Une carte à jouer



 

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Devlin Stanton
Devlin Stanton

Âge : 35
Emploi : Détective / Gentleman-Cambrioleur / Chasseur de créatures surnaturelles.
Informations : -1m75 (5’’74), 73 kg (167 lbs)
-Yeux ambre
-Détective depuis 11 ans. plus par passion et goût du défi que pour en vivre.
-Est devenu gentleman-cambrioleur, laissant sur les lieux de ses forfaits une carte: un valet de cœur, ce qui lui vaut le surnom, par les journaux, de "Jack of Heart" ("Valet de Cœur" en anglais.)
-A créé, avec Lydess Hentswig et Katherina Romanov, la Fondation Luna, un groupe de gens qui affrontent les dangers surnaturels.
La Fondation recrute de nouveaux protecteurs ayant assez de courage pour affronter l'inconnu.

-Jamais marié, aucune descendance... du moins, connue.
-Possède un Doberman nommé Athos dont il ne se sépare jamais.
-Asocial et légèrement misogyne en apparence. En réalité, égalitaire.
-Pratique la lecture labiale
-Est devenu le tuteur de Joséphine par la force des choses.
-Fume la pipe uniquement en soirée, la porte à la bouche non allumée pour réfléchir.
-Excellent tireur et virtuose du combat à mains nues, alliant boxe, savate et techniques de lutte. manie aussi la canne de combat et la rapière.
-Musculature fine mais très dense et efficace, doté d'une force insoupçonnable pour son gabarit et d'une grande résistance aux coups.
-Très discret, marche toujours sans faire de bruit et sait observer sans être repéré.
-Siffleur musical de talent et bon chanteur. A une ouïe bien entrainée.

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MessageSujet: Une carte à jouer Une carte à jouer Icon_minitimeLun 25 Déc - 19:16



Une carte à jouer.

 "Elle était pourtant splendide…"



 
Village proche d'Agapia. Est des Carpates, Roumanie. Automne 1891


La nuit était tombée depuis 4 heures déjà sur ce village au nom oublié.
Un village oublié? Dans ce genre d'événement, on oublie tout: les lieux, les dates… jusqu'aux noms des protagonistes.
On ne se rappelle que de l'inquiétude dans le regard d'un homme d'âge mur dans sa petite maison, la peur dans celui des 2 gamins, à peine sortis de l'adolescence, qui se tiennent près de lui.
L'attente dans celui de l'étranger qui regarde l'âtre crépitant, plongeant ses paillettes d'or dans les flammes dansantes, tirant calmement une bouffée de sa pipe dans un crépitement léger qui ne parvenait qu'à ses seules oreilles, avant de recracher lentement la fumée parfumée du tabac de prix, dessinant d'informes arabesques mouvantes.
Cette douce chaleur, un de ses derniers plaisirs, il le sait. Pourtant, nulle peur dans son regard, voir un petit sourire qui se drapait de sobre discrétion sur ses lèvres s'élargit au fur et à mesure que le temps avance.

Il eut un geste sec pour jeter les braises incandescentes de sa pipe dans les flammes, sortit son outillage pour la gratter et la nettoyer.
-C'est l'heure.
A ces mots assénés avec calme et un fort accent anglais, il se leva et mit son manteau.
Le jeune homme se découvrit un courage insoupçonné, parlant, déterminé, dans un anglais approximatif:
-Je… venir avec vous!
L'Anglais le regarda d'un œil morne. Allons donc! Encore des courageux de dernière minute. C'était fatigant d'avoir à gérer les inconscients.
-Non. Répondit-il avec le plus grand calme, comme s'il détachait chaque lettre.
-Si! Je accompagne vous!
L'étranger s'approcha, se campa devant le gamin présomptueux, même s'il était plus grand que lui… costauds, ces jeunes paysans… mais pas la bonne force.
-Et à quoi peux-tu bien servir…
Le geste fut fulgurant, la lame de couteau se planta dans la cuisse du jeune homme qui hurla de douleur.
-…Blessé comme tu es?
Le jeune se tordit au sol, tenant sa jambe ensanglantée, rejoint par sa sœur et son père tandis que l'anglais essuyait sa lame et se dirigea vers la sortie.
Il se retourna une dernière fois et vit le regard du père. Un regard empli de reconnaissance pour ce qu'il venait de faire: empêcher son fils de faire une ânerie fatale.

