hommes avaient tous les droits sur leurs femmes. Ceci dit, après une heure passée auprès de ce gentil pasteur, il lui semblait évident qu’il n’était pas homme à imposer une relation charnelle. Elle n’admira que plus cette délicatesse discrètement confinée au cœur de la misogynie ambiante de l’Angleterre victorienne, là où n’importe quel autre homme aurait exigé de sa femme ce qui lui revenait de droit en qualité d’époux. Condamné à la chasteté donc, Lucy ignorait depuis combien de temps il subissait son sort, mais comprenait soudain cette envie de séparer de celle qui ne voulait pas de lui. Alors, pesant ses mots et prenant une voix plus douce au risque de le blesser ou de paraître inconvenante, la fille de joie demanda :

- Mais…pourquoi ? Votre femme vous refuse-elle ? Je n’y vois aucune raison.

Elle jeta un regard qu’elle voulait sympathique à l’homme qui se tenait en face d’elle. Il était décidément hors norme, et elle s’en voulait de l’avoir brusqué de la sorte avec ses manières indécentes. Lorsqu’il posa une serviette sur le lavabo, Lucy ne put s’empêcher d’esquisser un léger sourire en repensant à la scène qui s’était déroulé quelques instants auparavant, lorsque Jonathan avait foncé sur elle, effrayé qu’il était qu’elle dévoile son corps nus à ses yeux chastes. Lorsqu’il lui parla de repas, Lucy sentit son ventre gargouiller. Toutes ses émotions lui avaient fait oublier la faim qui la tenaillait et avec laquelle elle vivait quasiment en permanence. Aussi ses pupilles brillèrent-elles à l’annonce d’un repas et elle répondit avec enthousiasme :

- Non, et j’avoue que j’ai très faim. Mais cette fois-ci, c’est moi qui prépare et c’est vous qui restez assis !

Ce disant, elle prit garde à bien tendre le bras afin de récupérer la serviette qui était posée sur le lavabo, la tendit précautionneusement devant elle tandis qu’elle sortait de l’eau, et s’en enveloppa très vite, la nouant fermement autour de sa poitrine. Puis, d’un geste qui se voulait avenant, elle posa la main sur son bras en plantant son regard dans le sien :

- Allons, dites-moi où tout se trouve, et je m’en occupe. En plus, vous avez l’air fatigué.

Elle regarda l’homme, et ses dires se confirmèrent. Il semblait bien las, exténué par la vague déferlante d’émotions qu’il venait de subir ce soir. Ses traits étaient tirés. Préoccupé comme il était, peut-être que la présence d’une femme, même une créature comme Lucy, lui faisait du bien malgré tout. Et puis, elle avait déjà tenu une maison, même si il lui semblait que c’était-il y’a un siècle.
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Je n'aime pas me décrire...mais on me dit quelqu'un de gentil, tolérant envers beaucoup de choses; et il est vrai que le Seigneur m'aide à voir le bien dans le cœur de tous. Cependant, cette même capacité me rends aux yeux des gens très fanatique et naïf. Je n'avais jamais vu les choses sous cette angle, mais il faut croire que les gens ne voient en moi qu'un pasteur de pacotille. S'il y a une facette de moi que j'apprécie particulièrement, c'est le fait que je sois quelqu'un de très romantique ! Même si tout le monde préfère dire que je suis quelqu'un de niais...mais ne croyez pas que je sois stupide, car il m'arrive d'être très fier et impulsif. Je ne suis pas très courageux, mais je ferai toujours de mon mieux pour protéger les gens que j'aime, comme mon petit frère. J'ai aussi une profonde attirance pour les rousses. On me surnomme Quasimodo à cause de mon apparence quelque peu trapu -et certes poilu bien que blond, par opposition à la magnificence de mon frère.
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MessageSujet: Re: L'appel du divin [Jonathan] [Fini] Lun 15 Mai - 12:41



L'Appel Du Divin

« Completely Mad Mercy »

Église St Mary Matfelon, Whitechapel, 1890.

Si la fierté de Jonathan avait été piqué au vif, chose tout de même particulièrement dangereuse, le ridicule de la situation faisait qu'il gérait tout ça avec un peu plus de calme que d'ordinaire. De toute façon, qu'est-ce que cela pouvait faire. Même si le pasteur était curieux de savoir qu'est-ce qu'il se passait dans la tête du Seigneur pour ainsi tourner les évènements de cette manière. Le mettre face à sa propre incapacité à gérer sa gêne ? Ou tout simplement une épreuve supplémentaire pour savoir s'il était capable de résister à une fille de mauvaise vie. Il n'aurait su le dire, car c'était à la fois amusé et embêté qu'il appréciait la présence différente de cette jeune femme. Elle n'avait pas la sobriété méchante de sa femme, même si elle en avait le penchant exhibitionniste tout à fait irritant. Mais ce fut alors qu'il se rappela de sa languette, posée alors sur le rebord de la baignoire après avoir été repêché par la fameuse Lucy. Oserait-il se rapprocher de la baignoire en prenant le risque de glisser à nouveau comme un imbécile ? Si chat échaudé craint l'eau froide, ce ne fut pas le cas de Jonathan qui se décida à avancer très prudemment vers la baignoire pour récupérer son col. Peut-être la jeune femme eut-elle l'impression qu'il avançait vers un animal sauvage, mais cela n'en était que plus drôle. Une fois bien assuré de ne pas faire preuve de maladresse, Jonathan se redressa et agita sa languette pour l'essorer quelque peu. Cela ne serait certainement pas suffisant, et il faudrait qu'il le mette avec ces autres affaires à laver. Il y songerait plus tard.

Tandis que la voix de la jeune femme passait lentement vers son oreille, lui posant une question terriblement indiscrète. Mais au final, il avait déjà tellement parlé de lui-même que ce n'était que la suite logique de l'interrogatoire. Il aurait pu s'apprêter à répondre, prenant alors le temps de réfléchir à une réponse qui ne le mettrait pas dans l'embarras de la masculinité désavouée. Néanmoins, avant qu'il ait eu le temps d'ouvrir la bouche, la jeune femme se décida à se lever pour préparer le repas. Cela dit, la prostituée avait au moins fait l'effort de prendre la serviette approchée par le pasteur afin de cacher ses parties intimes. Posant une main sur son bras alors qu'il les avait croisé, elle lui dit de rester tranquille et de lui indiquer toutes les directives. Jonathan eu un rire désabusé avec un petit sourire.

- Vous êtes vraiment sûre de ne pas vouloir vous rhabiller avant ? Je dois bien avoir une chemise de nuit qui traîne.

Cette propension à ne jamais vouloir s'habiller devenait complètement hilarante pour le pasteur qui avait l'impression d'avoir affaire à une petite boule qui rebondissait partout. Refermant donc la porte de la salle de bain avec toujours la demoiselle près de lui, il partit à l'armoire, et l'ouvrit très amplement. Elle n'était pas encore bien rempli car il ne s'était toujours pas véritablement décidé à vivre ici, mais il y avait toujours de quoi bien se vêtir pour plusieurs jours. Il en ressortit finalement une longue chemise de nuit en toile beige qui irait certainement à la perfection à la jeune femme. Etant légèrement plus grand qu'elle, cela lui irait comme une robe. Voilà ce qui lui irait également parfaitement pour la nuit. Il se retourna en la lui montrant:

- Ah ce n'est pas une très belle robe, mais cela vous tiendrait au chaud pour la nuit je pense ! Je peux même vous l'offrir si vous voulez !

La posant donc sur le lit pour lui donner l'occasion de la prendre, il alla vers la cuisine et ouvrit les placards. Posant donc de quoi se faire un bon petit repas de patate et de légumes, avec un morceau de boeuf qu'il avait acheté pas plus tard que ce matin au marché, cela promettait un repas comme elle n'en avait peut-être jamais manger. Il se demanda alors s'il pourrait faire des sortes de soupes populaires devant son église, durant les froides journées d'hiver. Cela serait un nouveau plan social qu'il se prendrait à joie d'approfondir quand il serait libéré du carcan de sa noble méchante femme. Posant donc les denrées sur la table de cuisine, il sortit donc également les couverts et les assiettes. S'il pouvait la laisser cuisiner, il fallait bien qu'elle puisse avoir toutes les armes en main.

- Vous savez, cela ne me dérange pas de cuisiner... entre ma femme et moi, c'est moi qui suis toujours obligé de cuisiner... dommage pour elle que je ne sois pas rentré. (il haussa les épaules) Elle ira certainement au restaurant avec une de ses amantes.

Jonathan avait parlé à la fois pour lui même et pour elle, quand bien même sa voix était basse et que sa dernière phrase était surtout personnelle. Cependant, il n'y avait aucun doute que dans la petitesse de cette unique pièce, elle ait entendu tous les tenants de son dialogue. Il se retourna avec vers elle, priant qu'elle ait mit cette fameuse chemise de nuit. De toute façon, il commençait à s'habituer à sa nudité, tout comme il l'avait dit précédemment, ce n'était pas la première fois qu'il voyait un corps de femme, mais il aurait certainement préféré. Il s'assit donc à la table et sourit:

- Tout est prêt pour vous ! N'hésitez pas à me demander si vous avez besoin d'aide.

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"Lune. Avant, que le jour ne vienne. Entends, rugir le coeur de la bête humaine. C'est la complainte de Quasimodo qui pleure, sa détresse folle, sa voix, par monts et par vaux s'envole, pour arriver jusqu'à toi. Lune, veille sur ce monde étrange qui mêle sa voix au chœur des anges."
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MessageSujet: Re: L'appel du divin [Jonathan] [Fini] Jeu 18 Mai - 20:19



L’appel du divin

« Eglise St Mary Matfelon »

Janvier 1891
Lucy découvrait avec un plaisir étrange la satisfaction de se rendre utile à quelqu’un. Si elle avait jadis déjà joué le rôle de maîtresse de maison auprès de son beau-père, il s’agissait plus d’un labeur infâmant, remercié par les coups et les brimades, que la joie de contribuer à rendre un homme heureux par de petites attentions. La jeune rousse, dont la solitude frisait la misanthropie, s’étonnait encore de trouver du réconfort à cette présence masculine, cette âme si opposée à la sienne et qui, paradoxalement, lui semblait si familière. Comme unis par le désert affectif de leur existence, ils semblaient tous deux se repaître de cette rencontre hasardeuse, apaisant leurs cœurs ternis dans cette relation inconnue, bienveillante, où la légèreté semblait dédramatiser les douleurs ponctuant leur vie. Affublé de son gentil sourire et de ses placides yeux clairs, embarrassé de sa générosité mêlée d’une pudibonderie frisant le comique, cet homme donnait à Lucy l’envie de s’occuper de lui. Cela faisait si longtemps qu’elle ne côtoyait personne. Elle avait toujours manqué de tact et de douceur, et sa solitude, ses années de prostitution et l’enfer de la rue n’avaient rien arrangé.

