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L'antre du vice [Indy]

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MessageSujet: L'antre du vice [Indy] Mer 5 Avr - 12:53



L’antre du vice

« Maison de passe de Miss Bolton »

Janvier 1891

Les contours de la vieille bâtisse découpaient le ciel d’acier. Percy réprima une grimace devant la maisonnée de pierre grise qui se dressait à quelques pas de lui. Tiraillé entre le malaise que lui inspirait ce lieu et la hâte de voir son amie, les pensées de Percy s’embrumaient. Réfléchissant avec peine, il s’immobilisa un moment au milieu de la ruelle, l’air hagard et l’œil pensif. Dominé par ses émotions, la répulsion craintive éprouvée devant la maison de passe lui intimait le recul. Mais l’affection qu’il portait à l’une de ses pensionnaires le tirait vers l’avant. Indianna ne comptait pas parmi les nombreuses filles de joie logées et protégées par Miss Bolton. Recueillie dès son plus jeune âge par la proxénète, elle lui offrait toit, nourriture et sécurité, bien que ces bontés ne fussent pas octroyées gracieusement. En guise de compensations, la petite rousse à peine sortie de l’adolescence faisait office de domestique, s’attelant aux tâches diverses et variées relevant de l’entretien de plusieurs dizaines de femmes. Du ménage à la cuisine, jusqu’aux courses et à la reprise des vêtements élimés des prostituées, la jeune Indy ne ménageait pas sa peine, et gagnait son pain à la sueur de son front.

Maigre pitance en réalité, et injuste récompense au regard du labeur quotidien qu’elle abattait sans sourciller.  Car Indy était mince. De cette minceur du corps d’enfant qui a grandi trop vite et qui a souffert du manque. A cela Percy se doutait qu’elle ne mangeait guère en abondance. Lorsqu’il savait qu’il allait la voir, il lui arrivait de glisser dans son sac une des délicieuses pâtisseries au miel dont la femme de Saul avait le secret et de lui offrir l’air de rien, les yeux au sol et les joues en feu. Percy n’avait osé cette témérité qu’après plusieurs entrevues ; la jeune fille, avec la fierté un peu exacerbée qui la caractérisait, n’avait consenti à mordre dans la sucrerie qu’une fois que Percy eut accepté d’en manger l’autre moitié. Il cédait aisément face à une fille. Quel doux euphémisme. Disons plutôt que la gent féminine, lorsqu’elle lui faisait l’honneur de lui témoigner un soupçon d’intérêt, le transformait en véritable pantin. De plus, il comprenait l’orgueil un peu sensible d’Indianna. Lui aussi avait eu faim, et il comprenait qu’on puisse décliner ce qui pourrait passer pour un élan de pitié. Mais Percy ne faisait pas la charité. Il aimait simplement faire plaisir à son amie,  et voir son regard d’azur briller lorsque ses papilles rencontraient la douceur du miel le rendait heureux.

Au loin, les cloches de l’église St Mary sonnèrent midi. Le glas mélodieux l’extirpa de son inertie. Sa rêverie et ses hésitations avaient réussi à le mettre en retard. Planté au milieu de la rue, Percy sursauta. Indianna l’attendait dans la cuisine de la maison de passe, par laquelle elle le ferait discrètement entrer. C’était la petite rousse qui avait eu cette idée. En journée les prostituées dormaient et souvent Indy s’attelait aux tâches ménagères de la maisonnée sans compagnie aucune. De plus, voilà déjà plusieurs semaines que les deux jeunes gens ne s’étaient pas vus, et leurs insouciantes promenades le long de la Tamise n’étaient guère envisageables au regard de la cruauté hivernale de Londres. Révéler une des cachettes de la Tribu était tout bonnement impensable. Suivant les fermes consignes de Fergus, Percy n’avait jamais évoqué le moindre élément soupçonnant l’existence du clan en présence d’Indy. Elle ignorait tout de ses activités illicites et ne posait pas de questions. La jeune fille à l’esprit vif et intelligent avait sans doute compris qu’il était inutile de chercher à en savoir plus.

Lorsque Percy imagina le visage agacé de son amie patientant devant la porte à laquelle il aurait déjà du paraître, il s’affola. C’est d’un pas décidé et maladroit qu’il se rapprocha du lieu de stupre au sein duquel il allait falloir pénétrer. Si la Tribu comptait quelques prostituées dans ses rangs, Percy éprouvait un malaise pudibond à la simple idée de mettre le pied dans une maison close. Sa conscience semblait comme offensée. Il avait l’impression de faire quelque chose de mal. Il n’en avait pas parlé à Indianna. Il admirait secrètement son courage et sa ténacité. Vivre dans un tel endroit, au milieu des filles de joie, de la débauche et des charmes monnayés, sans succomber au vice de la prostitution, relevait de l’exploit. Il aurait presque redouté que la jolie rousse ne cède aux regards désireux des clients, de plus en plus nombreux à mesure qu’elle grandissait. Mais c’eut été faire insulte au caractère bien trempé d’Indianna, qui avait un sens aigu de son honneur et de sa vertu, et qui préférait être reléguée au rang de domestique tout au long de son existence plutôt que de se fourvoyer dans la prostitution. Percy était heureux de distinguer cette force en son amie, il la trouvait courageuse et différente, et il l’aimait ainsi.

Il aimait ses manières franches et un peu abrupts avec lui. Il préférait cette sincérité mordante à toute forme d’hypocrisie caressante. Elle riait sans moquerie aucune de ses élans extrêmes de timidité, dédramatisant ainsi des situations banales qui avaient le don de mettre le pauvre Percy dans tous ses états. Il avait eu l’occasion d’être charmé par ce rire cristallin lors de leur première rencontre. La matinée était claire et Percy, comme à son habitude, ne regardait pas où il allait. Ce fut lorsqu’il sentit son corps en heurter un autre qu’il s’aperçut que sa maladresse avait encore frappé. Une jeune fille rousse aux grands yeux clairs se tenait devant lui, l’air estomaqué, un panier vide et des fruits épars à ses pieds. Percy avait bredouillé un amas d’excuses complètement inintelligibles, s’était empressé de s’agenouiller sur les pavés en même temps que l’adolescente, manquant de surcroit de la heurter de nouveau. Devenu cramoisi jusqu’aux oreilles, il ramassait pommes, poires et noix afin de les ranger dans le panier de la demoiselle, les faisant de nouveau tomber sur le sol au passage. L’étonnement passé, la jeune fille avait ri devant cet énergumène décontenancé et affreusement désolé, aux pommettes rouges et aux grands gestes désordonnés. Elle lui avait assuré que ce n’était pas grave, elle s’était présentée, elle lui avait demandé son nom. Alors Percy, encore secoué, lui avait répondu d’une voix bégayante et confuse.

Une affection tendre était née de cette improbable mésaventure, et ce lien était la raison qui menait aujourd’hui Percy vers une maison de passe. Enfin arrivé devant la porte arrière qui menait aux cuisines, non sans avoir trébuché sur une pierre en chemin, il prit son courage à deux mains et frappa discrètement de son poing fermé à la porte de bois qui, quasi instantanément, se mit à grincer. Il était évident qu’Indy l’attendait, et il avait soudain peur qu’elle ne soit pas contente.