La nuit était fraîche, en cette période de l'année, dans le coin. La vapeur de froid sortait des lèvres du britannique tandis qu'il réajustait son long manteau et commençait à marcher dans les rues du village, non loin de la place centrale.
Il leva les yeux. Au moins, les étoiles étaient au rendez-vous, et la lune, dans sa forme gibbeuse, permettait un bel éclairage. Au moins, il n'aurait pas à trop forcer pour voir la mort arriver.
S'il faisait jour, il aurait ici, le pied posé sur un muret; le coude appuyé sur la cuisse, un point de vue magnifique sur la chaîne des Carpates. Un haut lieu chargé d'histoire et parsemé de noms illustres.
Mais ses compagnes étaient les diamants du ciel, pour le moment… et un souffle, un instinct… derrière lui, légèrement à gauche!
Il tourna calmement la tête et la vit approcher. Cette femme! Les cheveux d'un blond sublime, des formes graciles à se damner… et ses yeux! Elle avait les yeux d'un bleu impressionnant, métallique.
L'Anglais avait croisé de belles, de très belles femmes, dans sa vie, mais rares étaient celles qui auraient pu espérer rivaliser avec celle-là.
Elle se mit à parler en marchant calmement vers celui-ci d'un pas léger. Sa voix avait des intonations musicales, une sucrerie pour les oreilles, de quoi subjuguer n'importe qui.
L'homme fit un léger geste de la main:
-Navré, je ne parle pas le roumain. Peut-être parlez-vous anglais? Français? Russe?

La jeune femme eut un sourire aussi pétillant de vie que son regard brillant:
-Français? Ca faisait longtemps que je n'étais plus allée à Paris! Quelle ville magnifique!
Dit-elle dans la langue de Molière qu'elle semblait maitriser avec un roulage de "r" au charme indéniable. Encore plus beau que lorsque l'étranger faisait exprès de parler avec son accent londonien alors qu'il pouvait s'exprimer parfaitement et sans accent.
-Je suppose que j'ai l'honneur de m'adresser à Olimpia Radunescu, dite "La Comtesse Sanglante"?
-Oh? Je vois que je suis célèbre jusqu'au pied du Sacré-Cœur. Je suis… flattée. Que fait donc un si bel homme loin de ses terres, en ce lieu désolé?
La conversation avait tout ce qu'il y a de plus mondain. Aucune menace, que de la désinvolture. Il ne manquait plus que les petits fours et un quatuor interprétant du Vivaldi.
L'homme répondit avec un sourire et un détachement amusés des plus appropriés aux réceptions:
-Vile flatteuse! Et bien, je suis venu vous tuer. A ce propos, j'aurai un grand service à vous demander: voyez-vous, je répugne à faire du mal aux femmes. Machisme, bonne éducation, misogynie, prévenance… choisissez ce que vous préférez. Toujours est-il que si vous pouviez vous laisser gentiment décapiter, cela serait un poids en moins sur ma conscience. Soyez assurée que je ferai ça promptement et sans plus de douleur que nécessaire, cela va de soi.

La jeune femme sourit en retour, penchant la tête de côté à la manière d'une adolescente curieuse et fascinée… et asséna une violente gifle d'un revers de main à l'insolent!
Normalement, ce genre de gifle était plus dégradante que vraiment douloureuse. Mais là, elle était assénée par une Vampire de plus de 200 ans!
L'homme fut emporté dans les airs par la violence du coup et eut l'impression que sa mâchoire allait exploser!
Il fit un vol plané et atterrit violemment au sol, face contre terre.

Il prit note, pour plus tard, dans sa méthodologie d'élimination des créatures, chapitre Vampires: "La politesse est une chose fortement déconseillée avec ces individus qui y sont particulièrement allergiques!"

La Comtesse s'approcha tranquillement, attrapa l'individu par le cou pour le ramener jusqu'à son visage, l'étranglant au passage:
-Pathétique mortel! Tu croyais vraiment que je vais me laisser tuer par un être aussi insignifiant que toi? Je suis une déesse!
-Je trouve… que vous y mettez… du mauvais esprit!

