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Le goût du risque [Jenny]

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MessageSujet: Le goût du risque [Jenny] Mar 6 Juin - 18:17



Le goût du risque

« Ruelles de Whitechapel »

1891
Les beaux jours amenaient avec leur douceur tant attendue leur lot de désagréments. Les patrouilles de police pullulaient et leurs agents, jadis engourdis par le froid et le désespoir éperdu de mettre la main sur le criminel le plus célèbre du siècle, reprenaient doucement du poil de la bête. Les nuits plus clémentes consolidaient leur courage et leur détermination à chasser l’opprobre des bas-fonds londoniens. Il n’y avait décidément aucune saison favorable aux prostituées, mendiants, chapardeurs et autres pauvres hères dont l’illégalité assurait la survie. A peine réalisé le miracle d’avoir vaincu l’hiver, de n’avoir pas laissé sur l’asphalte un cadavre gelé et bleui de neige, voilà qu’il fallait vivre avec la peur de voir surgir un uniforme au coin de la moindre ruelle, s’imaginer l’effroi de l’internement en hospice, se voir déjà croupir dans une miteuse cellule de prison.

Le règne victorien ne laissait guère de répit à la prostitution. Elle était traquée sans relâche, mise au ban de la société, diabolisée à l’excès, et réprimée avec une extraordinaire violence. La pudibonderie de la souveraine entendait bien nettoyer la capitale de l’infamie du commerce des plaisirs, harcelant sans relâche jusqu’à la dernière fille de joie qui ne se serait pas encore soumise à ces excès de pudeur. Lucy était donc plus vigilante que jamais. La liberté était la seule chose au monde qu’elle possédait, et elle lui apparaissait comme vitale, au même titre que l’eau ou l’oxygène. L’enfermement équivaudrait à la mort. Des réminiscences d’histoires abominables parvenues à ses oreilles concernant des prostituées jetées en asile fouettèrent sa mémoire. Un frisson lui parcourut l’échine. La barbarie des traitements infligés en avaient rendu folles la majorité, poussé au suicide certaines autres. Mais jamais aucune n’était sortie vivante de ces véritables cercles infernaux au sein desquels les malheureux pensionnaires subissaient plus d’épouvantables tortures que des soins curatifs.

Rongée par ses idées noires, Lucy se retournait une fois de plus dans son lit, dos à la fenêtre. La nuit n’avait pourtant pas été mauvaise, le printemps favorisant le retour des clients dans les rues. Mais le soleil insolent, persistant, qui pénétrait à travers les rideaux miteux dans la chambre de la fille de joie avait une étrange tendance à la déprimer. Sans pouvoir l’exprimer, la prostituée trouvait l’éclat et la joie de l’astre indécent en comparaison de sa vie de ténèbres, de stupre et de misère. Elle préférait un ciel d’acier humide, qui semblait s’allier et comme compatir à son existence terne dans laquelle le bonheur n’existait pas.  Agressée par cette lumière trop chaleureuse, Lucy, exaspérée, décida de se lever. De plus, son estomac criait famine et il ne restait sur la petite chaise qui faisait à elle seule office de mobilier que les vestiges du dîner de la veille, à savoir quelques miettes de pain et des pelures de pomme. La fille de la nuit entrouvrit un rideau, et grimaça devant les cieux d’azur sans nuages. Il allait pourtant falloir sortir.

Une chose la motivait cependant à mettre le nez dehors. Elle avait de l’argent. M. Adler, petit bourgeois rencontré fortuitement lors de sa mésaventure avec un client ivre dont l’avait tirée Indianna, lui avait fait don de 15 livres. Une petite fortune pour la fille de joie, qui avait pris soin de ne pas tout dépenser inconsidérément. A l’évocation de cet argent, Lucy fouilla dans son corsage. Il lui restait 10 livres. De quoi lui permettre d’acheter une bouteille de lait, une demi-miche de pain, quelques pommes et des noix, un morceau de fromage et peut-être même un petit savon.  Toute à ses emplettes, Lucy se décida à sortir, après une toilette sommaire grâce à la cuvette d’eau froide qu’elle gardait toujours au pied de son lit.

Arrivée au palier de l’immeuble qu’elle habitait, dont la vétusté n’avait d’égale que la crasse, elle patienta quelques secondes, plissant les yeux, éblouie par les rayons du soleil trop éclatants à son goût. Habituée à vivre la nuit, ses talents de nyctalopie s’étaient accrus à mesure que la lumière du jour lui devenait intolérable. Ses journées étaient consacrées à dormir, et, fille de la lune, elle se réveillait au crépuscule naissant, voyant avec satisfaction mourir l’astre solaire qu’elle avait fini par abhorrer. Mais la nécessité obligeait parfois à se mêler à la civilisation, et Lucy, lorsque sa provision de denrées s’amenuisait dangereusement, se résignait à parcourir le marché de Whitechapel, mal à l’aise et aux aguets.

Elle préférait grandement avoir recours au marché noir. Il était dangereux de s’exposer ainsi à la populace, qui pourrait la reconnaître et la dénoncer. Il n’était jamais bon d’errer dans les endroits où la foule grouillait. La police n’était jamais loin et il suffisait qu’une rixe éclate, qu’un vol à l’étalage soit commis, pour que son allure débraillée lui permette d’être embarquée par hasard. Mais sa nature misanthrope l’empêchait de se lier à un réseau complexe et important, aussi, même après quelques années, ne connaissait-elle pas grand monde dans Whitechapel susceptible de lui rendre ce genre de services.

Il y’avait cependant de rares exceptions, dont la petite Jenny faisait partie. Gosse de la rue, maline, vive et intelligente, elle était de ces discrétions qui plaisait à Lucy, ne se sentant ni le besoin de lui faire la conversation, ni l’obligation de l’écouter s’épancher sur son existence semée d’embûches. Peu bavarde, Jenny était de ces forces de la nature qui ne comptent que sur eux-mêmes pour subvenir à leurs besoins, n’abandonnant jamais, ragaillardies par le moindre petit bonheur, par la chance d’avoir un toit sur la tête, même pour une seule nuit, heureuses du moindre morceau de pain qui ponctuait leurs maigres repas.

Cet optimisme hardi avait le don de laisser Lucy pantoise.  Elle admettait être assez admirative devant cette gamine débrouillarde, et espérait qu’elle parviendrait toujours à survivre sans en venir aux extrémités auxquelles elle était réduite. L’enfant vivait de ses maigres larcins, sa vivacité et son esprit affûté l’ayant toujours extirpée des griffes de la police. Quand elle le pouvait, la prostituée faisait affaire avec elle. C’était la solution qu’elle préférait. Oui mais voilà, cette enfant traînait partout à longueur de journée et elle la trouvait souvent par hasard. Avec son pessimisme coutumier, la fille de joie s’était donc mis en tête de se rendre au marché en empruntant le plus de ruelles possibles, tout en sachant qu’elle ne la trouverait pas.

