to live will be an awfully big adventure | Jenny



 

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to live will be an awfully big adventure | Jenny

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Fergus Lynch
Fergus Lynch

Âge : 31
Emploi : Fondeur
Informations : Orphelin déposé au seuil d'une institution quelques semaines après sa naissance ✘ Ignore tout de ses origines, et n'y accorde aucune importance ✘ Fraie dans le monde de la petite délinquence depuis sa plus tendre enfance ✘ Ancien chef d'une bande gosses aventureux, à présent dissolue ✘ Suite à ça, a passé plusieurs mois en maison de correction ✘ La mort d'un de ses meilleurs amis, atteint de syphilis, a suffi à le convaincre de ne pas s'approcher des prostituées, règle qu'il suit toujours ✘ A fondé la Tribu, gang des rues sévissant à Whitechapel, dont il connait les moindres recoins ✘ Participe régulièrement à des combats illégaux organisés dans des bars, desquels il tire un joli pactole, ainsi que quelques petites cicatrices sur tout le corps ✘ Amateur d'armes blanches, il se sépare rarement de son couteau de boucher, tout comme de son vieux chapeau melon ✘ Se moque bien des forces de police, avec lesquelles il n'hésiterait pas à en découdre ✘ Ne voue que mépris à l'aristocratie et aux autres parvenus, mais grâce aux paiements reçus en échange de l'aide de son gang, il recrute de plus en plus d'adeptes, et accroît l'influence de la Tribu : son ambitieux objectif n'est autre que de faire tomber sous sa coupe Whitechapel et Southwark, pour mieux leur donner un second souffle, ainsi qu'une capacité de réponse envers les injustices infligées par les strates plus aisées de la société.
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MessageSujet: to live will be an awfully big adventure | Jenny to live will be an awfully big adventure | Jenny Icon_minitimeLun 12 Juin - 22:31



To live will be an awfully big adventure

« Now you understand why Peter Pan didn't want to grow up. »

Whitechapel, 1891

D’après la croyance populaire, il paraissait que l’on qu’on n’avait pas d’argent, mieux valait être malin, et à cela, Fergus disait amen, comme il l’aurait fait envers un culte entre les mains duquel il aurait remis le salut de son âme s’il avait accordé un quelconque crédit à ce genre de fadaises. Les deniers filaient de votre poche plus vite dans Whitechapel que dans tout autre quartier de Londres, non pas parce que les prix avaient été fixés tout spécialement pour vous asphyxier, mais bien parce que les masses laborieuses y vivotant gagnaient une misère, à peine suffisante pour payer les sommes pourtant modiques que leur requerraient les marchands, propriétaires de leur logement insalubre, ou marchands de rêves, au premier rang desquels les proxénètes et les trafiquants d’opium.

Cette dure réalité, Lynch la connaissait bien : il était pour ainsi dire né dedans, ayant été abandonné sur le seuil de l’orphelinat dans une vieille couverture, usée, malodorante, crasseuse, parfaite métaphore de ce que serait le niveau de vie auquel il pourrait aspirer durant les quelques dizaines d’années qui suivraient, peu nombreuses à priori compte-tenu de tous les déboires inhérents aux gens comme lui, dotés par l’adversité de très fortes chances de ne jamais quitter le cloaque où ils avaient vu le jour. Son enfance, entre les murs austères de l’institution, avait entériné cette tendance pressentie, et comme l’entièreté de ses pairs, l’Anglais avait été rapidement confronté à la pragmatique vérité suivante : sans une bonne dose de malice et de talent, il ne ferait pas de vieux os. Première pierre apposée à l’édifice de ce que qui deviendrait un jour un des gangs les plus vigoureux des recoins les plus malfamés de la ville, sa décision irrévocable de ne pas attendre la mort les bras ballants ne passait pas non plus nécessairement par de grandes décisions dignes de bouleverser le monde, ou encore d’actes de bravoure et d’audace dignes de figurer dans les mémoires. Prenez son linge, par exemple. Par faute de moyens, l’ouvrier ne possédait pas plus de deux chemises, un luxe quand on y réfléchissait bien, et elles avaient plus que fait leur temps. Malgré tout, Fergus ne considérait pas l’habillement comme un poste de dépenses utile –et puis quoi encore-, et tant que le tissu de ses maigres biens de textile parvenait encore à le protéger grossièrement à l’usine, où son patron daignait à peine donner à ses employés un tablier de cuir pour s’offrir une bonne conscience, il ne s’en occupait guère. Néanmoins, il fallait bien de temps à autre laver ses frusques… Même un être aussi relativement peu soucieux de son apparence que lui avait besoin d’un certain degré de soin apporté à s personne, ne serait-ce que pour se sentir bien ou, de façon encore plus terre-à-terre, limiter autant que possible le risque d’attraper une des innombrables infections allant de pair avec la vie parmi les oubliés de la capitale. Sans argent à dépenser pour un service vital rendu cosmétique par ses modestes revenus, et sans temps à dédier à pareille activité –soyons honnêtes, Fergus était convaincu d’avoir largement mieux à faire que sa lessive, ce qui n’était pas faux, en un sens-, il avait donc fallut trouver une solution à ce problème.

Comble de chance, la plupart des lavandières du coin se révélaient de visage acceptable, voire charmant pour une bonne part, et même plutôt mignonnes pour certaines. Leur faire un peu de charme –beaucoup, parfois-, suffisait généralement à ce que l’une cède et accepte de laver gratis ce qu’il lui apportait, armé de son sourire avenant, de son ton cajoleur et de son bagou redoutable. Pensez, pour une poignée de compliments relativement sincères et une attention toute dédiée à sa « cible » du moment, il parvenait même à négocier quelques menus rapiècements, en plus du nettoyage, pourquoi se priver !  Une partie de ces demoiselles avait partagé ses draps, ou du moins rêvait de le faire au-delà des baquets et des vieux morceaux de savon propres à leur métier, espoir entretenu par un Lynch évasif tel un bellâtre quant à leurs chances de goûter à ses bras ; même désillusionnées, elles ne parvenaient pas toujours à trouver suffisamment de motivation pour lui refuser leur aide, gardant au cœur les délices des instants passés avec le Britannique, ou la simple et agréable sensation d’être flattées. Si au départ, le hors-la-loi ne passait au lavoir que pour déposer ce qui désirait faire nettoyer à l’œil, il avait au fil du temps pris l’habitude, avec le développement de son gang, de rester bavarder avec les travailleuses à l’ouvrage, ainsi qu’avec les gens de passage attirés par leurs conversations. L’information s’avérait précieuse pour la Tribu, dont le règne, en bonne voie, ne se trouvait pas encore pleinement entériné : ragots, impressions, récits rapportés de bouche ne bouche jusqu’aux oreilles du brigand, tout était bon à prendre si bien que, ironiquement, Fergus avait fini par passer du temps là où précisément il n’avait pas voulu prendre le pli de se rendre par hantise de perdre, justement, du temps –pas pour les mêmes activités, remarquez.

En tant qu’un des cœurs de la vie à Whitechapel, les lavoirs constituaient d’importants points de passage et d’échanges, à la disposition quasi exclusive des gangs les ayant intégrés à leur territoire, dont la prise n’était donc pas à négliger ; celui le plus proche du lieu de vie de Fergus, ainsi que des logements de ses camarades d’usine, premiers membres et base solide de la Tribu, avait gagné un aspect « café du commerce » en plus de sa fonction première qu’il aurait été fort dommageable de négliger. Ainsi, pour simplement s’échanger les dernières nouvelles, lorsqu’un cadre plus secret ne se révélait pas requis, la Tribu se retrouvait par petit groupe de moins d’une dizaine de fidèles autour de la margelle de la fontaine alimentant en eau courante le bassin des lavandières, comme d’aucuns se réunissaient sous l’olivier de leur village. Pour les sujets plus sérieux, les secrets précieux à transmettre à leur chef ou les plans à monter de concert, ils préféraient, par sécurité, mener leur conciliabule chez l’un ou chez l’autre, ou encore dans un des logis récupérés par la Tribu, et gardés libres pour accueillir leurs séances. Le lavoir conservait ainsi une ambiance bonne enfant, agréable, grandement facilitée par le fait que la pièce d’eau était surplombée par un toit de chaume ancestrale, soutenue par des poutres de chêne tout aussi anciennes, vermoulues telles la coque d’un navire, mais encore solidement ancrées dans le pavé. Chacun dans les alentours prenait soin de cet endroit, en retapant la chaume quand celle-ci s’abîmait à cause du mauvais temps ou de l’injure des ans ou en veillant à ce que la rigole ne soit pas obstruée par des brindilles ou des immondices : c’était là qu’en partie, les habitants de ce morceau de Whitechapel retrouvaient un peu d’humanité, entre les bancs de lavoir polis par tous les jupons s’y étant installés et les pierres à laver tout aussi lustrées par le savon et les frottements incessants appliqués par des mains expertes.

Entre les poutres, avec une confiance totale en leur solidité, les femmes avaient tendues de fines cordes afin de pouvoir bénéficier d’étendoirs de fortune, et ainsi faire sécher aussi bien que possible l’objet de leurs soins, malgré l’humidité remontant de la Tamise et le brouillard avalant bien souvent les rues ; nonchalamment, Fergus avait appuyé les coudes sur un de ces liens en apparence fragile mais qui supportait sans mal ce poids supplémentaire, tout comme ce lieu supportait les besoins de tant de laveuses rimant dur, et comme ce quartier supportait la concentration de tant misère jusqu’à frôler l’asphyxie. Seul, il s’était laissé prendre au piège de la rêvasserie, en attendant que quelqu’un digne d’intérêt daigne passer par là : le lavoir était calme sans qu’un silence complet ne puisse y exister, u fait de la ville bouillonnante de vie alentour, il n’avait personne à ses côtés et pourtant il se sentait chez lui, plus entouré qu’il ne l’aurait été partout ailleurs dans le royaume. Ses actes rendraient-ils honneur à son foyer si atypique, ou mettraient-ils fin à cette paix si particulière, si douce à son cœur ? L’Anglais ne supportait plus de voir son petit monde écrasé par des forces extérieures, sa démarche sans commune mesure avec ce qui avait jamais pu être tenté par le passé ne serait-elle pas l’ouragan qui, après les avoir tous élevés vers le ciel, pour se volatiliser et les laisser s’écraser au sol ?