A la proposition de Lucy de préparer le dîner, intimant au pasteur de profiter de ce moment pour se délasser quelque peu, il eut un léger rire, toisant son corps emmitouflé dans l’épaisse serviette de bain qu’elle avait négligemment noué sur sa poitrine. En offrant de lui prêter un vêtement de nuit, Jonathan montrait avec subtilité qu’il n’avait pas la même vision de la chasteté que la fille de joie qui se trouvait devant lui. Car la rousse se trouvait couverte et ne pensait plus le provoquer ainsi. Ne désirant plus contrarier sa pudeur excessive, Lucy le regarda sans mot dire fouiller dans une armoire et en ressortir une longue chemise de toile beige, qu’il posa sur le lit. Elle le remercia avant de pousser doucement la porte de la chambre, laissant prestement glisser la serviette humide sur le sol, enfilant le vêtement grossier qui seyait mal à ses formes féminines. Ramassant le tissu mouillé, elle le plia avant de le poser sur le rebord de la baignoire et se dirigea vers la cuisine. Le pasteur s’affairait à sortir des placards un gros chou, quelques pommes de terre et plusieurs oignons, le tout accompagné d’un appétissant morceau de bœuf gras qui dégageait des effluves enivrants. Lucy se souvenait très bien du dernier morceau de viande qu’elle avait mangé. Il s’agissait de volaille maigre, peu onéreuse, un peu sèche, viande du peuple en somme. La bourgeoisie, la noblesse, se nourrissaient d’animaux forts, de bovins, de gibier. Aux plus humbles restaient les animaux de basse-cour, porcs et volaille. Le médiocre plaisir gustatif dont se souvenait Lucy à l’instant même remontait déjà à plusieurs mois. La rousse entendait à peine le cliquetis du couvert que le pasteur sortait d’un placard, tant l’odeur de cette appétissante chair bovine accaparait son odorat. Affamée, elle s’imaginait déjà planter ses dents dans cette viande rouge, gorgée des légumes qui auraient, de leur parfum, délicatement assaisonnés l’eau destinée à la cuisson.

Lorgnant l’âtre au fond de la cuisine, Lucy s’apprêtait à demander au pasteur de lui indiquer l’endroit où elle pourrait aller chercher de l’eau afin d’en remplir le chaudron qui trônait au-dessus des braises, lorsqu’elle se souvint qu’il disposait de l’invention magique qu’était l’eau courante. Soulevant le réceptacle en fonte de ses bras frêles, elle parcourut péniblement le chemin qui la séparait de l’évier, y posant avec soulagement le lourd objet, et frottant le creux de ses mains endolories par l’effort. Ouvrant le robinet, Lucy regarda, avec l’émerveillement d’un enfant, l’eau couler comme par miracle et remplir le chaudron à une vitesse spectaculaire. Lorsque le récipient fut à moitié plein, la fille de joie referma le robinet, et entreprit de tirer sur l’anse pour le soulever. Il ne bougea pas. Lorsque Lucy vivait à la campagne, elle remplissait la marmite grâce des à des baquets d’eau qu’elle allait chercher au puits et qu’elle transportait un à un. Elle n’avait donc pas eu le réflexe de songer qu’à elle seule, elle ne pourrait soulever le récipient plein d’eau qui se trouvait en hauteur, au fond de l’évier. C’est à ce moment qu’elle entendit que le ministre divin s’adressait à elle :


- Vous savez, cela ne me dérange pas de cuisiner…entre ma femme et moi, c’est moi qui suis toujours obligé de cuisiner…dommage pour elle que je ne sois pas rentré (il haussa les épaules). Elle ira certainement au restaurant avec une de ses amantes.


Lucy lui jeta un regard surpris. Cet homme cassait tous les stéréotypes que son ignorance de la bourgeoisie croyait sur parole. Déjà, elle avait cru impossible d’entrevoir de l’humanité derrière le ministère du culte, qu’elle avait toujours connu austère, presque méprisant. De plus, dans l’imagerie populaire, et même à l’église, aux rares messes auxquelles elle avait assisté, l’épouse se devait d’être fidèle, dévouée, soumise à son mari et devait tout faire pour le soulager. La mère de Lucy s’était comportée ainsi, et y avait laissé sa vie. La fille de joie commençait à croire que la notion de fidélité et de soumission à son époux variait grandement en fonction du statut social. L’homosexualité, qu’elle soit féminine ou masculine, ne pouvait outrer une prostituée, habituée à tant de dérives sexuelles perverses, violentes et détraquées. Lucy se fichait pas mal de ce genre de sexualité que l’église, pourtant, considérait comme une tare infâme. Mais, ce que constatait avec amertume la rousse, c’est que sa mère, ou n’importe quelle autre paysanne de sa campagne natale, aurait été répudiée, voire condamnée, pour le quart des méfaits de cette bourgeoise qui semblait torturer son si gentil pasteur. La prostituée croyait savoir pourquoi elle était honnie de la société. Elle était fille de mauvaise vie, vendait ses charmes dans une Angleterre pieuse et pudibonde, et ne pouvait qu’accepter d’être une créature impie au sein de cette bourgeoisie et de cette noblesse prude qui imposait ses règles strictes. Telle une enfant désabusée, Lucy voyait s’effondrer l’image de morale rigoureuse qu’elle s’était figurée être la norme chez les femmes riches. Elle voyait soudain, dans ces mensonges hautains, une hypocrisie monumentale, presque une trahison. Car la prostituée se vendait pour vivre, tandis que cette femme, bien née, bien mariée, semblait, selon les dires de son pauvre époux bafoué, avoir autant de maîtresses que Lucy avait de clients. Valait-elle mieux qu’une fille de joie qui cherchait à se nourrir ? La rousse, soudain, se sentit bien moins misérable qu’elle se l’était figurée.

Son regard revint sur Jonathan, qui avait parlé d’un air calme, résigné de la méchanceté de son épouse, résolu de toute façon de s’en débarrasser. Lucy le regarda, ne sachant si elle devait admirer sa gentillesse infinie ou s’insurger contre cette soumission docile envers une telle mégère. La fille de joie n’en était que plus résolue à lui préparer un bon repas, lui, qui, visiblement, ne recevait pas la moindre bribe d’attention de la part de sa harpie d’épouse. Aussi, tentant de rassembler un peu de bonne humeur en un sourire, elle répliqua au pasteur :


- Tant pis pour elle ! C’est vous qui vous ferez servir ce soir. Par contre…j’ai juste besoin d’aide…pour soulever ça –elle pointa la marmite remplie d’eau du doigt-…Après, promis je vous laisse tranquille…Je n’y arrive pas et j’ai pu sentir votre force tout à l’heure.


L’allusion à l’épisode la baignoire était claire, et Lucy lui avait jeté un regard mutin, comme pour lui changer les idées et l’amuser un peu, chassant pour un soir ses histoires de divorce et de méchante femme. Laissant aux bons soins du pasteur la tâche nécessitant une puissance physique toute masculine, Lucy s’attela à raviver les braises de l’âtre.

Une fois cet ouvrage achevé, elle s’empara d’un couteau disposé sur la table par Jonathan, vint s’asseoir en face de lui et entrepris de peler les patates et d’éplucher les oignons. Des larmes s’échappèrent de ses yeux rougis et coulèrent sur ses joues alors qu’elle éminçait les derniers légumes cités. Le regard embrumé, elle s’essuyait de temps à autre les yeux à l’aide de la manche de chemise gracieusement offerte par le pasteur. Il venait de lui offrir son aide, avec, toujours accroché à ses lèvres, ce sourire si gentil qui lui donnait tant de charme. Lui rendant son sourire, contrastant avec les larmes qui coulaient sans discontinuer de ses yeux, Lucy lui répondit d’un air amusé :

- Merci ça ira. Sauf si vous avez le pouvoir d’interdire à ces oignons de me faire pleurer.

Son regard brouillé se fixa sur Jonathan. Il avait l’air paisible à présent que Lucy était assez vêtue à son goût. Il semblait presque heureux d’avoir une compagnie féminine qui ne lui était pas hostile. La présence du pasteur faisait également du bien à Lucy. Elle avait presque oublié que la compagnie pouvait être agréable, et ne cherchait plus à le provoquer par son indécence. Ce moment semblait agréable aux deux protagonistes, et, si il devait évoluer de quelque manière que ce soit, ce ne serait plus sous les insistances quelque peu dépravées de la fille de joie, qui s’étonnait de son trouble. Il y’avait longtemps qu’elle avait abandonné l’idée qu’un homme puisse lui plaire. Mais cet étrange pasteur dégageait une aura qu’elle n’avait jamais eu l’occasion de rencontrer chez ses clients, et cette bonté qu’il insufflait dans chaque regard bleu qu’il lançait, dans chaque mot qu’il prononçait, lui conférait un charme et une puissance d’attraction toute particulière chez la prostituée pour qui aucun homme n’avait jamais eu tant d’égards.

- Aïe !!

Distraite de son ouvrage par la question et le sourire de Jonathan, le couteau avait légèrement glissé sur l’index de Lucy. La blessure était superficielle et le son qui s’était échappé des lèvres de Lucy était plus dû à la surprise qu’à la douleur. Quelques gouttes de sang s’échappaient déjà de la très légère plaie. La fille de joie suçota son doigt quelques secondes, et déjà le sang s’était tari. Aussi, avec un léger sourire, elle regarda Jonathan en lui disant :

- Ce n’est rien, mais bien fait pour moi ! Je serais plus concentrée à l’avenir.


Les légumes émincés, Lucy commençait à se lever pour aller les disposer dans la marmite. Elle s’attèlerait ensuite à la découpe du morceau de bœuf qui avait, de par son odeur, réveillé avec tant de force son appétit.


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MessageSujet: Re: L'appel du divin [Jonathan] [Fini] Ven 19 Mai - 12:38



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Église St Mary Matfelon, Whitechapel, 1890.