Elle entendait déjà les cris des vendeurs à l’étalage, mêlés aux bruits de la foule qui recouvrait la place. Déjà elle se résignait à se fondre dans cette masse compacte qui l’angoissait et qu’elle cherchait à fuir par tous les moyens, lorsqu’un obstacle l’arrêta violemment dans sa marche tranquille et manqua de la faire trébucher. Sa tête se baissa et, surprise, ne croyant pas à sa chance, elle reconnut tout de suite la bouille mutine et échevelée qui la regardait, essoufflée et les joues rougies par l’effort :


- Jenny !! Tu es poursuivie ??


La question était idiote, tant la réponse semblait une évidence. Ses bras étaient remplis de victuailles en tous genres à proximité du marché et  elle semblait s’être heurtée à Lucy lors d’une cavalcade effrénée. Aussi la fille de joie, connaissant Whitechapel comme sa poche et ayant elle aussi l’habitude de semer la police, lui arracha quelques objets des mains pour la désencombrer, attrapa un de ses poignets et lui lança à la va-vite :

- Allons, viens !! Il faut partir d’ici !!

Et, ce disant, elle se mit à courir en sens inverse, cherchant un cul-de-sac, un angle de rue ou n’importe quel taudis au fond duquel dissimuler la prostituée et la petite voleuse.


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MessageSujet: Re: Le goût du risque [Jenny] Mer 7 Juin - 17:16



Le goût du risque

« Ruelles de Whitechapel »

1891
Les affreux jours amenaient avec leur amertume imprévue leur lot de plaisirs.
Dans le flot de lord anglais à l'haleine trop fraîche, d'ivrogne à l'haleine défraîchie et de prostitué à la fraîcheur intime douteuse, il y avait la promesse d'un avenir en la personne d'une petite fille errante. Un futur pas forcément amélioré, mais peut être la promesse d'un espoir.
Les nuits toujours aussi ténébreuse renforça ses résolutions à pourchasser la bassesse camouflé des hauts-quartiers londoniens au moyen de quelques larcins. Difficile pour une gamine de 13 ans de se faire une place dans la société autrement que par cette méthode lorsque la rue est sa seule éducation.
Quand certain vous diront qu'l n’y a aucune saison favorable aux prostituées, mendiants, chapardeurs et autres pauvres hères, d'autre vous diront que des saisons défavorable pourront s'abattre sur les nantis, nobles dames, beaux bourgeois et autre richissime personnage.

Le règne victorien laisse vraiment trop de répit à la noblesse et à la bourgeoisie enjolivé tandis que le vrai peuple composant la société est remplis de laissé pour compte. Cette diabolisation en enjouait certain pour harceler sans relâche la berceuse dont les hauts placé s’illusionnait journalièrement.
Bien triste décision de leur part que vouloir dominer les honnêtes gens du haut de leur tour d'ivoire, notamment en s'enrichissant sur leur dos. Et si c'était eux les réels voleur ? Voila ce qui est beau dans les actes de Jenny : voler des voleurs.
Elle serait donc plus voleuse que jamais. Cette gourmandise était autant une nécessite de survie qu'un plaisir pour elle : une philosophie de vie, un art de vivre. Et si au passage, elle pouvait faire goûter la dure réalité de l'existence à certaine personne, ce serait un bonus non-négligeable.

D'après quelques histoires sombre raconté du bouche à oreille narrant des prostitué jetée en asile, de pauvre mort de faim dans la boue ou encore de viol se terminant d'un coup de couteau dans le nombril, des frissons d'excitation parcoururent le dos de Jenny. Se jouer des bourreaux en filant sous leur nez et en exultant les récompenses pris dans des poches de fortunés, c'était l'adrénaline dont toute petites filles avaient besoin pour aller de l'avant, ne pas se faire marcher dessus pour se moquer des supplices qu'elle ne subirait jamais.
Nourris pas de tels idées, Jenny se leva de son matelas posé à même le sol, dos à des buissons. La nuit de sommeil était plutôt réussis dans l'ensemble, le printemps favorisant les réveils doux après le passage de l'hiver. La fillette insolente persistait dans le paysage de Whitechapel.

"Combien de secondes dans l’éternité", la prière quotidienne de Jenny au réveil, pour remercier chaque levé de soleil que son regard lui permettait de voir jour après jour. Peut être était-ce en attente d'une réponse spirituelle.
Mais fort malheureusement, malgré le soleil qui était un invité rare à Londres, cela n'allait pas apporter le petit déjeuner à Jenny. La fille des rues entrouvrit les yeux une bonne fois pour toute et grimaçât à cause de l'habituel faim dans son ventre. C’était une motivation pour se mettre en route et compléter entre autre sa collection de pièces dans ses poches.

Après un rapide grignotage de quelques restes et le rinçage de visage dans un semblant d'eau de pluie pour terminer de se réveiller, elle sortit de sa cachette pour errer dans les rues. Encore assez tôt pour voir des prostitués rentrer chez elles... Dommage de gâcher leur honneur avec ce "travail", et leur jolie visage d'ange ne convaincra probablement pas les portes du Paradis de s'ouvrir. Cela compensera avec leur cuisses qu'elles ouvrent à outrance.
Etait ce parce que Jenny avait cette tendance d'être un garçon manqué qu'elle se montrait aussi dur envers ses collègues de rue ? Ou parce que, selon elle, elles pourraient se servir de leur beauté pour gravir les échelons au lieu de rester aussi pauvre ? Tant de talent gâché et auquel Jenny ne succombera pas. Mais elle n'est pas en âge de pouvoir combler l'attente des hommes : pas assez d'argument convaincant pour le moment, et elle préfère se remplir le ventre que de se remplir autre chose.
Mais personne n'est parfait et il existe une exception à laquelle l'adolescente voulait bien accorder du temps, il s'agissait de Lucy. Assez vive d'esprit pour une fille de joie, c'était de ses qualité qui plaisait à Jenny. Les hommes ne demandent pas aux femmes d'utiliser leur tête, mais Lucy était assez intelligente pour être indépendante d'esprit, se forger son propre avis et un regard démontrant une certaine expérience de la vie malgré son âge peu avancé. Cela était bien assez pour qu'une racoleuse fasse la différence aux yeux de Jenny. Elle est l'une des quelques singularité dans ce milieu et c'est pour cela que la détrousseuse lui accordait un peu de son temps et une partie de ses cambriolages lorsqu'elle est en mesure de lui proposer un coin de sa chambre en l'absence de clients nocturne.