Et tout ça reposait dans ses mains, larges paumes à présent lâches, au bout de bras ballants, raccrochés à un homme pour le moment inactif, aussi tranquille que l’eau s’écoulant de la fontaine avec de discrets murmures.

Comme quoi, la vie, c’est une sacrée aventure.

L’écho de semelles heurtant le pavé le fit tourner la tête ; un sourire malicieux se traça sur ses lèvres lorsque Lynch reconnut sa mauvaise graine préférée.

-Salut Jenny, tu racontes quoi de beau ?

De la tête, le criminel lui indiqua le bassin, au contenu trouble bien que l’eau n’ait pas été stagnante.

-Ramène un peu tes fesses par ici, je parie qu’elle est bonne.

Ils étaient en mai, le mercure donnait quelques signes de vouloir titiller, une fois l’été venu, des sommets non négligeables, et coup de chance, personne ne viendrait les rabrouer s’il leur prenait envie de tremper leurs pieds nus dans l’onde paresseuse. Si la liberté aurait pu être plus éblouissante, elle avait certainement cet avant-goût-là, pognon ou pas.




Titre : Peter Pan
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MessageSujet: Re: to live will be an awfully big adventure | Jenny to live will be an awfully big adventure | Jenny Icon_minitimeMar 13 Juin - 17:17



To live will be an awfully big adventure

« Il faut souvent désobéir pour vivre une enfance décente. »

Whitechapel, 1891

D'après l'opinion du peuple de miséreux, il émergea que lorsqu'on est acquis de bien financier, l'on pouvait se permettre d'être idiot, et à cela, Jenny disait amen comme elle l'aurais fait si elle avait été baptisée. Fadaise d'ecclésiastes lorsqu'on est né à la rue et déposé en couche avec comme seule compagnie une flaque d'eau au tréfonds d'une ruelle de Whitechapel.
Sortez vous de la cervelle les images nauséabondes que l'on vous conte concernant ce bas-quartier Londonien. La vie n'y était effectivement pas des plus faciles mais rien au monde n'y est plus réel : loin de la brillance des bijoux et de l'hypocrisie d'une surdose d'argent vivaient la vrai peuplade des villes. Bien sur qu'il arrivait aux classes moyenne et pauvre de mentir, mais c'était une nécessité paradoxalement plus vrais que les mensonges des riches pour déculpabiliser de leur statut viral qui s'enrichissaient sans le moindre effort sur le dos fatigué des ouvriers.

Cette envahissante réalité, Jenny en avais fait la saveur de son quotidien. Elle n'avais pas eu la chance de son père d'adoption d'être déposée au seuil d'un orphelinat, à peine âgée de quelques heures que la mort lui souriait déjà. Elle eu la chance dans son malheurs d'être retrouvée par le meneur de la Tribu, d'être personnellement éduquée par ce dernier sans pour autant être une privilégiée parmi les vagabonds.
Avoir pour hochet une pochette remplis de pièces et son pouce à sucer comme unique sucrerie n'était rien comparé aux exercices déguisé sous forme de jeux pour l'appréhension du vol. Pour ainsi dire, cette activité était aussi naturel pour le jeune gosse que d'apprendre à marcher sans trébucher.
Quand au reste de l'apprentissage, la rue avait offert mainte et mainte fois des leçons à Jenny sur le comportement de l'être humain. Son âge n'avais pas encore atteint la floraison qu'elle se montrait déjà un peu trop sévère envers la plupart des gens, mais que voulez vous attendre d'une gosse n'ayant que 13 ans. Fergus était le seul être sincèrement important pour elle. Les membres de la Tribu avaient également leur importance mais moindre puisqu'une figure paternel était difficilement remplaçable.
Il y avait éventuellement Jolene, ayant à peine 4 ans de plus, que Jenny pouvait considérer comme une sœur de remplacement.

Et dans tout ce cohu-bohu de la rue, un rien suffisait pour savourer les secondes offerte par la vie. Pourquoi se prélasser devant un feu de cheminé à l'âtre superficiellement décoré quand on peux juste s’asseoir sur un banc à l'air libre et se prélasser de chaleur humaine ? La liberté d'aller où bon nous semble, d'avoir des horaires libres pour aller travailler (entendez par la commettre des larcins) et n'avoir pas de pression patronale tel une épée de Damoclès.
Grimpez les échelons par soi-même dans la Tribu et s'y faire une place sans piston pour se satisfaire pleinement.
Vous voyez que finalement, il y a du bon dans le malheur. Il y a à voir tant de chose que les bourgeois ne pourrait pas croire. De grands hommes en feu surgissant de la bouche de la vie, des rayons de soleil fabuleux priant dans la porte nocturne de Londres. Tous ses moments se perdront dans l'oubli comme les larmes dans la pluie, ce qui en fait des diamants.
Oublié est peut être un bien grand mot au final... Altéré, remanié, revisité serait peut être davantage proche de la réalité. C'est assez fréquent dans les nombreux "café de commerce" de Whitechapel, durant les échanges de ragots et autre secret, d'échange d'idée de cambriole ou de technique de crochetage de coffre.

Et parmi les nombreux appartements, pièce secrète, grenier ou cave de Londres faisant office de café de commerce, quel était le meilleur emplacement de rendez-vous pour la Tribu ? Les lieux publiques. On pense à se cacher dans la pénombre pour être à l'abris des regards alors qu'il suffit de se cacher au grand jour pour être à l'abris de la police.
Les lavoirs faisaient partis des bons lieux pour se dissimuler entre les places de marché, les tavernes ou encore les grandes avenues. Les lessiveuses faisaient partie des petites gens qui permettaient à certain de lessiver leur mental dans des discussions. Elles avaient leur utilité lorsqu'on sait manier sa langue autant dans les bavardages que dans des activités intimes, et Fergus était un bon exemple en Dom Juan de ses belles. Elles aussi avaient besoin de confidents par moment, à force de courber l'échine au dessus d'un bassin, elles avaient le droit de courber autre chose au dessus d'un matelas.
De plus est, durant les saisons chaude, une source d'eau fraîches étaient d'un grand secours à l'abris du soleil sous un toit de chaume.

Aujourd'hui, Jenny serait bien ravis d'y faire un tour pour brièvement se passer un coup d'eau sur le visage et sous les aisselles afin de dissiper certaines odeurs persistante. C'est tout aussi revigorant que l'eau de la Tamise et davantage intime sans tous ses marins qui débarquaient les convois sur les quais. Le printemps était à un mois d'aller se coucher pour laisser place à l'été : même Londres a droit à des festivités, non ?
Il était des jours où son "père" y méditait et ce peu importe le nombre de passants y accostant leur corps pour profiter de la légèreté humide de l'air. Aucune obligation pour la petite fille d'y aller de manière régulière, elle était assez libre de se déplacer où bon lui semblait sans avoir peur de qui que ce soit.
Son intuition était bonne, adossé à l'une des poutres déjà plus vieille que Jenny et ayant eu plus de passage dans sa vie qu'elle, et tout autant d'histoire à sans doute raconter à qui le souhaite. Les deux s'échangèrent un sourire malicieux en s'apercevant, la gamine se dirigea sur la pointe des pieds frottant une de ses petites cuisses contre l'autre comme une danse de plaisir au contact de la présence de son sauveur.

-Salut Jenny, tu racontes quoi de beau ? Ramène un peu tes fesses par ici, je parie qu’elle est bonne.
-Tout d'suite, quand j'aurais plongée mon visage dans la tisane de grenouille ! acquiesça la fillette. J'ai aussi apporté un p'tit quelque chose pour mon Fergus préféré.

Tout en se disant cela, elle retira ses savates pour les plonger dans l'eau pour un futur sur le point de se réaliser.




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Si vous êtes impliqués dans ma douleur, et que vous n'êtes pas effrayés, alors vous ne comprenez rien.
Pour votre bien, comprenez ceci : je suis Jenny. Je viens vous voler et jamais, jamais, je ne m'arrêterai.
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MessageSujet: Re: to live will be an awfully big adventure | Jenny to live will be an awfully big adventure | Jenny Icon_minitimeMer 28 Juin - 21:18



To live will be an awfully big adventure

« Je ne retomberai jamais en enfance, j'y suis toujours resté. »

Whitechapel, 1891

Il était quand même fou de penser que, quand même, Fergus allait sur ses vingt-neuf ans. Cela pouvait paraître peu, mais pour l'époque, et pour un être aussi aventureux que lui, naviguant dans les plus basses sphères de la vie londonienne, il n'était ni présomptueux ni insultant de poser qu'il allait entrer sous peu dans ce que l'on pourrait nommer de le "grand âge".

