Things look different in the mornin' | Joséphine & Fergus



 

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Things look different in the mornin' | Joséphine & Fergus

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Joséphine E. Morel
Joséphine E. Morel

Âge : 23
Emploi : Officiellement aucun, officieusement romancière.
Informations : Fiche de présentation
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Eugène Morel est le pseudonyme utilisé pour signer ses romans.
❤️ Joséphine est féministe et fait de ses convictions le sujet principal de ses romans.
☂️ Habite la demeure du cousin de son père, M. Devlin Stanton, dans The Strand.
☠️ Afin de mousser son inspiration pour ses romans, Joséphine s'habille parfois en homme pour se promener incognito dans les rues de Londres.
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MessageSujet: Things look different in the mornin' | Joséphine & Fergus Things look different in the mornin' | Joséphine & Fergus Icon_minitimeJeu 14 Sep - 16:31



"Things look different in the mornin'"

[Don't Let Me Be Yours - Zara Larsson]

19 juin 1891

Je regardais le reflet que le grand miroir sur pied de ma chambre me renvoyait avec tristesse; mon visage avait la pâleur de la mort, mes yeux étaient rougis et les cernes creux sous ceux-ci trahissaient mon manque de sommeil des dernières semaines. Même mes cheveux paraissaient avoir perdu tout leur éclat, ils étaient ternes et semblaient avoir blanchi par endroit ce qui leur donnait une teinte cendrée plutôt que rousse. Si j’avais toujours été mince, j’avais l’impression d’être devenue maigre à faire peur; je n’avalais presque plus rien depuis le départ de mon tuteur…

J’avais supplié Devlin de ne pas partir, de ne pas me laisser seule, de m’emmener avec lui, mais en vain. Je m’étais même abaissée à me mettre à genoux à ses pieds et à tirer sur son manteau alors qu’il quittait sa demeure. J’avais pleuré comme jamais je n’aurais cru possible de pleurer l’absence de l’homme que j’avais souhaité quitter plus que tout au monde. Son départ n’était pas définitif, mais qui me protégerait maintenant qu’il était parti? Madame McIntire? Son époux? Athos, que Devlin n’avait pu apporter avec lui? Mon tuteur m’avait, certes, entrainée à me défendre lorsqu’il avait constaté qu’il ne pouvait m’empêcher de m’aventurer dans les ruelles de Londres, mais les évènements de la Tour avaient prouvé l’inefficacité de cet entrainement. La Tour… Un frisson parcourut mon échine et je détournai la tête du miroir pour regarder par-dessus mon épaule; j’avais cru sentir une présence…

Je soupirai en portant mes mains à mon visage, le frottant pour lui redonner quelques couleurs. Ce qu’il s’était passé dans cette Tour, il y avait déjà plusieurs semaines, me hantait constamment. J’essayais de me convaincre que j’avais imaginé tout ça, qu’aucune créature morte-vivante n’avait essayé de m’attraper, que mes compagnons d’aventure n’avaient pas été blessés et que cette chose que Devlin avait appelée « vampire » n’avait rien de réel. Mais les cauchemars et les terreurs nocturnes étaient pourtant bien réels, eux. Avais-je perdu la tête? Je dois avouer que j’aurais nettement préféré être frappée de folie que d’être forcée d’admettre que les morts se relevaient et marchaient parmi les vivants…

Quoi qu’il en soit, les évènements de la Tour n’étaient pas l’unique responsable de mes insomnies; cette rencontre clandestine avec le chef de la Tribu (pour laquelle j’étais déjà habillée au beau milieu de la nuit) était la seconde.  Peut-être penserez-vous que c’était parce que j’étais excitée comme une puce à l’idée de le revoir alors que j’avais déjà imaginé mon existence sans lui… et vous n’auriez pas tout à fait tort, mais encore m’avait-il fallu que je réussisse à déchiffrer son message avant de penser à le retrouver. Sans ne pouvoir demander l’aide de personne, j’avais passé de longues nuits, assise à mon bureau à regarder de vieilles cartes poussiéreuses de Londres ou encore à lire des ouvrages de référence bibliques… Lorsque, épuisée, je me couchais enfin, je glissais le mot codé sous mon oreiller en espérant que la solution me parviendrait en rêve ou contre ma poitrine, le chérissant comme le plus précieux des trésors; ce mot avait probablement été écrit de la main de l’homme qui, bien malgré moi, faisait battre mon coeur et il était en français, ma langue maternelle. J’étais persuadée qu’à lui seul, ce bout de papier me protégeait des mauvais rêves et de tout danger potentiel…

Je regardai une dernière fois mon reflet dans le miroir; je n’avais pas meilleure mine que précédemment. Néanmoins, afin de ne pas inquiéter Fergus de mon état (comme s’il était possible qu’il s’inquiète de ma personne… arrête de rêver Joséphine), j’avais pris soin de choisir ma plus belle tenue de ville, y assortissant un parfum délicat aux effluves floraux et sucrés; jamais le chef de la Tribu ne m’avait vu autrement que vêtu de mes vêtements d’hommes… Me trouverait-il tout de même jolie? Un sourire étira mes lèvres et je penchai la tête sur ma poitrine, gênée par mes propres pensées; cette rencontre avec Fergus n’avait rien d’un rendez-vous galant! Je devenais pathétique… Il voulait certainement me rencontrer parce qu’il n’acceptait pas que je cesse de travailler pour lui ainsi… Après tout, même si notre relation avait évolué depuis notre toute première rencontre, Fergus avait été clair sur mon implication au sein de la Tribu. Je m’efforçais depuis de le servir au mieux de mes capacités, l’avait-il remarqué? Je pensai qu’il n’était pas impossible qu’il envoi l’un de ses hommes à sa place et en soupirant de plus belle, je posai l’un de mes pieds sur un petit tabouret. La jambe ainsi relevée, j’entrepris de remonter les tissues de ma jupe au-dessus de  ma cuisse; autour de celle-ci se trouvait un holster vide. J’attrapai l’arme que j’avais déposée plus tôt sur une table basse afin d’être facilement accessible et l'insérera dans son étui. En temps normal, je dissimulais l’arme à feu que Devlin m’avait offerte sous mon grand manteau d’homme. Il était ainsi plus accessible, mais il était risqué de me promener vêtu en homme maintenant que j’avais attiré l’attention de cet américain qui jouait au policier londonien…

***


J’avais quitté la demeure de Devlin sans attirer l’attention de ses domestiques; être furtive était devenue aisée pour moi et ceux-ci devaient certainement dormir à point fermé. Le soleil ne se lèverait pas avant une bonne heure et c’était approximativement le temps qu’il me faudrait, en marchant, pour me rendre au chantier du Tower Bridge, lieu que j’espérais être celui de notre rendez-vous. Tout comme j’espérais avoir vu juste en devinant que Fergus m’y attendrait à l’aube. Mon cœur manqua un battement; et si je me trompais de jour? Oh non… Je m’arrêtai pour respirer; la panique était en train de m’envahir. Et si tout ceci n’était qu’un piège? Un policier avait peut-être intercepté mon message et n’ayant aucun mal à le déchiffrer, avait saisi l’occasion pour y répondre en se faisant passer pour le chef de la Tribu… Malheureusement, il n’y avait qu’un moyen de le savoir…

***


J’arrivais au chantier du Tower Bridge, du côté nord de la Tamise. Je sortis d’une petite poche de ma robe la montre à gousset que Devlin m’avait offerte avant son départ. Ce cadeau m’avait touché au plus profond de mon âme, mais je n’avais été capable de le lui dire. Mes remerciements, bien que sincères, m’avaient paru peu représentatifs de mon état émotionnel réel, mais mon tuteur avait semblé s’en contenter. La montre indiquait 3 h 40. Je levai les yeux vers l’horizon et remarquai que le ciel commençait à changer de couleur, signe que le soleil ne tarderait pas à apparaitre. Je n’avais rencontré personne sur mon chemin jusqu’ici et commençais à croire que je m’étais réellement trompé d’endroit lorsque mon regard fut attiré vers une petite lueur vers le sommet de la tour nord du Tower Bridge. Mon rythme cardiaque s’accéléra et sans attendre une minute de plus, je me mise à courir vers la tour, prenant tout de même soin de ne pas me blesser sur le chantier.