Il n'y avait pas de mot pour exprimer à quel point Jonathan était rassuré que Lucy ait enfin accepter à couvrir son corps. Non pas qu'au final, cela le dérangeait autant qu'au début, mais c'était toujours un détail de moins à éviter de regarder. Il avait déjà fort à faire avec la splendide chevelure rousse -bien que celle-ci ne fut assombrie par l'eau qui n'avait encore séché. La forme du vêtement était si justement informe qu'elle couvrait à la perfection le corps féminin d'une manière que l'on aurait pas pu faire plus pudique, sans décolleté et couvrant sans peine ses genoux. Soyez sans crainte, Jonathan n'est pas de ces hommes qui ne peuvent voir de simples mollets blancs. Et ce fut rapidement que de toute façon, assis qu'il était à la table,  il pouvait la regarder s'affairer aussi bien qu'elle pouvait le faire, avec tout l'enthousiasme qui semblait soudainement la caractériser. Jonathan aimait ce genre de joie, et ne la retrouvait que trop peu à Whitechapel. Mais encore une fois, il comprenait bien pourquoi et savait que même chez la jeune Lucy, ce comportement était loin d'être quotidien. Il aurait pu réagir lorsqu'il remarqua qu'elle prenait la marmite pour la remplir d'eau, un petit peu trop d'eau pour ces frêles bras. Mais sur l'instant, il était si fatigué et si étranger à la situation présente qu'il n'avait su stopper la demoiselle. Après tout, si lui il y arrivait, pourquoi pas quelqu'un d'autre ? Sur l'instant, il manquait clairement de rétrospection.

Mais à sa demande, il bondit de sa chaise, s'en voulant de ne pas avoir pris les devants sur ce qui crevait littéralement d'évidence. Jonathan ne pouvait dire qu'il n'était pas heureux de cette nouvelle situation, et se faire service était loin d'être désagréable, et ce même s'il essayait tout de même de mettre la main à la patte. L'âtre flamboya très agréablement tandis qu'au dessus d'elle trempait l'eau de la marmite, attendant d'être porté à ébullition. Une cuisine tout ce qu'il y avait de plus normal et traditionnel. Il appréciait beaucoup la cuisine au bouillon, quand la viande cuit directement dans l'eau imprégné de l'odeur délicate et épicé du mélange de légumes et de patates, avec beaucoup de sel et de poivre. C'était effectivement un repas de riche, quand bien même il était préparé de manière très sobre. Mais la qualité des aliments faisait absolument toute la différence. En tout cas, Jonathan était rassurée de ne pas avoir eu besoin de ramener ces aliments à sa demeure dans City of London, car il n'aurait pas voulu les voir englouti par sa stupide femme. En faire profiter à cette pauvresse et à lui-même était une bien meilleure idée, bien que ce fut une femme de mauvaise vie, certainement l'eut-elle moins que sa propre femme. Jonathan n'avait absolument rien contre l'homosexualité en général, quand bien même celle féminine aurait pu lui causer un très léger traumatisme sur la question. Mais son frère contrebalançait bien l'émotion pour lui permettre une ouverture d'esprit au delà de toute convenance. Quand on songeait que l'Amour devait être l'expression Ultime du Seigneur, qu'importe ses formes.

Mais alors qu'il était retourné s'asseoir, bien obéïssant, la jeune femme s'attaquait aux oignons. Comme prévu, et comme cela lui était lui-même arrivé en cuisinant, cela la faisait pleurer. Embêté, même s'il savait que ce n'était nullement à cause d'une peine particulière dont il était la cause, le pasteur se leva dans sa direction, lui demandant si tout allait bien.

- Non... je suis navré, je n'ai pas ce pouvoir...

Lui répondit-il alors, en souriant tristement. Il n'avait pas pouvoir de grand chose, pas même sur sa propre vie. Cette demande de divorce qui trainait sur sa table était la seule chose qu'il avait véritablement faite par lui-même pour lui même depuis le début de sa simplette existence. Mais alors qu'elle se blessait, Jonathan s'était aussitôt levé pour aller chercher un morceau de gaze afin d'en recouvrir le doigt. Mais le temps que ceci fut accompli, la demoiselle avait déjà sucé son doigt de manière à ne plus avoir le sang qui coulait. Décidément, encore inutile. Jonathan fit une moue et reposa le nécessaire à blessure tandis qu'il se rassit à la table. Rester inactif n'était pas dans ses habitudes, surtout face à une femme. Alors le pasteur se leva pour tout simplement mettre la table, cela pouvait bien être fait sans pour autant provoquer les exclamations de la demoiselle ? Après tout, c'était sympathique le partage des tâches ménagères. Surtout que ce n'était pas cela qui allait déranger le pasteur, surtout vu le fait qu'il avait oublié sa Bible sur l'Autel au rez-de-chaussé et que la seule chose qu'il avait donc à lire pour s'occuper était la demande de divorce. Morceaux de papiers qu'il posa d'ailleurs sur la table de chevet, n'ayant pas envie de la voir trainer sur la table pendant qu'ils mangeraient. Ne serait-ce que pour ne pas la salir, cela ne faisait pas sérieux. Posant ensuite les deux assiettes, les deux verres, couteaux, fourchettes et cuillières, il rompit le pain pour en donner un morceau à chacun et profita même de l'occasion pour ouvrir un vin de messe. Il sourit intérieurement en songeant au sacrilège, mais ce n'était pas la chose auquel il apportait tant d'importance. L'Amour avant tout.

- Cela me fait tellement bizarre... en vérité, même si je faisais la cuisine, je n'ai pas mangé avec une femme depuis une éternité, ça fait quelques années qu'elle prend son assiette dans un plateau et qu'elle va manger dans sa chambre. Quoique ce n'est plus pour me déranger.

Il soupira en riant doucement et se craqua les mains tout en s'étirant, baillant néanmoins de fatigue. Le feu avait fini de réchauffer la pièce, et il était finalement bien heureux d'avoir eu à changer sa soutane. Il fit d'ailleurs un petit tour à la salle de bain pour vider l'eau tant qu'elle était tiède, n'ayant pas envie de la vider quand celle-ci deviendrait froide. Rabaissant sa manche après l'avoir relever, il rentra à nouveau dans la pièce à vivre. Le repas était posé sur la table et déjà les assiettes étaient remplis de ces morceaux de boeufs savamment découpé qui trempait dans son eau de cuison assaisonné aux pommes de terres, aux légumes, aux oignons découpés dans les larmes ainsi que les sels et poivres du moulin. Ce fut avec un sourire gourmand, n'en déplaise à son ventre grasouillet, qu'il s'assit alors et remercia la jeune femme pour ensuite ouvrir le bouchon de la bouteille de vin. Il songea même à mettre une nouvelle paire de verres sur la table qu'il remplit d'eau, histoire de laisser le choix, car peut-être la jeune demoiselle ne souhaiterait pas être affaiblie par l'alcool. Il pouvait la comprendre, au vu de toutes les rumeurs que l'on entendait dans les ruelles de Whitechapel sur ce fameux Jack qu'il avait en horreur. D'ailleurs, il l'évoqua.

- Vous savez, je ne peux qu'être heureux de votre présence ici. Et surtout de votre confiance en moi, car bien que je porte l'habit religieux, il fait bon se méfier de tout le monde en ce moment. C'est triste, mais c'est notre époque. Avec un tueur pareil dans le quartier, je crois que jamais je ne me serais approché !

Il eut un petit rire, bien qu'il comprenait que les femmes comme Lucy se devaient de gagner leurs croûtes au péril de leur vie. C'était donc surtout un humour noir peu adapté à la réalité des prostituées mais également une reconnaissance sincère que Jonathan offrait à la demoiselle tandis qu'il remplissait son verre de vin, ainsi que le sien. Il but ensuite la première gorgée, comme pour prouver que la bouteille n'était pas empoisonnée.

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MessageSujet: Re: L'appel du divin [Jonathan] [Fini] Mar 30 Mai - 13:11



L’appel du divin

« Eglise St Mary Matfelon »

Janvier 1891


Cet homme ne pouvait décidément pas tenir en place plus d’une seconde. N’importe lequel de ses congénères aurait profité de l’invitation de Lucy pour se mettre les pieds sous la table et siroter un verre de vin tout en lorgnant d’un œil distrait la confection du repas. La fille de joie n’avait pas douté qu’il viendrait à son secours pour l’aider à transporter la marmite emplie d’eau. Mais le pasteur ne s’était pas arrêté là, lui offrant même une moue désappointée lorsqu’il répondit tristement à sa compagne d’un soir qu’il ne pouvait empêcher ses larmes de dévaler ses joues pâles. Devant cette mine presque chagrinée pour une chose si bénigne, Lucy lui offrit un sourire attendri, amusée par tant de prévenance masculine. La prostituée n’avait pas imaginé une seconde que cette remarque, lancée sur le ton de l’humour –domaine qu’elle ne maîtrisait certes que médiocrement- pouvait blesser Jonathan. Il était évident que n’importe quel être humain ne pouvait rien contre un phénomène physiologique naturel et somme toute indolore. Mais l’incapacité de pouvoir remédier à la sensation désagréable qu’éprouvait Lucy semblait avoir assombri le pasteur, le ramenant sans doute à quelque brimade ou humiliation que lui faisait subir son épouse. La fille de joie s’en voulut d’avoir involontairement fait resurgir des souvenirs maritaux désagréables dans son esprit.

Le  pasteur bondit devant la risible blessure de Lucy, apportant une bande de tissu immaculé sur la table alors même que les infimes gouttes de sang s’échappant de la plaie superficielle avaient arrêté de couler. La déception de n’être pas utile se lit de nouveau sur son visage. La rousse se demandait comment il pouvait songer ne serait-ce qu’un instant à son inutilité, alors qu’il l’arrachait pour une nuit à l’enfer des rues de Whitechapel, à l’étau glacé de l’hiver londonien, lui offrait le luxe d’une eau chaude qu’elle ne retrouverait sans doute jamais et partageait avec elle un repas de bourgeois qu’une semaine acharnée de passes ne pourrait lui payer. Avait-il réellement conscience, dans son infinie charité, de l’existence des miséreux ? Pouvait-il s’imaginer avec quels délices Lucy découvrait les voluptés d’une douce chaleur au cœur de l’hiver, d’une eau qui coulait sur demande, des effluves d’un repas riche ? Savait-il avec quel plaisir elle savourait la chance inouïe de vivre, pour quelques heures, l’existence d’une bourgeoise, ne grelottant plus, n’ayant plus peur, et ayant de quoi assouvir son estomac ? Peut-être ne l’avait-elle pas assez remercié. Elle ignorait comment exprimer sa gratitude, et sa première idée de dédommagement, proposée avec insistance, avait provoqué chez cet être pudibond un tel malaise qu’elle l’avait abandonnée. Il était en effet beaucoup plus détendu à présent que le corps de la prostituée était recouvert de cette toile informe, qui ne lui seyait pas très bien mais qui avait l’avantage d’être confortable, en plus de soulager visiblement le pasteur, qui semblait déjà s’impatienter, après quelques secondes d’inactivité en face de Lucy.