La riposte suivit la phrase de très près: une terrible fourchette dans les yeux fit lâcher prise à la Vampire, lui arrachant un cri de douleur.
L'homme descendit immédiatement, frappant de l'avant-bras l'arrière du genou, faisant ployer la femme. Il remonta la main en pince de crabe sur la superbe gorge, coupant le souffle de la belle avant d'asséner un violent swing à la tempe… et se prendre un coup si rapide qu'il ne le vit pas venir,  l'éjectant à plusieurs mètres, lui faisant heurter le sol sans ménagement.

La Comtesse Sanglante chancela de douleur et de désorientation tandis que l'homme s'accoudait péniblement pour analyser rapidement la situation: cet enchainement aurait mis à terre un homme de plus 100 kilos, il l'avait à peine affectée. Bon, ça serait aussi compliqué que prévu!

Il regarda la route menant à une grange, étape décisive!
Il s'appuya sur ses bras endoloris, se releva et se mit à courir aussi vite que ses jambes le lui permettaient.
-Où fuis-tu, lâche? Je vais te tuer! Aah! Ordure!
Il préféra ne pas répondre à une invective aussi indigne de la noblesse de cette femme. Quelle grossièreté! C'en était choquant!
Il préféra courir et entrer dans la grange avec un petit saut adéquat pour se précipiter vers l'échelle menant à l'étage de la bâtisse.
Olimpia Radunescu entra, solennelle.
-Tu ne peux pas m'échapper, Etranger! Je vais me repaitre de ton sang!
…et elle toucha une corde!
Le madrier s'abattit sur elle avec une violence inouïe. Las, elle le vit et le brisa en plein vol, même si elle tituba sous la force du coup, tandis que l'anglais grimpait l'échelle, déçu qu'elle ne se soit pas laissée surprendre, mais aucunement disposé à renoncer aussi facilement.

Il s'empara d'une lampe à huile qu'il jeta dans un tas de paille bien précis avant de se mettre à courir vers la fenêtre de la grange.
-Ta petite tentative n'a fait qu'aiguiser mon appétit, Etranger. Le gibier se défend, le repas n'en sera que plus succulent!
D'un bond, d'un seul, elle atterrit sur le plancher de l'étage juste à temps pour voir l'homme se jeter par la fenêtre, ne comprenant pas pourquoi il faisait ça.
L'homme attrapa la corde qu'il avait suspendue durant la journée à cet effet. Comme si, dans sa tête, il avait fait tout le combat à l'avance… comme s'il savait…
Celle-là était une ancienne! Pas une jeune vampire manquant d'expérience.
Certes, elle avait sa faiblesse: elle n'était pas guerrière de nature, mais elle était plus forte, plus rapide et plus résistante!

L'espace d'un instant qui semblait durer une éternité d'une seconde, l'homme eut une pensée pour la terrible Sarah Blackcat!
Par tous les Saints! Si elle, elle devenait Vampire, elle serait de la trempe de Vlad III Basarab, plus connu sous les noms de Vlad Tepes ou Vlad Drakul! La tuer serait, pour ainsi dire, impossible car possédant un véritable talent de combat et non de simples aptitudes supérieures, elle serait devenue une guerrière parfaite non engluée dans sa propre présomption!
La femme se retourna et se rendit compte du piège trop tard!
L'explosion fut terrible, secoua le village, crispant les habitants terrés dans leurs maisons et expédiant une gerbe de flammes par la fenêtre de la grange, évitant de peu le combattant qui se balançait mollement sur sa corde, tournant sur lui-même de manière incontrôlable, lentement.

L'homme vit les flammes dans la bâtisse, le brasier intense, et sourit. A défaut de décapitée, au moins, elle sera…
Le sourire s'effaça!
-Oh oh!

Le choc fut d'une rare violence. La forme grondante traversa la fenêtre et le percuta de plein fouet, lui coupant le souffle, lui broyant les côtes, le faisant lâcher prise!
Elle avait survécu à ça?!
Tout se passa très vite. L'homme, ne comptant que sur ses réflexes, agrippa fermement les épaules de la belle meurtrière et, jetant la tête en arrière pour entrainer tout le corps, il tira de toutes ses forces, poussant un cri de rage, tournant en un saut périlleux arrière et entrainant la femme dans le mouvement, à la plus grande surprise de celle-ci.
Les corps se séparèrent suffisamment pour que l'homme place son genou au niveau des côtes de son ennemie.
Le choc fut terrible, levant la poussière prise dans les interstices des pavés, éclatant les plus vieilles pierres, jetant 2 êtres désarticulés.
Presque pour la première fois, la Vampire connu la douleur, la vraie douleur sous un impact initié par sa propre force!