Je grimpais les escaliers de bois me menant vers la source de la lumière que j’avais aperçue plus tôt et plus la distance nous séparant rapetissait, plus je sentais l’angoisse gagner mes entrailles. Lorsqu’enfin j’arrivai à l’étage en construction sur laquelle se trouvait une bougie, unique source de lumière, mes yeux se posèrent avec soulagement sur la silhouette de Fergus Lynch. Pendant un instant, je crus que j’allais soit perdre connaissance, le stress m’ayant habité pendant plusieurs jours s’étant enfin dissipé, soit me jeter au cou du chef de la Tribu. Ne pouvant opter pour cette deuxième option, bien que plus agréable, je réussis tout de même à ne pas défaillir. Les premiers rayons du soleil teintaient le ciel d’orangé et cette nouvelle lumière naturelle derrière Fergus lui donnait un air presque divin. Mon cœur se mit à battre si fort contre ma poitrine que j’en fus légèrement gênée, mais ne me laissai pas envahir par mon trouble; en m’approchant d’un pas décidé vers le séduisant bandit, je brandis devant ses yeux son message froissé par la forte manipulation qu’il avait subie au cours des derniers jours en m’exclamant tout à coup : « Qu’avez-vous pensé!? ». Depuis que nous nous connaissions, j’avais toujours vouvoyé Fergus. Au-delà de tout ce que m’avait appris mon éducation en matière de vouvoiement et de tutoiement, c’était une façon de mettre une certaine distance entre les sentiments que j’éprouvais pour lui et tout le respect que je lui devais en tant que chef de la Tribu.

« Loin de moi l’idée de vous manquer de respect, mais pour un homme intelligent, vous avez manqué cruellement de jugement en me répondant et en organisant cette rencontre! ». Ma voix, bien que légèrement tremblante, était forte et percutante. C’était la première fois que j’utilisais un ton réprobateur avec le jeune homme; depuis que je travaillais pour la Tribu, le peu d’échanges que nous avions eu avaient été courtois et respectueux. Après tout, je ne faisais qu’obéir aux ordres et faire des rapports de mes observations, mais cette fois, c’était différent. Depuis que ce policier m’avait intercepté, j’avais peur pour Fergus et cette peur, mêlée à tout ce stress que j’avais vécu au cours des dernières semaines, retombait maintenant sur lui. Toujours avec énervement, je poursuivis : « Et si votre message avait été intercepté par un policier qui vous avait, par la suite, rejoint jusqu’ici? Comment auriez-vous justifié votre présence en ces lieux ainsi que ce rendez-vous secret que vous avez fixé? Vous vous seriez défendu en prétendant attendre réellement votre amante? ». Mes joues s’empourprèrent légèrement en repensant aux mots que j’avais écrits à Fergus, mais je n’y portai aucune attention : « Je crois ne rien vous apprendre en vous disant que vous êtes recherché! … Je n’aurais jamais dû vous écrire… Je pensais que vous auriez compris que je le faisais pour protéger la Tribu… Pour vous protéger! Si vous deviez être arrêté par ma faute… ». Ma voix se brisa et je tournai le dos rapidement à mon interlocuteur afin de ne pas lui offrir la chance d’apercevoir mes yeux se remplir de larmes. Je fis quelques pas pour m’éloigner de Fergus et me dirigeai vers la bougie qui brillait toujours. Je soufflai sur sa flemme comme si je craignais que sa faible lueur attire un indésirable, mais elle ne devait plus être visible depuis plusieurs minutes avec le lever du jour.

Je baissai les yeux sur le bout de papier sur lequel le message codé de l’homme derrière moi était écrit et que je tenais toujours fermement entre mes doigts. Je le relus pour une énième fois, respirant profondément à plusieurs reprises pour reprendre mon calme. Après tout, jusqu’à maintenant, aucun obstacle ne s’était dressé sur mon chemin et j’étais persuadée que personne ne m’avait suivi. D’une voix plus détendue, je questionnai alors Fergus, les yeux sur son message : « Est-ce vous qui avez écrit votre message? Vous avez une très belle écriture; j’aime la forme de vos lettres… Et je dois vous avouer avoir été surprise de lire ces mots en français… J’ignorais que vous pouviez vous exprimer si bien dans ma langue… ». Je tournai la tête par-dessus mon épaule pour capter le regard clair du jeune homme et lui adresser un bref sourire. Lui tournant le dos à nouveau, je rangeai son message dans l’une des petites poches de ma robe puis revint vers lui, prudemment. « J’imagine que le but de cette rencontre n’est pas uniquement de vous faire sermonner par moi ou de recevoir des compliments sur votre écriture… ». Je croisai les bras sur mon abdomen, prête à apprendre la véritable raison pour laquelle Fergus m’avait donné rendez-vous loin des membres de la Tribu.


© plumyts 2016


In restless dreams I walked alone
   Because a vision softly creeping, left its seeds while I was sleeping. And the vision that was planted in my brain still remains, within the sound of silence.
   
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Fergus Lynch
Fergus Lynch

Âge : 31
Emploi : Fondeur
Informations : Orphelin déposé au seuil d'une institution quelques semaines après sa naissance ✘ Ignore tout de ses origines, et n'y accorde aucune importance ✘ Fraie dans le monde de la petite délinquence depuis sa plus tendre enfance ✘ Ancien chef d'une bande gosses aventureux, à présent dissolue ✘ Suite à ça, a passé plusieurs mois en maison de correction ✘ La mort d'un de ses meilleurs amis, atteint de syphilis, a suffi à le convaincre de ne pas s'approcher des prostituées, règle qu'il suit toujours ✘ A fondé la Tribu, gang des rues sévissant à Whitechapel, dont il connait les moindres recoins ✘ Participe régulièrement à des combats illégaux organisés dans des bars, desquels il tire un joli pactole, ainsi que quelques petites cicatrices sur tout le corps ✘ Amateur d'armes blanches, il se sépare rarement de son couteau de boucher, tout comme de son vieux chapeau melon ✘ Se moque bien des forces de police, avec lesquelles il n'hésiterait pas à en découdre ✘ Ne voue que mépris à l'aristocratie et aux autres parvenus, mais grâce aux paiements reçus en échange de l'aide de son gang, il recrute de plus en plus d'adeptes, et accroît l'influence de la Tribu : son ambitieux objectif n'est autre que de faire tomber sous sa coupe Whitechapel et Southwark, pour mieux leur donner un second souffle, ainsi qu'une capacité de réponse envers les injustices infligées par les strates plus aisées de la société.
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Quartier Résidentiel : Les bas quartiers de Whitechapel, son modeste fief
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MessageSujet: Re: Things look different in the mornin' | Joséphine & Fergus Things look different in the mornin' | Joséphine & Fergus Icon_minitimeSam 4 Nov - 11:24



Things look different in the mornin'

« Le premier jour du reste de ta vie. »

Chantier du Tower Bridge, 1891


Are you, are you coming to the tree ?
Where I told you to run, so we'd both be free.