Il se leva prestement, comme éclairé par une idée fulgurante, faisant grincer la chaise, et se rendit vers le placard de la cuisine, qu’il ouvrit. Assiettes, verres et couverts furent sortis, dans un léger tintement de vaisselle s’entrechoquant, et Jonathan entreprit de les disposer sur la table ou Lucy s’affairait. Il s’occupa également d’y poser une miche de pain, qu’il partagea entre lui et son invitée, et déboucha une bouteille de vin. Puis, beaucoup plus à l’aise depuis que la prostituée ne tentait plus de le faire succomber au vice de la luxure, il meubla le silence en lui confiant qu’il y’avait bien longtemps qu’il ne s’était pas trouvé à table en présence d’une femme. La fille de joie eut un sourire amer. Jonathan était peut-être un des rares hommes qui la considérait comme une femme digne de compagnie. Dans la bonne société londonienne, on ne dîne pas avec les créatures de l’engeance de Lucy.  Un peu émue malgré elle, elle tenta d’être délicate, malgré que ce ne fût pas son point fort :

- Moi aussi…je ne me souviens même pas du dernier repas que j’ai partagé avec quelqu’un…j’aime être seule…mais avec vous…j’aime bien aussi.

C’était raté pour la délicatesse. La prostituée avait voulu se rattraper, désirant simplement lui avouer que, malgré son amour de la solitude, elle appréciait sa compagnie discrète et somme toute sympathique. Ce genre de déclaration de gratitude, ou même d’affection, étant complètement étranger à Lucy, elle s’était embourbée et quelque peu ridiculisée. Elle rougit légèrement de s’être empêtrée dans la pudeur excessive de ses émotions qu’elle ne révélait en principe jamais. Pour dissimuler son malaise, elle se leva, surveillant le repas qui finissait de cuire dans la marmite. S’apercevant que la viande avait pris une belle teinte brune, et qu’un fumet délicieux se dégageait du récipient, Lucy, l’estomac creux, déclara en se retournant :

- C’est prêt !!

Mais le pasteur n’était déjà plus là. Hésitant entre amusement et irritation devant cette hyperactivité qui lui donnait le tournis, la fille de joie entendit qu’il vidait l’eau du bain. Du bain qu’elle avait pris, elle, et qui avait inondé sa soutane. Une fois de plus le malaise de se faire servir ainsi comme si elle était une bourgeoise respectable, par un homme qui plus est, ressurgit. Aussi s’affaira-t-elle à remplir les assiettes de bouillon fumant, veillant à servir à Jonathan de belles pièces de viandes. Lorsqu’enfin il reparut, elle posa les poings sur ses hanches et prit une mine faussement fâchée en plantant son regard dans le sien ;

- Finirez-vous par vous asseoir ! Je peux moi aussi, quand je veux, faire usage de ma force !

Un léger sourire trahissait cet agacement factice. Sans méchanceté aucune, Lucy s’amusait des réactions désolées de ce pasteur peut-être trop gentil dans cette cruelle société victorienne. L’absurdité volontaire de sa réplique était de plus destinée à le faire sourire. La frêle fille de joie affamée ne pouvait physiquement rien contre un homme bien nourri et en bonne santé, et l’épisode de la baignoire l’avait bien prouvé. Mais, même assit, il ne put s’empêcher de vaquer à de minimes occupations, à savoir remplir les verres d’eau et ouvrir la bouteille de vin. Elle but une longue gorgée d’eau, que Jonathan avait eu la délicatesse de lui servir, avant de porter un morceau de viande à sa bouche. La chair tendre fondait entre ses dents comme du beurre, regorgeant du bouillon parfumé des légumes frais, du sel et du poivre, condiments que Lucy ne s’offrait jamais. Le repas était littéralement exquis, et la fille de joie ferma un moment les yeux, toute à la délectation de ce sublime dîner. Elle releva les paupières au son de la voix du pasteur qui lui parlait doucement et d’un air calme, lui avouant son plaisir de se trouver en sa compagnie, et la remerciant de la confiance qu’elle lui avait témoigné en le suivant jusqu’ici. Lorsqu’il évoqua Jack l’Eventreur, la fille de joie réprima un frisson ; frisson d’effroi et de surprise aussi, car elle s’aperçut que, grâce à Jonathan, c’était la première fois en plusieurs mois qu’elle n’avait pas songé à cet épouvantable assassin pendant si longtemps. Ce gentil et si peu conventionnel ministre du culte dégageait une aura de protection et de sécurité. Lucy avait comme l’impression que rien ne pouvait lui arriver aux côtés de cet homme de Dieu aux petits soins pour elle. Mais l’entendre lui avouer que la sinistre compagnie de la rousse lui était plaisante l’émouvait profondément, plus qu’elle ne l’aurait imaginé. Elle avait peine à y croire, n’ayant aucune conversation, aucune culture, aucune délicatesse et aucun humour. Malgré son incompréhension, elle était certaine, pourtant, de l’authenticité des dires du pasteur. Il était trop gentil pour se moquer d’elle. Aussi lui répondit-elle, un peu chamboulée, tentant malgré tout de faire bonne figure :


- Vous inspirez confiance. J’ai l’habitude du danger et dès que je vous ai vu j’ai su que…vous étiez bon. Vraiment bon. Ça se voit. Et moi aussi je suis…heureuse de passer la soirée avec vous.


La rousse se racla la gorge et baissa les yeux, un peu gênée. Il était réellement étrange qu’une prostituée qui vendait son corps pour quelques pièces de monnaie soit aussi réfractaire dans l’expansion de ses sentiments. Peut-être était-ce pour cela qu’elle supportait ce labeur infâmant ? Oui, elle offrait son corps, mais aucun sentiment, jamais, n’entrait en considération. Les clients appréciaient son détachement, eux qui ne cherchaient chez elle que le stupre, le vice, le sexe en somme, dans toute ce qu’il avait de plus charnel et de plus bestial. Il était cependant incroyablement ardu à la fille de joie de déclarer le moindre signe d’affection sans avoir l’impression de se ridiculiser, de se dévoiler ou de se mettre en danger. Elle n’avait pourtant pas menti en révélant à Jonathan qu’elle se sentait en pleine confiance avec lui. Mais aller contre sa nature nécessite toujours des efforts, et elle ne voulait pas se montrer ingrate. Aussi lorsqu’il lui remplit son verre de vin, Lucy, qui ne buvait jamais d’alcool, ou très peu, ne voulut pas insulter son compagnon de repas qui était si bon. Elle trempa les lèvres dans le breuvage rouge sombre, semblable à du sang, et réprima une grimace. La boisson lui semblait âpre et brûlait son palais. Elle reposa le verre devant son assiette, mâchonnant un morceau de pain, avant de poser au pasteur une question qui lui brûlait les lèvres ;

- Mais pourquoi votre femme est-elle si méchante ? Je vous trouve tellement gentil.

Triturant sa cuillère d’un air gêné, elle baissait les yeux sur son assiette, consciente de sa curiosité quelque peu déplacée. La naïveté de sa question tranchait étrangement avec le vice de sa profession. Car si Lucy semblait aguerrie par le vice de son métier et par l’enfer de la rue, ces années de solitude, la médiocrité des rares rapports sociaux ayant ponctué son existence misérable, lui conférait une maturité émotionnelle équivalente à celle d’un enfant. Sauvage et quelque peu misanthrope, elle ne comprenait rien aux rapports belliqueux, calculés, pervers ou machiavéliques. Elle fuyait ceux qu’elle n’aimait pas plutôt que leur faire du mal, ne comprenait pas la haine, la jalousie mordante. La méchanceté gratuite lui paraissait d’une cruauté si inutile et absurde qu’il lui était pénible de l’accepter ainsi. Il y’avait forcément une raison à cet acharnement. Jonathan avait-il fait du mal à sa femme ? Elle lui lança un regard à la dérobée, découvrant avec plaisir qu’il semblait se délecter du repas qu’elle avait concocté. Elle chassa cette hypothèse de son esprit. Impossible. Et le regard qui lui renvoya, éclairé d’un sourire heureux, apparut comme une preuve irréfutable de cette bonté innée, dont jamais, malgré les humiliations, il ne pourrait se départir.

La nourriture chaude et riche avait achevé de réchauffer Lucy, contentant son estomac criant famine. Elle réprima un léger bâillement, la richesse du repas ayant provoqué une légère somnolence. Jetant un œil sur l’unique mais vaste lit qui trônait dans cette cave aménagée, la fille de joie se prit soudain à s’imaginer que Jonathan allait une fois de plus se sacrifier et dormir dans un coin, sa pudibonderie l’empêchant sans doute de partager sa couche avec Lucy. Elle était bien décidée à ne pas le laisser faire cette fois-ci. Soit il dormirait avec elle, soit elle lui laisserait son lit. Il en avait déjà bien trop fait pour elle. Aussi, d’un air faussement sévère une fois encore, elle l’alerta :

- Acceptez-vous de dormir avec moi ? Parce que, si vous ne voulez pas, je vous laisse votre lit ! Mais ne vous en faites pas, je vous laisserais tranquille, j’ai compris la leçon.

Elle lui décocha un léger sourire un peu désolé, qui faisait figure d’excuse à son indécence persistante de tout à l’heure. Son refus devant une telle insistance lui donnait beaucoup de valeur, et Lucy avait à présent envie de le ménager. Aussi, voyant l’assiette de Jonathan vide, et son regard bleu, brillant d’envie, se tourner vers la marmite, elle prit les devants, lui arrachant son écuelle des mains, les sourcils froncés ;

- J’y vais ! Et je vous interdis de vous lever !