En mentionnant justement les cambriolages, Jenny vit devant l'étalage d'une boutique des légumes qui lui faisant de l’œil et qui ne demandaient qu'à être adopté. En faisant mine de tâter la fermeté et la maturité des tomates, quelques tour de passe-passe et de prestidigitation les firent se téléporter directement dans son sac en toile de jute. Mais le marchand devait fort probablement être un élève de Fergus dans un temps ancien, ou avoir le regard acéré à force d'être victime de ce genre d'événement pour avoir remarqué cela et sortie de toute hâte pour tenter de stopper l'acte.
Perdu pour perdu, elle tenta d'en acquérir autant que possible entre ses bras avant de s'enfuir parmi les rues qu'elle connaissait tant depuis des années et la foule qui les remplissait. Et quel sombre idiote que cette femme qui déboucha au coin d'un détour pour lui faire involontairement blocage. Mais une voix familière sortie d'elle :

- Jenny !! Tu es poursuivie ?? Allons, viens !! Il faut partir d’ici !!  


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Si vous êtes impliqués dans ma douleur, et que vous n'êtes pas effrayés, alors vous ne comprenez rien.
Pour votre bien, comprenez ceci : je suis Jenny. Je viens vous voler et jamais, jamais, je ne m'arrêterai.
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MessageSujet: Re: Le goût du risque [Jenny] Mar 13 Juin - 14:17



Le goût du risque

« Ruelles de Whitechapel »

1891

Lucy avait tourné les talons avec le réflexe des parias que la société victorienne persécutait, coutumière de la fuite, harcelée par les représentants de l’autorité et de la pudeur pour son labeur illégal et impie. Spontanée dans l’esquive, elle savait filer sans demander son reste, se faufiler dans les moindres recoins des ruelles de Whitechapel qu’elle connaissait comme sa poche, semer enfin des patrouilles policières qui ne brillaient pas par leur discrétion et qui étaient repérables à plusieurs dizaines de pas. Aguerrie aux échappées nocturnes, la fille de joie savait mieux que personne percer l’obscurité de son regard qui ne croisait que la Lune, se fondre dans les ombres reflétées par les misérables maisons de pierre du quartier le plus pauvre de Whitechapel, glisser sans un bruit sur l’asphalte assombri par les cieux d’encre. Aujourd’hui la fuite était en plein jour, éclairée d’un soleil aveuglant et d’un ciel d’azur. Lucy avait à peine eut besoin de quelques secondes pour reconnaître la petite Jenny, scruter ses bras chargés et sa mine essoufflée afin d’évaluer le danger, de décharger la môme qui s’était visiblement montrée un peu trop gourmande et de faire marche arrière au pas de course.

La course de Lucy était considérablement ralentie par ses bras chargés des victuailles de la petite voleuse, qui obstruaient sa vision. Les ruelles des bas-quartiers étaient dans un état déplorable, et risquer de s’étaler de tout son long à cause d’un pavé n’était pas une option. Il était évident, pour que la gosse courre si vite au point de heurter violemment la prostituée, que les agents devaient la talonner. Même si Lucy ne doutait pas de l’agilité de Jenny, elle ne les avait sans doute pas devancés au point de se permettre le luxe d’une chute douloureuse. Lucy tentait donc tant bien que mal d’accélérer le pas, la chapardeuse sur ses talons, ignorant autant que possible les chaos du sol endommagé qui blessait ses pieds chaussés de mauvais souliers usés jusqu’à la corde. La fille de joie n’avait pas même eu le temps de jeter un œil aux denrées qu’elle avait promptement arraché des mains de Jenny. Peut-être était-ce plus raisonnable de ne pas laisser son appétit la distraire dans sa fuite, ne pas soumettre son regard à la tentation des délicieux aliments qui ne lui rappelleraient que trop qu’elle avait dû se passer de petit-déjeuner.  

Les mêmes taudis sombres défilaient devant les yeux de la rousse tandis qu’elle courrait à une allure toujours plus vive, se retournant promptement de temps à autres pour s’assurer que les policiers étaient hors de vue. Lucy, le cerveau encore embrumé par ce soleil qu’elle ne supportait pas, ne parvenait pas à réfléchir. La fuite en plein jour lui paraissait soudain bien moins avantageuse que les virées nocturnes auxquelles elle s’était habituée. Toutes les prostituées n’avaient pas les capacités à survivre ainsi. C’est ainsi que beaucoup, plus faibles, peut-être moins malines que Lucy, finissaient en bordel. Si la fille de joie pouvait comprendre la fragilité de ces femmes qui se laissaient séduire par la sécurité, le confort ainsi que trois repas par jour, elle savait que pour elle-même, une maison de passe équivaudrait à la prison. Comment la misanthropie de Lucy pourrait-elle s’accoutumer à une cohabitation avec une quinzaine de femmes qui entretenaient de malsaines relations concurrentielles, au sein desquelles régnaient haine, jalousie et plans machiavéliques pour nuire à l’autre ? Comment l’indépendance de Lucy supporterait les ordres d’une maquerelle qui lui imposerait un nombre incalculable de passes par soirée, récupèrerait ses rétributions pour ne lui en laisser que les miettes, la priver tant et si bien d’autonomie qu’une fois entrée dans la prison dorée, il serait impossible d’en échapper ? Définitivement non. La liberté de Lucy valait plus que toute la sécurité du monde, et restait la seule chose qu’elle possédait.

En passant devant cette maison dont un des volets à la peinture vert d’eau écaillée pendait, Lucy eut envie de se frapper le front. Comment avait-elle pu ne pas y songer plus tôt ? L’intérieur de la maison abandonnée n’était pas accessible, Lucy n’étant pas experte en fractures de domiciles, mais en fuyant un jour, elle s’était retrouvée dans le jardin dissimulé à l’arrière du taudis, les herbes hautes et les buissons en faisant un endroit discret. La prostituée s’était noté l’endroit dans un coin de sa mémoire, sachant que des occasions comme celle qui se déroulait ce matin se reproduiraient.  Aussi, sans même regarder la petite Jenny, elle lui intima d’un ton pressé :

- Par ici !!

