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L'appel du divin [Jonathan] [Fini]

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Lucy E. Wood
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MessageSujet: Re: L'appel du divin [Jonathan] [Fini] L'appel du divin [Jonathan] [Fini] - Page 3 Icon_minitimeLun 10 Juil - 14:51



L’appel du divin

« Eglise St Mary Matfelon »

1891

Le pasteur ne répondait rien. L’incroyable manque de tact de Lucy avait fait son œuvre et elle espérait ne pas être parvenue à blesser ce cœur d’enfant qui paraissait avoir autant de peine qu’elle à formuler le moindre sentiment. L’immaturité émotionnelle de ces deux êtres rendait la situation presque comique, empêchant l’épanchement du moindre ressenti, n’exprimant qu’avec une rare maladresse les pensées fulgurant leur esprit troublé par cette rencontre incongrue. Aucun des deux protagonistes, dont l’opposition était totale, ne semblait savoir réagir face à l’autre, réfrénés par l’incompréhension de l’inconnu et la barrière sociale. Au cœur d’une société victorienne codifiée à l’extrême, Lucy et Jonathan n’auraient jamais dû se rencontrer. Tout au plus le pasteur aurait-il pu lui faire l’aumône, glisser une pièce dans sa main, peut-être la reléguer dans un coin de l’église sur une paillasse avec un bol de soupe pour la nuit. Peut-être aurait-il pu profiter de ses services, se repentant par la suite d’avoir succombé à la créature du diable. Mais jamais ils n’auraient dû avoir l’inconvenance de partager la même salle de bains, la même table et le même lit, tel un vrai couple en somme. Jonathan aurait dû laisser Lucy à la place d’inférieure qui lui revenait, et qu’elle méritait.

Mais l’âme de l’homme pouvait receler de magnifiques aspects de bonté, que jamais la prostituée n’aurait pu soupçonner. C’était le cas de Jonathan qui l’avait, ce soir, traitée en reine, sans considération de sa profession honnie, et la pragmatique, la pessimiste et la misanthrope Lucy commençait enfin à assimiler l’inconcevable ; il n’attendait rien en retour. Et cette évidence, impensable pour elle quelques heures plus tôt, ébranlait toutes ses convictions, jusqu’à leurs fondations et elle découvrait soudain que la bonté d’un homme, d’un seul, animé par sa foi, avait le pouvoir de changer le monde. Il changeait celui de Lucy en tout cas, et, grâce à ce regard d’azur, elle semblait voir d’un œil neuf, comme celui d’un nourrisson, le plus petit des détails de l’existence.

Un souffle nouveau, un regain d’espoir reparut en l’âme morte de Lucy. Aussi irrationnel qu’inattendu, cet éclat de joie soudain dans l’existence de la prostituée n’avait pourtant pas lieu d’être. Elle savait pertinemment que sa vie ne changerait pas. Elle savait qu’à l’aube elle sortirait de l’Eden de plumes et de soie au fond duquel le pasteur l’avait invité à se coucher, pour retrouver sa paillasse miteuse plus dure encore que dans son souvenir, elle savait qu’elle achèverait le quignon de pain rassis qui lui restait en songeant à la tendresse d’une viande dans laquelle elle ne plongera plus jamais les dents. Elle savait également qu’en sortant d’ici elle serait de nouveau rudoyée et traitée sans ménagements par des hommes pour qui elle n’était qu’une créature sans âme, une marchande de vices qui ne ressentait rien. Mais elle était là, avec lui, qui lui voulait du bien, malgré sa maladresse, et rien d’autre n’importait à cet instant précis.

Lorsqu’il la remercia pour le compliment, Lucy comprit qu’elle n’avait pas été si abrupte que cela et que le message était passé. Il lui plaisait. Mais cette attraction, somme toute naturelle entre deux adultes, paraissait inconcevable au pasteur. Qu’avait donc bien pu lui faire subir sa harpie d’épouse pour se croire infortuné au point de ne pas plaire à une femme ? Certes, il n’était pas le plus bel homme du monde, loin s’en faut. Mais il y’avait longtemps que la prostituée ne regardait plus le physique des hommes. Pourtant elle l’avait regardé lui. Elle voyait une corpulence physique vigoureuse, masculine, des traits certes un peu forts, mais que réhaussait une incroyable paire d’yeux bleus, pétillant d’un éclat ingénu, contrastant avec la virilité de ses membres trapus, et son visage était couronné d’une chevelure blonde et soyeuse parfaitement entretenue. Il plaisait indéniablement à Lucy, qui n’avait certes pas les mêmes goûts que les bourgeoises ou les nobles ; elle voyait vigueur à un très léger embonpoint, car c’était là un but qu’elle et ses congénères aimeraient pouvoir atteindre, et signe de nutrition abondante et de bonne santé.

Au sein de la totale obscurité, Lucy devinait la présence du pasteur. Le savoir près d’elle, elle qui n’avait jamais eu besoin de personne, lui apportait un étrange réconfort. Mais une vague crainte l’environnait lorsqu’elle songeait à leur séparation prochaine. Ce vide à cette simple pensée lui donnait le tournis. Que lui arrivait-il donc ? Elle se détourna de ces étranges ressentis tandis que le pasteur reprenait la parole, évoquant l’illettrisme de la prostituée, prouvant une fois de plus le fossé social qui les séparait. Jonathan, dans toute sa bonté et dans toute l’honnêteté de sa charité, ne connaissait pas les pauvres. Dans tout Whitechapel, Lucy n’était même pas certaine qu’une seule prostituée sache lire. Il s’agissait là d’une évidence, mais il était somme toute logique que le pasteur n’y ait pas songé, étant sans doute habitué à ne côtoyer que des lettrés.

Quoiqu’il en soit, il se proposait de lui enseigner l’art de la lecture.  Il lui parlait d’un ouvrage qu’elle ne connaissait pas, d’un auteur français qu’elle ne connaissait pas non plus. De plus, pour la pragmatique Lucy, l’histoire avait l’air totalement loufoque. Elle était si peu fantasque qu’elle ne croyait pas au pouvoir de voyager à travers des lignes tracées sur le papier. De plus, en quoi savoir lire arrangerait son quotidien ? Et quand trouverait-elle le temps de s’adonner à ce loisir ? La lecture était une distraction de bourgeois. Mais il était hors de question de laisser passer une occasion aussi inespérée de revoir ce si gentil pasteur. Et puis, tout bien réfléchi, le lettrisme pourrait s’avérer une arme très utile dans cette société érudite et bourgeoise. Aussi, timidement et de manière bancale, elle accepta l’offre :

- C’est vraiment, vraiment très gentil. Avec plaisir, mais je ne veux pas vous faire perdre votre temps…Je ne suis pas sûre d’y arriver…Quant aux gens qui disent que vous ressemblez à un bossu, ce sont des aveugles ou des imbéciles. Ou bien les deux.

Sur cette décision, les paupières lourdes de la prostituée extenuée se baissèrent sur ses yeux, et son cerveau commençait déjà à divaguer lorsqu’elle entendit un froissement de drap et sentit la paume chaude du pasteur qui tapotait son épaule en lui souhaitant bonne nuit. Instinctivement, à demi-consciente, Lucy ne répondit pas, mais elle saisit la main au vol, dans un élan de tendresse qu’habituellement son esprit en éveil refoulait, et serra la sienne, bien plus petite dedans. Au contact de la chaleur de cette paume virile, rassurée, la prostituée s’endormit.

FIN

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