Aux antipodes des affres émotionnels par lesquels la malheureuse Française passait par sa faute, d’une certaine manière, Fergus, lui, se sentait extrêmement bien. La veille, il avait fait partie de la dernière équipe à tourner à la fonderie, le crépuscule se mêlant à la fournaise des cuves de métal en fusion, avant que même la nuit, effrayée par le rouge dévorant du brasier, ne renonce à pleinement déferler dans l’atelier, pour mieux laisser les hommes à leur interminable labeur noyé dans un clair-obscur aussi oppressant que la fumée de charbon ; une longue soirée, harassante, si prompte à vous laisser aussi sale dedans que dehors, couvert de sueur mêlée de suie, éreinté par l’effort que par les remontrances brutales du contremaître. La suite de la nuit n’avait pas été moins besogneuse : à peine délivré de son quart, Lynch avait retrouvé ses fidèles, sans se soucier de la fatigue tiraillant ses muscles rudement mis à l’épreuve des heures durant. Les affaires n’attendaient pas, pas plus que ce ramassis d’aigrefins malgré tout chers à son cœur, quoi que si on l’eût interrogé à ce sujet, le bandit eût démenti avec véhémence, et avant tout capitaux pour construire avec lui un nouvel avenir, une Cour des Miracles à ciel ouvert comme l’Occident n’en avait jamais vu de pareil. Absorbé par les rapports que vinrent lui présenter ses séides, telles des offrandes immatérielles de gens de peu à une déité leur promettant l’orage et l’équité, il n’avait pas vu l’heure passer, pas plus qu’il n’avait épargné ses efforts pour répondre à leurs questions, donner le ton et préparer les prochains coups d’éclat du gang, au point de voir les ténèbres commencer à pâlir sans même avoir eu l’impression d’avoir sacrifié de précieuses heures de sommeil, seuls quelques instants filés bien vite, terreau –du moins l’espérait-il- d’un futur moins sombre.

Le soleil avait commencé à laisser entendre son apparition imminente, signe qu’l était temps non pas d’aller quérir le repos des justes, mais de continuer sur cette même lancée, et de retrouver la dernière personne qu’il avait à rencontrer, et qu’il avait fort hâte de retrouver au point du jour, comme il le lui avait proposé. Rien ne garantissait à l’Anglais que la demoiselle à laquelle il songeait tout en se dirigeant d’un bon pas vers la carcasse en construction du London Bridge, mais après tout, l’existence n’était-elle pas un pari permanent, un équilibre instable entre l’échec et le triomphe, la vie et la mort ? Fergus jouait depuis longtemps, et dès que les dés avaient fini de rouler, dévoilant leur nouveau score, il ne se gênait pas pour les ramasser dans sa poigne et les relancer de plus bel : homme d’instinct, il aurait misé sans hésiter sur le fait que son invitée ne lui ferait pas faux bond, pas avec la façon dont elle l’avait regardé ce soir-là dans la ruelle. Malgré l’éreintement, qui d’ordinaire le rendait particulièrement irritable, et  donc d’une compagnie peu agréable, son pas demeurait léger, et son cœur léger ne manquait pas d’entrain, le détachant de l’épuisement qui alourdissait le moindre de ses nuque et rendait sa nuque douloureuse tant il avait hâte de se mettre au travail.

Il y avait de quoi se montrer enthousiaste : Joséphine représentait non seulement une opportunité rare pour la Tribu, mais également un esprit avec lequel il paraissait plus que plaisant de travailler. La position de la jeune bourgeoise, par bien des aspects, faisait d’elle un élément clé prolixe en opportunités, aucun doute là-dessus, ce à quoi s’ajoutait une intelligence qui avait tout l’air d’être piquante, promesse d’une collaboration des plus agréables. En toute humilité, Fergus suivait sa propre logique, turbulente, imprévisible, fulgurante et aussi volontaire que difficile à suivre, ce qui entraînait, immanquablement, que parfois ses affidés en perdaient leur latin, incapables de réfléchir aussi vite que lui et de le suivre dans les pérégrinations de son esprit, pourtant si évidentes pour lui. Avoir à leur expliquer en détail les tenants et les aboutissements de la myriade de plans foisonnant sous son crâne, censés parer aussi bien aux besoin du gang qu’à contrer des problèmes encore hypothétiques, occupait une bonne partie de son temps, drain d’énergie auquel le Britannique ne pouvait malheureusement échapper, et qui donnait plus souvent qu’à son tour la sensation d’être tiré en arrière, ralenti par des êtres semblant tenir parfois plus du bovin que de l’homme. Bien qu’être suivi par tant de cœurs aisément éblouis par sa maîtrise et sa compréhension des choses n’avait rien de déplaisant, Lynch n’aurait pas été contre un peu plus de jugeote de la part des masses pendues à ses lèvres, simplement pour que le quitte à jamais cette impression d’être le seul à ramer dans le bon sens. Ses plus proches acolytes avaient le bon goût de ne pas nécessiter d’explication de texte à chaque fois que leur chef se lançait dans un nouveau projet, et c’était avec impatience que le criminel s’élançait vers une collaboration nouvelle, fructueuse, déjà plaisante avant même d’avoir pleinement débuté, au-delà de consignes distribuées comme à n’importe quel séide de son gang.

Fergus tenait de source sûre que la demoiselle avait parfaitement respecté sa part du contrat qu’il lui avait imposé totalement arbitrairement voilà de cela plusieurs semaines déjà, avec l’application respectueuse qui ne manquait pas de plaire à l’ambitieux hors-la-loi, et le convaincre, étonnamment, que le message codé transmis par la Française, quoi que sincère, n’empêcherait en rien son émettrice de revenir dans le giron quasi familial de la Tribu, une fois qu’il lui aurait dévoilé à quel point sa situation, loin d’être précaire, se révélait des plus utiles pour eux. Tout était si clair, si limpide aux yeux de l’ouvrier, que la belle ne manquerait pas de tomber d’accord avec lui, et de revenir sur sa décision de couper les ponts à cause de la police, motif présenté dans son billet en acrostiche ; tout s’enchaînerait à merveille, et il se connaîtrait une nouvelle personne avec qui partager des machinations élaborées qui seraient passé au-dessus, tellement au-dessus de ses autres adeptes. Lettrée, futée, aventureuse et audacieuse, que demander de plus pour croire à un duo capable de faire des étincelles ?

Ce ne fut qu’un calme presque irréel, cependant, que l’Anglais trouva à mi-hauteur de la tour Nord du pont, ayant devancé l’astre diurne sans même s’en rendre compte. Seul dans ce nid de pie improvisé, membre inachevé à l’armature de métal que viendraient habiller des briques ainsi qu’une bonne couche de peinture, il n’avait que le murmure du fleuve pour compagnie : sous peu, ses eaux se recouvriraient de petites embarcations, de bacs ou de grands navires approchant au plus près de la ville après avoir parcouru les océans, en un concert de langues variées, d'insultes, d’ordres et d’enchères à la sauvette qui ne témoignait que trop bien de la vie anarchique et bouillonnante de Londres. Le calme n’était jamais qu’une illusion, une respiration brève entre deux éternités d’agitation bigarrée infusant jusque dans le sang des habitants, et même dans ces instants de relative tranquillité, Fergus sentait le joyeux capharnaüm de la cité battre avec son cœur, comme un écho s’ajoutant à chaque battement. La vue de l’eau, sale mais paisible, avait quelque chose d’hypnotique, si bien qu’au bout de quelques secondes, il sentit son esprit dériver au rythme du clapot. Même si cet alanguissement n’avait rien d’extraordinaire, et s’avérait compréhensible lorsque l’on songeait à l’état de fatigue du criminel, ce dernier avait encore bien du pain sur la planche, sans compter que se présenter frais et dispos à Joséphine constituait la moindre des choses, ou du moins une contrainte que Lynch acceptait de bon gré.