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Informations : Se pense orpheline ➸ Es servante pour Miss Bolton au bordel depuis toujours ➸ Est en réalité la fille illégitime de M. Harrington. Mais ignore tout, évidement ➸ Est sous la protection de Miss Bolton pour une obscure raison, mais la considère comme une mère. Même si cette amour n'est pas réellement réciproque ➸ Travail très dure chaque jour, mais ne s'en plein jamais ➸ Ne sais pas lire mais tente d'apprendre seule ➸ Parle assez peu, mais écoute beaucoup ➸ Peu avoir un tempérament de feu. Pourtant la plupart du temps elle sera douce, agréable et serviable ➸ Malgré son corps de femme c'est une enfant qui à grandi trop vite ➸ Son plus grand plaisir, courrir dans les champs sous la pluie. Ce sentir libre et sans attache ➸ Est "amoureuse" d'un homme qu'elle ne connais pas an réalité ➸ Dessine parfois le soir à la lumière d'une bougie, quand Morphée lui refuse ses bras.
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MessageSujet: Re: L'antre du vice [Indy] Lun 10 Avr - 13:44


Percy Mortimer & Indianna Peters
Son regard bleu au-dehors, le temps était assez clair, d'un gris clair étouffant, aveuglant. Un gris clair comme Londres en connaissait souvent, agréable et spécial à la fois. La brume nuageuse qui entourait la ville, comme un épais coton qui protégeait la ville d'un mal plus grand encore que ce qu'elle connaissait. Ou peut-être était-ce en fait le reste de l'Angleterre que cette épaisse fumée protégeait... Le visage encore poupon, tacheté de petits points marron, laissant sa peau blanche et ses cheveux roux dénotés. Elle attendait, Indianna était impatiente, un poil inquiète, et même stresser. Ses mains dans l'eau froide de l'évier de pierre éclatées par endroits. Sa vaisselle dans les mains, elle avait déjà manqué de se couper plusieurs fois depuis une heure. Depuis qu'elle avait commencé à nettoyer la montagne de vaisselle que les filles avaient laissée dans la salle à manger. Voilà bien longtemps, si ce n'était la première fois en réalité qu'elle était ainsi. Car c'était la première fois qu'il venait. Oui, il, Percy. Ce garçon rencontre quelques jours, peut-être semaine auparavant par un malencontreux accident. Son visage tout semblable aux siens, ses pommettes blanches tachetées et ses cheveux roux. Mais c'était cette timidité, cette innocence et insouciance presque stupide qui l'avait marqué. Il était un peu simple d'esprit et pourtant en un sens, il lui semblait plus vif et intelligent que certains. Il avait une façon de voir avec ses grands yeux tout aussi clairs que les siens qui l'avaient fascinée. Il était ce genre d'homme encore enfant et encore assez Innocent pour voir la beauté de ce monde au-delà de ce qu'elle est réellement. En un sens, il était comme elle. Un rêveur, un jeune homme qui avait grandi trop vite, qui avait vécu des choses surement pas facile et qui s'échappait au travers de son imagination. Ils s'étaient revus parfois, avaient fait quelques balades en ville et dans les campagnes alentour. Elle l'y avait guidé, comme toujours. Elle était naturelle avec lui, elle était différente, elle était cette jeune fille sans pudeur, sans peur, sans retenue. Elle vivait au gré du vent et de ses envies. Elle le brusquait parfois, gentiment, mais avec lui, elle était celle qu'elle avait toujours été à fond.

Son regard de nouveau portant au travers des petits carreaux assombris par une crasse qui ne partait plus. Elle ne le voyait toujours pas dans la petite cour derrière la maisonnée. Allait-il venir ? Elle savait au combien ce n'était pas simple pour tous d'oser s’approcher d'une telle maison. Une maison de passe, un bordel... Quand elle lui avait proposé de venir la dernière fois, il avait grimacé, il avait rougi, comme jamais. Il semblait gêner, mais il avait accepté par un léger geste de la tête. Elle ne voulait pas le faire venir là pour le jeter dans les bras d'une des filles qui dormaient en haut. Non, il le savait bien. Elle voulait juste lui montrer sa chambre, son endroit, sa petite grotte personnelle. Elle aurait voulu qu'il soit le premier à voir cela. Mais entre-temps Griffin Lloyd avait fait irruption sans y être évidemment invité dans ses appartements. Il n'y était pas resté longtemps et elle n'avait rien partagé avec cet homme si ce n'était quelques mots et une invitation pour un bal qu'il donnait. Son visage, alors, se rabaissa sur l'eau fraiche qui glaçait ses mains. Pourquoi avait-elle accepté d'y aller déjà ?

Mais elle n'eut pas le temps d'y réfléchir davantage, son regard se releva portant de nouveau dans la cour pavée. Elle avait entendu un bruit et un sourire gagna son visage alors. Elle venait de voir la silhouette de ce frêle homme roux au loin manquer de trébucher. Il n'était plus temps de pensée à ce Lord. Elle termina la casserole de cuivre qu'elle nettoyait le temps que le jeune garçon des rues vienne frapper à la porte de bois non loin d'elle.

« J'ai failli attendre ! »

Laissa-t-elle alors entendre tout en ouvrant la porte d'un geste vif. Mais son visage radieux, plus qu'à l'habitude, ses pommettes relevées par un large sourire sincère et sa voix pétillante. Laissait comprendre qu'elle n'en voulait pas du tout. Il avait dit vers midi, il était midi à peine passé. Et puis elle n'était pas à quelques minutes pret. Ses mains glacées empoignaient déjà celle du jeune homme, qui en réalité avait quelques années de plus. Laissant la vaisselle là où elle en était. De toute façon personne ne la ferait à sa place. Indianna rebroussa chemin, entrainant le garçon avec elle dans la cuisine sans aucune délicatesse. Quittant une de ses mains gardant l'autre précisément, sa chaleur naturelle réchauffant sa peau. C'était agréable.

« Bienvenue dans mon antre ! J'ai fait quelques gâteaux cette nuit. »

Effectivement, Indiana n'avait pas dormi, pas du tout, stressée d'imaginer l'homme ici. D'imaginer une des filles le voir, ou pire Bolton. Elle ignorait leur réaction aux unes ou aux autres. Les filles surement se feraient un plaisir de toutes dévoiler à Bolton et de calomnier de fausses choses à son sujet. De même rependre de fausses rumeurs sur elle et ce jeune homme. En un sens Indianna se fichait pas mal de ce qu'on pouvait dire d'elle, les filles chuchotaient en sa présence, et cela, depuis quelques années déjà. Elle y était en un sens habitué. Mais elle ne voulait risquer qu'on ne porte de fausses accusations sur ce pauvres Percy. Il avait déjà bien assez à faire de sa vie. Il n'avait pas besoin de se préoccuper du venin de quelques prostituées jalouses. Sans plus de présentation du lieu, elle l'entraîna alors dans la salle à manger, puis dans le grand couloir vide. Ses pas étaient rapides, discrets, assez, son regard et ses oreilles tendues. Elle le guida jusqu'à l'escalier de service, leurs pas grinçant à leur passage. Dans une course légère et rapide, elle fut alors rapidement arrivée au dernier étage, là où se trouvait sa chambre. Les combles en un sens. Elle ne s'en plaignait pas, l'espace était assez grand en réalité. S'arrêtant sur le pas de la porte qui les séparait de son espace, elle lâcha la main de Percy. Le regardant alors un instant. Inspirant et expirant profondément. Puis d'un geste, elle ouvrit la porte.

« Bienvenue chez moi. »

Dit-elle d'une voix un peu plus aiguë qu'à la normal. Un peu stressé qu'il préfère finalement fuir ou... Elle ne savait pas trop en réalité pourquoi elle stressait. La pièce était assez simple, un lit simple posé au milieu du mur à droite. Une petite table de nuit branlante, montée d'une bougie et d'un vieux livre. Une grande armoire dominait alors le mur en face. Grande par sa hauteur, mais petite en largeur. Bien vide en réalité en son intérieur. Deux tenus seulement remplissait le vide. Dont une précieuse. Un tapis poussiéreux égayait la pièce et habillait le parquait. Des dessins par dizaines ornaient les murs en revanche. Des dessins faits de ses petites mains.
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MessageSujet: Re: L'antre du vice [Indy] Jeu 13 Avr - 14:21



L’antre du vice

« Maison de passe de Miss Bolton »

Janvier 1891

La porte s’ouvrit à la volée, dévoilant le visage mutin de la petite rousse échevelée, souriante et les joues rosies par l’effort. Sans doute était-elle encore attelée à une corvée domestique pénible dont l’ingratitude pourtant n’équivalait en rien le commerce des charmes. Instinctivement, comme malgré lui, les lèvres de Percy s’étirèrent en un large sourire béat, presque idiot. Indianna n’avait pas le moins du monde l’air fâché, n’en déplaise à son exclamation faussement indignée. Percy lui reconnaissait bien là ce ton taquin et destiné à se jouer un peu de sa candeur. Le jeune homme, légèrement troublé malgré tout, préféra s’excuser. Après tout, Indy ne lui en voulait pas, mais il était bel et bien en retard, aussi se faire pardonner ce manque évident de galanterie était le moins que Percy puisse faire :

- Oui…Pa…Pardon…Indy.