Lucy bifurqua brutalement vers un cul-de-sac étroit, enfoncé dans la pierre, le longeant difficilement durant quelques minutes, avant d’enjamber un portail minuscule. La prostituée s’avança jusqu’au fond du jardinet, prenant soin d’être dissimulée par quelques buissons, puis posa délicatement les victuailles qu’elle avait prises à la va-vite à Jenny sur l’herbe haute. Reprenant silencieusement sa respiration quelques instants, par précaution, bien que doutant sincèrement que la patrouille connaisse un chemin si bien caché, elle jeta enfin un regard aux denrées, et ses yeux brillèrent d’envie. Les tomates écarlates et charnues tranchaient sur l’herbe verte, tandis que pommes et poires se mêlaient aux noix éparses. D’une voix toujours bassement précautionneuse, la prostituée regarda la très jeune fille, encore enfant, avant de lui adresser ces mots :

- On l’a échappé belle !! Mais ça tombe bien, je te cherchais !!

La prostituée jeta un regard sans équivoque aux bras encore chargés de Jenny, les yeux rendus brillants par la faim. Lucy aimait les fruits et les légumes, mais ce genre de denrées était quasiment impossible à trouver en plein hiver et horriblement dispendieuses qui plus est. De plus, ces aliments se conservaient bien mal, et la prostituée n’avait ni le temps ni l’envie de renouveler son stock de fruits tous les deux jours. La fille de joie comptait donc bien profiter de la miraculeuse situation. Des fruits et légumes volés, de l’argent plein son corsage, une partenaire d’échanges habituelle. Ne perdant pas de temps, et n’entendant pas un bruit, en concluant que la police avait perdu leur trace, elle demanda à Jenny :

- Tu me vendrais une partie de ta récolte, par hasard ? Je suis à sec…

Pas même une miette de pain ne lui restait en effet. En revanche, elle avait de quoi payer le fruit du vol de la petite, et ainsi s’assurer le premier repas de la journée.

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MessageSujet: Re: Le goût du risque [Jenny] Mer 14 Juin - 10:36



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« Ruelles de Whitechapel »

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Quel avantage d'être petite dans ce genre de situation ! Même s'il faut l'avouer que la taille de ses bras ne l'aidaient pas pour garder ses provisions difficilement gagné.
Quelque noix qui gesticulaient dans les poches, une pomme qui tentait de glisser de la main, une tomate qui réussit à s'échapper, mais c'était soit perdre un peu de quoi se bourrer le fusil, soit perdre sa liberté. Et cela faisait partie du jeu. Un jeu, c'était le bon mot pour Jenny, son jeune âge l'enjouait à faire le chat et la souris en compagnie des gens d'arme. Des ordres et des menaces fusillèrent à tout-va pour stopper la fillette mais rien n'y faisait, ça aurait été dommage d'abandonner la partie qui venait à peine de commencer.
Et parfois, des participants s'incrustent pour rendre le tout plus mémorable, une façon comme une autre pour rendre les rues plus lumineuse en brusquant les habitudes des habitants. Pauvre Lucy, elle n'avais pas les bras remplis mais devait avoir l'entre-cuisse un peu roussi à force de se faire visiter l'épicerie. Chacun son fardeau direz vous, mais la chapardeuse préférait garder le sien plutôt que procéder à un échange avec celui de la fille de joie, des courbatures musculaire valaient mieux que la chaude-pisse.

Une chance que Lucy ai les cheveux reconnaissable à mille lieux à la ronde. Dans son métier, c'était un atout considérable pour se faire remarquer, il fallait lui reconnaître cette qualité. A croire que la vie donne parfois le physique adéquate à la naissance pour s'excuser de nous avoir posé sur cette terre. La chevelure de la prostitué pour apparaître dans la masse, la taille de Jenny pour y disparaître, comment ne pas trouver ses coïncidence étrange ? Les deux avait en point commun d'avoir les jambes musclé pour courir avec autant d'endurance.
Bien évidemment, être aussi visible que ça n'aidait pas dans la course-poursuite, mais maintenant que Jenny l'avais embarqué dans cette chevauchée, elle ne pouvait pas la lâcher aussi subitement (et elle l'avais allégée de quelques vivres, hors de question d'abandonner le moindre bien). Il faut savoir se serrer les coudes entre habitants de Whitechapel, et Jenny pressentais qu'elle allait devoir s'impliquer davantage dans cette excursion à cause de l'inhabituel soleil qui avait l'air d'éblouir la travailleuse de nuit.

Il était arrivé à la cambrioleuse de croiser quelques aguicheuses lors d'un détour en toute fin de journée, quand le soleil embrassait la nuit, mais n'avait jamais pris la peine de réellement leur parler. Il n'y avais que Lucy qui s'était attardée quelques mois auparavant pour demander la fin d'une miche de pain qui se faisait grignoter par l'adolescente, elle avait besoin de force pour son travail nocturne. De fil en aiguille, les deux femmes s'étaient recroisée pour au final familiariser ensemble. Mais la plus jeune des deux préférait toujours éviter leur contact pour ne pas tomber malgré elle dans le circuit du proxénétisme.
Elle préférait avoir le grand Fergus au dessus d'elle plutôt qu'une mère maquerelle ridée, et les brèves histoire que Lucy s'était permise de narrer pour expliquer la difficulté du métier l'avait persuadée de rester dans le monde des larcins.

Pendant ce rafraîchissement de mémoire sur cette première rencontre, les rues avaient défilé à une vitesse folle et dans la chamade de l’essoufflement, Lucy réussit à lancer une indication pour bifurquer brutalement au détour d'une maison à l'apparence abandonnée.
Pas facile de se glisser dans l'étroitesse de ce cul-de-sac avec autant d'affaires à ne pas faire tomber. Le plus difficile étant d'enjamber ce portail, aussi minuscule soit-il. Tandis que Lucy déposa les aliments au sol pour rattraper sereinement son souffle, Jenny se coucha directement avant de tout lâcher dans les hautes herbes.

-On l’a échappé belle !! Mais ça tombe bien, je te cherchais !!

La pique-en-poche ferma les yeux pour retrouver ses esprit tout en se demandant ce qu'elle avait bien pu faire pour que Lucy veuille la voir. Etais-ce pour un vol commis sur une personne de son entourage ? Jenny se sentait souvent accusée lorsqu'on lui dit vouloir la voir et se prépare toujours à se défendre. Prudence est mère de sureté.

-Tu me vendrais une partie de ta récolte, par hasard ? Je suis à sec…

Toujours les yeux fermé, un petit sourire se dessina sur le visage d'ange.  Pas  une miette d'argent ne lui restait. En revanche, maintenant elle avait effectivement de quoi vendre à la charmeuse d'homme, et ainsi s’assurer la première paye  de la journée.