Lucy prenait un plaisir mutin à le chamailler gentiment. Elle servit dans l’assiette vide une grosse louche du bouillon fumant, la posant ensuite devant le regard affamé du pasteur.
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Je n'aime pas me décrire...mais on me dit quelqu'un de gentil, tolérant envers beaucoup de choses; et il est vrai que le Seigneur m'aide à voir le bien dans le cœur de tous. Cependant, cette même capacité me rends aux yeux des gens très fanatique et naïf. Je n'avais jamais vu les choses sous cette angle, mais il faut croire que les gens ne voient en moi qu'un pasteur de pacotille. S'il y a une facette de moi que j'apprécie particulièrement, c'est le fait que je sois quelqu'un de très romantique ! Même si tout le monde préfère dire que je suis quelqu'un de niais...mais ne croyez pas que je sois stupide, car il m'arrive d'être très fier et impulsif. Je ne suis pas très courageux, mais je ferai toujours de mon mieux pour protéger les gens que j'aime, comme mon petit frère. J'ai aussi une profonde attirance pour les rousses. On me surnomme Quasimodo à cause de mon apparence quelque peu trapu -et certes poilu bien que blond, par opposition à la magnificence de mon frère.
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MessageSujet: Re: L'appel du divin [Jonathan] [Fini] Sam 3 Juin - 22:48



L'Appel Du Divin

« Completely Mad Mercy »

Église St Mary Matfelon, Whitechapel, 1890.

Jonathan n'était pas de ces hommes violents qui avaient pour habitude de prendre l'ascendant sur une femme. Il était même terriblement le contraire. De ces êtres trop doux et gentils qui se faisaient marcher sur les pieds par à peu près n'importe qui. Son physique trapu en faisait pourtant un homme que l'on croyait aussi imposant que viril. Mais il n'en avait malheureusement que la force et les muscles. Alors au moins, il pouvait aider à porter les sacs du marché, à soulever la marmite et à refaire lui-même la cave de son église à moindre frais. Mais dès qu'il s'agissait de réagir en tant qu'homme à la société femelle, le petit pasteur perdait alors toute sa superbe pour se transformer en étrange Quasimodo. Pourtant Dieu savait à quel point il savait manier le plume, et que ses longues nuits sans sa femme lui permettaient d'écrire des pavés entiens de sermons qui résonnaient aux oreilles des croyants comme des portraits d'émotions. Les plus brisés sont ceux qui parviennent le mieux à vous remonter le moral, paraitrait-il. En tout cas, Jonathan savait en effet puiser depuis six ans dans sa misère affective pour en décorer ses feuilles d'anti-sèches, pour réveiller le coeur de ses fidèles et des non-croyants, au fait qu'importe ce qu'il puisse se passer, le plus important dans la vie, c'était d'aimer et d'être aimer en retour.

Et cette impossibilité à retranscrire ses écrits à l'oral naturellement, devant une jeune femme fragile et désolée par la pauvre vie, en face à face, le mettait terriblement mal. Il avait pourtant l'habitude de parler parfois seul à seul avec quelques bonnes âmes. Mais ce n'était qu'au travers une planche de bois qui protégeait très souvent de l'identité. Quand il écoutait de son coeur de croyant les autres, Jonathan entrait dans une sorte de transe où il se détachait de lui-même, s'oubliait entièrement tel le bon sauveur Jésus Christ qui se sacrifia pour sauver l'Homme. C'était ainsi que devant des assemblés parfois immenses, il pourrait se redresser et parler la tête haute, le coeur léger et le sourire aux lèvres. On aurait pu imaginer qu'une fois les projecteurs éteints, cet homme devenait bégayant et maladroit. Il en était de même pour le confessionnal, ou cette fois dans les ombres réconfortantes, le pasteur prévenait ses patients de conseils psychologiques et d'amour.

Quand Jonathan revint de la salle de bain, Lucy l’invectiva avec humour, et le blondinet ne put en vérité qu'en rire. Il ne doutait pas une seule seconde pouvoir prendre le dessus sur la faible femme, même s'il en avait pas envie. Se faire ainsi chouchouter par une demoiselle le rendait toute chose, rougissant et balbutiant avec une lumière joueuse dans le regard. Il gloussa doucement quand il écouta Lucy lui dire qu'elle avait eu automatiquement confiance en elle, et qu'il était bon. Jonathan mettait un point d'honneur à sa bienveillance et à sa face d'angelot. Si ce n'était qu'une encre de surface, il ne pouvait pas le dire. Il songeait en secret que tout homme poussé à bout pouvait être amener à faire une terrible erreur. C'était certainement cela qui avait fini par la pousser à prendre ces papiers de divorce. Quand la question de pourquoi sa femme était comme ça fut poser, Jonathan garda le silence, comme pour réunir ses pensées par rapport au sujet. Cela faisait longtemps que toutes les fois où il tentait d'y penser, il n'y avait qu'un long et lourd nuage d'orage noir qui traînait dans son esprit. Il aurait voulu en dire plus, ou parler tout court, mais déjà son impétueuse invitée s'inquiéta d'une nouvelle donnée sur le tableau.

- Oh...j'avais totalement oublié ce détail... mais en tout cas vous avez lu juste en moi, si vous ne dormez pas dans mon lit, je n'y dormirai pas non plus.

Son oeil avide de la nourriture si bien préparé fut captée par la jeune femme qui prit aussitôt son assiette pour la remplir de ce fumet délicat dont il s'empara aussitôt ensuite. Il lui sourit et la remercia solennellement pour ensuite plonger sa fourchette dans la tendre viande. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas mangé avec autant d'appétit. Il fallait croire qu'il possédait un organisme captant aisément la moindre graisse. A moins que ce ne fut la tristesse d'esprit qui n'aidait pas les brûlures de la tristesse du corps. De toute façon, ce n'était pas comme s'il faisait très attention à son poids. Autant son visage et ses cheveux faisaient l'objet de grandes attentions devant le miroir... mais alors son bidou, comme il pouvait s'en moquer. Certainement était-ce car autant l'on pouvait voir sa tête, son ventre ne serait jamais que cacher sous sa soutane de pasteur. C'était en tout cas ce qu'il pensait, et quand la demoiselle vint à lui dire qu'il serait obligé de dormir avec elle pour qu'elle accepte le confort de ce lit, il déglutit rapidement. Oh, bien sûr, il avait pris l'habitude de dormir avec sa femme, jusqu'à ce que celle-ci en ait simplement marre de sa présence. Il dormait parfois de lui-même dans le canapé, parce que lui aussi n'en pouvait plus de l'absolu insolence de sa femme. A ceci lui vint donc la réponse à la question précédente:

- Pour en revenir à ma femme... je ne lui ai jamais vraiment demandé... j'ai parlé avec quelques membres de sa famille qui m'ont dit que cela venait de son précédent fiancé, avec qui cela se serait très mal passé. Quelque chose comme ça. Pour être honnête, j'ai vraiment essayé de tout faire pour arranger la situation, faire ce qu'elle me demandait, lui offrir des cadeaux pour la combler, je n'ai jamais réussi à rien. Alors au final, on abandonne et on aménage une cave dans son église.

Jonathan rit très sincèrement à cette dernière boutade, oh, il se trouvait marrant. Après tout, il n'avait pas grand monde à essayer de faire rire, mais s'il pouvait égayer sa propre vie, c'était toujours ça de pris.

- N'hésitez pas à en reprendre vous même !

Le jeune homme s'attacha donc à finir la nourriture en essayant de ne pas paraître trop morfale. Ce n'était pas qu'il manquait de repas, loin de là, mais le fait d'autant parler et de profiter d'une réel compagnie le mettait dans tous ses états, se répercutant sur les appels de son ventre. Maintenant qu'il y pensait, il mangeait toujours plus au restaurant quand il y allait avec son frère ou Felix. Quand il eut donc fini sa deuxième assiette, n'en jetez pas davantage, il croisa ses couverts sur l'assiette et soupira en tapotant son ventre. Se levant par la suite, Jonathan se rapprocha de l'armoire et l'ouvrit pour récupérer une autre chemise en toile beige qui serait parfait pour la nuit, ainsi qu'un pantalon d'une toile tout aussi épaisse. Cela serait parfait pour la nuit à venir. Il s'avança vers la salle de bain et tout en ouvrant la porte, regarda Lucy:

- Vous avez gagné, je vous fais confiance à mon tour. Mais vous n'aurez pas besoin de me servir au point de me changer, à tout de suite.

Il rit encore une fois, prenant vraiment autant confiance en la jeune femme qu'en lui-même. Refermant la porte derrière lui donc, la pasteur se changea rapidement, bien que le coeur battant. Cela faisait peut-être quelques années qu'il n'avait pas dormi avec une femme. Avec quelqu'un tout court d'ailleurs. Cela ne lui posait pas plus de problème en réalité que de regarder un corps nu, une fois qu'on parvenait à reprendre le contrôle de sa concentration. Rester à prier pour qu'elle ne ronfle pas trop.Sortant de la salle de bain, Jonathan fit le tour du lit pour en allumer la lampe côté escalier et éteignit la lumière. Quel heure devait-il bien être à l'extérieur, il l'ignorait totalement. S'allongeant donc au côté opposé de l'armoire, il se mit bien à l'aise.

- C'est la première fois que je l'essaie, mais j'en suis déjà content ! Vous savez, j'hésite à acheter des couvertures et des oreillers en plus et de faire dormir des sans-abris dans l'église... ainsi qu'à acheter une plus grande marmite pour faire une sorte de soupe pour tous en hiver... c'est encore en projet, mais j'y pense. Par contre, je ne pense pas que j'offrirai mon lit et ma baignoire à tout le monde, il n'y aura jamais assez de place.

Et il rit à nouveau. Jusqu'à en venir à se dire que son rire sonnait nerveusement depuis quelques minutes. Comme si ces blagues à répétitions n'étaient qu'une manière comme une autre de se calmer alors qu'au final, la présence d'une femme si douce avec lui réveillait ses excitantes peurs.

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"Lune. Avant, que le jour ne vienne. Entends, rugir le coeur de la bête humaine. C'est la complainte de Quasimodo qui pleure, sa détresse folle, sa voix, par monts et par vaux s'envole, pour arriver jusqu'à toi. Lune, veille sur ce monde étrange qui mêle sa voix au chœur des anges."
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MessageSujet: Re: L'appel du divin [Jonathan] [Fini] Ven 9 Juin - 8:19



L’appel du divin

« Eglise St Mary Matfelon»

1891

Si le compliment de Lucy relatif à la bonté manifeste du pasteur sembla lui procurer un plaisir indéniable, il fut bien vite terni par l’indiscrète requête lui demandant les raisons de la cruauté de sa femme. Son regard pétillant s’assombrit, et le léger rire qui s’était échappé de ses lèvres cessa immédiatement. Le visage Jonathan se ferma et son mutisme prouva à la prostituée que sa curiosité pouvait dépasser même le seuil de tolérance de l’homme le plus gentil de la terre. La fille de joie décida avec bon sens de respecter ce silence et de faire comme si sa question n’avait jamais été posée. Rien ne l’embarrasserait plus que de blesser cet incroyable ministre du culte, perle de douceur et de prévenance, attendrissant dans son imperfection, amusant dans sa maladresse, tendre dans sa bonté. Et cette joie qu’il semblait trouver en la présence et la conversation d’une misérable prostituée émouvait Lucy, s’imaginant combien il devait être malheureux dans sa solitude affective pour apprécier la créature impie et inintéressante  qu’elle était.