Percy eut à peine le temps de refermer la bouche, qu’il dut réprimer un frisson. Les mains glacées par l’eau froide d’Indianna venaient d’empoigner les siennes, qui étaient chaudes parce qu’il avait pris soin de les maintenir dissimulées sous la laine de son écharpe. Le jeune homme baissa la tête et rougit affreusement. Le moindre contact avec une fille mettait cet extrême timide dans tous ses états. Et puis, Percy espérait vraiment que son amie n’avait pas remarqué sa grimace. Il ne voulait pas qu’elle se méprenne ou se vexe, et puis, peu importe la fraîcheur de ses mains, Percy n’avait pas la moindre envie qu’elle les retire des siennes. Sentir ces paumes froides au creux des siennes était un délice inouï pour le jeune Mortimer, flatté et incroyablement fier d’avoir le privilège de réchauffer les mains de la demoiselle rousse qu’il trouvait si jolie.

Un peu ébahi par le bonheur de détenir cette peau blanche entre ses doigts, Percy n’opposa aucune résistance lorsque la jeune fille le tira sans ménagements dans la cuisine de l’antre dont il avait si peur quelques instants auparavant. L’imagination de Percy avait beaucoup travaillé concernant la représentation qu’il se faisait de ce lieu. Quelle ne fut pas sa surprise de se trouver dans une cuisine somme toute assez commune, comme il y’en avait chez Saul ou dans son ancienne famille. Le jeune homme jeta un coup d’œil curieux à la pièce, et lorsque son regard s’arrêta sur la montagne de vaisselle qui s’amoncelait dans l’évier, il admira encore plus Indianna. Surmonter la pénibilité de tâches serviles incessantes pour échapper au proxénétisme, donnait à la jeune fille une valeur inestimable aux yeux de Percy qui parfois ne comprenait qu’à peine la chance qu’il avait d’être son ami.

Elle était belle, elle était intelligente, elle était courageuse, et elle ne se plaignait jamais. Pourquoi s’enticherait-elle d’un vilain petit canard comme Percy, incapable de proférer une phrase sans bégayer et qui rougissait comme un adolescent à la moindre émotion ? Il ignorait toujours pourquoi Indianna acceptait de le voir et de passer du temps avec lui. Il se savait simple d’esprit et inculte. Il n’avait rien pour charmer une fille, ni les jolis mots, ni les attentions doucereuses qu’elles apprécient tant. Seule sa gentillesse pouvait toucher les cœurs les plus purs, les autres l’utilisant sans scrupules pour parvenir à leurs sordides desseins. Il savait Indianna sincère et, confiant, se contentait d’apprécier, tel un bienheureux, la chance inespérée qu’il avait de faire partie de sa vie.

Percy reprit ses esprits lorsqu’une des deux mains blanches glissa promptement de la sienne. Il jeta un regard interrogateur à Indianna, mais celle-ci tourna la tête vers la table de cuisine, sur laquelle était posé un plateau de cuivre, plein de muffins dorés. Alors elle s’exclama, comme enthousiasmée par la présence de Percy :

« Bienvenue dans mon antre ! J'ai fait quelques gâteaux cette nuit. »

L’estomac de Percy gargouilla à la vue des splendides pâtisseries qui ornaient le réceptacle. Ses yeux brillèrent et un large sourire s’étala sur son visage, ainsi que cette chaleur coutumière qui ne quittait que rarement ses joues en présence d’Indy. Elle connaissait bien l’appétit ahurissant, presque vorace, dont était doté le jeune homme étrangement chétif au regard de la quantité astronomique de nourriture qu’il engloutissait au quotidien. L’épouse de Saul était ravie de son entrain lors des repas, qu’elle considérait comme un insigne honneur à ses talents de cuisinière, alors que ses enfants rechignaient parfois à manger à table. Elle resservait Percy plusieurs fois, ayant le don de concocter de succulents mets malgré la paye de misère dont était gratifié son mari. Aussi sa gourmandise lui fit elle oublier les règles élémentaires de politesse et il tendait déjà le bras vers le plateau tout en questionnant :

- Oh, mer…merci beaucoup…Indy. Je..je peux ?

Ce disant et sans attendre la réponse, il se saisit d’une des pâtisseries qu’il avala en deux bouchées goulues et hâtives. Les pâtisseries étaient exquises. Elles avaient le bon goût du beurre frais et du miel. Percy regarda son amie, étonné de se découvrir encore plus d’admiration pour elle. C’était assurément une pâtissière de talent, et elle avait eu l’humilité de ne jamais en faire étalage. Aussi, sincère et ravi, il s’exclama gaiement :

- Ils sont dé…délicieux !! Tu es…vraiment…tu es… très douée !!

A peine le compliment maladroit achevé, Percy ne sachant guère parler aux filles, il sentit la main qui était toujours nichée au creux de la sienne l’entraîner en dehors de la cuisine. Percy suivit Indianna sans broncher, malgré la vague inquiétude qui le tenaillait encore. Il avait cette peur irrationnelle, mêlée de pudibonderie, de croiser une fille de joie. Au cœur de cette maison viciée, il avait comme l’impression d’être un enfant pris en faute. Bien que ses intentions ne fussent nullement empreintes du stupre qui animait les hommes de passage ici, il se sentait mal à l’aise et s’attendait à recevoir la réprimande relative à un méfait qu’il ne commettait pas.

Percy traversa donc le salon la tête baissée, grimpant les innombrables escaliers en tentant tant bien que mal de suivre la cadence infernale de son amie tout en évitant le plus possible de faire craquer le bois sous ses pas. Indianna s’arrêta au dernier étage. Sa main quitta celle de Percy au moment où son regard croisait le sien. Elle sembla hésiter, peut-être par pudeur, à ouvrir son antre personnel à un garçon. Le jeune homme lui sourit gentiment, comme pour la rassurer. Enfin elle se décida et ouvrit la porte du plat de la main tout en l’invitant de cette phrase :

« Bienvenue chez moi. »

Percy fit un pas pour entrer, rassuré de n’avoir croisé aucune prostituée.  La pièce était sommaire et munie de toutes les commodités. La simplicité était de mise. D’un large coup d’œil distrait, Percy fit le tour de la chambre, ne s’attardant guère sur le mobilier un peu vieillot mais somme tout assez commun. Le nombre incalculable de dessins recouvrant les murs retint en revanche son attention. Percy se rapprocha pour mieux les observer. Les gens qui savaient dessiner le fascinait, lui qui ne savait rien faire de ses dix doigts. Fasciné par un dessin réalisé uniquement au fusain, il fixait, l’air ébahi et un peu niais, jusqu’aux moindres contours, tentant d’imaginer le nombre de coups de crayon nécessaires à l’accomplissement de ce chef-d’œuvre. Peut-être que son attachement à Indianna ne le rendait pas rationnel, mais Percy trouvait ces créations merveilleuses. Il se prit soudain à rêver de posséder un croquis réalisé par son amie, et pouvoir ainsi contempler à l’envi l’étendue de son talent. Mais jamais il n’aurait la hardiesse de lui demander une chose pareille. Un choc douloureux contre son genou le fit revenir à la réalité. Le dessin ayant attiré son attention était disposé au-dessus du lit d’Indianna. Fixant uniquement le morceau de papier crayonné, Percy ne s’était pas aperçu qu’il s’avançait dangereusement du lit. De ce fait, il s’était heurté le genou au pied du meuble, et la surprise l’avait fait s’asseoir sur le matelas, frottant d’une main son membre douloureux.