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MessageSujet: Re: Le goût du risque [Jenny] Jeu 6 Juil - 12:48



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« Ruelles de Whitechapel »

1891

Lucy reprenait son souffle avec difficulté. Une cavalcade aussi effrénée, à jeun, sous un tel soleil et en ayant si peu dormi l’avait vidée des faibles forces qu’il lui restait. Courbée en deux, les mains appuyées sur ses genoux, elle regardait, dans cette posture, le visage de la mutine enfant qui s’était allongée dans les hautes herbes sans plus de cérémonie. Elle semblait bien moins en peine que la prostituée. Ses joues étaient à peine rougies par l’effort, sa respiration était paisible et un sourire éclaira même le joli minois de la petite chapardeuse devant la proposition de l’aînée. A ce mystérieux sourire, Lucy en conclut que le hasard avait bien fait les choses ce matin. Le petite semblait avoir autant besoin d’argent que la fille de joie de nourriture. Les bras débordants de victuailles de la jeune chapardeuse et la douillette somme d’argent qui gonflait le corsage de la frêle prostituée risquaient de bien s’entendre. Les yeux clos de Jenny empêchaient Lucy de deviner ses véritables desseins, même si elle se doutait de son intérêt pour la revente d’une partie de son butin qu’elle aurait, de toute façon, de grandes difficultés à bringuebaler discrètement dans les rues de Whitechapel.

La nonchalance de l’enfant, profitant d’une herbe fraîche et grasse pour se reposer quelques instants, était si naturelle qu’elle aurait pu faire sourire Lucy, si elle avait été quelqu’un de moins lugubre. Elle se contenta d’en éprouver une sorte d’attendrissement stoïque, quelque peu peinée par la vie de misère que vivait une fille si jeune, et somme toute admirative devant l’optimisme et l’énergie avec lesquels elle semblait accepter cette pénible existence. Elle paraissait si sereine avec ses paupières closes, sa poitrine se relevant légèrement sous son souffle si paisible que, si ses lèvres ne s’étaient pas étirées en un mince sourire, Lucy aurait pu croire qu’elle s’était endormie. Mais la petite était bien éveillée pourtant, sans doute consciente, tout comme son aînée, de la nécessité absolue de rester alerte à chaque instant de la journée. Il s’agissait là d’une question de survie.

Son souffle régulier lui étant revenu, accompagné de l’habituelle pâleur de ses joues, Lucy, plus calme, pu de nouveau ressentir les soubresauts affamés de son estomac, qu’aiguisaient l’odeur des tomates magnifiques et des poires juteuses qui se trouvaient épars devant les yeux de la fille de joie. Cette course improvisée avait creusé un peu plus son appétit et la prostituée, pensant à son maigre souper de la veille, se sentait littéralement mourir de faim. Aussi décida-t-elle  elle aussi de poser son séant sur l’herbe sauvage, reposant par la même occasion ses jambes fourbues par la cavalcade. La soif, cruelle, s’ajoutait à la faim. Lucy avait oublié cette douloureuse sensation, un des rares avantages des frimas de l’hiver. Mais le soleil, brûlant, avait cette capacité sadique d’assécher les gorges au moindre effort, en plus de brûler la peau. La prostituée, qui n’aimait pas cet astre pour les raisons déjà évoquées, pouvait ajouter aux griefs qu’elle lui portait le fait que sa peau de lait était totalement incompatible avec sa chaleur. Elle se souvint d’un jour, il y’a quelques années, lorsqu’elle n’avait pas encore de taudis au sein duquel se loger, s’être endormie dans un coin de rue et s’être réveillée sous les rayons ardents d’un soleil de plomb, la peau rougie à l’excès, les membres totalement engourdis, nauséeuse et la tête prête à exploser. Elle le fuyait depuis comme la peste et se tapissait au maximum dans les coins d’ombre qu’elle trouvait, bien plus propices, non seulement à sa peau, mais aussi à son humeur sombre et à son existence sordide.

Aussi, quelque peu pressée par sa faim, et impatiente d’aller se désaltérer à une fontaine publique, Lucy décida-t-elle de prendre les devants, et posant une main sur la tomate la plus proche d’elle, montrant du doigt une poire, elle relança Jenny :

- M’ont vraiment l’air bonnes tes tomates et tes poires ? T’en demande combien ?

Ce disant, joignant le geste à la parole, elle tira de son corsage une partie de la somme qu’elle y avait dissimulée. Elle avait plutôt confiance en Jenny et la savait loyale en affaires mais, malgré tout, par une sorte de méfiance liée à sa vie de risques, elle n’avait guère envie de montrer autant d’argent devant une vendeuse potentielle, se doutant que le prix des denrées pourrait, à la vue de ces billets, considérablement augmenter. Aussi resta-t-elle pour le moment avec le tiers de la somme au creux de la main, ses yeux interrogateurs posés sur la petite, attendant que celle-ci lui fournisse le prix de la marchandise volée à l’instant même...

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MessageSujet: Re: Le goût du risque [Jenny] Ven 7 Juil - 16:40



Le goût du risque

« Ruelles de Whitechapel »

1891

Un légers souffle de vent parcourait le jeune visage dont les yeux s'ouvrait enfin, à l'entente d'une vente naissante. Lucy s'était un quelque peu rapprochée afin de mieux faire entendre sa petite voix, elle aurai pu facilement se faire passer pour plus jeune si elle parlait en dehors de son champs de vision. De plus, le peu de peau qu'elle laissait paraître et dont la blancheur pouvait facilement donner une image effrayante se transformais davantage en image de pureté une fois associé à cette voix.
La peau de la jeune orpheline, c'était autre chose. En faisant fi des détails dédaignant la douceur, l'épiderme s'étais teint de saleté. Ce serais à se demander si la crasse n'avais pas fini par imprégner le cuir, mais seul un vrai bain aux senteurs aromatique et à l'eau clair permettrais d'en être certain. Pas qu'un bon nettoyage rebutait Jenny, il est vrai que c'est quelque chose de revigorant, qui permet à la fois d’aiguiser son charme et ses sens, mais ce n'était clairement pas une de ses priorités première.
Essayez de trouver de l'eau clair par ces temps, et le temps de s'éclaircir autrement qu'avec l'eau de pluie. De plus, les rares fois où le soleil offre sa présence dans cette ville, l'atmosphère humide s'alourdi. Pauvre Lucy à la peau luisante de transpiration, elle avait l'air d'en souffrir bien davantage à cause de sa pâleur. Cette image peux paraître grotesque, d'avoir l'impression qu'une fille des rues paraisse moins faible qu'une jeune adulte dans la fleur de l'âge.