Elle avait vu juste.  Jonathan se serait sacrifié sans une plainte, en parfait gentleman, en lui offrant son lit, si elle n’avait anticipé cet excès de courtoisie en le refusant d’un ton catégorique. Aussi, lorsqu’il affirma qu’il ne dormirait pas dans son lit à la place de son hôte, Lucy jeta un regard désespéré aux baldaquins de soie ainsi qu’au matelas qui semblait fait de la même texture que les nuages. Laisserait-elle passer sa chance de dormir au Paradis ? Abandonnerait-elle ce luxe à lui-même, par orgueil, pour s’entasser sur une paillasse miteuse dans un coin de la cave ? Des occasions comme celles-ci ne se représenteraient sûrement jamais. Et l’irrépressible désir de glisser son corps entre les draps blancs qui paraissaient être de satin, se fit ressentir, violent, profond, au point même que Lucy avait peine à détacher son regard de l’épaisse couverture de laine, s’en imaginant délicieusement ensevelie, croyant déjà sentir la douceur de l’oreiller de plume sur sa nuque aguerrie aux couches les plus rudes.

Lucy secoua la tête pour s’extirper de sa rêverie, ses boucles rousses dansant sur ses épaules. L’effluve de lavande que dégageait sa chevelure enivrait son odorat plutôt coutumier du savon bon marché inodore. Ses lèvres s’étirèrent en un sourire attendri devant le péché de gourmandise du bon pasteur qui semblait littéralement se régaler du diner concocté par la fille de joie, heureuse que ses talents de cuisinière ne se soient pas amoindris à mesure que le commerce de ses charmes prenait de l’ampleur dans sa vie. Elle s’était toujours sue talentueuse aux fourneaux, malgré les coups et les insultes régulières de son beau-père. Elle voyait son assiette se vider  avec rapidité, lui revenir récurée à chaque repas, de même qu’elle apercevait son regard briller d’envie lorsque le fumet de la tambouille embaumait le misérable taudis qui leur servait d’habitat.

Jonathan parla de sa femme. Ce que la prostituée avait pris auparavant pour de la contrariété semblait plutôt être de la réflexion. La question semblait compliquée et insoluble, véritable casse-tête chinois que le pasteur avait enfin renoncé à résoudre, après des années à déployer des trésors de patience et d’attentions récompensées par indifférence et mépris. Le ton de sa voix était calme, résigné, ayant accepté le deuil de cette histoire d’amour à sens unique qui l’avait rendu si malheureux. L’affection, le respect, l’espoir s’étant étiolés, ne restaient plus qu’un vide profond au cœur, un sentiment d’échec ainsi qu’une volonté impérieuse d’en finir avec cette union qui n’aura été qu’un triste désastre.

Le rire qui s’échappa de ses lèvres à l’évocation de l’aménagement de la cave de son église en nid douillet de célibataire prouvait les conclusions de Lucy. Le pasteur, brisé par son mariage, souhaitait à présent renaître de ses cendres, en se débarrassant de sa femme, objet de son tourment. Il fallait du courage à un homme de Dieu pour défaire une union sacrée. Comme la moyenne des hommes lâches, il aurait pu garder son épouse et collectionner les maîtresses. Mais la harpie semblait tenace, et peut-être était-il plus sage de créer une scission nette et officielle entre les deux malheureux époux. Mais Jonathan semblait déjà être passé à un autre sujet, et hautement plus intéressant que sa crétine d’épouse qui ne connaissait pas sa chance ; la nourriture. Alors que Lucy le servait une seconde fois, il l’invita à faire de même. Mais la fille de joie, donc l’estomac avait trop souvent été brimé par la faim, avait développé un appétit de moineau. Peu coutumière des aliments riches, la viande grasse lui avait presque immédiatement apporté un sentiment de satiété, et elle se sentait, après cette assiette de bouillon, totalement repue. Le sommeil se faisait plus insistant à mesure que le froid et la faim s’étaient évaporés, et les paupières de Lucy semblaient porter le poids du monde. Aussi, étouffant un bâillement, lui répondit-elle avec un sourire amusé :

- Merci. Ça me suffit. Je n’ai pas l’habitude de manger tant de viande.

La jeune femme n’osa pas dire qu’elle avait trouvé le repas délicieux, de peur de passer pour une vantarde. Au-delà de ses talents de cuisinière, Lucy avait rarement l’habitude de consommer des produits d’une telle qualité. Quant à Jonathan, si il pouvait s’offrir ce genre de denrées au quotidien, il paraissait évident, au plaisir qu’il prenait à engloutir son repas, qu’il y’avait bien longtemps que l’on n’avait pas cuisiné pour lui. Pourquoi n’engageait-il pas une cuisinière ? Il semblait à la prostituée que Jonathan était un bourgeois aisé. Mais cela suffisait-il pour se payer une employée ? Lucy l’ignorait, n’ayant jamais plus de quelques livres en poche. Elle se refusa à lui poser la question, ayant peur de passer pour une idiote, se sachant déjà complètement inculte.  Aussi lorsqu’il repoussa d’un air satisfait son assiette vide, la fille de joie s’empressa de débarrasser la table et de s’atteler à la vaisselle.

Se retournant en entendant le grincement d’une chaise, elle vit Jonathan s’avancer vers l’armoire, l’ouvrir en sortir une chemise et un pantalon de toile simple, presque grossière, d’une teinte beige, qui faisaient sans doute office de pyjama.  Se retournant vers la prostituée postée devant l’évier, il lui offrit sa confiance en acceptant de dormir avec elle, en la taquinant sur les prévenances qu’elle avait pour lui, affirmant qu’il se changera seul. Lucy laissa échapper un léger rire. Plus que jamais elle s’en voulait de l’avoir poussé dans ses retranchements, tant il était détendu maintenant qu’elle ne l’offensait plus de ses charmes. Il semblait prendre du plaisir à discuter, riait quelques fois, et redécouvrait la joie de plaisirs simples que sa femme lui interdisait.

Le pasteur s’étant enfermé dans la salle de bains pour changer de tenue, Lucy referma le robinet et essuya ses mains au torchon qui se trouvait à proximité. Elle dormirait avec la chemise informe de toile beige, cadeau de Jonathan. Lorsque la porte de la salle de bains s’ouvrit, la jeune fille regarda le ministre divin allumer la lampe de chevet et s’installer au lit. Débarrassant la table des derniers vestiges de leur somptueux diner,  la prostituée vint à son tour se glisser entre les draps. Comme pour masquer son embarras et meubler le silence, Jonathan parlait, vite, de choses et d’autres, de son souhait d’abriter des pauvres hères dans son église, d’investir dans un matériel adéquat pour leur confectionner de la soupe, et continuait ses boutades, qui sonnaient plutôt comme un remède à son anxiété. Lucy, au regard de son approche si peu élégante, pouvait comprendre son trouble et s’en voulait.

Adam et Eve devaient dormir sur de tels lits au jardin d’Eden. Il semblait à la fille de joie qu’elle flottait sur un nuage. Elle se serait endormie au moment même où sa tête touchait l’oreille, rompue de fatigue, si le pasteur ne se trouvait à côté d’elle, déclamant ses desseins charitables avec un enthousiasme qui cachait mal son malaise de se trouver allongé aux côtés d’une femme. Aussi Lucy décida-t-elle, après avoir ri de sa blague, de meubler elle aussi la conversation :

- Ce lit est un paradis !! Mais en effet, je crois que tous les mendiants de Whitechapel n’y tiendront pas !!

Et, ce disant, elle rit elle aussi, se positionnant de profil dans le lit, afin de mieux pouvoir regarder son interlocuteur, ses yeux d’azur et sa chevelure blonde si soignée. Ses paupières s’alourdissaient et elle devait faire un réel effort pour se tenir encore un minimum alerte. Frissonnant légèrement, elle avança le bras vers l’épaisse couverture qui était restée au milieu du lit et la tira sur elle-même ainsi que sur Jonathan, sa petite main gracile frôlant involontairement celle, chaude et large du ministre divin qui s’apprêtait lui aussi à s’enfoncer dans le sommeil. Lucy s’excusa du regard et reposa son visage de profil sur l’oreiller, sans se rendre compte qu’elle avait les yeux braqués sur le gentil pasteur qui cherchait un sommeil long à venir, la présence de la fille de joie n’étant sûrement pas étrangère à ce phénomène.

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MessageSujet: Re: L'appel du divin [Jonathan] [Fini] Lun 12 Juin - 12:03



L'Appel Du Divin

« Completely Mad Mercy »

Église St Mary Matfelon, Whitechapel, 1890.

La jeune femme ne mangea pas beaucoup, ce que le pasteur pouvait comprendre. Après tout, se remettre immédiatement de longues années de privation n'irait pas en un seul soir, un seul essai -et ce quelque soit cette privation en question. Jonathan soupira doucement dans son lit en songeant que de toute façon, elle partirait dès le lendemain matin. Oh, il la reverrait certainement lorsqu'il mettrait à bien son projet d'hébergement pour sans abri, mais au final, jamais il ne pourrait lui offrir un repas pareil une nouvelle fois. C'était presque mieux au final qu'elle ne s'y habitue pas vraiment. Il se sentit assez mauvais, à cette seconde. Comme s'il avait l'espace d'une seconde, agiter une sucette devant la bouche de cette enfant, sans lui laisser véritablement l'opportunité de la manger. Ou comme si, plutôt, il la lui avait mise en bouche pour aussitôt la retirer. Quel triste histoire. Il ne pensait qu'à faire bien, au final. Mais tout ce qu'il semblait vouloir faire pour le mieux se répercutait inlassablement pour faire du mal. Pour faire souffrir quelqu'un, et parfois lui-même. Souvent les deux. Il aurait voulu pouvoir emmener cette jeune femme loin de ses problèmes quotidiens. Mais il ne pouvait se faire à l'idée qu'elle faisait commerce de son corps pour survivre. Bien sur, c'était le mot, survivre. Lui n'en avait jamais eu besoin. D'où se permettait-il de juger ? Il n'aurait pas eu une once de son courage, lui qui n'était au final qu'un enfant blondinet grassouillet à qui on avait tout offert sur une ligne du destin écrite en avance par un père autoritaire mais aimé.