Profitant de cette solitude impromptue, il se calla tant bien que mal sur un tas de poutres grossièrement empilées par les ouvriers du chantier, avant de fermer les yeux. Fergus ne comptait pas dormir, pas avant que tout soit bel et bien terminé, et que de nouveaux projets découlent des anciens comme une famille se renouvelait, génération après génération ; il aurait été bien incapable de se réveiller à l’arrivée de la Française, tant ces périodes ininterrompues d’éveil ne pouvaient être effacées que par de longues heures de sommeil profond, plus proches de la mort que tout ce qu’un être humain en bonne santé avait l’opportunité de connaître avant le grand saut dans l’Au-delà. Non, le Britannique ne ferait que se reposer les yeux un instant, sa conscience flirtant avec l’abandon sans pour autant y plonger, juste pour se ressourcer un bref moment, et être pleinement alerte au moment de savourer le plaisir d’avancer en duo avec une personne capable de penser avec lui sur la même longueur d’ondes, de sentir les mouvements secrets animant la lie de la cité comme lui les percevait, semblables aux remous de la Tamise. Alors que son corps s’abimait, ses pensées, elles, se préparaient avec gourmandise à redéfinir leur petit monde. Combien de temps Fergus demeura-t-il ainsi, immobile, la respiration lente, retranché en lui-même ?  Le froissement sonore d’un jupon se rapprochant vivement lui signala que son hôte avait énergiquement attaqué la montée des marches, et qu’il était temps de mettre fin à ce léger assoupissement : Lynch se redressa, un léger sourire flottant déjà sur ses lèvres, et d’un geste preste de la main, finit de se remettre en selle en ébouriffant un peu plus –ou en réarrangeant à la va-vite, selon le point de vue- ses cheveux bruns roux. Autant dire que rien ne l’avait préparé à la douche froide qui le cingla dès que la demoiselle franchit le seuil de la pièce incomplète.

Son studieux emballement fut balayé par l’acrimonie affichée par Joséphine, visiblement à des années-lumière de partager la même vision des choses que lui. Qu'est-ce qui lui prenait donc ? Et pour qui donc se prenait-elle, à le rabrouer de la sorte comme une matrone faisant la leçon à un gosse turbulent ? En quelques secondes, tous les grands desseins auxquels associer l’écrivaine tombèrent en poussière, balayés par l’antipathie réflexe que lui inspiraient pareilles remontrances. D’un naturel ardent, partant au quart de tour lorsqu’on lui manquait de respect ou qu’il se trouvait de mauvaise humeur, le gangster supportait mal la critique, surtout lorsque celle-ci lui était balancé au visage avec tant de violence, et encore plus lorsqu’elle ne se voyait absolument pas justifiée ; ce dont il ne manqua pas de lui faire la remarque, mine coléreuse, sa voix sourde grondant au fond de sa gorge :

-C’est un endroit sûr. Qu’est-ce que tu crois, que tu t’adresses à un amateur ? Si j’avais jugé que je courais le moindre risque en ta présence, crois-moi bien que tu ne m’aurais plus jamais revu.

Le ton, sec, incisif, se démarquait de l’attitude joueuse qui avait été la sienne jusque-là, symbole d’une bonne intelligence autrefois possible quoi qu’à présent mise en péril, sans compromission ni la moindre délicatesse à l’endroit de Joséphine, à qui il assénait qu’il aurait très bien pu couper les ponts sans un regard en arrière. Avoir l’impression d’être considéré comme un incompétent le prenait à rebrousse-poil de façon plus qu’irritante, alors que personne d’autre que lui ne paraissait avoir suffisamment de volonté, de courage, de pugnacité et de talent pour entreprendre ce qu’il avait lancé sans l’aide de personne, et surtout pas d’une petite bourgeoise bien loin de chez elle. Le plus frustrant dans tout cela, c’était bien que pendant un bon bout de temps, Lynch avait réellement cru qu’il n’avait pas à faire à une gamine au cerveau embrumé de récits romancés, s’imaginant qu’avoir droit de passage dans Whitechapel et une once de considération de sa part lui donnait la permission de lui manquer autant de respect ; la réalité, que Joséphine lui montrait dans sa plus crue laideur, lui montrait –à tort ou à raison- que tout cela n’avait été que chimères, si bien que l’Anglais, plus que jamais, se retrouvait seul à la tête de son mouvement, sans personne capable de voir plus loin que le bout de son nez. La déception, à la hauteur de ses attentes, le ramenait à un état de fait agaçant, celui selon lequel il paraissait s’être trompé sur le compte de Joséphine, ce qui ne faisait qu’accroître sa contrariété.

La belle avait malgré tout l’air désespéré, derrière cette tempête de reproches, comme si son agitation acerbe plongeait ses racines non pas dans le jugement de la conduite de Fergus, mais dans une crainte plus profonde, une anxiété diffuse choisissant le premier exutoire venu pour tenter d’alléger sa panique, quitte à sacrifier un bouc-émissaire n’ayant rien demandé. Les raisons expliquant pareille attitude pouvaient être bonnes, voire tout à fait recevables, même pour quelqu’un sachant se montrer aussi borné et têtu que Fergus, mais alors pourquoi ne pas simplement exposer ses inquiétudes, a fortiori si elles avaient pour objet le gang et son chef, plutôt que de se comporter comme une furie ? Qu’était-elle donc exactement, une harpie tyrannique, ou une poule mouillée sans cervelle ? Ah, les bonnes femmes…

Pas forcément enclin à aisément verser dans la compassion, la détresse de Joséphine, drapée dans tant de véhémence, ne l’aidait pas franchement à se montrer plus complaisant. Malgré son attachement à la Tribu ainsi qu’à ses membres, malgré le point auquel ses valeurs se trouvaient chevillée à son être et l’évidente qualité de la jeune femme en tant qu’alliée, il lui venait parfois, quand la colère grondait dans ses veines, l’envie de tout plaquer et de les envoyer paitre, tous autant qu’ils étaient, attisait plus encore son irritabilité. Lynch aurait pu ravaler son désappointement et mettre de l’eau dans son vin, excusant la belle au nom d’un tourment dont il ignorait la nature ainsi que la gravité au nom de son respect pour elle, de même que d’une compassion de gentleman ; oui, il aurait pu se montrer magnanime, mais pourquoi se donner tant de mal pour quelqu’un se montrant si déplaisant ?