Pourtant, le Britannique ne se voyait pas âgé. Son corps demeurait toujours aussi athlétique, préservé par le peu d'excès autres qu'une bonne cuite de temps à autres, entretenu par le travail physique que demandait de lui son poste à la fonderie ; quant à son mental, il n'avait jamais été plus au beau fixe qu’à présent, alors que la Tribu sortait doucement mais sûrement de cocon. Tel un capitaine dont le navire avait largué les amarres et quitté son port d'attache, il frémissait autant d'impatience que d'excitation à l'approche des rives d'un Nouveau Monde encore inexploré, plus qu'enthousiaste à l'idée de non seulement mener son vaisseau à bon port, mais d'en plus apposer sa marque, aussi durablement que possible, sur ces terres où aucun bougre de son espèce n'avait encore eu l'outrecuidance de s'aventurer.

Dans sa tête, la fougue de ses vingt ans demeurait bel et bien vivante, toujours aussi flamboyante que lorsque les griffes de la maison de correction avaient desserré leur étreinte : seule l'expérience s'était invitée à la fête, assouplissant ses élans indomptables pour les anoblir, comme le temps le faisait avec le bon vin, et mieux les mettre au service de ses ambitions presque dignes d'un conspirateur d'envergure. Imaginatif, organisé, touchant à mille projets en même temps au point de frôler l'hyperactivité, il paraissait infatigable, et à des années-lumière de la moindre notion de prise de retraite. C'était sans doute pour ça que Lynch s'entendait si bien avec la petite Jenny : leurs coeurs étaient loin d'en avoir assez d'entraîner leurs carcasses dans de folles aventures, ils avaient encore des tas de choses à dire, et encore plus à entreprendre. L'irrévérence caractérisée de la gamine, doublée d'un franc-parler à toute épreuve, l'avaient de suite emballé, lui qui par ailleurs n'en manquait pas non plus, c'était peu dire ; de tous les jeunes gens que le malfrat avait pris sous son aile, c'était bien ce diablotin à la bouille d'ange qui lui ressemblait le plus, et si Fergus n'avait jusqu'à lors jamais aspiré à fonder une famille, Jenny représentait clairement ce dont il aurait aimé que son hypothétique fille soit le portrait craché, du point de vue du caractère. Jolene, Percy, Joséphine, ils étaient tous sympathiques à leur manière, attachants par certains côtés, divertissants et talentueux par d'autres, ne le nions pas. Cependant, inutile de chercher plus loin, de prier le petit Jésus pour que d'autres qualités soient offertes à cette enfant qui ne verrait jamais le jour, ou que certains défauts soient gommés, Lynch avait tout simplement l'impression de se regarder dans un miroir quand il observait Jenny, le garçon intrépide qui autrefois prenait la tête d'une bande d'amis à présent désagrégée qu'il entraînait dans de folles épopées, l'adolescent n'ayant nullement autorisé la vie à amoindrir sa volonté ou son désir de se battre contre toutes les forces qui tenteraient jamais de le contraindre ou de le rabaisser.

Rares étaient les moments où, en présence de la gosse des rues, l'Anglais se départait de son demi-sourire à la fois amusé et facétieux, une marque de fabrique pour cette part si joueuse de son tempérament.

-C'est trop aimable de te faire une beauté juste pour moi, la taquina-t-il avant de prendre place au bord du lavoir. Je ne te savais pas si coquette...

Bien évidemment, tous deux ne pouvaient se trouver plus aux antipodes des précieux de la haute, friands de fards, de parfums et d'onguents en tout genre, maître dans l'art du paraître comme l'eux l'étaient de l'existence à hauts risques, sans cesse sur la corde raide : la titiller se révélait juste trop tentant, si bien que dès que l'occasion se présentait, Lynch n'hésitait, et compte-tenu du répondant de la demoiselle, il n'était pas rare que cela finisse en "joute" de bons mots interminables, dont le hors-la-loi ne se laissait pas. Chez Fergus, en règle générale, plus il cherchait à vous asticoter gentiment plus cela signifiait qu'il vous appréciait, loin des répliques fracassantes mais ironiquement mesquines qu'il décochait envers celles et ceux assombrissant son humeur, et dans le lard desquels il n'hésitait pas à rentrer sans ménagement.

L'ironique gaillard avait élu pour trône une des pierres à laver que se disputaient les blanchisseuses aux heures les plus actives du lavoir, sorte d'embryon de menhir à la face plane plongeant dans le bassin, et sur lequel les rudes travailleuses effectuaient leur tâche  quand elles avaient la chance d'arriver les premières -sinon, il ne leur restait plus qu'à dégainer leur planche à laver en bois rugueux prolixe en échardes, et à se mettre à l'ouvrage, en bougonnant que c'était toujours que pareil, et que certaines étaient vraiment privilégiées par rapport aux autres. Si, à moitié en tailleur, la position pouvait sembler un brin inconfortable, une fois ses bottes ôtées, les jambes dépliées et les pieds dans l'eau, l'inclinaison de la pierre ne manquerait pas de se montrer optimale pour profiter de la fraîcheur de l'onde, ainsi que de l'ombrage prodigué par le toit.

Son chapeau melon, éternel compagnon à la fidélité comparable au long couteau de boucher battant constamment à sa ceinture, fut mis à contribution : élimé mais indispensable, il quitta le crâne de son propriétaire pour plonger dans l'eau relativement claire, s'en trouver trempé et revenir, vide quoi que dégoulinant, à sa place initiale, moyen plutôt efficace de rafraîchir la tête sur laquelle il siégeait depuis déjà des années. Lynch sentit un léger filet d'eau fraîche serpenter entre ses courtes mèches brunes, puis couler le long de sa nuque jusque dans le col de sa chemise aussi défraîchie que son couvre-chef, et ne prit quelque seconde pour décider que oui, définitivement, jusqu'à preuve du contraire, c'était une bonne journée.

-Alors, crache donc un peu le morceau, pour voir. J'attends. Mais je ne t'en voudrais pas si d'aventure tu choisis de commencer par le cadeau.

Réputé imprévisible, et parfois peu patient en dehors des grandes questions requérant d'avoir la tête aussi froide que le sang d'un reptile, son côté gamin n'appréciait guère l'attente, surtout lorsqu'un présent se trouvait à la clé -et, compte-tenu des atomes crochus entre lui et sa benjamine, il y avait de fortes chances pour que ladite offrande lui plaise. Le récit des dernières aventures en date de la môme, promettait également de recevoir une attention particulière de la part de son mentor.




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Citation : Tristan Bernard

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MessageSujet: Re: to live will be an awfully big adventure | Jenny to live will be an awfully big adventure | Jenny Icon_minitimeJeu 29 Juin - 10:01



To live will be an awfully big adventure

« Pourquoi aller à l'âge adulte quand l'enfance est un bon fauteuil? »

Whitechapel, 1891

Il était assez impensable que Jenny ai  survécu depuis autant de temps dans la rue. Son jeune âge peut paraître infime dans l'expérience d'une vie, et ce peu importe l'époque, mais que les gens essayent de passer rien qu'une seule nuit sous un ciel étoilé sans y être préparé.
Savent-ils ce que cela fait d'être lâché dans la nature, avec les risques que ça implique ? Certe il y avait une forme de liberté, mais dormiraient-ils tranquillement en sachant que n'importe qui peut leur tomber dessus durant leur sommeil au fond d'un jardin ?

La voleuse avait pour elle le fait d'avoir grandit dans cette atmosphère et cela lui paraissait aussi normal que de respirer. Bien sur, elle réussissait la plupart du temps à être à l'abris, connaissant les bon lieux du quartier de la Tribu, ayant par ailleurs un semblant de "chambre" dans une cachette et obtenant parfois une vrai pièce avec un lit globalement propre.
Sa seule réelle crainte était de se faire chopper lors de l'inattention de l'assoupissement, malgré son couteau de poche qui ne la quittait jamais. Lorsqu'elle entend des hommes ivres certain soir, elle reste sur le qui-vive au cas-où. Et s'ils passent à quelques mètres en bafouillant des chants emplis d'idiotie, son cœur bat un peu plus rapidement dans le doute de devoir sauter sur l'offensive, mais cela faisait partie du jeu de la rue.
Les rares compagnons que la fillette acceptait sans broncher était les chats vagabond cherchant un peu à manger et de chaleur. Elle les adopta le temps de quelques heures pour se réchauffer et chacun repartait de son côté une fois la tâche de Chimère accomplit. Il y eu pendant quelques mois Bird, un félin à la fourrure noir avec des tâches blanches au niveau des épaules qui venait à intervalle régulière la retrouver, et il lui arrivait de se faire voir en pleine journée, lorsque Jenny vaqua dans les quartier de Whitechapel et qu'elle l'apercevait attendre devant des échoppes de quoi manger. Mais un jour, plus de nouvelles de lui, et aucun moyen de savoir ce qu'il était devenu.
Pas d'attachement possible quand on a se mode de vie, c'était l'un des handicap qu'il fallait endurer.

Dans son esprit, Jenny avait l'impression d'avoir dix ou quinze ans de plus à cause des frustrations goûtée trop tôt et des reste de solitude coincé entre les dents, mais Fergus était la pincée de sucre qui perlait le long de sa langue. Juste ce qu'il faut pour s'accrocher à la vie et savourer de pouvoir encore respirer.
Il réussissait à faire contrebalancer sa vision parfois injustement trop strict en faisant revivre la gamine qu'elle était. A ce demander d'où il tirait sa force au vue des difficultés qu'il avait lui aussi traversé. Sans doute l'un des rares point de vue qui les différaient mais cela avait été bénéfique autant pour l'un que pour l'autre.
Il lui permettait de voir que l'être humain n'est pas fondamentalement inutile, mauvais ou encore idiot comme cet océan de riche pignouf. Bien sur, les autres compagnons de la Tribu étaient remplis de bonne volonté, de fougue et d’énergie, mais peu d'entre eux faisaient voyager Jenny comme lui le faisait. Peu d'entre eux était porté aussi haut dans son estime, et elle n'avait pas les mots à poser sur l'amitié père/fille qu'elle avait pour cet homme.
"Quel idiote je fais" pensait-elle parfois, par de le décevoir avec sa naïveté de le voir comme cela. Et pourtant, aucune crainte de sa part n'avais lieu d'être, il est permis à tout le monde d'avoir une part d'innocence.