En dehors de la souffrance, somme toute plutôt légère car le heurt n’avait été que superficiel, Percy rougit de honte. Il eut peur de s’être conduit comme un malotru en s’asseyant sur le lit d’une jeune fille qui lui faisait déjà la grâce de l’inviter dans sa chambre. Il espérait qu’Indianna ne prendrait pas de travers cette maladresse qui, chez un autre homme, pourrait passer pour une invitation graveleuse. Rien de tel n’était imaginable chez Percy, dont l’âme était encore celle d’un enfant, et qui avait été comblé de pouvoir lui tenir la main. Se relevant brusquement, ses tâches de rousseur recouvertes de marbrures cramoisies, il passa une main nerveuse dans sa tignasse éparse avant de balbutier :


- Pa…Pardon…Je…je ne voulais…pas…enfin…tu sais…mais…vraiment…tes…dessins sont…ma…magnifiques.


Face à sa gêne manifeste, ses troubles de l’élocution atteignaient leur apogée. Il lui avait fallu beaucoup de souffle et de concentration pour parvenir à aligner cette médiocre justification, et il espérait ne pas devoir s’expliquer plus longuement et qu’Indianna, avec son empathie habituelle, devinerait d’elle-même qu’il ne pouvait nullement être mal intentionné…

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MessageSujet: Re: L'antre du vice [Indy] Lun 15 Mai - 12:58


Percy Mortimer & Indianna Peters
Les deux jeunes gens filaient déjà en direction de l'étage. Main dans la main, Indianna serrant celle du jeune roux dans la sienne. Mais sa gourmandise les avait arrêtées très vite. Indianna avait fait quelques gâteaux, encore chauds pour la maisonnée, mais aussi évidemment pour Percy. Il n'avait d'ailleurs pas tardé aux goûters et sa voix étouffée par la gourmandise semblait ravie. Indianna laissa ses joues rougir pour tout remerciement. Disons qu'ici, elle en avait peu, quelque rare osait confier à son oreille ses qualités. Disons que la jalousie était telle une règle d'or dans la maisonnée et beaucoup de femmes ne comprenant pas pourquoi Indy ne vendait donc pas ses charmes comme les autres. Pourquoi Bolton s'évertuait à protégée cette belle fleur qui lui rapporterait surement beaucoup d'argent. La rousse elle-même se posait parfois la question. Elle y répondait par le fait qu'elle avait été élevée par Bolton, et que même si cette dernière n'osait l'avouer, elle considérait en un sens Indianna comme sa fille. Du moins, c'est ce qu'imaginait la jeune femme dans ses plus beaux rêves.

Après cette petite pause gâteau, la jeune fille guida son invité jusqu'à sa chambre, dans un silence et une discrétion rare. Indianna s'était arrêtée sur le pas de la porte en bois qui menée à sa chambre. L'ouvrant pour laisser l'homme y entrer à sa guise, elle resta un instant à l'observer, faire ses premiers pas dans cet antre si particulier et privé. Suivant assez rapidement le jeune vagabond, entrant dans sa chambre à son tour, un dernier regard vers l'extérieur, espérant ne croiser le regard de personne et que ses oreilles ne soient attirées par aucun son qui pourrait l'appeler. Un léger soupir de soulagement se dégageait de ses narines alors qu'elle ferma avec délicatesse la porte. Se retournant plus brusquement alors qu'elle entendit un bruit de choc. Son regard porta sur Percy, qui s'était assit sur son lit vétuste, ses mains un peu crasseuses sur son genou.

« Tu ne t'es pas fait trop mal ? »

Demanda alors la rousse tout en se dirigeant vers le lit à plus vive allure qu'elle ne l'aurait pensée. Elle s'était par habitude assise à côté de l'homme sur son lit. Sans jamais penser à mal et surtout au fait que lui aussi y était assit. À vrai dire, son regard clair se porta dans ceux de l'homme qui tenta de parler. Avec grande difficulté, il réussit à dire quelque chose, Indianna avait aujourd'hui l'habitude et le laissait parler sans l'interrompe et sans chercher à le presser. Percy était ainsi et elle faisait avec. Tous n'avaient pas la même chance et certain souffraient de trouble. Percy avait un peu de mal à s’exprimer, par gêne, timidité ou autres, elle ne savait pas trop et n'avait jamais réellement cherché à le savoir. Lorsqu'elle avait accepté son amitié, elle l'avait accepté lui, entier, avec ses difficultés et son petit côté niais et attarder. Mais en sois, c'était ce qui faisait son charme, pour Indianna en tout cas. Le visage de la jeune fille se détourna, son regard sur ses dessins au mur accroche par quelques pauvres clous. Le rouge de ses joues qui avait disparu refit alors surface. Flatter que le jeune homme apprécie de nouveau son talent caché. Personne, non, personne ne l'avait jusque-là complimenté sur cela. Et en un sens, c'était normal puisque personne n'avait jusque-là vu ses croquis. Si ce n'était ce Monsieur Lloyd... Mais elle refusait de penser à cet homme qui s'était invité dans sa chambre sans y être invité.

« Merci. »

La main de la jeune fille s'était posée sur le genou du garçon, sans qu'elle ne s'en rende réellement compte, alors qu'elle observait-elle aussi les quelques dessins au-dessus de ses yeux. Une fois son visage de nouveau retourné vers Percy, sa main s'ôta du genou du garçon, avec un peu de honte qu'elle cacha. Percy n'était pas ainsi et à vrai dire, elle non plus. Elle n'avait jamais pensé être avec un homme, dans sa chambre et... Oh non, elle refusait que ses pensées aillent plus loin. Percy était un enfant dans son esprit et son geste bien qu'oser, il n'avait surement pas dû s'en rendre compte. Du moins, la jeune femme l'espérait.

« Tu ne bouges pas, je reviens. »

Laissa entendre Indianna tout en se relevant alors de façon assez brusque de son lit. D'ailleurs, elle fronça un instant les sourcils. Il s'y était assis ? Elle n'avait même pas fait attention et en vrai s'en fichait. Comme elle l'avait pensée jusque-là, il n'était qu'un enfant dans son esprit et s'asseoir sur un lit, même celui d'une jeune fille n'était en rien une invitation quelconque de sa part. La servante le savait bien, même si au fond, elle devait bien l'avouer, c'était dommage. Percy avait un physique avantageux, Indianna le trouvait mignon, et même un peu plus. Ses joues devenaient écarlate alors. Sans attendre de réponse ou autres de la part du jeune homme, elle quitta la pièce un sourire aux lèvres. Dans la précipitation, mais toujours avec discrétion, elle fit un aller-retour à la cuisine. Dans un petit panier, elle engouffra quelques gâteaux et une bouteille de lait. Une fois revenue, elle laissa le panier se poser sur la petite table de nuit à côté du lit. Observant Percy qui n'avait pas bougé comme elle le lui avait demandé. S'approchant de lui de nouveau, elle eut alors une idée.

« Et si j'essaie de faire ton portait . Ou alors celui d'un animal que tu aimes bien. J'avoue que je ne suis pas encore très douée avec les portraits. »

Le sourire d'indianna était chaleureux et sincère. Elle voulait faire plaisir à Percy et s'il aimait ses dessins alors elle se devait de lui en faire un pour lui. Lui avouer qu'elle avait déjà tenté des portraits de lui . Oh non, son carnet était bien caché sous son lit. Et elle ne se risquerait pas à lui montrer les portait de Bolton, de ce mystérieux inconnu qui lui avait lu un bout de son livre un soir ou même de lui. C'était privé.
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MessageSujet: Re: L'antre du vice [Indy] Lun 29 Mai - 14:30



L’antre du vice

« Maison de passe de Miss Bolton »

Janvier 1891

- Non…non…Ce n’est…rien.