Le postulat de la belle, au sujet de sa maîtrise de la langue de Molière, fut presque le summum de cette histoire de fous. Vivait-elle à ce point-là dans un autre monde, tout droit tiré de ses livres, pour l’imaginer tour à tour malfrat inconscient bien trop sûr de lui pour son propre bien, puis érudit bilingue grâce à des livres, des leçons, des voyages, ou Dieu savait quoi ?
Si le hors-la-loi aurait parfaitement été en mesure –voire en droit, en quelque sorte- de se comporter de façon encore plus odieuse avec la demoiselle, afin de lui faire passer toute envie de s’adresser de nouveau à lui avec tant d’intolérable dédain, sa réponse à l’élan d’apaisement de la miss garda malgré tout une certaine mesure, plus cynique qu’avec pour réel but de se révéler blessante :

-Mais bien évidemment voyons, entre deux cours à la faculté de médecine et un discours à la chambre des Lords, je me suis dit que j’avais du temps à tuer, alors autant me mettre au Français, tant qu’à faire…

Son ironie, mordante, témoignait de sa colère paradoxalement décroissante, qui malgré la vexation encore toute fraîche, ne revêtait plus le fond agressif de tantôt, présage d’imprévisibilité, chuintement des griffes sur le sol de la bête aux babines retroussées sur ses crocs, se rapprochant de la lisière du jour. Non pas que s’adresser à une jeune personne loin de chez elle et bouleversée le rendît plus coulant, mais si jamais d’aventure le souci lui rongeant le crâne avait une quelconque chance d’intéresser la Tribu d’une façon ou d’une autre, bonne ou mauvaise, il aurait été idiot de se laisser complètement aveugler par son emportement et ne pas en savoir plus dès à présent. Alors que la fameuse sauvageonne, à présent assagie presque comme par miracle, prenait même le luxe d’être rêveuse, Lynch ne prit pas vraiment de gants pour lui apprendre la nouvelle, quoi qu’’il présenta celle-ci comme un fait et non une mesquinerie lancée en direction de la Française telle un couteau. Nous le savions tous cruellement bien : les faits, ce sont la réalité, et la réalité est toujours laide…

Son ton, désinvolte, témoignait sans se cacher du peu de cas qu’il faisait de l’impact qu’aurait cette « révélation » pourtant évidente sur son informatrice :

-Ce n’est pas moi qui ai écrit cette lettre. Je l’ai dictée à un de mes gars, qui est Français, et qui l’a retranscrite pour moi dans ta langue ; Pierre Vuillemin, tu as peut-être entendu parler de lui.


La miss ainsi informée, Lynch décida pour eux deux que le sujet se trouvait clos, et passa donc à la suite logique : évaluer les dégâts, que ce soit dans la vie de sa recrue si tout ce chambard pouvait toucher de près ou de loin son groupe, et si nécessaire prendre la main pour redresser la barre, en bon capitaine qu’il était, seul sur son trône certes, quoi que des plus créatifs en matière de solutions confectionnées avec trois fois rien. Aborder comme si de rien n'était ce qui avait occupé son esprit des heures durant, en prévision de ce moment tant attendu et au final si insatisfaisant, serait pour plus tard.

-Bah écoute, vu comment je suis reçu, je pense que je vais m'abstenir... lança-t-il avec une ironie un brin effrontée, soulignée par un haussement de sourcils sans équivoque.

Le Britannique jouait la carte du dicton selon lequel les chats échaudés craignaient l'eau froide, et le lui faisait sentir, appuyant le fait que son interlocutrice avait prouvé qu'elle savait parfaitement se débrouiller dans le registre glacial.

Une chose après l'autre, odonc. Tout d'abord, identifier quelle mouche avait piqué son vis-à-vis, et en un sens estimer si celle-ci se trouvait malheureusement perdue pour la cause, et ensuite embrayer, si cela en valait la peine, sur ce qui avait de façon tellement agaçante été retardé pour rien.

-C’est quoi le problème, Jo ?

Quiconque le voyait comme une brute épaisse sans cervelle, juste bon à planifier des cambriolages ou à écraser le crâne de ceux le mettant en rogne passaient à côté de cette véritable dangerosité qui se nichait dans les milliards de nuances que sa manière d’être adoptait aussi vite que le temps changeait en pleine mer, passant d’un extrême à l’autre de façon si déroutante. Employer le surnom de Morel n’était pas anodin, pas moins que le son de sa voix, grave, profonde, celle d’un proche, d’un père stoïque, d’un guide au chevet d’un enfant en larmes, invitant à la confession, à l’exposition de tourments qu’il ne manquerait pas de modeler pour en faire des écueils surmontables, et ramener tout le monde à bon port. Un roc prompt à punir comme à récompenser, à protéger comme à juger avec une extrême dureté.

Oui, parfois, Fergus avait envie de les abandonner et de les regarder se débattre vainement, pour voir comment ils se débrouillaient, tous autant qu’ils étaient, sans lui pour aplanir les difficultés puis les pousser l’avant, sans jamais baisser les bras ni céder à la fatigue, physique comme psychologique. Ce n’était cependant pas encore demain la veille qu’il déserterait son trône.




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Joséphine E. Morel
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MessageSujet: Re: Things look different in the mornin' | Joséphine & Fergus Things look different in the mornin' | Joséphine & Fergus Icon_minitimeSam 23 Déc - 16:57



"Things look different in the mornin'"

[Don't Let Me Be Yours - Zara Larsson]

19 juin 1891

Son ton avait été désinvolte, mais ses paroles eurent l’effet d’une douche froide pour moi; machinalement, je portai une main sur mon flanc, couvrant ainsi la petite poche dans laquelle j’avais soigneusement rangé le mot que j’avais cru écrit de la main de Fergus, ma vision se troublant légèrement alors que je me laissais submerger par mes pensées. J’avais serré ce mot tant de fois contre mon cœur en priant pour trouver le sommeil rapidement, je l’avais caressé du bout des doigts en suivant la forme des lettres de ses mots et j’avais versé tant de larmes en tentant de résoudre son énigme, en pensant à l’homme que j’avais tenté de protéger, aux risques que je lui faisais prendre alors que le monde entier semblait dorénavant plus dangereux… Fergus parla à nouveau, sur un ton qui se voulait ironique, mais je ne réagis pas à ses paroles. Ma main glissa à l’intérieure de la poche et en ressortit le papier soigneusement plié. Je le levai devant mon visage comme si je le voyais pour la première fois. « C’est quoi le problème, Jo ? »

Je fus déstabilisée par le ton employé par le chef de la Tribu et par l’utilisation de mon surnom; mes yeux quittèrent le mot écrit par ce Pierre Vuillemin que je haïssais maintenant et plongèrent dans ceux de Fergus. « Le problème…? » Répétais-je d’une voix lente qui annonçait déjà la tempête à venir. « Si seulement il n’y en avait qu’un! » Dis-je alors en étouffant un petit rire nerveux. Je détournai les yeux pour regarder à nouveau le bout de papier qui venait de perdre toute sa valeur et haussai les épaules en secouant la tête alors que des larmes voilaient mon regard. « … Le problème… c’est… toi! » Avais-je alors dit dans ma langue maternelle, le français, en sachant très bien que le jeune homme que j’accusais ainsi ne comprendrait probablement pas le sens de mes paroles. Si je croyais que prononcer ces mots soulagerait un peu de la douleur qui me serrait la poitrine, je me trompais… Tutoyer Fergus, alors que je l’avais toujours vouvoyé avec respect, sembla être douloureux, car ma voix se brisa à ce moment précis et je ne pus retenir le flot de larmes qui inondait à présent mes joues pâles. L’angoisse et la peur des dernières semaines venaient d’avoir raison de moi et me faisaient craquer devant la seule personne que j’aurais souhaité épargner de tout cela…

Je couvris d’une main ma bouche par laquelle s’échappaient les sanglots qui avaient étouffé ma gorge pendant beaucoup trop longtemps; malgré tous mes efforts, ils étaient maintenant incontrôlables et me faisaient hoqueter. « Je… je suis désolée… » Réussis-je à dire entre deux hoquets, en anglais cette fois. Je regardais le pauvre homme qui subissait cet élan de vulnérabilité, ce chef de bandit qui regrettait probablement d’avoir posé une question de trop alors que ma poitrine se soulevait rapidement; ma respiration devenant de plus en plus chaotique. « Je ne sais… plus… où j’en… suis… ». Cette fois, comprenant que je n’arriverais pas à me calmer seule, je m’approchai de Fergus et, ne lui laissant aucune chance de me repousser, glissai mes bras autour de sa taille pour le serrer contre moi, la tête baissée sur ma poitrine pour appuyer mon front contre son torse, à l’endroit où devait se trouver son cœur.