Il est fort probable que c'est en partis à cause de Fergus que Jenny a son coté garçon manqué. Ses cheveux coupé court avait le bon argument de ne pas faciliter les poursuivants pour l'attraper, ni de lui gêner les yeux, mais c'était le genre de fille qui appréciait cette légèreté capillaire. Moins d'entretien et ça lui permettait d'avoir une personnalité propre. Peut être par la même occasion pour se rapprocher de la façon d'être de son père d'adoption, qui sait  ?
En tout cas, durant les moments complice qu'elle entretenait avec lui, il arrivait à Jenny de se servir de ce côté très légèrement masculin afin de l'imiter pour plaisanter. Aux autres filles les jeux de poupée avec leur parents, pour eux deux c'était bien plus amusant.

-Alors, crache donc un peu le morceau, pour voir. J'attends. Mais je ne t'en voudrais pas si d'aventure tu choisis de commencer par le cadeau.

Pendant qu'un sourire se dessina sur  le visage heureux du chef de Tribu lorsqu'il replaça son chapeau melon humidifié sur ses cheveux en quête de fraîcheur, la fille en haillon envoya ses paluches dans son inséparable sac en toile de jute posé sur le rebord du bassin d'eau. Elle sortie la surprise plus ou moins roulé en boule en disant à Fergus :

-V'la de quoi te rendre aussi beau qu'le roi : une chemise teintée du rouge le plus vif qu'on puisse imaginer, dans un drap aussi doux que l'cul d'un noble ! J'te raconte pas la trogne du mec quand il se la cherchera dans son placard, mais on peux toujours imaginer ça à deux !

Elle lui lança le vêtement roulé en boule comme un ballon au dessus de l'eau fraîche.




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Pour votre bien, comprenez ceci : je suis Jenny. Je viens vous voler et jamais, jamais, je ne m'arrêterai.
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Fergus Lynch
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Informations : Orphelin déposé au seuil d'une institution quelques semaines après sa naissance ✘ Ignore tout de ses origines, et n'y accorde aucune importance ✘ Fraie dans le monde de la petite délinquence depuis sa plus tendre enfance ✘ Ancien chef d'une bande gosses aventureux, à présent dissolue ✘ Suite à ça, a passé plusieurs mois en maison de correction ✘ La mort d'un de ses meilleurs amis, atteint de syphilis, a suffi à le convaincre de ne pas s'approcher des prostituées, règle qu'il suit toujours ✘ A fondé la Tribu, gang des rues sévissant à Whitechapel, dont il connait les moindres recoins ✘ Participe régulièrement à des combats illégaux organisés dans des bars, desquels il tire un joli pactole, ainsi que quelques petites cicatrices sur tout le corps ✘ Amateur d'armes blanches, il se sépare rarement de son couteau de boucher, tout comme de son vieux chapeau melon ✘ Se moque bien des forces de police, avec lesquelles il n'hésiterait pas à en découdre ✘ Ne voue que mépris à l'aristocratie et aux autres parvenus, mais grâce aux paiements reçus en échange de l'aide de son gang, il recrute de plus en plus d'adeptes, et accroît l'influence de la Tribu : son ambitieux objectif n'est autre que de faire tomber sous sa coupe Whitechapel et Southwark, pour mieux leur donner un second souffle, ainsi qu'une capacité de réponse envers les injustices infligées par les strates plus aisées de la société.
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MessageSujet: Re: to live will be an awfully big adventure | Jenny to live will be an awfully big adventure | Jenny Icon_minitimeJeu 3 Aoû - 18:59



To live will be an awfully big adventure

« Il y a plus d'amour dans la petite offre du pauvre
que dans le gros cadeau du riche. »

Whitechapel, 1891

L’étendard écarlate fut déployé par son nouveau possesseur à la manière d’une bannière guerrière, après que ce dernier l’eut rattrapé au vol, son adresse n’ayant eu que peu de peine à se donner, compte tenu de la qualité du tir de Jenny. Fergus déplia la chemise d’un trait, tenant le vêtement à bout de bras par les épaules pour pouvoir l’admirer d’aussi loin que possible, et juché comme il se trouvait sur ce qui n’était rien de plus qu’une grosse pierre, on aurait presque pu se rappeler du fier et féroce peuple qu’avait été celui des Angles, quasi fondateurs de leur pays, et guerriers que l’imaginaire collectif se figurait tout à fait prompt à revêtir avec fierté leurs frusques couvertes des restes de leurs ennemis vaincus.

Le moins que l’on pût dire, c’était que Lynch avait été loin de s’attendre à ça. Une babiole, un courrier au contenu apte à l’intéresser, ou même une arme, voilà qui aurait été plus classique, ou en tout cas beaucoup moins surprenant que cet inattendu présent, qui demeurait suspendu dans les airs, tel un petit fantôme penaud, honteux de sa teinte si tape-à-l’œil. Une surprise ayant décidément quelque peu du mal à s’estomper animait son regard, ce que ne manquait pas d’appuyer ses sourcils légèrement haussés : l’Anglais était réputé du genre à être franc, autant en paroles qu’en actes, et ne ratait jamais l’occasion de donner son avis le plus sincèrement du monde lorsque la situation s’y prêtait, ou en tout cas quand il lui en prenait l’envie. Loin de cultiver les faux semblants et l’hypocrisie, attribués plus volontiers aux élites qu’aux types de basse extraction comme lui, l’ouvrier ne cachait que rarement ses émotions, homme expressif n’hésitant pas à se mêler aux rires des fêtards lors de soirées animées qu’à pousser un retentissant coup de gueule lorsque c’était mérité. Râleur dans ses mauvais jours, jovial camarades dans les bons, beau parleur si nécessaire et chef de meute charismatique, son énergie se dispensait également par sa manière d’être, entière, infatigable, et de ce fait parfois difficile à suivre, ou tout simplement à vivre. Et c’était bien sûr sans espoir que Fergus ralentisse pour vous permettre de retrouver votre souffle ! Sans pour autant se montrer irréfléchi et foncer dans le tas sans réfléchir, le brigand ne se brimait en rien, laissant volontiers la retenue au reste du monde, si ce dernier se trouvait d’humeur à jouer les timorés ; ainsi, le voir si silencieux, presque pensif, devant le cadeau de Jenny se révélait être inhabituel, et particulièrement difficile à interpréter.

Impossible de prédire avec exactitude dans la direction de quel extrême sa réaction allait tendre. Son honnêteté viscérale lui ferait-il récompenser l’audace de la demoiselle avec un entrain non feint, ou bien ne masquerait en rien une déception mêlée de déplaisir quant à cette chemise si criarde ? Cela paraissait se jouer à pile ou face, alors que les secondes s’égrainaient, et que le Britannique ne donnait pas signe de savoir exactement quoi faire de l’offrande de la jeune voleuse. Il n’était même pas question de comment présenter son avis à Jenny, puisque comme nous le disions, il n’avait aucun scrupule à froisser son entourage, au motif qu’il valait mieux déplaire que mentir, mais comment son tempérament de fonceur, donc plutôt à même d’apprécier une tenue aussi tapageuse, allait s’accommoder du peu de discrétion prodigué par cette chemise, qui assurément ne le ferait pas passer inaperçu lorsqu’il la porterait -voire lui rapporterait quelques sifflements et remarques narquoises.

-C’est…

Le suspense s’étira encore un brin, avant qu’un sourire posé ne vienne relever les commissures de ses lèvres.

-… Sacrément original. Merci, Jenny.

Voilà donc qui était acté : le présent était accepté de bonne grâce, avec reconnaissance même, malgré son caractère complètement atypique. À cheval donné, mieux valait ne pas regarder les dents, c’eût impoli, et même pire, très irrespectueux, même dans le monde des indigents.

Fergus laissa ses bras retomber, la chemise se trouvant alors ramassée sur elle-même sur ses genoux, toujours aussi flamboyante que la cape d’un matador andalou.

-Tu savais que certains soldats portent des uniformes teints en rouges, complètement ou en partie, pour cacher leur sang s’ils sont blessés, et ainsi ne pas encourager la combativité de l’ennemi ?

Sa mine, réjouie, témoignait du point auquel il trouvait cette stratégie martiale enthousiasmante : cacher ses plaies, ses blessures parfois mortelles, et donc ses faiblesses, pour mieux conserver toute sa magnificence, et pourfendre ses adversaires jusqu’au bout, sans leur laisser le moindre plaisir à l’idée d’avoir pu vous atteindre de quelque manière que ce fût… Voilà qui se mariait à la quasi-perfection avec sa philosophie personnelle, toute en absence de concessions et en rage de vaincre intransigeante.

Il adressa un sourire de connivence à la jeune fille, avant de baisser les yeux sur la nouvelle pièce de sa garde-robe réduite à peau de chagrin, à la fois par l’usure qui finissait d’avoir raison de ses maigres possessions, par l’argent qu’il n’avait tout simplement pas à mettre dans des nouvelles pièces -neuves ou de seconde main-, et avant tout par le fait que le hors-la-loi était loin de faire grand cas de ce qu’il avait sur le dos. Son sourire, à présent tourné vers la chemise, sembla souhaiter la bienvenue à cette dernière, avant qu’avec des gestes experts, il ne la plia plus convenablement : ce n’était pas parce qu’on était pauvre qu’on ne prenait pas soin du peu que l’on possédait, a fortiori lorsqu’il s’agissait d’un cadeau arraché à la bonne société rien que pour vous, par un ou une amie, et de longue haleine.