Mort de honte, Percy mentait sans vergogne, serrant au creux de ses mains son genou douloureux. Dans un sursaut d’orgueil teinté d’un soupçon de virilité, il lui semblait qu’avouer sa souffrance le ridiculiserait encore plus aux yeux de la jolie jeune fille qui lui faisait la grâce inouïe de l’inviter dans sa chambre. Le dernier des Mortimer entrevoyait déjà son genou endolori se teinter d’ombres violacées. Coutumiers de ce genre de chocs, les membres frêles de Percy étaient la cible de coins de meubles, pieds de table et autres objets en tout genre qui avaient en commun la même cruauté envers le jeune roux. Maladroit, sa peau blanche marquait incroyablement vite à chaque heurt, parsemant ses jambes de bleus noirâtres qui étaient, bien heureusement, toujours dissimulées sous la humble toile de ses pantalons.

Et soudain, la douleur disparut. Aussi vite qu’elle était venue, elle s’estompa, laissant place à une multitude de sentiments un peu incontrôlables qui noyaient l’âme du pauvre Percy totalement décontenancé. Indianna s’était assise sur son lit. A côté de lui. Ils se trouvaient tous les deux sur le lit de la jolie rousse. Le bâtard Mortimer avait l’impression de faire quelque chose de mal en s’asseyant sur le matelas ou son amie s’étendait chaque nuit. Il lui semblait violer un sanctuaire sacré, presque commettre un blasphème. Lui qui ne croyait en rien, en cet instant, avait une idée très précise de ce qu’un croyant pouvait ressentir lorsque l’on bafouait son lieu de culte. Il n’osait même plus esquisser un mouvement, honteux d’avoir malencontreusement posé son indigne séant sur une partie du mobilier si intime à Indianna, et la sachant si près de lui. Statue de sel, Percy ne savait s’il était heureux ou bouleversé de cette proximité subite. Une attraction étrange, presque violente, l’empêchait de bouger, au risque qu’elle s’en aille. Mais paradoxalement, il n’osait pas affronter l’azur du regard qui se plantait dans le sien, et baissait les yeux machinalement, les rivant sur les lames de bois qui faisaient office de plancher. Il pouvait sentir les effluves de lavande de ses cheveux. Sa longue crinière rousse le fascinait. Elle lui tombait au creux des reins, elle brillait. Et Percy eut soudain une irrésistible envie de passer les doigts dans cette chevelure, qu’il s’imaginait faite de la soie la plus délicate.

Jamais il n’esquisserait un tel geste. Il rougit même de plus belle, honteux d’avoir pu seulement y songer. Il se sentait déjà tellement chanceux d’entretenir une relation aussi privilégiée avec une fille, alors qu’il n’en demandait pas tant. Indianna l’avait, à vrai dire, comme réconcilié avec la gent féminine, dont il avait très peur depuis la monumentale déconfiture qu’il avait subie en offrant son amour à Emma. Son authenticité le rassurait. Elle avait un côté enfantin qui inspirait confiance, et ne minaudait jamais. Son comportement, le moindre de ses gestes, toutes ses attitudes respiraient la spontanéité. Elle ne semblait jamais dans la séduction, et c’est précisément ce naturel qui séduisait Percy, trop peu à l’aise avec ce genre de subtilités.

Les joues d’albâtre d’Indianna se colorèrent légèrement, en réaction au compliment maladroit de Percy sur son talent d’artiste. Le jeune homme fut surpris, loin de s’imaginer que sa stupide petite personne pouvait provoquer ce genre de troubles chez une fille comme Indy. Cela signifiait sans doute qu’elle l’appréciait, même si Percy ne comprenait toujours pas pourquoi. Il ne comprit pas plus ce qui se passait lorsqu’il sentit une main fraîche recouvrir délicatement son genou endolori. Stupéfait, figé par la timidité, le cerveau du jeune Mortimer bourdonnait, incapable de réfléchir calmement. Son trouble s’accrut lorsque ses yeux se baissèrent sur les doigts blancs, délicatement posés sur la toile grossière de son pantalon. Bouleversé, il leva accidentellement un regard plein d’émoi vers celui d’Indianna. Et dans les yeux de Percy on pouvait lire son âme, comme un livre ouvert, ainsi que les émotions y déferlant. Affolement, trouble, gêne, timidité. Voilà pourquoi il évitait les yeux des gens. Son regard translucide, miroir de ses émotions, le trahissait tellement vite. Encore une fois, le geste de la rousse semblait avoir été dicté par rien d’autre que la spontanéité. Nullement calculé, certainement malencontreux, ce geste délicat fut vite achevé, bien qu’il parut durer une éternité à Percy, dont le cœur cognait sa poitrine avec acharnement. Car bien vite son amie se leva, lui demandant de ne pas bouger.

Le jeune roux en était bien incapable. Complètement hébété, il l’entendit à peine sortir de la pièce et lorsqu’elle revint, il n’aurait su dire depuis quand elle était partie. Il semblait avoir perdu toute notion du temps. Il ne prit même pas garde au panier empli de friandises qu’elle apportait, lui d’ordinaire si alerte en ce qui concerne la nourriture. Et puis, Indy se rapprocha de lui une fois encore. Tentant de cacher son trouble manifeste, Percy l’écouta lui parler et essaya de faire bonne figure, bien qu’il lui semblait l’entendre de très loin. Son portrait ? Il rougit de nouveau. S’imaginer poser des heures devant son amie qui aurait les yeux rivés sur lui était inconcevable. Le malaise que lui causerait cette situation le rendait nerveux rien qu’en y songeant.

Percy se souvenait d’un chat, un chat roux, un peu maigre comme lui, qui fouillait les poubelles des bas-fonds londoniens. Il avait pris le jeune homme en affection à l’instant où il l’avait vu. Percy ne manquait pas, par la suite, d’amener à Honey le reste de ses repas, consacrant quelques instants à lui gratter les oreilles ou à jouer avec lui. Bien que son cœur en débordait d’envie, celui que tout le monde prenait pour un idiot avait pourtant eu la présence d’esprit de ne pas le recueillir au sein du clan Mortimer. Que serait-il arrivé à cette pauvre créature lorsque cette Tribu sadique aurait compris que Percy y tenait ? Ils auraient très bien été capables de lui faire du mal uniquement pour blesser leur cadet. Lorsque les frimas de l’hiver étaient trop rigoureux, toutefois, il dissimulait la petite boule de poil sous son écharpe et le faisait coucher dans son lit pour la nuit, avant de le remettre discrètement dehors à l’aube, avant que les infects membres de la terrible maisonnée ne se réveillent.

Cet adorable petit compagnon s’était volatilisé du jour au lendemain. Au début, Percy eut de l’inquiétude, puis de l’espoir, et, enfin, les chances de le revoir s’amenuisant, il avait ravalé son chagrin avec résignation. Il n’était décidément digne d’être aimé de personne. Son visage s’assombrit en repensant à cette histoire ; il n’avait nullement envie de narrer cette histoire à Indianna, qui le blessait, le dévalorisait et lui faisait honte, bien qu’il n’y fut pour rien, Honey, en mauvaise santé, étant très probablement mort au coin d’une ruelle. Mais cette histoire le rendait triste, et il ne voulait pas ternir la relation sincère et joyeuse qu’il avait avec son amie en lui contant de si sombres épisodes de sa vie. Aussi pour détourner ses pensées de ce tragique évènement, il lui demanda, d’un ton rapide, sans même avoir réfléchi avant de parler :

- Tu…tu en as déjà fait…de…de toi ?

En entendant ces mots, Percy fut épouvanté par sa propre hardiesse. Intelligente, Indianna comprendrait très bien l’outrecuidance de la question, qui, même détournée, restait aisément compréhensible. Emporter un portrait de sa tendre amie emplirait le cœur du jeune homme de joie, mais la requête était totalement indécente. Il s’attendait presque à recevoir une gifle. Aussi, rougissant pour la énième fois depuis qu’il était dans cette chambre, Percy chercha quelque chose à dire, pour tenter de faire dériver la conversation, comme pour alléger l’insolence de ses propos :


- Mais…fais comme toi…enfin…comme tu as…envie…j’aime tout…de toi…enfin…tes dessins…j’aime tes dessins.


Le jeune homme s’enfonçait. Un rare regain d’intelligence faisant surface, il décida de se taire. Tournant son regard vers le panier de victuailles, il se saisit d’un des délicieux gâteaux confectionnés de la main même d’Indianna, et mordit dedans, plus par gêne et afin de s’occuper que par réel appétit.