Cette proximité inconvenante ne serait jugée que par Dieu qui pardonnerait à son enfant la détresse qui la submergeait… à moins que ne s’y ajoute une quelconque pensée incongrue… Au moment où je me blottis ainsi contre le corps de l’homme qui faisait battre mon cœur, je semblai me calmer légèrement, ma respiration devenant plus régulière alors que les effluves de charbon et de sueur qui émanaient des vêtements de Fergus piquaient mes narines. Je fermai les yeux, les larmes coulant toujours sur mes joues, pour profiter de ce moment auquel j’avais secrètement rêvé et qui ne se reproduirait peut-être jamais malgré le message des cartes de Lydess. Je voulais m’imprégner de cette odeur particulière qui était celle du chef de la Tribu et non celle parfumée d’un bourgeois sans importance. Mon sens ainsi en alerte semblait éveiller en moi un instinct primitif auquel il devait être interdit aux jeunes femmes de penser, mais n’étais-je pas une jeune femme ordinaire? Sans m’en apercevoir, j’avais resserré mon étreinte et avait relevé délicatement le menton, tournant mon visage vers l’intérieur du torse de Fergus.

S’il y avait des semaines que je n’étais pas arrivé à dormir paisiblement, j’avais l’impression que je pourrais enfin trouver le sommeil, ainsi blottie contre le jeune homme. Je pleurais toujours, mais dans un silence presque religieux. Soudain, comme frappée par un éclair de lucidité, j’ouvris mes yeux rougis et gonflés par les larmes salées et ramenai mes bras vers mon corps, laissant glissées mes mains sur les vêtements de Fergus jusqu’à poser mes paumes sur son ventre. Je poussai légèrement pour me forcer à me décoller de lui, ce qui semblait être difficile à faire. Néanmoins, le plus difficile fut de retirer mes mains posées sur son abdomen, car je ne sus que faire de celles-ci. N’avaient-elles pas toujours été faites pour le toucher? Comme si je craignais qu’elles soient dorénavant dotées de leur propre volonté, je croisai les bras sur mon propre ventre pour les empêcher de se rapprocher de Fergus.

Après un moment d’hésitation, je levai les yeux vers le visage du chef de la Tribu : « Je ne dors plus et ne mange presque plus depuis des semaines… ». Était-ce une forme d’excuse pour ce qui venait de se passer? Je reniflai et poursuivis : « … Je revois sans cesse dans ma tête ces corps sans vie, ensanglantés, démembrés… J’ai été imprudente et idiote… Ils auraient pu tous mourir par ma faute… J’ai déçu tellement de gens ce soir-là… Et lorsque je ferme les yeux, je vois les yeux injectés de sang de la créature que nous avons tués… qu’il a tué… ». Étant persuadée que Fergus était déjà au courant des évènements de la Tour de Londres, évènements auxquels certains membres de la Tribu avaient participé, je ne ressentis pas le besoin de préciser. Après tout, ceux-ci devaient lui avoir également parlé de mon incompétence légendaire… « … Tôt ou tard, je mettrai votre vie en danger, comme je l’ai fait pour eux… Ce policier... Loban qui veut… enfin, qui voulait, que je travaille pour lui… Mon tuteur… ». Je sentis à nouveau le chagrin gagner ma gorge, mais il y demeura, ne formant qu’une boule d’émotion de plus qui finirait par sortir au moment le moins opportun. Je baissai les yeux vers la poitrine du bandit, à l’endroit où mon visage s’était trouvé quelques instants plus tôt. « … Vous causerez tous ma perte et pourtant, c’est pour vous que je m’inquiète… » Dis-je en me remémorant les paroles de la cartomancienne.  


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Fergus Lynch
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MessageSujet: Re: Things look different in the mornin' | Joséphine & Fergus Things look different in the mornin' | Joséphine & Fergus Icon_minitimeMar 6 Fév - 21:34



Things look different in the mornin'

« My philosophy is that worrying means you suffer twice. »

Chantier du Tower Bridge, 1891


Au fond, Fergus ne savait pas vraiment ce qui pouvait bouleverser autant le petit monde si tranquille d’une bourgeoise telle que Joséphine. Les clichés avaient la peau dure, et quand bien même la jeune femme parcourait-elle les rues de la ville seule et grimée en homme en faisant fi de tous les risques que ces pérégrinations lui collaient d’office, elle gardait cette image de créature fragile qui, une fois sa curiosité assouvie pour un temps, rentrait sagement dans sa belle résidence confortablement à l’abri du monde, où le plus grand danger résidait en l’ire de son oncle et le délit que constituait le fait d’écrire lorsqu’on était une femme. Dans un univers tel que le sien, protégé depuis la naissance et auréolé de facilité permanente au parfum d’apparat, les drames les plus violents se résumaient sans doute à un damoiseau ne l’ayant pas invitée à danser au dernier bal, à une robe tâchée ou à la tournure d’une phrase de son roman qu’elle n’arrivait pas à rendre plaisante, n’est-ce pas ? Lynch ne la méprisait ni ne la sous-estimait, mais l’Univers tournait ainsi : aussi fort que l’on tentait de s’arracher à ce que l’on était, ou d’où l’on venait, et plus violemment encore ces raines profondes vous ramenaient à votre point de départ, parfois à votre corps défendant, parfois sans même qu’on le remarque. Que ça se nommât le destin, l’éducation, le besoin de retrouver l’agrément de ses repères ou d’un environnement connu, peut importât, la sorcellerie fonctionnait exactement de la même manière.

Que faisait un enfant qui peur du noir ? Il se terre sous ses draps, ou dans les jupes de sa mère, tout comme n’importe quel être humain, par instinct, se précipitait chez lui en cas de catastrophe majeure menaçant de ruine le pays tout entier. Sans doute trop cynique pour son propre bien, Fergus ne croyait pas à la métamorphose, à ces magnifiques histoires d’êtres courageux pouvant pleinement assurer que oui, sans conteste, ils avaient changé du tout au tout. Impossible qu’il ne reste pas au moins quelques traces de votre ancien vous, là, caché quelque part sous le nouveau faciès que vous vous plaisiez à arborer en le croyant irréversible, définitivement coupé de ce que vous cherchiez à fuir avec tant d’opiniâtreté… Et à l’origine de réflexes à ses yeux sans vraiment grande équivoque. Ce n’était pas un mal, ni un défaut, au contraire : les actes de chacun n’en prenaient que plus de sens, lorsqu’ils s’éloignaient diamétralement de ce qu’on attendait de quelqu’un comme vous. S’arracher à la facilité et à l’oisiveté des castes supérieures n’avait rien de facile, justement à cause de ces amarres invisibles qui rattachaient Joséphine comme chacun de ses pairs à leur cocon doré, si bien que tout acte de lutte à l’encontre d’un système trop bien huilé méritait, sinon de l’admiration, au moins un minimum de respect. Combattre sa vraie nature revenait à batailler contre le vent de ses poings nus, mais agir pour contrecarrer les méprisables habitudes de sa coterie de naissance en valait la peine, voire même se révélait nécessaire pour ne pas sombrer en une existence hypocrite de parasite ; une différence mince, subtile, et pourtant tout à fait évidente pour le bandit, comme bien d’autres notions qui laissaient sur le carreau une bonne partie de ses acolytes.