-Je la porterai pour mon prochain combat : ça va avoir de la gueule, pour sûr.

Et le fondeur s’en amusait déjà, trublion funambule courant sur le fil de la vie au mépris du vide sous ses pas. Certains de ces duels à mains nues étaient à mort, durant lesquels il n’hésitait pas à aller jusqu’au bout ; il risquait sa peau lors de chacune de ces soirées illégales, tant un seul coup bien placé pouvait vous balayer en une fraction de seconde -et il en savait quelque chose, pour avoir fini à la morgue de St Bartholomew après un malaise survenu après une victoire, où il avait d’ailleurs retrouvé ce cher David-, ce qui ne l’empêchait pas de considérer ces risques avec une légèreté calculée, conscient du danger, tout en y demeurant effrontément indifférent.

Fergus releva le nez pour à nouveau regarder Jenny, décidément pleine de ressources, comme son mentor ne manquait pas de le remarquer un peu plus chaque jour :

-Je n’arrive même pas à imaginer le genre de gusse chez qui tu as trouvé ça, ni à quoi ressemblait le reste de son linge. Raconte un peu comment tu t’es débrouillée.

Ça allait peut-être de pair avec ce qu’elle comptait lui dire, ou en tout cas lui permettrait d’y arriver avant ou après son récit, à son aise ; en tout cas, ç’avait été avec un intérêt réel que Lynch lui avait demandé son récit -son « rapport, aurait-on même pu dire-, en s’adressant à elle d’égal à égal, sur un ton sérieux quoi que toujours aimable, loin de ses taquineries de tantôt.

Une telle épopée avait deux fonctions : la première, la plus évidente, de mesurer le talent de Jenny, et d’ainsi avoir une idée de sa progression dans le monde du vol à la tire, sorte de première marche dans la pyramide du crime, au sien de laquelle Fergus pourrait la faire monter à l’aune de sa motivation et des capacités développées par l’orpheline. La seconde, contre toute attente, n’avait rien à voir avec d’éventuelles adresses intéressantes ; certes, pour tester des petits nouveaux, rien ne valait une mise à l’épreuve relativement simple, mais si c’était pour se lancer dans une collection de vêtements affriolants, le Britannique préférait encore les envoyer vers des cibles un peu plus utiles à la Tribu que le domicile d’un excentrique, aussi riche fût-il. En fait, Fergus suivait d’un œil attentif les sorties de ses troupes en dehors de leur territoire, et ce autant que possible, afin de s’assurer que les choses avaient été faites proprement, sans faire de vagues. Conserver Scotland Yard dans un état d’alerte le plus faible possible constituait un réel enjeu pour l’extension en cours du gang, sans parler des nobles et bourgeois qui, à cause de vols imputés de près ou de loin à la Tribu, se seraient ravisés au moment de « passer contrat » avec eux, refroidis par ce dans quoi leurs potentiels exécuteurs de basses œuvres trempaient en dehors des commandes passées par leurs riches clients.

Donc oui, en un sens, il surveillait Jenny, comme il surveillait autant que possible le reste de ses fidèles, du plus petit échelon jusqu’au stade où ledit membre du groupe se révélait suffisamment mâture et de confiance pour que leur chef le trouve apte à mener sa barque sans lui rendre constamment des comptes. Accusez-le de n’être franc que quand cela l’arrangeait, et de ne pas se fier aveuglément à tous ses sbires, c’était votre bon droit, quoi que le fonctionnement de la Tribu autorisât pareillement ses affidés à questionner leur meneur, bien que la peur mêlée de respect et d’admiration leur ait jusque-là toujours imposé un silence dévot ; aucun passe-droit pour personne, une autre veine de l’âme qu’avait insufflée Fergus à son gang.

Telle était la règle du jeu, à laquelle on ne pouvait échapper si l’on désirait réussir, surtout dans un projet aussi démesuré et aussi fou que celui de réunir Whitechapel et Southwark sous une même bannière -la sienne, en l’occurrence.




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Citation : Oumar Sankhane

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MessageSujet: Re: to live will be an awfully big adventure | Jenny to live will be an awfully big adventure | Jenny Icon_minitimeMer 16 Aoû - 18:03



To live will be an awfully big adventure

« Maison ouverte rend le voleur honnête »

Whitechapel, 1891

Un simple sourire de sa part suffisait à Jenny pour que sentir son cœur battre plus que d'habitude. Pas un battement comme lorsqu'une fuite des forces de l'ordre s'impose, qu'un bourge glissait dans la boue ou qu'une torgnole bien placé cassait des dents d'un bon bougre.
Mais une chamade de la plus sincère des satisfactions. La jeune pouilleuse aimait bien surprendre même lorsqu'il s'agissait de Fergus. Combien de jolie fille lui offrait des couteaux, des fleurs, de timide baiser ou quelques bricoles à la valeur insoupçonné pour rentrer dans les bonnes grâce du chef en pensant faire mouche ?
Il ne fallait pas offrir quoi que ce soit dans l'espoir de recevoir en échange autant, la simplicité dans toute sa splendeur fait très bien son office.

-Tu savais que certains soldats portent des uniformes teints en rouges, complètement ou en partie, pour cacher leur sang s’ils sont blessés, et ainsi ne pas encourager la combativité de l’ennemi ?
-J'allais pas t'affuter en t'refilant un bleu d'travail, c'pour les blousiers ça. Et pi, l'rouge ça t'va bien, ça en impose pour quelqu'un d'ta stature.

Une fois cela sortie de sa bouche, Jenny jeta un bref coup d’œil à son accoutrement et il n'avais aucune couleur des plus charmante. Juste quelque colorie semblant se rapprocher de la couleur terne de la terre ou, au mieux, des briques composant les bâtiments industriel. En effet, c'était la meilleure chose à faire pour se fondre dans la masse, mais en ce qui concerne les relations social et l'image que l'on souhaite renvoyer, il convient de dire qu'il y a mieux. Le genre de détail qui ferait dire que Jenny aurait la fâcheuse tendance à privilégier sa survie aux amis, un défaut qui reste discutable au sein de la Tribu.

-Je n’arrive même pas à imaginer le genre de gusse chez qui tu as trouvé ça, ni à quoi ressemblait le reste de son linge. Raconte un peu comment tu t’es débrouillée.

Sur cette demande, la jeune voleuse se rapprocha davantage du lavoir pour s’asseoir aux côtés du leader, bien à l'ombre et dans la fraîche atmosphère nappée d'humidité.

-J'vais te raconter ça sans trop t'baratiner !

Après cette demi-promesse d'entourloupe, Jenny commença à narrer dans de beaux gestes son histoire. Cela consista à relater au départ d'une soirée au clair de lune quelques temps auparavant, après un semblant de repas sous l’œil avisé de la lune en croissance en compagnie de quelques membres anodins de la Tribu, qu'un bon commerçant aux tendances bien maîtrisé du boniment s'enrichissait avec aisance pour s'acquérir de drapés des plus soyeux. Des présents pour sa douce moitié d'après ses racontar, afin de lui démontrer ses sentiments.
Peut être bien était-ce la de quoi draguer le client naïf et lui faire acheter des articles dispensable, mais il suffisait qu'une oreille avisé s'attarde non loin pour acquérir l'envie de vérifier l'information.
Jenny ne perdant que rarement le nord lors de tel racontar insista sur l'intérêt qu'elle portait au membre lui ayant raconté cela. Les occasions de ce style sont comme les bonnes affaire durant les marchés aux poissons du vieux port de la cité : il faut savoir tomber dessus et briller du plus beau feu pour tirer son épingle du jeu.

Elle avait donc convenu avec lui (dont le nom importe peu dans cette narration, il pourrait bien se nommer Bertrand, Felix ou quand bien même Jack que cela serais du pareil au même) de ce retrouver jonchant le mur de la cour intérieur de ladite boutique. Une fois la courte échelle réalisée, et l'herbe sous la joute des pieds pauvrement vêtus, il en serait presque chose simple que de grimper avec l'aide de quelques briques mal placé et dépassant de 3 ou 4 millimètres par rapport aux autre pour y glisser les doigts.
Une fois arrivé à une fenêtre découvrant une chambre, il suffisait simplement d'y poser ses fesses sur le rebord pour y crocheter en toute quiétude dans la couverture nocturne de l'horaire. Peu importe qu'i y ai des barreaux bien vissé, une canne du plus simple appareil suffisait avec un minimum d'adresse pour y pécher des objets qui accrochait l’œil, le tri se faisant sur le tard. La technique de la canne étant une leçon bien acquise provenant de Fergus, l'astuce demeurant la plupart du temps dans la simplicité même.
Rien de plus amusant pour Jenny que cet exercice, qu'elle pratiquait avec autant d'adresse que n'importe quel jeu de chat perché ou de colin-maillard. La descende du mur se faisant plus rapidement, les objets fragile se trouvant dans un sac solidement accroché, et les acquisitions moins cassable directement jeté au sol et à récupérer une fois le plancher des vaches sollicité.