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MessageSujet: Re: L'antre du vice [Indy] Jeu 8 Juin - 12:19


Percy Mortimer & Indianna Peters
Indianna était revenue dans la pièce qui était son sanctuaire, son cocon, son foyer. Percy n'avait pas bougé, pas d'un pouce. Elle s'en doutait, la situation précédente les avaient troublé tous deux. Même si Indianna avait fait mine de rien, même si elle avait préféré passer outre en retournant chercher quelques gâteaux dans la salle à manger pour distraire le jeune homme, habituellement gourmand. Mais il n'avait même pas tourné la tête vers le panier qu'elle avait posé non loin de lui, sur la table de nuit. Indy espéra un instant ne pas avoir été trop loin en posant sa main sur lui, ne pas avoir trop troublé le faible Percy. Ce n'était pas son but, tout ce qu'elle voulait, un ami de confiance. Un ami avec qui plaisanter avec qui vivre simplement et Percy s'était imposé comme le meilleur à ce jeu-là, pour son plus grand plaisir. Il était inconscient, ou en partie, innocent au possible, et même s'il ne le montrait pas vraiment Indy savait qu'il avait un côté aventurier. En même temps pour déjà oser mettre les pieds ici quand on n'est pas client ou prostituée, il faut l'être un au minimum. Oh et aussi être courageux ! Indianna ne doutait en rien du courage de son ami à la chevelure cendrée. Il vivait dans les rues, et n'avait pas souvent la chance d'avoir un toit sur la tête, du moins c'est ce que s'imaginait Indianna, elle voulait l'aider, mais comment, elle ne savait pas. Alors elle l'avait juste invité à venir quand il voulait ici et il était venu aujourd'hui. Elle lui avait préparé des gâteaux et elle serait aux petits soins pour lui aujourd'hui. Son ménage, ses services, les autres s'en passeraient, elle avait dit ce matin ne pas se sentir bien à Bolton afin qu'on la laisse tranquille. C'était bien rare qu'elle soit malade et jamais la femme ne douterait de sa parole. Et puis un jour de repos n'allait pas lui faire de mal. Ce n'était pas comme si la maisonnée allait s'écraser en une journée si elle ne la briquait pas un peu.

« De moi ? »

La rousse éclata alors de rire. Sans contrôle, non, elle ne se moquait pas. Mais elle n'avait jamais même songé à cela. Déjà qu'elle ne se regardait pas vraiment dans son petit miroir très souvent alors faire un portrait d'elle-même... Se calmant, elle reposa son regard clair sur Percy, son sourire élargi par sa crise de rire.

« Je n'y ai jamais songé, je dois avouer. »

Percy sembla de plus en plus gêné, ce qui dérangeait la jeune fille qui sagement et délicatement prit une de ses mains. L'invitant à se relever du lit. Gardant sa main dans la sienne, elle fit un petit tour de sa chambre, nez lever vers ses murs ornés de ses dessins.

« Je ne sais pas si l'un d'eux te plaît plus que d'autres. Ou alors un style, mais choisit, c'est un cadeau. Et si tu veux un dessin particulier. Enfin, je veux dire que je t'en fasse un, tu le dis. Ne sois pas gênées. Même un autoportrait, cela sera une première pour moi alors je risque de me faire la bouche à la place des yeux, mais, j'aime essayer de nouvelle chose. »

Il y avait une once de plaisanterie dans la bouche de Indianna. Comme dit, elle voulait avant tout faire plaisir à Percy et le rendre heureux aujourd'hui alors elle ferait ce qu'il veut. Dans la limite du raisonnable évidement, mais elle ne doutait pas que son ami l'était, plus qu'elle surement même. Lâchant la main de Percy l'abandonnant au milieu de la pièce, elle retourna vers la table de nuit et sortait la bouteille de lait et les verres du panier. Elle servit à moitié les deux et en tendit un vers le jeune homme.

« Je ne sais pas si tu aimes cela. Moi, j'adore. Et j'ai ramené d'autres gâteau pour satisfaire ta gourmandise. S'il en reste, tu peux les prendre pour plus tard. Il en reste encore dans la cuisine cachée aux yeux des autres. »

Sans plus de délicatesse ou autres, Indianna prit place sur le parquet, assise à même le sol de sa chambre son verre de lait dans une main, la moitié d'un gâteau qu'elle avait découpé dans l'autre. Mordant déjà dans sa friandise, elle leva un regard vers Percy pour l'inviter à se poser aussi par terre. C'était propre, juste moins confortable que son lit. Posant son verre sur le sol, elle tendit le bras vers sa commode plus loin et ouvrit le tiroir du bas où était ranger son outillage de dessin, qu'elle éparpilla sur le sol. Sol qui était en réalité son atelier.

« Alors qu'est-ce qui te ferait plaisir ? »

Fit la jeune fille tout en riant de sa propre bêtise. La voix à moitié étouffée encore par le bout de gâteau encore dans sa bouche
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MessageSujet: Re: L'antre du vice [Indy] Mar 13 Juin - 15:43



L’antre du vice

« Maison de passe de Miss Bolton »

Janvier 1891

La bouche pleine, Percy ne disait plus d’âneries, et il s’agissait déjà d’une grande amélioration. Le jeune homme, qui ne brillait déjà guère par sa vivacité d’esprit, devenait littéralement stupide face à une fille qui lui plaisait. Indianna, qui fréquentait l’énergumène depuis quelques mois, avait pourtant dû s’en rendre compte. Les réactions du bâtard Mortimer dont la disproportion frôlait l’absurde ne devaient donc pas la déranger outre mesure, puisqu’elle acceptait malgré tout de le revoir. En tirant ces conclusions, Percy aurait pu se détendre en compagnie de la jeune rousse, mais c’était bien mal connaître ce timide maladif, dont la gêne grandissait à mesure qu’Indy lui plaisait. Si il parvenait à se convaincre mentalement de se montrer stoïque, calme, presque ferme avant une rencontre, toutes ses bonnes résolutions fondaient soudain comme neige au soleil devant le sourire mutin qui lui faisait face, devant les yeux rieurs pétillants de malice et devant la longue chevelure qui s’agitait au rythme du vent. Il tentait de rester sur ses gardes malgré tout, afin de tâcher de ne pas tomber amoureux impunément, son cœur d’artichaut lui ayant déjà joué un bien vilain tour par le passé.

« De moi ? »

Un rire franc, gai et cristallin éclata. Il aurait pu paraître insultant à Percy s’il n’avait pas été si spontané et ravissant. S’il n’avait pas été celui d’Indianna en somme. Ce rire ne le blessait pas non, parce qu’il le savait dénué de méchanceté ou de sarcasme, mais ne fit rien pour apaiser son malaise malgré tout. Il rougit de plus belle, conscient d’avoir proféré une sottise et qu’il en récoltait les fruits, tout en baissant les yeux tandis que son amie riait toujours de bon cœur. Une fois calmée, la jeune rousse reprit ses esprits, leva les yeux vers Percy et répondit sérieusement qu’elle n’avait jamais songé à faire son autoportrait. Il aurait pourtant du savoir qu’Indy était trop peu vaniteuse, trop peu soucieuse d’elle-même pour consacrer du temps à représenter son doux visage.

Elle eut néanmoins assez de tact pour s’apercevoir du trouble que son éclat de rire avait causé à Percy, et, par réconfort ou par délicatesse, elle saisit une de ses mains, qu’elle tira légèrement, comme pour lui adresser la requête mutique de se lever de son lit. Se traitant mentalement d’idiot et de goujat, il sauta d’un bond sur ses pieds, manquant de perdre l’équilibre, se raccrochant quelques secondes aux épaules d’Indianna afin d’éviter la chute. Il se redressa, totalement troublé, enivré du parfum de la chevelure de son amie, son visage s’étant accidentellement enfoui dedans, abasourdi par la chaleur de la peau veloutée qui était entrée en contact avec la sienne. La voix de la très jeune rousse vint le sortir de son inextricable malaise. Elle lui faisait parcourir du regard les innombrables dessins qui ornaient la petite chambre, proposant de lui offrir celui qui lui plairait le plus. Percy, dont l’émerveillement le faisait étrangement ressembler à un enfant, ne saurait jamais choisir entre ces multiples esquisses au fusain qu’il considérait comme autant d’inestimables œuvres d’art. Puis il l’entendit se déprécier, sur le ton de la moquerie, estimant qu’elle ne parviendrait pas à réaliser un autoportrait. Percy prit son courage à deux mains pour lui répliquer :

- Ah si…je suis sûr que tu…en serais…capable…Tout ça…c’est tellement…beau.