Sans même aller jusqu’à se perdre dans de pareilles considérations sociologiques, Joséphine, aussi poussée aux confins de ses retranchements semblât-elle, ne devait certainement pas avoir à supporter le poids d’une information véritablement vitale à la Tribu. Si tel avait été le cas, Fergus aurait été prêt à mettre sa main à couper que la belle aurait accouru bien plus tôt pour les prévenir, et ne se serait pas autant perdue en bafouillages et autre verbiage inutile avant d’en venir au fait. On la lui avait décrite comme appliquée et honnête, répondant aux attentes que le fondateur du mouvement lui avait imposées sans discuter ni tenter de renégocier le châtiment qui lui avait été échu, et c’est exactement comme cela que le criminel l’aurait décrite, à peu de choses près, s’il avait eu à évaluer son degré d’implication et la qualité de cette dernière au sein de son mouvement. Ce qui ne faisait pas d’elle une cachotière incapable de se rendre compte que ses hésitations coûtaient de précieuses heures à la Tribu… Les tourments de son invitée devaient donc se révéler, selon ses conclusions toute personnelles, d’une gravité aigue pour elle mais pas forcément pour lui.

Il allait cependant falloir passer à table à un moment ou un autre, si possible sans continuer à tourner autour du pot durant des heures, ce qui leur ferait gagner du temps à tous les deux, en plus de mettre un terme au martyr que s’infligeait la Française, une issue qui se défila une nouvelle fois alors qu’à nouveau, l’éperdue créature choisissait sa langue maternelle pour lui déclamer des mots qu’l ne comprenait pas. Joséphine n’avait-elle pas saisi que malgré ses nombreux talents, Lynch ne comptait pas le bilinguisme ? Son sens du sarcasme avait-il été poussé un peu trop loin, au point de perdre la miss, déjà bien déboussolée ? Un bref instant, l’Anglais se vit devoir expliciter l’évidence, ce qui n’aurait pas manqué de lui faire lever les yeux au ciel sous le coup du désappointement, mais une nouvelle fois, la romancière se révéla pleine de surprises.

Soudainement enlacé, Fergus par réflexe retint son souffle, comme on contracte les abdominaux par réflexe juste avant un choc ; quant à ses bras, ils virent tout aussi instinctivement enserrer la jeune femme, paumes apposées contre ses omoplates, en une posture qui n’aurait pas été différente si Joséphine avait perdu l’équilibre et serait venue s’écrouler contre lui. C’était cependant bien ce qui était survenu, Morel perdant pied de manière imagée plus qu’au sens propre du terme, et sans que l’on pût vraiment dire qu’il s’agît d’un accident non plus. Sciemment, Jo cherchait du réconfort contre lui, et ce serait tout aussi sciemment que le hors-la-loi ne la repousserait pas, malgré la surprise qui l’avait saisi au moment où le corps de la Française avait rencontré le sien avec précipitation mais sans rudesse. Son être était habitué à subir les assauts de tout ce que la vie pouvait offrir de plus violent et de plus pernicieux, et il aurait fallu bien plus que l’embrassade prodiguée par une ingénue pour le faire chanceler : peu farouche, la présence toute proche d’une femme tout contre lui ne l’avait jamais gêné, bien au contraire, lui qui comme bon nombre de pauvres avait perdu toute notion de pruderie, voire même de bienséance. Néanmoins encore doté d’un peu de savoir-vivre, Lynch ne comptait pas profiter de la situation plus qu’il n’avait déjà commencé à le faire, alors que la belle laissait libre cours à de profond et silencieux sanglots, là, nichée contre lui ; la chaleur d’une femme se suffisait à elle-même, délicate et en même temps terriblement sensuelle, sans que des avances autrement plus grossières ne la rende plus délicieuse. Nullement farouche, il ne fuyait pas le contact, lui sur qui la couardise semblait ne se connaître aucune espèce d’emprise, et encore moins venant de Joséphine, si chétive et en même temps si combattive, jamais plus plaisante que lorsqu’elle repoussait ses limites et émergeait de sa coquille, chancelante quoi que plus adulte à chaque fois. Un mince sourire ourlant les commissures de ses lèvres, Fergus la laissa se ressourcer tout son soûl, peu avare en obligeance sans pour autant inviter à aller plus loin à la manière des gentilshommes pour lesquels il nourrissait si peu d’estime.

Lui-même goûta également à son odeur, au parfum de ses cheveux aussi doux que de la soie, cette odeur de propre, de sécurité et d’opulence, senteurs décrivant à la perfection l’idée que se faisait Lynch du microcosme huppé dans lequel il la voyait évoluer au quotidien. Ses paupières se baissèrent légèrement, alors que son nez se perdait dans d’infiniment fins cheveux, et que la salle inachevée du Tower Bridge prenait plus que jamais les airs de bulle hors du temps et de la frénésie de la ville.

La belle finit cependant par s’arracher en douceur à son torse, sans qu’il cherchât à la retenir plus longtemps, et le bout de ses doigts s’attardant un peu plus que de raison aux alentours de son nombril accentua un peu plus son sourire en coin. Sourcils légèrement froncés, non pas colère mais par amusement, Lynch se montra curieux sans mot dire de la suite des réjouissances, de ces libertés que la sage bourgeoise commençait à prendre avec lui comme on explorerait les abords d’un continent inconnu, intéressé mine de rien de voir jusqu’où Joséphine pousserait son audace. Celle-ci, cependant, s’éloigna pour remettre une distance acceptable entre eux, ce que le Britannique laissa faire ; une prochaine fois, peut-être.

Tant de sang maculait déjà l’existence du criminel qu’un massacre en tant que tel ne s’illustrait pas spécialement dans la longue suite d’incidents macabres peuplant son existence, si bien que l’évocation des cadavres ayant tant marqué la Française, au début, ne lui dit pas grand-chose. Néanmoins, il avait eu vent, de part plusieurs sources relativement peu informées, d’une épopée pour le moins hors normes qui se serait déroulée dans la plus célèbre prison de Londres, une histoire que Gerald devait d’ailleurs lui raconter dans le détail dès que tous deux trouveraient un moment, son fidèle lieutenant ayant d’après ce qu’il avait entendu participé aux étranges évènements survenus il y a peu. Autrement plus endurci que la demoiselle en la matière, il ne pouvait cependant qu’imaginer à quel point une fille de bonne famille pouvait se trouver bouleversée par la vue d’un cadavre particulièrement abîmé –un spectacle des plus banals du côté de Whitechapel, et une horreur parmi bien d’autres à laquelle elle allait devoir s’habituer si elle désirait continuer d’avancer dans le sillage de la Tribu.

-Causer ta perte… répéta Fergus avec un bref petit rire, son impertinence indubitablement peu prompte à se laisser impressionner ayant encore de beaux jours devant elle. Rien que ça… Tu m’en diras tant.

La mort de son petit train-train de bourgeoise préservée d monde extérieur au point de frôler l’asphyxie, sans doute, mais sa mort pure et simple… Il ne fallait pas pousser non plus. Fort peu porté sur le mélodramatique n’ayant pour but que de se lamenter sur son propre sort, l’ouvrier retourna se jucher sur son siège de fortune, cette fois en position assise qui avait le mérite de laisser une place à ses côtés où s’installer relativement confortablement, ce qu’il signifia d’ailleurs à son invitée en tapotant du bout de l’index le métal des poutres.

-Installe-toi et raconte-moi tout ça depuis le début. Mais avant…


Plein de ressources, le criminel tira d’une poche intérieure de son vieux gilet une flasque tout autant vu du pays que son vêtement, et dont la nature du contenu ne laissait pas vraiment place au doute :

-… Avale donc une gorgée de ça, ça te redonnera des couleurs. Mais une seule ; tu pourras en reprendre une fois que tu m’auras expliqué ce qui t’es arrivé.