-.... et v'la toute la turlute raconté, rien d'bien grapilleux pour faire bander autant qu'un vieillard sénile.
conclu la grimpeuse de mur à Fergus



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MessageSujet: Re: to live will be an awfully big adventure | Jenny to live will be an awfully big adventure | Jenny Icon_minitimeMar 10 Oct - 22:33



To live will be an awfully big adventure

« Libérez le potentiel de l'enfant et vous
transformerez le monde avec lui. »

Whitechapel, 1891

La notion de cadeau signifiait beaucoup parmi les pauvres, justement parce que bon nombre des malheureux contraints de vivre dans pareils bouges n’avaient rien ou quasiment, et que se séparer d’un de leur bien sans rien attendre en retour équivalait à un petit sacrifice loin de ne rien leur coûter, quoi qu’en assure leur rustre pudeur. Le troc avait encore de belles décennies devant lui, des denrées ou biens acquis plus ou moins honnêtement servant à payer en nature à d’innombrables reprises, en des terres où la moindre pièce de monnaie non contrefaite valait plus, tellement plus que son prix réel en dehors de leurs rues, et l’on n’avait jamais rien sans rien, une règle tacite acceptée par tous. Pour survivre, tous les moyens se trouvaient bon, jusqu’à vendre son corps ou même son âme, parfois pour une bouchée de pain, ou la liberté de se dire encore vivant pour une journée de plus.

La générosité représentait une forme de suicide, une privation qui à la longue pouvait vous coûter cher, et vous faire regretter cette folie qu’était l’altruisme lorsque de la vie, vous ne pouviez vous-même rien attendre ni espérer. C’était en vérité surtout le désintéressement qui risquait de vous nuire : dans un univers aussi sombre, si ce n’était pour tenter d’obtenir les faveurs de quelqu’un en minaudant ou en mimant une pseudo bonté censée vous rendre plus aimable ou en tout cas plus amical vis-à-vis généralement de quelqu’un vous menaçant, ou encore capable de vous donner la clé de vos rêves les plus fous, rien n’excusait une telle charité, vue à l’image une faiblesse, et non une vertu. Avoir le cœur sur la main, parmi les loups affamés en lesquels se transformaient les honnêtes citoyens réduits à la plus extrême misère, revenait littéralement à exhiber son palpitant à tout-va, sous le nez de carnivores flairant le sang frais à des kilomètres à la ronde : une idée dangereuse, sauf si vous aviez une confiance absolue en la personne avec qui vous partagiez vos maigres trésors. C’était cette mise à nu, minime mais nullement négligeable, qui touchait Fergus, plus que la chemise en elle-même pour ses qualités esthétiques, ou par le mal que s’était donné Jenny pour l’obtenir.

Ce fut avec un sourire bien difficile à réprimer, quoi que d’un ton dénué de toute plaisanterie, que Lynch, avec cette fausse pudeur inculqué depuis toujours au sexe fort, rebondit sur le compliment de la demoiselle, comme si ce dernier ne le touchait pas vraiment, en tout cas pas autant qu’il le faisait vraiment :

-Flatteuse, va…

L’Anglais ne cessait de s’émerveiller, par devers lui, de ce que l’existence de la Tribu parvenait à générer chez les gens, ce que lui-même parvenait à créer, au sien d’un mouvement qui à présent grandissait et se renforçait, presque sans que son créateur n’ait plus de lui tenir la min. Pareil à un enfant effectuant ses premiers pas de façon de plus en plus assurée au fil des jours, son gang déployait ses ailes, poursuivant sur une lancée que Fergus lui avait dessinée avec assurance et une indépendance grandissante. Le brigand se sentait comme à la barre d’un fier navire, autrefois modeste tas de bois duquel lui et ses affidés de la première heure avait réussi à faire naître ce qui avait d’abord été un petit esquif, puis un audacieux sloop, et à présent un bâtiment fendant les vagues avec énergie, son gouvernail suivant posément la direction choisie par son capitaine.

Le chemin parcouru depuis que Lynch avait franchi pour la première fois la porte de la fonderie donnait en un sens le tournis, autant qu’il galvanisait et rendait confiant pour la suite, ou en tout cas conférait l’impatience de mettre plus avant les mains dans le cambouis pour atteindre une réussite pleine et entière. Plus que la croissance de ce groupe parti de rien et arrivé à deux doigts de tenir dans le creux de sa paume Whitechapel aussi bien que Southwark, c’était le regard des gens qui le frappait, ces visages non plus maussades mais éclairés de l’intérieur, ces statures autrefois voûtées sur leur propre résignation redressées, cette méfiance naturelle métamorphosée en bonne volonté, en foi en l’avenir. Ces hommes et ces femmes ne ressemblaient plus aux fantômes si bien connus de leurs quartiers, mais enfin à des êtres humains, avec des projets, de l’ambition, la possibilité de concevoir l’existence d’une lumière au bout du tunnel ; leur implication dans la Tribu faisait plaisir à voir, tout en étonnant de par sa chaleur, sa franchise bon enfant, si loin de l’agressivité aussi individualiste que défensive grâce à laquelle survivre dans leurs ruelles s’avérait un peu moins dur. Le Britannique avait parfaitement conscience que c’était de son fait, sans pour autant parvenir à imaginer à quel point son talent se trouvait capable de renverser manières d’être les préétablies. Plaisamment surpris à chaque fois, le truand ne pouvait qu’espérer que cet élan perdurerait, y compris lorsque les choses commenceraient à devenir moins facile.

En matière de complications, les âmes bien pensantes qui se souciaient de Jenny, même si elles n’étaient pas là pour profiter de leur conversation, devaient certainement avoir les oreilles qui sifflaient, non pas à cause du récit des aventures de l’hardie demoiselle, mais bien de par le vocabulaire fleuri que celle-ci employait. Conscient que cela finirait par lui retomber dessus un jour ou l’autre –après tout, c’était lui qui était censé être l’adulte responsable-, Fergus écarquilla les yeux, avec la mine de quelqu’un n’ayant vraiment pas hâte de se prendre un savon.

-Surveille un peu ton langage, jeune fille : Saul va m’arracher la tête si jamais il t’entend parler comme ça.

Et encore, c’était sans compter la brave Joséphine, qui s’était mis en tête de servir de figure maternelle à la petite voleuse… Lynch ne se trouvait pas encore au fait de cette mission quasi chevaleresque, mi pour sûr, il se retrouverait sous peu avec deux défenseurs de la bonne éducation sur le dos, prompts à lui tirer les oreilles ou à lui faire les gros yeux si Jenny s’amusait à se montrer grossière ou mal élevée en leur présence. Comme dans une vraie famille, en un sens, où l’on prenait soin les uns des autres… Sans s’interdire ni taquineries ni remontrances, en tenant toujours les uns aux autres quoi qu’il puisse bien arriver.

D’un hochement de tête, Fergus approuva en tout cas la démarche, comme un seigneur adouberait son écuyer.

-Pas mal, pas mal du tout. Et je le pense.

Simple, efficace, promptement mené, et sans se faire pincer : du bon boulot, qui présageait de la qualité que revêtirait son talent lorsqu’elle commencerait à être dirigée vers des cambriolages plus complexes, comme l’escomptait son mentor, une fois qu’il l’aurait jugée prête à s’attaquer à plus retors que le petit nid douillet d’une bourgeois sans cervelle. Une gravité légèrement pensive vint cependant amoindrir un peu la bienveillance de cette juste reconnaissance du talent de Smith :

-Ecoute, c’est pas pour faire mon vieux con… Quoi qu’un peu remarque… Fais attention à toi. Je sais à quel point ça te semble facile, que tu te sens douée, à juste titre, et que te brimer est la dernière chose que tu souhaites t’imposer, mais ne prends pas trop de risques à la légère. Tu as à la tête sur les épaules, je sais que tu sauras faire gaffe.


Pas mal de choses allaient encore bouger, et la Tribu ne lui semblait pas encore suffisamment solide, ni pour la perdre, ni pour essuyer des ennuis de taille. Après tout, le marchand que la miss avait dépouillé aurait très bien pu appartenir aux clients du gang, et s’il l’avait vue et reconnue, leur faire perdre nombre de potentiels nantis intéressés par leurs services illégaux en ruinant leur réputation auprès de ses connaissances ; pire encore, par excès de confiance, Jenny pouvait également commettre une erreur que Scotland Yard n’hésiterait pas à exploiter pour la mettre sous les verrous, ou encore créer la brèche nécessaire au meurtre de la Tribu. Autant de dangers facilement évitables en gardant la tête froide, et en ayant conscience de ses propres limites. Heureusement, à l’inverse de bon nombre de têtes brûlées venant trouver Fergus avec le souhait avide de briller à son service en tant que monte-en-l’air, Jenny avait de l’esprit, une ingéniosité piquante que bon nombre d’adultes ne possédaient pas, ce qui lui valait une bonne dose de confiance de la part de son exigeant meneur, sans compter qu'elle savait oùle trouver pour évoquer la faisabilité de ses plans.

Ce dernier referma sans un mot de plus cette bien sérieuse parenthèse, et l’on n’en attendait pas moins de lui, i peu friand des laïus à rallonge ainsi que des atmosphères pesantes. Ce qu’il avait à dire, Lynch le disait toujours avec franchise, sans se perdre en des milliards de ronds de jambe, craindre de vexer ou chercher à amoindrir la portée de ses mots. Là encore, Smith le connaissait, et cette parfaite adéquation entre eux rendait toute mis en garde paternaliste supplémentaire aussi ridicule qu’insultante.

Cette transition fut marquée par le retour du petit sourire réjoui flottant sur les traits du brigand, qui s’employa à ôter ses bottes, puis de retrousser le bas de son pantalon sur ses chevilles.

-À part ça, tu as d’autres projets en tête, maintenant que plus rien ou presque ne t’arrête ? J’aurais peut-être du boulot pour toi, si le cœur t’en dit… Et si ton emploi de ministre te le permet, bien sûr.