Ce disant, il lui montrait d’un doigt un peu tremblant les esquisses ornant les murs, comme pour lui figurer combien son talent était grand. Nul doute qu’il la croyait capable de surpasser les plus grands maîtres. Hyper émotif notoire, l’objectivité de Percy était toute relative lorsqu’il affectionnait quelqu’un. La petite main gauche qui glissa de la sienne le rappela à la réalité. Il se trouvait au centre de la pièce, tandis qu’Indianna se dirigeait vers le panier, entreprenant de servir deux verres de lait. Elle en tendit un à Percy, lui demandant s’il aimait cela. Oui, le jeune homme adorait le lait. En réalité, il n’y avait que bien peu d’aliments qui n’étaient pas à son goût. La rousse lui indiqua qu’elle avait amené d’autres gâteaux, soulignant sa gourmandise notoire, ce qui fit de nouveau rougir le bâtard Mortimer. Elle lui proposait même d’emporter le surplus de friandises avec lui. Percy ne se montrerait pas impoli à ce point-là, et se contenta de la remercier tout en saisissant le verre qu’elle lui tendait, et en piochant un autre gâteau :

- Oui…oui…j’adore…merci…

Il regarda, un peu stupéfait, sa jeune amie s’asseoir en tailleur à même le sol et sortir d’un tiroir d’innombrables instruments à dessin. Les curieux objets s’étalait autour des jambes repliées d’Indianna, devant Percy qui examinait cette scène somme toute déconcertante. Levant les yeux, elle lui demanda ce qui lui ferait plaisir. Le jeune homme se racla la gorge. Il ne voulait pas réclamer un portrait d’elle, passant à coup sûr pour un malotru. Il lui semblait que lui faire une requête particulière brimerait l’imagination de la jeune artiste. De plus, il ne savait absolument pas quoi lui demander :

- Je…je ne sais pas…je préfère…te laisser faire…j’aimerais…tout.

Puis, pris d’un élan de curiosité et de hardiesse, il s’assit lui-même en tailleur sur le sol, repoussant de la main les quelques objets qui encombraient le sol, se positionnant en face d’Indianna. Une sorte d’irrésistible attraction le poussait à regarder la jeune fille travailler, à s’imaginer ses tendres traits tendus par la concentration, son regard perdu dans le vague pendant qu’elle s’imaginait le thème de son futur dessin, ses lèvres s’étirer en un sourire lorsqu’enfin les traces du fusain sur le papier reflèteront fidèlement ce que son esprit s’était imaginé.

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MessageSujet: Re: L'antre du vice [Indy] Lun 3 Juil - 17:17


Percy Mortimer & Indianna Peters
La gêne avait laissé place à l'admiration. Indianna avait préféré passer à autre chose, elle était ainsi. Ils admiraient tous deux mains dans la main les dessins aux murs pendant un moment. Et puis elle lâcha sa main pour boire un peu du lait de la veille, elle avait évidemment servi aussi Percy qui semblait aimer cette boisson blanche et un peu épaisse tout autant qu'elle. Il fallait bien dire que le lait avait un côté nourrissant et pour des gens comme eux, qui n'avaient pas toujours la chance de manger à leur faim. Bien qu'Indianna n'ait pas trop à se plaindre de ce point de vue-là, Bolton avait toujours prisprit soin d'elle et fait attention à ce que sa bouche reçoit un repas par jour même lors du temps difficile. Mais le lait de par sa consistance et son épaisseur donnait au ventre satisfaction lors de faims impromptu. Sans plus de manières, elle avait pris place sur le sol, en tailleurs et avait éparpillé son matériel de dessins face à elle. Matériels qu'elle avait acquis avec quelques économies. Quelques sous que Bolton, parfois lui donnait, ou quelques maigres monnaies qu'elle l'autorisait à garder après l'avoir envoyée en course. Maigre, mais elle ne s'en plaignait une nouvelle fois pas. Au moins, elle avait un peu d'argent pour elle et pouvait s'offrir quelques petites choses personnelles. Comme ces fusains et autres crayons, ses feuilles granulées et épaisse ou encore une plume et un peu d'encres. Elle ne savait pas écrire, mais dessiner à la plume était un exercice un peu difficile et différent. Un exercice qu'elle aimait parfois pratiquer. Relevant son attention sur son ami afin de lui demander ce qu'il désirait. Il répondit comme elle s'y attendait bien très, trop vaguement. Bon et bien, elle lui ferait un animal et puis s'il était sage un autre dessin, peut-être un paysage assez vague de Londres, ou du moins de la vue qu'elle avait de sa haute fenêtre sur les toits de la ville. Indianna allait baisser son visage quand son regard croisa le corps de Percy prendre place face à elle. Ravie de cette initiative, elle esquissa un sourire ravi et satisfait. Comme si elle venait de gagner une petite victoire.

Son regard descendu jusqu'à la feuille de grains épais qu'elle avait posé devant elle. Un regard sur ses fusains, l'un d'eux était déjà bien abîmé et avait déjà bien servi. Elle en avait racheté un peu de temps avant cette journée, donc l'autre était neuf. Elle regarda aussi le crayon de bois et ceux en couleurs qui lui restaient. Elle n'en avait plus beaucoup et ils étaient assez chers alors elle se contentait de terminer avec ceux qui étaient encore en état d'être utilisé avant d'en racheter. Instinctivement, sa main se posa sur le fusain déjà usé, elle traça alors un trait, puis un second et plusieurs autres encore. Les minutes passaient, elle ne s'en souciait plus. Elle oublia presque la présence de Percy. Ses mains volaient aux alentours de la feuille laissant pour le moment des traces qui n'avaient pas grand sens sur le papier blanc. Elle releva un peu la tête vers Percy, un sourire sur les lèvres, sans un mot. Attrapant le verre qu'elle avait laissé de côté pour boire une grande gorgée du liquide épais, elle le reposa dans un petit tintement. Comme un tic, elle passa sa langue sur ses lèvres pour y ôter les quelques traces qui pouvaient rester. Elle avait posé le dernier bout de gâteau qu'elle n'avait pas croqué encore, sur sa robe, et ses jambes en tailleurs. En rebaissant les yeux vers son dessin, retournant à sa concentration, elle mangea ce dernier petit plaisir rapidement. Ses cheveux roux la gênant quelque peu dans un geste naturel, elle les repoussa, les tortillas et les posa sur une épaule. Restant difficilement en place, c'était tout de même un peu mieux que de les avoir devant les yeux.

Plusieurs autres minutes passèrent alors dans un silence délicat et solennel. Soupirant par moments comme si dans sa concentration, elle oubliait presque de le faire. Elle releva un instant, les yeux et son visage. Comme dans un autre monde, elle défigura Percy de ses yeux cristallins. Comme si elle cherchait en lui un modèle, et c'était bel et bien le cas. Il lui avait fait penser à un petit chaton perdu lors de leur première rencontre. Délicat et doux, ruser et agile bien qu'un peu maladroit. Beau et soyeux, il avait un côté tout aussi fascinant que ses bestioles, un côté sauvage qu'elle aimait. Alors oui, elle s'était orientée vers le dessin d'un chat, sa tête du moins, comme un portrait de son ami déguiser sous les traits d'un noble animal.