Alors qu'ils se mirent tout deux au lit, Jonathan pouvait sentir la chaleur de la jeune femme, alors qu'il ne la touchait même pas. Mais il n'en avait pas besoin. Il l'imaginait, la songeait. Mais il se réfrénait. Ce n'était pas de l'amour. Jonathan n'était pas amoureux de cette pauvresse. C'était juste... comme une faim, comme un ventre qui n'avait pas été nourri depuis si longtemps se trouvant proche d'une source nourricière pas forcément très bonne, ni appréciée. Il devait se retenir contre cette émotion, contre cette forme primale des émotions qui le ramenait, en vérité, au stade de simple homme. Non pas qu'il fut plus prétentieux que cela. Il se savait insignifiant, misérable, simple évocateur de la bonté divine. Mais en ce qui concernait les femmes, c'était différent. Le pasteur se retrouvait rempli d'une fierté presque mal placée, qui se juxtaposait à son romantisme à outrance. Au final, est-ce qu'il méritait davantage sa place au paradis que la jeune femme à ses côtés ? Quand elle lança la boutade que ce lit était un paradis dans lequel les miséreux de Whitechapel n'auraient pas tous leur place, cela rendit Jonathan plus songeur qu'autre chose. Est-ce que c'était vrai ? Est-ce qu'au final, la religion, ce n'était pas des hommes de pouvoir tel que lui, possédant les clés d'un lit paradisiaque auquel le commun des mortels ne pouvait prétendre que si l'homme de foi indiquait qu'ils en étaient dignes sous le jugement du Seigneur ?

- Je.. je voudrais savoir. Quand est-ce que vous avez commencé à... faire ce que vous faites ? Vous le faites par nécessité ? N'avez vous aucun autre talent qui pourrait être mis à contribution pour la société ? Vous feriez pourtant une excellente cuisinière...

Sa voix était toujours un peu nerveuse, mais se détendait petit à petit au grès de ses réflexions qui le menaient loin, si loin de cette situation gênante. Avait-il éteint la lumière de la lampe ? Devait-il le faire ? Aucun des deux n'avaient peur du noir, en tout cas l'espérait-il. Mais l'idée d'éteindre la lumière lui faisait prendre conscience qu'il serait voué à ne plus savoir où il se trouverait, à ne plus pouvoir savoir où la jeune demoiselle se trouvait. Un accident était si vite arrivé. Il espérait ne pas ronfler non plus lui-même. Était-ce vraiment comme ça que les jeunes couples étaient terrifiés de dormir ? Sans savoir comment l'autre réagirait et sans parvenir à être soi-même ? Bon, bien entendu, il n'était pas un couple, mais tout tournait si vite dans la tête de Jonathan qu'il ne faisait plus tellement la différence. Dommage qu'il ait laissé ses somnifères chez sa femme. En plus, durant cette instance de divorce, il ferait mieux de ne pas faire d'écart aux règles du mariage, étant donné que sa principale ligne de défendre pour la faire perdre était ses multiples infidélités. S'il se faisait à faire de même, rien n'était moins sûr qu'il gagnerait haut la main le procès. Doucement, il passa donc la main à la lampe et l'éteignit. S'il avait réussi à repousser ses avances jusque là, il réussirait à continuer. Mais quelque chose lui trottait dans l'esprit.

- Je.... je demande ça... parc...parce qu'en fait, tout à l'heure, quand je vous ai refusé, et que vous avez insisté... alors que je vous promettais que le repas, le bain, le lit, ce n'était pas en échange de quoique ce soit... et j'ai eu peur qu'en vérité vous n'aimiez ce métier...

Il toussota légèrement tout en se disant qu'il avait bien fait d'éteindre la lumière, au final. Car ses joues étaient rouges et son corps avait véritablement très chaud. Cela lui permettrait également de ne pas montrer sa gêne, ou de ne pas voir l'expression outré de Lucy, avec une phrase aussi peu délicate, mais qui exprimait pourtant tout le désarroi de Jonathan face à son invité de fortune.

- Je ne dis pas ça pour vous mettre mal à l'aise, c'est juste que... je m'interroge. Je suis désolé si ça fait un peu confession sur l'oreiller, même si généralement c'est les femmes qui cuisinent les hommes pour obtenir des informations.

Il avait lu ça dans des romans d'amour qu'il achetait en secret dans les librairies de gare. C'était un peu cliché, mais à leur époque, le cinéma d'espionnage romantique n'existait pas encore. Le genre littéraire par contre, totalement. Ne jugez pas trop.

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MessageSujet: Re: L'appel du divin [Jonathan] [Fini] Mar 13 Juin - 23:53



L’appel du divin

« Eglise St Mary Matfelon»

1891


Tel est pris qui croyait prendre. Lucy avait eu beau jeu de tenter de faire plonger un ministre divin dans les affres de la chair. Son malaise surmonté, le pasteur s'enquérait de la profession de la jeune femme, incompréhensible pour sa foi, peut-être même diabolisée par ses propres prêches. Comment pouvait-elle en être réduite à vendre ses attributs féminins, destinés à l'amour et à la reproduction, cadeaux que Dieu lui avait octroyé dans sa miséricordieuse bonté, s'avilissant à les mettre au service des plus bas instincts masculins ? Si la prostituée ne sentait pas poindre le jugement dans tous ces questionnements, elle fut néanmoins blessée par le doute qu'elle paraissait sentir chez ce pasteur si délicat, qui, dans un accès de maladresse sans doute, laissait sous-entendre que Lucy n'avait pas tout tenté avant de parvenir à des extrémités aussi infâmantes. Il était évident que la pauvresse aurait préféré passer ses journées réconfortée par la chaleur de l'âtre dans lequel fumaient divers bouillons parfumés, ou s'atteler à confectionner des tartes pour une marmaille bruyante, plutôt qu'occuper ses nuits à laisser les londoniens de toutes les classes sociales épancher leurs désirs les plus brutaux, les plus primaires et les plus honteux sur son corps gracile. Oui elle aurait préféré demeurer une femme honnête, trimant sans se dégrader, s'endormir devant un bon feu l'hiver, manger chaud et régulièrement, être vêtue de saison, bénéficier de la protection de maîtres de maison. Malgré des mois de recherches acharnées, aucun emploi légal et honorable n'était parvenu jusqu'à elle. Alors le vice de la prostitution s'était présenté, diablement tentateur, assez rémunéré pour assurer la subsistance de la jeune campagnarde qui venait d'arriver en ville.

Et Lucy avait survécu grâce à ce travail toujours sollicité. L'activité était constante, se retrouvait dans toutes les couches sociales de la capitale anglaise, même les plus vénérables. Des bourgeois venus tromper la lassitude de leur vie de couple aux nobles à l'existence trop stricte en quête d'adrénaline, en passant par la clientèle plus habituelle et tout aussi peu réjouissante, ouvriers exténués cherchant un peu de réconfort dans les bras d'un corps sans âme qui ne lui octroyait que sa chair contre quelques pièces de monnaie, en passant par les ivrognes aux voix fortes et aux allures débraillées qui, en sortant de la taverne, se découvraient soudain des désirs de luxure inassouvis. Non, Lucy n'avait pas rêvé à cette vie. Non, elle n'avait pas choisi de subir nuit après nuit les pulsions bestiales masculines dans ce qu'elles avaient de plus sordides, et non elle n'était pas heureuse de s'étendre à chaque aube naissante sur sa paillasse de fortune, le corps fourbu de fatigues et de douleurs, consciente d'avoir une nuit de plus servi de défouloir à des hommes qui n'avaient pas une pensée ou même un mot agréable à son égard.

Tout à fait éveillée à présent, Lucy, l'humeur assombrie, ne savait que répondre à Jonathan, sans risquer de paraître désagréable. Jamais on ne lui avait demandé de s'étendre sur sa vie, et elle ressentait une gêne profonde à raconter des bribes de son insignifiante existence à ce gentil pasteur. Peur de l'inconnu sans doute, ne s'étant jamais confiée à qui que ce soit, et, malgré qu'elle soit persuadée de la bonté de l'homme qui lui offrait l'hospitalité, elle ne parvenait pas à se débarrasser du désagréable sentiment qui la tenaillait à l'idée d'évoquer sa vie ou ses émotions. Toujours de profil sur l'oreiller, elle plongea dans un regard qui se voulait placide dans celui, interrogateur et quelque peu gêné de son compagnon de sommeil, et tâcha de répondre avec amabilité, tout en étant la plus honnête possible :

- Merci du compliment. J'ai commencé à 17 ans, je crois. Je ne suis pas sûre de mon âge maintenant. J'ai 23 ou 24 ans, peut-être 25. Et oui, je fait ça pour survivre. Je ne suis pas londonienne et je n'ai rien trouvé en arrivant ici. Et non, je n'ai aucun talent. Je ne sais pas lire et je ne connais rien.

Il semblait à Lucy qu'elle était parvenue à ne pas paraître désagréable. Offenser ce maladroit mais ô combien généreux ministre divin était la dernier de ses désirs. Il semblait néanmoins toujours légèrement mal à l'aise lorsque son bras s'étendit vers la lampe afin de l'éteindre. Se retrouver dans l'obscurité totale affûtait les autres capacités sensorielles de l'être humain, et la fille de joie percevait avec lus de trouble la chaleur du corps de son compagnon de lit, sentait avec plus de netteté l'huile qui parfumait sa barbe et ses cheveux, entendait plus distinctement son souffle rendu saccadé par l'émotion. C'était à n'y rien comprendre. Des années de prostitution avaient aguerri Lucy à toutes formes de proximité avec un homme, la rendant froide, presque indifférente, aux multiples rapports intimes qui ponctuaient son quotidien. Les visages étaient anonymes, les sens de la jeune femme restaient inertes. Comment cet homme pouvait-il avoir la faculté de la troubler de par ce simple regard qui semblait refléter la charité de son âme pure, la candeur de son esprit d'enfant et la naïveté de celui qui refuse de voir le mal ?