Depuis que Jenny la connaissais, elle pouvais difficilement la regarder de haut à cause de l'image qu'elle renvoyait. Elle s'en aurais voulu de lui cracher dessus malgré le regard négatif qu'elle portait sur les filles de joie. Ce serais plutôt de la pitié à la limite, et les vêtements de poupée dû à son travail n'arrangeait pas forcément les choses. Une poupée dont la peau en porcelaine pouvait partir en éclat à tout instant. Jenny serait plutôt une poupée de chiffon, moins fragile mais avec laquelle on ne souhaite pas jouer et qui reste cachée dans le fond des tiroirs.
Et Londres serais la maison de poupée qui héberge tout ce petit monde, laissant peut être une entité supérieur s'amuser avec les vies, jetant quelques fois certaine des polichinelles à la corbeille.

- M’ont vraiment l’air bonnes tes tomates et tes poires ? T’en demande combien ? ce qui coupa Jenny dans ses pensées
- J'peux t'en d'mander pour 4 sous et jte r'file la moitié de la panade. Trois tomates et deux poires.

La cambrioleuse entra les mains dans son sac afin de sortir les produits à vendre, imaginant par avance à quoi l'argent pourrait lui servir. Se procurer à manger où bien de quoi raccommoder ses haillons ? Peut être quelques tissus pour réparer son semblant de pantalon, ou du cuir afin de se refaire une paire de chaussures.
Dans le cas que ce soit pour un intérêt vestimentaire, encore faut-il se décider de la couleur adéquate. C'est probablement l'un des rares point existant dans cette vie pour reconnaître une présence féminine en Jenny. Le semblant de masculinité serais de calculer combien de quantité  de tissus il faut se procurer, et c'est déjà une autre histoire, surtout lorsque l'on sait à peine écrire ou pratiquer l'art des additions.

Pour l'instant, peu important de quel côté penchait la crocheteuse, elle possédait une paire d'yeux en parfait état de marche qui fixait la monnaie qui allait rapidement loger dans sa poche.
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MessageSujet: Re: Le goût du risque [Jenny] Mar 25 Juil - 16:13



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Curieux spectacle en vérité que cette fille de joie penchée, billets à la main, vers la gosse des rues affalée à même l’herbe fraîche, savourant les rares choses gratuites de ce bas-monde, air frais et ombre des arbres, pour ne citer qu’elles. Ces deux protagonistes offraient un contraste saisissant de la pauvreté qui sévissait à Londres. Car ceux qui ne la côtoyait pas seraient tentés de fondre dans la même masse informe tous les démunis de la capitale, qui pourtant, n’avaient parfois rien de semblable. La preuve dans l’étrange duo que formait là Lucy et Jenny, deux filles de la rue que le physique et le style de vie, pourtant, opposait avec force. La minceur chétive associée à la pâleur lunaire de Lucy, lui donnait un air de fragilité extrême, presque attendrissant, son visage aux traits fins encore adouci par les boucles anglaises que formait sa chevelure rousse. La petite Jenny, à peine sortie de l’enfance, renvoyait cette force de fleur sauvage s’étant épanouie parmi les chardons, cette beauté naissante, un peu indomptable, quelque peu masquée sous les traits encore juvéniles et sous la crasse de la rue qui l’abritait au quotidien. Tandis que l’une, pessimiste, s’était résignée à sacrifier sa vertu, son honneur et ses charmes pour la chaleur d’une chambre miteuse l’hiver et pour un morceau de pain de plus par repas, l’autre, plus jeune, plus fougueuse, plus combattive peut-être, résistait encore, vivant de petits larcins, couchant à la belle étoile, le visage buriné par le soleil et la poussière.

Elles étaient fortes toutes les deux ces filles, chacune à leur manière. L’une en acceptant sans broncher de subir les assauts effrénés et inlassables des hommes qui glissaient quelques pièces dans sa main blanche, l’autre en se refusant à cette extrémité, abritant ses nuits de la seule voûte céleste, avec tous les risques et dangers que cela comportait. Peut-être était-ce de là que venait ce respect mutuel qu’elles se portaient toutes les deux. Car Lucy, peu dupe et plutôt lucide sur l’image que renvoyait sa profession, même chez les gens issus de la plus basse extraction, se doutait bien que la môme des rues ne comprenait pas ce commerce infâmant auquel elle acceptait de se livrer. Mais, comme si un pacte mutique s’était lié entre les deux, elles taisaient leur ressentiment sur la vie de chacune, sachant le quotidien de la rue difficile, sachant que les concessions, toujours rudes, parfois humiliantes, étaient indispensables à leur survie.

Alors il se liait entre les gens qui subissaient le calvaire de la rue une sorte de complicité muette, qui interdisait toute forme de reproches, de traîtrise ou d’entourloupe quelconque. La prostituée n’avait pas sorti l’intégralité de son argent caché dans son corsage par habitude, mais savait au fond qu’elle n’avait pas à craindre une arnaque ou même un vol à l’arrachée de la petite Jenny. Qu’allait-il advenir de la vermine de Whitechapel si elle n’était même pas soudée ? Aussi, confirmant cette théorie, la jeune voleuse répondit à la demande de Lucy par une offre tout à fait honnête, qui arracha un très mince sourire à la placide prostituée. Voilà pourquoi elle aimait traiter avec Jenny. Pas de bavardages inutiles, pas de discussions superflues, et pas d’arnaques déguisées. La petite gagnait son pain, voilà tout, et ce genre de marchandage convenait parfaitement à la fille de joie qui aimait aller droit au but et que les échanges inutiles et stériles horripilait. A la proposition de Jenny, la prostituée ne discuta même pas, totalement d’accord avec le prix, et consciente que tenter de le marchander serait faire offense à la petite voleuse. Aussi lui répondit-elle quasiment du tac-au-tac :

- Parfait, attends que je trouve ça.

Les doigts de sa main droite se mirent à farfouiller dans le creux de sa main gauche, et elle parvint enfin à y extirper quatre petites pièces jaunies. Elle ne savait pas lire, mais son métier l’avait obligée à savoir compter, au moins jusqu’à dix, ne gagnant souvent guère plus de pièces par passe. Se baissant pour atteindre la main de Jenny, elle lui fourra dedans, jetant un regard alléché aux beaux fruits et légumes qui allaient bientôt changer de mains, tandis que la voleuse lorgnait, elle, plutôt du côté de la petite monnaie.

Attendant l’acquiescement de Jenny avant de s’emparer des victuailles qui lui étaient à présent dues, Lucy la vit concentrée sur ses vêtements parsemés de trous et de déchirures. Il y’en avait une plus grande que les autres, qui zébrait son pantalon, et sur laquelle la pré-adolescente s’attardait. Un peu émue malgré tout et, dans une politique d’entraide et de solidarité, la fille de joie proposa, du ton le plus naturel possible, sachant que Jenny prendrait très mal un accès de pitié :

- Il doit me rester un bout de fil si tu veux que je te raccommode ça. Ça irait vite.