Indianna se pencha un peu plus, laissant ses cheveux de nouveau entourer son visage et sa vue. Cachant à Percy les derniers détails de son œuvre. Elle déposa le fusain peu après, mais elle ne releva pas le visage de suite. Ignorant combien de minutes si ce n'était peut-être même une heure, qui s'était écoulé de ses doigts noirs, elle continua comme dans un souci du détail. Relevant un peu le visage, mais elle accompagna son geste de la feuille tendu par ses soins, refusant de révéler le dessin un Percy. Même si peut-être par un effet de transparence, il en avait un avant-goût. Il manquait quelque petite chose. Alors toujours en prenant soin de le cacher à l'homme assis et patient face à elle, Indianna poursuivit son art. Le fusain de nouveau en main, elle donna quelques derniers coups de crayon et peu après il lui sembla enfin assez correct pour le montrer à Percy. Mais toujours dans un souci de surprise, elle le porta vers son cœur, sans qu'il ne la touche pour ne pas faire de traces trop indésirables.

« Je ne sais pas si cela te plaira, mais... »

Un peu anxieuse, elle tourna la feuille à la vue de Percy. Un soupir accompagnant son geste. Son regard scrutant la moindre réaction du jeune homme.
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PS :: Le dessin du chat, ou quelques chose de similaire en tout cas.

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MessageSujet: Re: L'antre du vice [Indy] Mar 18 Juil - 8:46



L’antre du vice

« Maison de passe de Miss Bolton »

Janvier 1891

Percy sirotait son verre de lait, assis face à Indianna. Non pas qu’il eut soif ou même faim, la richesse nutritionnelle du lait pouvant apaiser même un appétit aussi aiguisé que le sien, mais au moins ses mains malhabiles étaient occupées à quelque chose et il pouvait fixer ses yeux sur le verre plutôt que d’affronter le regard de son amie qui l’impressionnait tant. Assis en tailleur face à elle, il parvenait à se détendre toutefois, la maladresse de ses jambes ne pouvant plus, dans cette position, lui jouer de bien vilains tours. Pour le moment, le jeune roux, planté sans un mot ni un mouvement, regardait la jolie artiste, qui ne s’occupait plus de lui, subjugué par le moindre de ses gestes. Il la voyait tour à tour saisir ses outils de fortune, fusains et crayons élimés, afin d’en noircir la feuille de papier blanche installée devant ses genoux. Elle semblait mue par une concentration extrême, une inspiration presque divine qui fascinait littéralement Percy, incapable de réfléchir à quoi que ce soit plus de quelques minutes. La main blanche qui tenait le fusain virevoltait sur le papier, s’adonnant à la création de l’œuvre avec grâce. Et le bâtard Mortimer, avec cet air niais qui lui était coutumier, un léger sourire éclairant son visage, regardait encore celle qui ne semblait même plus s’apercevoir de sa présence, préoccupée par la concrétisation des délires de son imagination, par ses rêves fantasques qu’elle parvenait avec brio à retranscrire sur le papier.

Le don féminin de la polyvalence avait toujours impressionné Percy. Lui qui devait déjà réunir sa faible concentration toute entière pour ne pas s’emmêler les pinceaux lorsqu’il marchait dans la rue, se fascinait de voir Indy continuer à son esquisse tout en achevant son gâteau, ou en se délectant machinalement d’une gorgée de lait, essuyant rapidement de sa langue l’excédent de boisson qui dessinait une moustache blanche sur sa lèvre supérieure. D’un geste presque agacé, elle repoussa sa longue chevelure qui sentait si bon et que Percy trouvait si belle. Il crut même en sentir de nouveau les effluves lorsqu’elle la saisit sans ménagement pour l’entortiller et la jeter derrière son épaule. Privé de la vue de la longue crinière rousse, le jeune homme découvrait cependant avec délices ce visage, découvert à présent, dans son intégralité. Indianna était vraiment jolie et Percy n’en avait jamais douté. Mais à présent qu’elle ne s’occupait pas de lui, et que, ragaillardi à cette idée, il pouvait la regarder à loisir, il semblait comme découvrir ce visage d’albâtre, aux traits fins pas tout à fait sortis de l’enfance, aux yeux bleus mutins, d’une candeur presque insolente, et au sourire qui s’étirait à la moindre occasion. Le jeune homme, fasciné, semblait vouloir compter le nombre de tâches de rousseurs qui parsemaient délicatement ses joues pâles, auxquelles il avait à peine fait attention auparavant, tant sa timidité maladive l’empêchait de la regarder en face.

Indianna soupirait parfois, comme quelqu’un qui pratiquait un effort physique, ses joues quelque peu rougies par la concentration, le regard rendu trouble par l’abstraction du monde réel dont tous les artistes devaient faire preuve afin de se plonger dans les affres infinies de leur imagination. Puis soudain, elle leva les yeux vers Percy, des yeux totalement hébétés, comme si elle s’étonnait de le voir là devant elle, comme si elle sortait tout juste d’un rêve et peinait à reprendre pied avec la réalité. Le jeune homme lui offrit un léger sourire gêné, impressionné d’être dévisagé de la sorte par ce regard trouble. Enfin, après ces quelques secondes qui parurent interminables au timide rouquin, la jeune fille baissa de nouveau les yeux vers son esquisse, sa chevelure qui s’était dénouée masquant à présent son visage et l’intégralité du dessin. Alors, soudain, l’impatient Percy eut une irrépressible envie, comme un besoin furieux de deviner le dessin, excité par avance de ce que son amie avait bien pu créer rien qu’en pensant à sa petite personne.

Le jeune garçon, curieux par nature, se contenait comme il pouvait, manifestant son empressement uniquement par un regard appuyé sur la feuille de papier, comme cherchant à y lire au travers.  Un instant il crut l’œuvre achevée, car Indianna avait reposé son outil de travail sur le sol. Le cœur battant il se préparait à la surprise, lorsque son amie, jouant inconsciemment avec ses nerfs, remit le nez sur sa feuille de papier, sa main rattrapant son fusain, afin, sans doute, de peaufiner les derniers détails de son dessin. Après de longs instants encore, elle lâcha ses instruments de dessin afin de mieux saisir la feuille noircie des traits de fusain et de crayon. Percy suivait d’un regard avide le morceau de papier, et d’un seul coup baissa la tête, complètement affolé : Indianna, pour lui cacher un peu plus longtemps encore la surprise qu’elle lui faisait, avait appuyé la feuille de papier contre sa poitrine. Complètement mortifié à l’idée d’avoir pu passer pour un épouvantable mufle qui lorgnait le corsage de sa tendre amie, le jeune homme en oublia un instant le dessin.

Mais la jolie rousse ne semblait pas même s’être aperçue du regard involontaire dont Percy se faisait une montagne. Il semblait que c’était à son tour d’avoir le trac, sa voix se faisant hésitante alors qu’elle se demandait à voix haute si le dessin allait plaire à son ami. Le jeune Mortimer n’était pas certain de grand-chose concernant son propre sujet, et pourtant il ne s’imaginait pas une seule seconde que l’esquisse puisse lui déplaire. Enfin, une main fébrile tourna la feuille de papier vers Percy, un soupir d’anxiété l’accompagnant.

A la découverte du dessin, le jeune homme fut abasourdi. Tant et si bien qu’il ne sentait même plus le regard azur fixé sur lui d’un air inquiet. Indianna avait décidé Honey. Ou du moins, son portrait craché. La coïncidence était bouleversante. Comme si la douce jeune fille avait eu la capacité de lire au travers des brumes de l’esprit de Percy, elle avait retranscrit son désir muet à la perfection, en véritable devin. Devant ce lien d’empathie quasi magique qui les unissait, et devant le reflet au crayon de ce chaton tant aimé, le très émotif jeune homme se sentit submergé par ce déferlement de mélancolie qu’il ne connaissait que trop bien, ce pincement de cœur coutumier, et une larme coula le long de sa joue avant même qu’il ne puisse songer à l’arrêter. Les yeux embrumés par l’émotion, il regarda l’incroyable artiste, et, involontairement, sachant qu’elle ne comprendrait pas, il lui demanda :

- Oh…Indy, comment…as-tu…su ?

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