Arriveraient-ils un jour à ne pas s’asticoter comme un frère et une sœur se seraient révélés si prompts à le faire ? Fergus ne se posait même pas la question, et n’aurait en rien souhaité avoir la moindre bribe de réponse.

Expirant doucement de plaisir, il laissa ses pieds s’immerger dans l’eau vive, dont le léger courant vint serpenter entre ses orteils ; comme le reste de son corps, les marques d’une vie de dur labeur, de privations et d’âpres combats de rue étaient perceptibles, petites cicatrices zébrant le blanc de sa peau qui, comme de bien entendu chez un Londonien pure souche, avait la blancheur d’un cadavre. À l’inverse de bien des malheureux voyant leur corps lentement se décomposer : mis à part ce qui ressemblait à des griffures, il s’en sortait bien, en comparaison d’autres, mutilés, aux os brisés, aux ongles retournés, à la laideur imposée jusque dans les moindres recoins de sa chair. À croire que même la beauté trouvait une nouvelle définition une fois les limites de Whitechapel franchies.




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Citation : Maria Montessori

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Jenny Smith
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MessageSujet: Re: to live will be an awfully big adventure | Jenny to live will be an awfully big adventure | Jenny Icon_minitimeJeu 12 Oct - 9:20



To live will be an awfully big adventure

« Toutes les nuits appartiennent au voleur, excepté celle où il est pris »

Whitechapel, 1891

-Surveille un peu ton langage, jeune fille : Saul va m’arracher la tête si jamais il t’entend parler comme ça.

Si même Fergus demandait ça à la jeune fille, c'est que cette mauvaise habitude de franc-parler était trop bien ancré en elle. Elle aimait en jouer, elle devait le reconnaître. Pour rendre confus la partie de ses interlocuteurs ne faisant pas partie de la Tribu, ou pour parler en langage codé (étant le principe même de l'argot), elle en vouerait presque un culte à ce langage trop fleuri qu'elle faisait tutoyer avec le vulgaire.
L'apprentissage de cette langue lui permettait de travailler sa mémoire en guise d'école de la rue, pour une fois que ce qui se rapprochait des leçon donnait envie à une enfant. Une motivation aussi forte devait à la fois plaire et déplaire à Fergus qui a dû se faire dépasser par une tel facilité d'apprendre tant de mot. Jenny était loin d'être une femme du monde à rentrer dans une robe au bon vouloir de la société et à trop vouloir provoquer sans réfléchir. Elle ferais cependant des efforts pour sa figure paternel, surtout si cela pouvait lui nuire indirectement.

-J'vais y faire des efforts, si les brigadiers viennent pas trop faire la course avec moi, acquiesça la fillette d'un demi-sourire malicieux.

La rue fais apprendre beaucoup plus de chose que les personnes de bonne famille pourraient soupçonner, en plus du vocabulaire volcanique, à partir du moment où les sans-abri s'en donnaient les moyens. Une petite fille n'a pas d'autre choix que d'apprendre pour augmenter sa vie, tandis qu'un adulte tombant du jour au lendemain sous le toit du ciel serait déboussolé au plus haut point. Jenny avait gagné ses habitudes sur la dureté humide du sol, apprenant à fuir les forces de l'ordre avant même de marcher, à se faire des provisions de nourriture, à vivre en communauté et surtout à voler. Un adulte aurait dû tout apprendre sur le tard, faisant fuir ses habitudes si il pouvait puiser suffisamment de force mentale.

Alors que Fergus lui avait demander de faire attention à sa manière de parler, il démarra une autre phrase en employant le mot de « con », ce que Jenny trouvait drôle comme contradiction.

-... mais ne prends pas trop de risques à la légère.

Une seconde chose que Jenny devait mettre sur sa liste de leçon, c'était la journée d'apprentissage à en croire le tournant de la discussion.

- je sais que tu sauras faire gaffe.
-Promis, j'vais m'débrouiller pour flirter encore plus avec les ombres. C'pas ma faute si les gens rangent trop leur affaire d'valeur... A quoi ça leur sert d'être richou si c'est pour laisser pieuter leurs sous ?

Jenny avait parfois une surdose de confiance en elle lors de la réussite des vols mais elle savaient que ce n'était qu'une épée de Damoclès pouvant la faire chanceler. Elle avais entendu bien assez d'histoire pour déduire que trop de confiance entraîne l'imprudence et le travail bâclé.
De plus, Fergus en aurai le cœur brisé si sa protégé se retrouvait en cellule, à l'orphelinat ou forcé à vivre chez des inconnus.
Jenny répondit au sourire de son adulte préféré suite à sa réponse, pendant le retroussement de pantalon qu'il était en train d'effectuer.

La proposition de travail que Fergus venait d'offrir à Jenny lui remonter le moral, faisant valser de tel pensé  lié à de nauséabond bourgeois au porte-monnaie aussi fleuri que sa langue.

-J'suis t'jour prête à te prêter main forte pour tes boulots, j'décommanderais mes rendez vous avec la Reine ! Tu m'laisse un peu d'place dans ton bassin privé qu'on parle affaire ?

Jenny n'attendait guère plus d'une seconde pour plonger une partie de son visage dans l'eau afin de se couper du monde durant l'espace d'un instant avant d'engager une discussion lié au travail.



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Si vous êtes impliqués dans ma douleur, et que vous n'êtes pas effrayés, alors vous ne comprenez rien.
Pour votre bien, comprenez ceci : je suis Jenny. Je viens vous voler et jamais, jamais, je ne m'arrêterai.
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Fergus Lynch
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Informations : Orphelin déposé au seuil d'une institution quelques semaines après sa naissance ✘ Ignore tout de ses origines, et n'y accorde aucune importance ✘ Fraie dans le monde de la petite délinquence depuis sa plus tendre enfance ✘ Ancien chef d'une bande gosses aventureux, à présent dissolue ✘ Suite à ça, a passé plusieurs mois en maison de correction ✘ La mort d'un de ses meilleurs amis, atteint de syphilis, a suffi à le convaincre de ne pas s'approcher des prostituées, règle qu'il suit toujours ✘ A fondé la Tribu, gang des rues sévissant à Whitechapel, dont il connait les moindres recoins ✘ Participe régulièrement à des combats illégaux organisés dans des bars, desquels il tire un joli pactole, ainsi que quelques petites cicatrices sur tout le corps ✘ Amateur d'armes blanches, il se sépare rarement de son couteau de boucher, tout comme de son vieux chapeau melon ✘ Se moque bien des forces de police, avec lesquelles il n'hésiterait pas à en découdre ✘ Ne voue que mépris à l'aristocratie et aux autres parvenus, mais grâce aux paiements reçus en échange de l'aide de son gang, il recrute de plus en plus d'adeptes, et accroît l'influence de la Tribu : son ambitieux objectif n'est autre que de faire tomber sous sa coupe Whitechapel et Southwark, pour mieux leur donner un second souffle, ainsi qu'une capacité de réponse envers les injustices infligées par les strates plus aisées de la société.
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MessageSujet: Re: to live will be an awfully big adventure | Jenny to live will be an awfully big adventure | Jenny Icon_minitimeVen 7 Sep - 16:05



To live will be an awfully big adventure

« Un homme heureux, c'est un adulte qui répond à ses promesses d'enfant. »

Whitechapel, 1891

Avant de véritablement se connaître, il fallait chuter. C’était inéluctable, et songer progresser jusqu’à l’excellence dans la vie sans passer par cette étape aurait été une bien belle erreur, sinon la preuve que vous étiez à des années-lumière de cet idéal auquel vous aspiriez tant. Un marmot, avant de savoir courir, apprenait à marcher, et avant de marcher, ramasser des gadins demeurait inévitable. Comme tout le monde, Fergus avait un jour été un gamin, un sale gosse aux genoux écorchés et au caractère bien trop aventureux pour son propre bien, mais qui avait pour avantage de compter suffisamment d’années derrière lui pour ne plus se voiler la face. Jenny avait un énorme potentiel, et jusqu’à présent aucune fausse note à sa partition, c’était indéniable, mais paradoxalement, tant qu’elle ne se serait pas mangé un plantage monstrueux en pleine figure, elle ne parviendrait jamais à se dépasser et à atteindre des sommets qu’elle pensait à sa portée. Il n’y avait rien de mal là-dedans, c’était humain de se sentir en confiance au fur et à mesure que votre art s changeait en drogue ont se passer devenait impensable ; Lynch aussi, en son temps, avait péché par orgueil jusqu’à saisir la dangerosité de pareilles œillères, et l’infini de possibles duquel elles le tenaient fermement à l’écart. Le plus ironique étant certainement que sa plus grande erreur, celle de croire David responsable de son emprisonnement et de couper violemment les ponts avec ce qui n’était, en définitive, qu’un innocent injustement et arbitrairement considéré comme coupable… Quoi qu’il en fût, le brigand était là pour Jenny, et c’était précisément en cette qualité de mentor qu’il pouvait en toute lucidité la savoir faillible, et donc perfectible, sans que cela ne mette en péril la solide affection les liant.