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Citation : Eddie Redmayne as Newt Scamander, in Fantastic Beasts

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MessageSujet: Re: Things look different in the mornin' | Joséphine & Fergus Things look different in the mornin' | Joséphine & Fergus Icon_minitimeDim 22 Avr - 20:16



"Things look different in the mornin'"

[Don't Let Me Be Yours - Zara Larsson]

19 juin 1891

« Causer ta perte… Rien que ça… Tu m’en diras tant. »

Se moquait-il de moi? Si ce n’était pas le cas, ça en avait tout l’air! Que faisais-je encore là devant lui? Pourquoi n’étais-je pas déjà repartie? Il était évident que malgré tous mes beaux sentiments, cet homme n’y comprenait rien! Il entendait ce que je lui disais, mais n’écoutait que ce qui lui plaisait, lui permettait de rigoler alors que je venais de m’ouvrir à lui, de lui présenter l’être faible que j’étais sans aucun orgueil…  J’étais tétanisée par la réaction de Fergus alors que je n’arrivais pas à savoir exactement comment j’aurais préféré qu’il agisse. Comment pouvais-je m’attendre à ce qu’il fasse exactement quelque chose si j’ignorais moi-même la nature de cette chose? Il était là mon réel problème : ma tête était un véritable fouillis. Les sentiments que j’éprouvais étaient contradictoires, mes pensées n’avaient aucune logique et je mélangeais tout dans mon esprit… D’une part, les évènements de la Tour m’avaient terrifié, mais j’affirmais n’avoir peur que pour Fergus. Je me sentais trahi d’avoir chéri une lettre qui n’avait pas été écrite de sa main, mais cela changeait-il réellement quelque chose? Les paroles de la cartomancienne avaient semé le doute dans mon esprit, quant à mon implication au sein de la Tribu, mais je ne m’étais jamais sentie aussi vivante depuis que je frôlais l’illégalité du bout des doigts… Travailler pour Loban m’avait semblé être une opportunité rêvée, mais si cela signifiait de devoir trahir l’homme que j’aimais… L’homme que j’aimais… Là était aussi un problème, si ce n’était pas le plus gros d’entre tous… Si je n’avais pas ces sentiments pour l’homme qui me tournait à présent le dos, se dirigeant vers les poutres pour s’y assoir, ma vie me semblerait plus simple… Mais avais-je envie qu’elle le soit?

Mon regard avait suivi les mouvements du chef de la Tribu, s’attardant sur les muscles de son dos que je devinais sous ses vêtements et que j’avais brièvement touchés. Je le vis pivoter pour s’assoir et mes yeux observèrent ses doigts alors qu’ils pianotaient sur les poutres de métal. Pendant un instant, je fus jalouse de ces poutres; je n’avais eu qu’un bref aperçu du contact des mains du bandit sur moi, mais ma peau s’en languissait déjà. Sa voix, telle une douche froide, m’extirpa de mes pensées de moins en moins catholiques et je clignai des yeux à plusieurs reprises pour être certaine de bien avoir saisi le sens de ses paroles; que je lui raconte tout? Avais-je mal interprété les moqueries de Fergus, plus tôt? Alors que je croyais qu’il s’éloignait de moi, las de mes jérémiades, il insistait pour que je lui parle et que je reste avec lui? Le bandit sorti une flasque d’alcool de son gilet et me dit : « … Avale donc une gorgée de ça, ça te redonnera des couleurs. Mais une seule ; tu pourras en reprendre une fois que tu m’auras expliqué ce qui t’es arrivé. »

Je gardai les yeux fixés sur la petite flasque qui brillait subtilement sous la lumière naissante du jour pendant quelques secondes, comme si son contenu était une promesse de mieux-être. Cette proposition était tentante… Terriblement tentante même… Mais si je devais, une nouvelle fois, me confier à Fergus et devenir une source de moqueries, mon cœur le supporterait-il? Je décroisai les bras et portai mes mains à mon visage, laissant tomber ma tête vers l’arrière, les yeux levés vers le plafond de la tour en construction. « Que désires-tu Joséphine?... » murmurais-je, en français, pour moi-même. Laissant glisser mes paumes sur mon cou, puis à sa base, près de ma poitrine, je constatai que ma peau était brulante; je savais ce que je voulais, mais avais-je le droit de désirer une telle chose? Je pris une profonde inspiration et redressai la tête pour regarder à nouveau mon hôte. Il n’avait pas bougé et tenait toujours la flasque d’alcool devant lui.

« Je n’aurais pas dit non à la bouteille, mais je me contenterai bien d’une seule gorgée pour commencer… » dis-je en adressant un petit sourire gêné à Fergus alors que je m’approchais doucement de lui. Lui assis et moi debout, je dû baisser légèrement les yeux pour soutenir son regard clair, lorsque je fus arrivé à sa hauteur, alors que d’une main, j’attrapais la flasque d’alcool. Je tirai l’objet vers moi, le dérobant ainsi à son propriétaire, et entreprit de l’ouvrir à l’aide de mon autre main, sans jamais détourner le regard de celui du bandit. Ce n’était pas la première fois que je me laissais captiver par le bleu de ses yeux, mais cette fois, je m’y noyais volontairement. Je portai la flasque à mes lèvres, tournant légèrement la tête pour me permettre de la faire basculer vers l’arrière, facilitant ainsi le passage du liquide, mais sans m’obliger à perdre de vue le regard de Fergus. J’avalai le liquide alcoolisé avec une petite grimace involontaire (et qui subsistait malgré l’absorption fréquente d’alcool dans le cadre de mes sorties clandestines), mais ne rendit pas la flasque immédiatement à son propriétaire.

« Vous voulez que je vous raconte en détail mon arrestation par ce policier américain qui voulait que je l’aide à mettre la main sur vous…, ce qu’il s’est passé dans cette Tour maudite et comment au final, la Tribu a été la cible du Home Secretay…, le travail que ce dernier m’avait proposé et qui allait à l’encontre de tout ce que je fais pour vous actuellement…, les révélations que m’a fait une cartomancienne sur mon avenir et qui vous concerne ou alors…, peut-être voulez-vous savoir pourquoi, dans chacune de ces mésaventures, c’est lorsque l’on mentionne votre nom, qu’il est question de détruire la Tribu et de s’attaquer précisément à son chef, que je perds la tête…, que je souhaiterais ne jamais vous avoir rencontré, mais qu’au final…, tout ce que je désire c’est… » Ma voix n’avait été qu’un murmure parfaitement audible et sans m’en apercevoir, j’avais approché mon visage de celui de Fergus jusqu’à sentir sa respiration sur ma peau brulante. Une petite voix dans ma tête tentait de mettre en garde sur ce qu’allait être mon prochain mouvement et qu’en approchant trop près du soleil, on risquait de se bruler les ailes, mais je ne voulais pas l’écouter. Rien ne pouvait être pire que l’état dans lequel je réussissais à me mettre toute seule alors que rien ne semblait ébranler l’homme que chaque parcelle de mon être demandait.

Pour la première fois depuis que j’avais décidé de rejoindre le chef de la Tribu, je baissai les yeux pour porter mon regard sur cette bouche insolente et tentatrice qu’était celle de Fergus. La main qui tout ce temps, avait tenu la flasque d’alcool, la laissa glissée doucement sur les poutres, là où j’aurais dû m’assoir si je n’avais perdu l’esprit, puis remonta le long du bras du bandit, une fois débarrassée de son fardeau. De l’autre main, j’attrapai le col de sa chemise : « …Tout ce que je désire c’est toi… » dis-je dans un souffle alors que, d’un mouvement brusque, je pressais fermement mes lèvres, humidifiées par le précieux liquide que j’avais bu plus tôt, contre celles du brigand, en un baiser inespéré…


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   Because a vision softly creeping, left its seeds while I was sleeping. And the vision that was planted in my brain still remains, within the sound of silence.
   
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