L'absence de visibilité pourtant semblait ragaillardir le pasteur, déliant un peu plus sa langue et osant poser la question qui brûlait ses lèvres depuis, sans doute, le début de leur rencontre. Il pensait que Lucy aimait son métier. En fait, il avait peur de penser cela, semblait avoir besoin d'être rassuré, comme si l'innocence de son âme ne pouvait accepter le fait qu'une personne humaine, faite de chair et d'os, puisse accepter avec plaisir une telle infamie. L'insistance de la fille de joie lui avait fait tirer ces conclusions. En réalité elle-même ignorait pourquoi elle avait tant persévéré. Elle avait déjà eu beaucoup de mal à admettre qu'un homme lui offre tant de luxes pour la nuit sans rien demander en retour, et s'était imaginée faire plaisir à quelqu'un de timide qui n'osait pas lui réclamer ses services. Et puis, ce qu'elle ne pouvait lui avouer, ne se l'avouant pas encore à elle-même, ne sachant pas mettre de mots sur une telle gêne, c'est qu'il exerçait sur elle une sorte d'attraction inédite et peu compréhensible. Les hommes défilaient, sans visage, sans voix et sans sentiments. Mais pas lui. Il n'était pourtant ni outrageusement beau ni même très doué en matière de séduction. Mais il avait cette lueur dans le regard et ce sourire tendre, ces attentions délicates et ces gestes prévenants qui chamboulaient toute l'image que Lucy s'était construite de la gent masculine à partir de ses clients. Blessée une fois encore par ce qui aurait pu passer pour une insulte dans la bouche d'un autre, Lucy répliqua d'une voix stoïque :

- Non je n'aime pas ça. Je voulais simplement vous remercier. On m'offre rarement tant de choses sans me réclamer mes services. Je ne suis pas habituée.

Le ton avait été froid, mais elle avait tenté comme elle avait pu de faire comprendre au pasteur qu'elle n'avait fait que ce qu'attendaient d'elle tous les hommes qu'elle côtoyait depuis des années. Comment s'imaginer que celui-là serait si différent que tous les autres qu'elle avait connus ? Et comment s'imaginer que les paumes de ses mains seraient si chaudes, que ces gestes seraient si doux, et que les effluves de ses cheveux sentiraient si bons ? Lucy pensait rester toujours froide devant n'importe quel homme, et ironie du sort, voilà qu'un pasteur, marié et vierge de surcroît, venait, de son regard d'azur, effondrer toutes les grandes théories de la fille de joie sur sa prétendue résistance au charme masculin.

Jonathan expliqua à Lucy qu'il ne cherchait pas à l'offenser en lui posant de telles questions, mais simplement à assouvir une curiosité naïve. Sa dernière remarque, plutôt cliché, redessina un léger sourire sur les lèvres de la prostituée, invisible dans cette obscurité. Alors elle lui répondit, quelque peu amusée et attendrie :

- Je ne cuisine jamais aucun homme moi...Sauf vous peut-être...Mais vous êtes si gentil...Et puis, sans aimer faire ce métier, il ne vous paraît pas possible qu'une femme ait simplement envie de passer un moment avec vous ?

Gênée, Lucy ne parvenait pas à formuler sa phrase. L'idée était pourtant simple. Elle voulait expliquer au pasteur qu'il n'y avait nul besoin d'être une prostituée pour ressentir du désir pour lui, et avoir envie de lui céder ses charmes. Mais, peu encline aux compliments et à la délicatesse, elle était maladroite, avait l'impression de se ridiculiser et se perdait dans des explications. Aussi, tâchant d'être plus claire, elle précisa :

- Je ne vous aurais pas demandé d'argent, vous savez...et je n'aurais rien exigé de ce que vous m'avez offert ce soir.

Peut-être comprendrait-il, enfin, que la prostitution ne lui accordait aucun plaisir, mais qu'avec lui, elle n'aurait pas eu le sentiment de travailler, mais plutôt de s'unir avec quelqu'un qui lui plaisait, dans l'accomplissement d'un acte né d'un réel désir charnel et non monnayé, comme une vraie femme en somme.

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MessageSujet: Re: L'appel du divin [Jonathan] [Fini] Dim 18 Juin - 11:12



L'Appel Du Divin

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Église St Mary Matfelon, Whitechapel, 1890.

L'obscurité permettait en effet tellement d'outre passement des règles, de la plus élémentaire politesse jusqu'à la retenue la plus respectueuse. Elle permettait parfois à des comportements dépassant la pensée de se développer. Se sentant plus libre d'exprimer quelque chose comme sous le pendant d'un masque, c'était cette même obscurité qui rappelait au blond pasteur aux yeux bleus le secret presque magique des confessionnals. Ils n'étaient cependant pas dans un confessionnal, mais bien dans un lit, et dans ces mêmes endroits où ne se déroulait normalement que de chaudes conversations, le voici donc en train de faire une sorte de simili confession sans douceur ni gants face à une pauvre femme qu'il avait aidé jusqu'à là. Il sentait qu'il avait été trop loin avant même d'avoir pu mettre le point final de son questionnement.

Mais la réponse qu'il eut en retour lui fit, à voir, comme un retour de flamme, ou comme une douche glacée. C'était à ce que l'on trouvait de plus désagréable. Si jeune, ayant fait ce métier depuis si longtemps maintenant, et il devait être le premier homme à avoir agi de la sorte envers elle – quand bien même il aurait souhaiter le contraire dans sa trop grande naïveté de l'espèce humaine. Le fait qu'elle ne connaisse pas même son âge l'attrista au plus grand point. En effet, quand on vivait dans la rue, comment pouviez-vous savoir votre date d'anniversaire quand chaque jour à sa peine n'alimente pas la richesse d'un calendrier. Au mieux, les premiers de l'an pouvaient être considéré comme des anniversaires. Au pire, l'on attendait juste le jour de sa mort. Il retint cependant le fait qu'elle ne savait pas lire. Alors depuis le début, ses papiers de divorce étaient passé inaperçu ? Dans l'obscurité, Jonathan eut une petite moue, voilà qui lui reprendrait de paniquer pour un rien et de beaucoup trop l'ouvrir.

La conversation resta sous le même ton glacial que la première réponse, et finalement l'esprit de Jonathan opta pour la douche froide. Sa conviction comme quoi il était l'un des premiers à faire ce genre de chose pour elle. Il était vraiment que résister à sa splendide chevelure rousse n'était vraiment pas évident, mais le bougre avait eu sacré entrainement ! Mais quand elle le complimenta, le pasteur remercia alors la pièce de ne comporter aucune fenêtre d'où la lumière de la lune pouvait transparaitre. Car ses joues devinrent puissamment rouges, peut-être encore plus qu'avant, car à la folie physique s'ajoutait ici un compliment sincère sur sa personne. C'était si rare.

- C'est... cela me parait en effet difficilement possible... en tout cas, merci beaucoup, c'est vraiment gentil de votre part. Je... je ne suis pas habitué.

Le voilà qu'il se fermait comme une huitre. A trop avoir été compressé dans l'ombre de sa femme, le pauvre n'osait plus vraiment parler de ce qu'il avait envie de parler. Du fond de son coeur il ne disait pas grand chose. Dès que l'on ne parlait plus de choses aussi évidentes à ses yeux que la religion, ou alors qu'il ne parlait plus de la grandeur et la gentillesse de son frère, il n'y avait plus grand chose au répertoire de Jonathan. Il ne parlait jamais de lui, avait cette fierté des hommes auquel on avait appris qu'il ne fallait pas étendre ses faiblesses. Qui l'eut-cru, alors qu'il paraissait aux yeux de tous comme une faiblesse sur pattes, à la naïveté et les grands yeux de lapin. Mais si tout ceci n'était que paraître, la vérité était tout autre. Il était fatigué de n'être qu'un pantin, qu'un objet de culte. Voilà presque un moment maintenant que l'on aurait pu même dire qu'il avait abandonné le statut d'homme pour celui d'ange salvateur. Oui, il était de cette immonde narcissisme caché. Mais s'il en payait le prix de son humanité, Jonathan savait qu'il était au bord d'un précipice qu'il était dangereux d'approcher. Il fallait qu'il fasse quelque chose pour arranger tout cela, et le divorce pour redevenir un homme libre en était un premier pas.

Ce qu'il n'osait dire à la demoiselle, c'était que son divorce se jouerait sur les infidélités de l'autre, et il lui fallait rester incroyablement propre afin que sa voix ne tremble pas en s'écriant devant le juge qu'il était exempt de toute faute. Oh, il aurait pu mentir, mais cela n'était pas dans ses habitudes. Et voilà qu'il ne savait même plus ce à quoi il pensait, on sentait qu'il était sur le point de s'endormir, les pensées du jeune homme allant de droite à gauche sans oser se poser, tel un petit papillon. Quand son esprit soudainement se remit à la première interrogation. Elle ne savait pas lire. Doucement, même s'il ne pouvait la voir, il se retourna vers elle, coinçant son bras sous sa tête pour légèrement se redresser. Dans les ténèbres de cette cave, il ne pouvait même pas distinguer la forme de sa délicate ombre. Toussotant un peu, il lança doucement:

- Vous savez... j'ignorais que vous ne saviez pas lire... je pourrai peut-être y remédier ? Je vous apprendrai en vous faisant lire mon livre préféré, c'est "Notre-Dame de Paris" de Victor Hugo. Vous ne connaissez peut-être pas, il est français. Mais cette œuvre a été traduite et... si vous voulez, on y parle d'un bossu qui vit dans les tours d'une cathédrale, d'un prêtre qui est déchiré d'amour pour une gitane jusqu'à la haine... Quand j'étais petit, on me disait souvent que j'étais comme le bossu, physiquement.

Avec ses oreilles décollés, sa silhouette trapu, certes droite, son important nez et sa forte mâchoire. Mais s'il écoutait les dires de la demoiselle, alors il n'était pas si horrible qu'on avait pu vouloir lui faire croire. Déglutissant en attendant la réponse, il approcha sa main de son épaule et la tapota avec douceur pour murmurer un petit...

- ...bonne nuit ?

© plumyts 2016 - 975 mots




i won't say i am in love
"Lune. Avant, que le jour ne vienne. Entends, rugir le coeur de la bête humaine. C'est la complainte de Quasimodo qui pleure, sa détresse folle, sa voix, par monts et par vaux s'envole, pour arriver jusqu'à toi. Lune, veille sur ce monde étrange qui mêle sa voix au chœur des anges."
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L'appel du divin [Jonathan] [Fini]

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