Car Lucy, qui avait tenu un foyer quelques années à la place de sa pauvre mère, connaissait les rudiments de la cuisine, de la maison et de l’entretien d’une couture. Elle raccommodait elle-même ses robes rapiécées et usées jusqu’à la corde, leur conférant un air moins misérable, et l’investissement dans une aiguille, quelques chutes de toile et un peu de fil s’était avéré rentable, empêchant la fille de joie de tapiner en habit déchiqueté par l’usure du temps. Restée agenouillée dans une posture somme toute inconfortable, Lucy regardait son interlocutrice, attendant sa réaction, son acquiescement ou son refus, son approbation ou ses reproches…

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MessageSujet: Re: Le goût du risque [Jenny] Sam 12 Aoû - 9:13



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Le cliquetant de la monnaie était une douce musique. Une berceuse pour les bien-aisé comptant leur fortune sous leur oreiller, un chant d'oiseau au reveil pour les mal-aisé comptant leur butin sous les feuillages d'un arbre.
La gamine aggripat rapidement la monnaie de son commerce pour davantage apprécier la mélodie, qui était accompagnée du parfum de la prostituée : la cerise sur le gateau. Ladite odeur rafraichissait l'olfactivité au sein de cette ville puante, Lucy avait eu bon vent d'utiliser ce détail à son avantage pour fidéliser la clientèle. Chacun son domaine pour user de son talent.
Pour Jenny, profiter de cette fragrance avait une once de nouveauté, pas que cela lui remémorais son odeur des rues, mais plutôt que cela changait des odeurs de nourriture qu'elle enviait au jour le jour. Un bouquet de sucrerie pour le nez : un subtil mélange de fraise et de vanille. Rien d'exceptionnel mais un sens du détail qui racole davantage les hommes que l'arôme du jus d'entre-cuisse.

Et pourtant, ce cadeau arômatique paradoxait avec l'usure de l'argent sous les doigts, tout comme si un crapeau était un prince sous cape. L'érosion des piècettes les ferait sentir bien dans la dégradation du pantalon de la va-nu-pied.
Peu importe le tissus que l'on porte du moment que cela cache en bonne partie le corps en dessous. Même les sirènes des rues avaient un minimum d'étoffe à porter, il n'y a qu'à voir Lucy. Imaginez si une jeune fillette ne marchandant pas son corps n'avait même pas la décence de cacher ses cuisses au grand public, elle irait à l'encontre de ses principes en plus de courir un risque avec le nombre de personnage étrange que l'on croise.
Pour l'instant, la ceinture du pantalon tenait fermement en place, pas de trous dévoilant quoi que ce soit (ou du moins, rien ne dépassant guère plus d'un demi-centimètre), seulement la poche de gauche commençant à se déchirer au fur et à mesure que les journée se déroulaient. Pour le semblant de chemise qui protégeait la chair, à part les traces de boue, rien à signaler. La légère veste ainsi que le chapeau en cuir froissé se portait à merveille.
Il n'y avait que le pantalon qui risquait sa vie, ainsi que le sac en toile de jute qui prenait un malin plaisir à mourir. Il serait bientôt temps d'aller des les usines de textile pour récupérer les tissus destiné à être jeté.

-Il doit me rester un bout de fil si tu veux que je te raccommode ça. Ça irait vite.

-Pourquoi pas ? Si t'as d'quoi abriter les rej'tons d'argent qu'tu m'as r'filée dans leur nouvel abris.

Il serait purement et simplement idiot de refuser une tel offre, qui plus est venant de quelqu'un sachant autant se servir de ses mains pour tout travail manuel. Dommage que ce ne soit pas au sacrifice du temps d'un ingrat de riche qui travaillerait sous la menace, mais on se fait plaisir avec ce qu'on a. Cela permettrait en plus de passer du temps agréable à échanger dans quelques discussions.
Jenny se metta debout, dépassant la fille publique encore agenouillée, et dépoussiera son pantalon comme pour donner une seconde fois son approbation afin de le remettre en état convenable.

-T'as assez d'filoche dans ton palais ? Avec assez d'résistance pour les frotti-frotta des cuisses j'imagine, c'pratique pour courser les cameloteurs du dimanche.


Sur ses quelques mots, la sans-abris ramassa son sac avec la nourriture fraîchement acquise pour commencer à se mettre en marche sous ce qui pourrait être le toit de sa prochaine nuit, avec un peu d'espoir.

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MessageSujet: Re: Le goût du risque [Jenny] Mer 30 Aoû - 10:49



Le goût du risque

« Ruelles de Whitechapel»

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La gosse des rues accepta les quelques piécettes sonnantes et trébuchantes sans se faire prier. Ces filles n’étaient pas de celles qui pouvaient se permettre le luxe d’user de faux-semblants, de délicatesse ou d’hypocrisie. Leurs activités étaient uniquement motivées par l’argent, qui équivalait pour elles deux à la survie, tout au plus à un minimum de confort. C’est pourquoi Lucy, après paiement de sa dette rubis sur l’ongle, se baissa un peu plus afin de récupérer son alléchant butin sans plus de cérémonie. Toutes deux savaient guère à quoi s’en tenir ; toutes deux avaient faim, toutes deux avaient froid et toutes deux subsistaient, chacune selon les moyens dont elle disposait, dans ce monde violent, cruel et patriarcal au sein duquel elles avaient été jetées sans protections ni armes. Aussi y avançaient-elles à tâtons, trébuchant parfois, se blessant, se relevant toujours, épuisées et fourbues des embûches à répétition qui semaient leur existence, mais jamais ne s’abandonnaient à la mort, qui pourtant les aurait accueillies en amie loyale et fidèle.

Bien sûr que Jenny ne s’offusquerait pas. Qui mieux qu’elle-même, qui avait avidement saisi la monnaie que Lucy lui avait glissé dans le creux de la main, pouvait comprendre son empressement à détenir de si belles victuailles qui étaient désormais siennes et qu’elle avait si peu coutume de s’offrir ? Elles deux savaient bien qu’elles n’étaient pas là pour bavarder légèrement dans le cadre d’une conversation d’agrément, ou même pour se regarder dans le blanc des yeux. Chacune avait besoin d’un service et comptait tirer profit de l’avantage de l’une qui manquait à l’autre, l’argent pour Jenny, la nourriture pour Lucy.