L’orpheline allait échouer, donc. Le tout était de faire mieux que de tâcher de deviner quand et comment cela surviendrait, mais bien de se tenir prêt à affronter tous les cas de figure, en apportant une vigilance encore plus particulière aux futures missions de la demoiselle, durant lesquelles elle serait amenée à se dépasser, et à prendre bien plus de risques qu’à l’accoutumée. La leçon serait dure à encaisser, sans doute, et ce même si la petite avait déjà le cuir épais grâce à toutes les difficultés surpassées dans la rue depuis sa naissance, vu le séisme provoqué par la première blessure d’égo d’envergure ; le plus important demeurait de préserver Jenny quoi qu’il puisse arriver, et de limiter la casse pour la Tribu autant que possible, l’intérêt général du groupe se devant de passer avant toute autre considération. Alors oui, peut-être que dans un sens, Fergus emmenait sciemment au casse-pipe sa jeune disciple, peut-être acceptait-il d’office pour elle d’encourir le pire ou presque en sachant pertinemment, ou du moins sans doute plus qu’elle, à quelle point cela pouvait éventuellement mal finir… Peut-être même serait-il prêt à sacrifier l’avenir de Jenny, en pariant sur le fait que le pire ne surviendrait pas simplement dans l’espoir de la voir sortir grandie de tout ça, mais n’était-ce pas cela qu’on était en droit d’attendre du chef de la Tribu ? D’un homme qui, sans douter, s’en allait à l’assaut des deux quartiers les plus instables de la ville, dans l’optique de réaliser un des projets les plus insensés ayant jamais germé en Grande-Bretagne ? Comment ne pas imaginer qu’il ferait constamment passer sa monstrueusement belle création avant toute autre chose, avant même celles et ceux à qui il tenait ? Le monde se révélait rue, bien peu enclin à faire des cadeaux : si les uns et les autres ne réalisaient pas à quel point participer activement aux activités d’un gang animé de telles ambitions s’avérait périlleux, eh bien que dire, si ce n’était que c’était bien dommage pour eux…

-S’talle-toi, moucheron, l’invita le brigand de cette manière à la fois bourrue et chaleureuse qui caractérisait si bien le petit peuple et sa chaleur communicative, tout en se décalant sur son perchoir de pierre pour lui laisser assez de place pour se glisser à côté de lui.

L’eau claire continuait de ronronner de son doux clapot, et c’était presque à douter que le reste du monde alentour puisse être aussi laid qu’on voulait bien le faire croire. Si une telle oasis de tranquillité parvenait à survivre dans un semblable écrin de crasse et de crime, tous les rêves ou presque ne devenaient-ils pas permis ? Le reste de l’humanité et ses tourments paraissaient si loin, presque dans un autre monde, une petite prouesse en soi lorsqu’on songeait à la population grouillant dans les rues de Londres, et même un plaisir rare pour de pauvres va-nu-pieds tels qu’eux, condamnés à la promiscuité imposée par leur indigence. Le temps n’aurait vraisemblablement pas la grandeur d’âme suffisante pour s’arrêter ou ne serait-ce que ralentir, histoire de les laisser apprécier cette pause à sa juste valeur, mais sans nul doute que si la vie venait à devenir plu dure, ils se remémoreraient ces instants avec au cœur une douce nostalgie.

-Tu as sûrement dû le remarquer, mais ça commence à bouger sérieusement, du côté de la Tribu. On commence déjà à s’aventurer sur des terrains où aucun autre gang n’a encore osé poser le pied, et ça ne manquera pas de faire des remous, même si on fera tout pour qu’il y ait le moins de casse possible. On va aussi monter en puissance… Et ça veut dire se lancer dans des histoires dans lesquelles on n’a pas forcément beaucoup trempé jusque-là. Des combines d’ampleur... Mais des combines risquées. Tout ça pour te dire qu’on est preneur de toute bonne volonté, et de gars sûrs avec du talent à revendre.


Fergus porta son regard azuré vers le visage si juvénile de la demoiselle, un petit morceau de femme à peine adolescente qui se retrouvait mêlée dans des vicissitudes de grandes personnes, sans sourciller ni jamais perdre le sourire. Bienveillance et sérieux se mêlaient dans son expression, de même que cette incroyable foi en leur avenir commun qui en faisait un si bon chef de groupe.

-Tu as déjà tué quelqu’un, Jenny ?

La question, sans être inquisitrice ou justifiée par une curiosité mal placée, annonçait clairement la couleur : la Tribu entrait définitivement dans la cour des grands, et son créateur était loin d’avoir froid aux yeux. Dans leur monde, la mort se croisait à tous les coins de rue ou presque, et la possibilité pour le mois choquante aux yeux de certains qu’une enfant ait du sang sur les mains à un si jeune âge ne l’émouvait nullement, car une telle éventuelle reflétait la vérité crue de leur quotidien de meurt-de-faim.




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Citation : Georgio - Le Bonheur est un Syndrome

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MessageSujet: Re: to live will be an awfully big adventure | Jenny to live will be an awfully big adventure | Jenny Icon_minitimeSam 8 Sep - 17:57



To live will be an awfully big adventure

« Il faut souvent désobéir pour vivre une enfance décente. »

Whitechapel, 1891

Le programme d’extension de la Tribu de Fergus plaisaient grandement à Jenny. À la fois pour rendre service à cet homme dont elle doit la vie mais également pour une multitude d’autres éléments.
Si par leur actions, la Tribu réussissait à faire ne serait-ce chanceler la Famille Royale, les nobles, les classe dominatrice et autre privilégiés à l’odeur nauséabonde pour la jeune voleuse, elle répondrais présente pour chaque travail, aussi risqué cela puisse être.
Jenny imaginait facilement que Fergus avait derrière la tête autre chose que des vols de pacotille ou gargantuesque. Les biens matériels volé n’enlèverait en rien les acquis sociaux des gens de bonne famille, ils resteraient toujours dans leur foyer chauffé tandis que les rats des rues continueront à se contenter du sol froid en guise de matelas.

L’adolescente imaginait faire tomber de leur piédestal tels privilégiés, tâcher la réputation de tels autres, s’approprier une plus grande part du gâteau qui était dû au véritable peuple de Londres. Ce à quoi elle répondait au monologue de Fergus au sujet des dessein du groupe de voleur sans une once d’hésitation :

-V’la c’qui pourrait bonifier la Tribu mieux qu’du bon vin. J’ferais ce qui m’est possible pour qu’tu regrette pas ton investissement en moi.

Jenny le ferait au nom de la Tribu mais tout autant voir davantage en son nom. Bien que n’ayant connue uniquement la rue, elle était consciente de ce dont on lui avait enlevé dès la naissance.
Sa vie avait déjà été toute tracée avant même de pouvoir prononcer le moindre mot ou de pouvoir marcher, elle voulait seulement obtenir justice d’une certaine manière et récupérer le minimum de droit et d’humanité dont elle pouvait se vanter au sein de cette société malade.
Ce dont elle croyait durement être justice pouvait facilement être perçue comme une forme de quête de vengeance pour d’autre, voilé par l’inexpérience de l’âge et l’immaturité dont peuvent faire preuve les jeunes personnes. Il n’est pas facile pour une gamine de distinguer la nuance des mots lorsque l’éducation ne se fait qu’exclusivement en dehors d’une école et loin d’une véritable famille.
Son manque de perception se faisait pimenter par sa vision voilé de la réalité, tombant plus facilement qu’elle ne saurait le reconnaître dans des clichés concernant les personnes de bonnes familles. Certes, Jenny avait reçue une dose de baffe de la part de la vie, bien plus que certains enfants de son âge n’en avait déjà reçu, mais quelques unes supplémentaire le long de son existence continueront à nuancer son avis sur les choses. Bonifier, peut-être pas, changer, sans doute.

Probablement qu’une prochaine vague de gifle viendrait dans les semaines à venir lorsque, face au visage d’ange de Fergus, il lui posa une question des plus inattendue.
Jenny resta silencieuse l’espace de quelques secondes afin de peser le pour et le contre des propos du meneur de la Tribu, cet être qui lui laissait assez de liberté sans pour autant ignorer ses agissements, de près ou de loin. Il lui avait toujours laissé la responsabilité des larcins du quotidien afin qu’elle puisse être indépendante. De temps à autre, il lui arrivait de demander à l’adolescente d’aller voler tel ou tel objet au service de la Tribu, visant à l’entraide d’un complice en perdition ou de quoi enrichir quelques plats commun.
Mais de la à se demander si elle avait déjà eu du sang sur les mains était des plus surprenant. Jenny était, pour une fois, entièrement innocente si on l’accusait de cet acte. Il lui était déjà arrivée d’être violente à plusieurs reprise, en venir au main durant des bagarre et à quelques fois très rare à blesser au couteau.
Il y avait bien cette fois en compagnie de Lydess, durant laquelle Jenny s’était emportée sous le coup de la haine face à un garçon de plus ou moins son âge en lui coupant un membre des plus personnel pour un homme. Cela s’était réalisé sous le coup d’une colère difficilement contrôlable pour une tête brûlée tel que la voleuse, mais de la à enlever une vie de sang froid était entièrement différent.
Jenny ne se voyait pas en tueuse, préparant minutieusement un plan d’attaque pour voler une vie. Retenir son calme avec un sourire innocent aux lèvres comme elle le faisait par habitude durant ses larcins serait une toute autre épreuve dans ce contexte.
Cette question de Fergus n’engageait cependant à rien, peut être lui demandait-il cela pour une toute autre situation après tout. Peut être souhaitait-il que la vie qu’il avait sauvé des années auparavant avait encore son innocence sur ce terrain, comme un père le ferait avec son enfant. Peut être que Jenny se devait d’avoir une part naïveté pour le projet d’extension de l’homme. Beaucoup de peut être pour refaire le monde, bien trop pour une seule question posée sans aucun jugement.

L’un dans l’autre, Jenny se sentait redevable envers Fergus sans qui elle ne serait plus de ce monde, sans qui elle serait un bambin au fond d’un égout durant la nuit qui aurait abandonné son dernier souffle avant qu’on ne le découvre au soleil levant.

-J’suis jamais aller jusqu’à tuer, même pas pour m’défendre… lâcha-t-elle finalement. Pourquoi tu  m’bigotte cette question ?




Titre : Peter Pan
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