Ces relations intéressées n’empêchaient pas la solidarité entre les miséreux, solidarité que la fille de joie redoublait instinctivement lorsqu’il s’agissait d’une femme, si jeune de surcroît, et parvenant encore à résister aux appels de la prostitution. Preuve en était l’offre de Lucy de lui raccommoder son pantalon si craquelé qu’il menaçait de rendre l’âme incessamment sous peu, et ainsi exposer un peu plus la gamine des rues aux frimas de l’hiver londonien et au comportement dangereux de sa gent masculine. Il ne coûtait pas grand-chose à la prostituée d’abandonner un peu de son fil et une mince pièce de tissu dans le rafistolage du pantalon de la petite voleuse, et elle se serait sentie bien coupable de la laisser s’en retourner affublée d’un haillon pareil.

Restait à présent à savoir si la petite laisserait son orgueil au placard afin d’accepter l’offre de Lucy. Elle savait la gosse fière mais elle la savait aussi maline, rusée, et tirant avantage de chaque situation. Il aurait été inopportun de refuser une proposition qui ne se représenterait certainement pas de sitôt et Jenny, intelligente, l’ayant compris, accepta la proposition. Un léger sourire s’étira sur les lèvres de la prostituée, satisfaite que la petite n’ait pas décliné son offre ;

- Bien, alors suis-moi, j’habite à deux rues d’ici. Je pense que les flics ont abandonné ta trace maintenant.

Jenny se redressa, prête à accompagner Lucy dans son antre minuscule et sombre qui lui servait de chambre après une longue nuit de labeur. Le soleil éclatant lui permettrait au moins de manier l’aiguille correctement. Elle n’avait aucun argent superflu à dépenser dans de la chandelle, et, la nuit tombant vite sur la capitale anglaise, il fallait savoir profiter des heures du jour et du soleil trop rare pour s’adonner à des ouvrages aussi minutieux. La prostituée se redressa elle aussi, prête à partir de ce jardin à l’abandon et s’en retourner chez elle, les bras chargées de succulentes denrées et sa petite fournisseuse sur ses talons.

En se relevant, et en débarrassant son pantalon de la poussière, la gamine souleva la question de savoir si Lucy aurait été de matériel pour rafistoler comme il se doit les trous qui parsemaient tristement son habit. La petite lui expliquait, dans le langage fleuri qui lui était coutumier, qu’elle avait besoin d’étoffe solide pour ses cavalcades effrénées contre les propriétaires des biens qu’elles larcinait et contre les forces de l’ordre. Réprimant un sourire, la prostituée tâcha de la rassurer :

- J’ai ce qu’il faut. C’est solide mais ce s’ra sans doute pas la bonne couleur, mais bon…c’est mieux que rien, non ?

Lucy lui avait précisé cette indication simplement pour la prévenir, certaine que le souci d’associer des teintes unies serait d’une futilité déconcertante pour une gamine des rues qui occupaient ses journées à chaparder. Aussi lui lança un regard, elle sollicita son accord pour s’évader enfin de ce jardinet à l’abandon :

- On y va ?

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MessageSujet: Re: Le goût du risque [Jenny] Jeu 31 Aoû - 8:27



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Après un bref moment à tâter les pièces fraîchement acquise, comme pour un enfant jouant avec un hochet, Jenny les rangea dans un petit sachet en cuir destiné à abriter une petite famille de ferraille ronde. Elle mordit la dernière avant de la ranger, elle voyait régulièrement certain adulte faire ça, comme pour se rendre compte que c'était réellement de l'argent, sans pour autant en comprendre vraiment le sens. C'était se bousiller la dentition et avoir un mauvais goût métallique sur le bout de la langue, et ça ne valait pas le tintillement dans la bourse pour savourer le plaisir de se sentir riche.
Dans le contexte de la rencontre hasardeuse avec Lucy, la voleuse eu presque forcément une autre image à l'esprit lors du tâtage de bourse. Et cela va sans dire que d'autre élément à l'aura quelque peu interrogatif lui traversa l'esprit l'espace de plusieurs secondes.
Il est vrai qu'elle ignorait depuis combien de temps Lucy offrait ses services charnel, et apercevoir que sa poitrine pas entièrement dissimulé lui servait de porte-monnaie ne l'aidait pas à avoir quelques pointes de curiosité (bien que l'image d'un soutien-gorge coffre-fort était amusant).

Bien qu'elle commençait à être en âge d'avoir certaine pensé, c'était assez secondaire pour Jenny. Elle persistait à garder un semblant d'honneur, elle qui dormait dehors au quotidien et parmi un groupe de personne pas toujours plus honnête qu'elle, si elle pouvait se vanter d'honorer certaine valeur elle ne s'en priverait pas. Mais pour ainsi dire, elle n'avais eu dans son parcours de vie aucune expérience dans le domaine de Lucy, que ce soit de près ou de loin. Remplir son estomac vidait son esprit de l'autre envie qui rendait les gens humain, c'était une vision personnel de la survie.
Pas que ce terrain n'intéresserait jamais la gamine, mais à l'heure actuelle elle préférait mettre en avant son plaisir de nourriture. Elle profitera peut être de l'occasion pour discuter avec la femme des trottoirs, malgré que cela risque de pousser davantage Jenny dans ses retranchements.
Le genre de pensé curieuse qui traversa son esprit était, par exemple, si Lucy avait commencée vers un âge tendrement jeune pour continuer à vivre. Si une bourse d'argent était proche d'un autre tâtage, et si il en ressortait un bruit tout aussi agréable à l'oreille. Si un client lui avait déjà fait chavirer le cœur. Tant d'interrogation aussi diverse que varié, bien qu'entièrement facultatif, provoqué par un basique rangement de pièce. La vie est parfois bien cocasse.

-J’ai ce qu’il faut. C’est solide mais ce s’ra sans doute pas la bonne couleur, mais bon…c’est mieux que rien, non ?


La réponse de Lucy à la question de Jenny posé une poignet de seconde auparavant éventa le sujet de sa tête.

-Tant que c'n'est pas du bleu. J'voudrais pas qu'on prenne pour une ouvrière à la con.

Il allait sans dire que la couleur de fil était bien dérisoire du moment que cela fais le travail qu'on lui demande, mais le bleu qui était la couleur la moins coûteuse à produire était réservé au bas de l'échelle dans les industries. Ce n'est pas pour rien qu'on nomme la tenue des ouvriers un bleu de travail. Pour un bête raccommodage, Jenny se permettait de ce non-choix de colorisation.

-On y va ?
- Ouai, j'quitte pas au matin mes bouts d'journaux pour revenir dans des baraques déglingué.

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