Mais le choc fut violent pour l'Anglais également! Son genou, ses coudes: tout son être fut vrillé par l'impact!
Il s'était foulé un poignet et une cheville, il crachait du sang, saignait des yeux et du nez. Un corps brisé!
Tous 2 gisaient au sol, entièrement à leur douleur. L'Anglais se traina au sol, chaque geste se révélait une vraie souffrance.
S'éloigner! Elle allait se remettre plus vite que lui! être… loin!
Il se trainait au sol, pathétique épave d'un combattant qui avait accompli l'affrontement de trop.
On peut gagner 1000 combats, on ne peut en perdre qu'un!

La femme se roulait au sol, proférant des mots doux en roumain… langage fleuri par excellence. S'il n'était pas si occupé à avoir mal, l'étranger aurait surement apprécié le fait de ne pas comprendre!
Il sentait qu'elle se relavait péniblement. Il n'avait même plus la force de faire ça. Seul lui importait de se rapprocher le plus possible d'un bâtiment proche… si proche… si loin…
Ramper! Sur les coudes! Chaque geste, chaque poussée était une épreuve pour le corps transi par les blessures!
Mais dans sa tête, la chose était claire: ce combat, il était en train de le perdre.
Que penser en pareil moment? Qu'on a eu tort? Qu'on a été présomptueux de vouloir affronter seul une vielle Vampire? Qu'on aurait dû faire preuve d'intelligence et attendre tranquillement l'arrivée de la redoutable Duchesse et son peloton de soldats entraînés et habitués à affronter ce genre de bête?
On ne pense pas: on rampe! On rampe pour tenter de rejoindre sa dernière chance, soit de l'emporter, soit d'entraîner cette aberration de la nature dans la mort avec soi!
-Je vais… je vais te faire payer! Chien maudit! Tu vas souffrir longtemps pour ce que… tu as fait! Je vais… me repaitre… de toi! Fit péniblement la voix tremblante de colère et de douleur de la Comtesse Sanglante.

Comme s'il ne souffrait pas assez! L'étranger tenta de faire le bilan de ce qu'il avait de brisé… et renoncer: autant faire le bilan de ce qui allait, ça irait bien plus vite!
Il cracha du sang et continua son effort. Il savait que ses chances étaient quasi-nulles d'arriver au dernier piège qu'il avait conçu. 100 fois, il avait peaufiné le combat dans sa tête, mais il y avait toujours des imprévus. Le fait qu'il se fasse aussi impitoyablement rosser n'était clairement pas prévu: il savait qu'il n'était pas de taille à un contre un à la loyale, mais que la différence soit à ce point?

Il entendait les pas se rapprocher dans son dos… 10 mètres… faire fi des os brisés, des muscles tuméfiés, continuer…

Il y eu un cri… une timbre féminin, sur la droite! Une attaque!
La Vampire eut à peine le temps de tourner la tête qu'une véritable furie se jeta sur elle, lui arrachant les cheveux, la griffant, la frappant de ses maigres forces avec une énergie tirée du plus profond d'une rage impossible à contenir plus longtemps.
Elle était sortie contre les ordres de son père dès qu'elle avait entendu le début du combat qui se jouait dehors. Elle l'avait vu: l'Anglais débarqué il y quelques jours à peine, toujours souriant, confiant, prêt à risquer sa vie pour des gens qu'il ne connaissait même pas! Lui! Près d'un siècle que ce monstre semait la terreur dans la région sans que personne n'ose bouger et lui, ses yeux dorés, son ton désinvolte, sa pipe au tabac parfumé qu'il n'allumait que le soir, se contentant de la garder en bouche, éteinte, la journée. Lui, il était venu de nulle part pour les aider! Il était hors de question de le laisser tuer par cette créature du Diable!
Elle avait eu les larmes aux yeux en le voyant endurer des coups d'une violence inouïe. Elle ne pouvait plus rester spectatrice! Si les autres étaient des lâches, elle, elle se battrait!

L'Anglais se retourna avec un rictus de douleur et eut les yeux écarquillés d'horreur devant la scène.
-Iulia! Fiche le camp! Parvint-il à hurler.
Bon sang! La folle! Il avait neutralisé le frère mais n'avait absolument pas pensé que la sœur ne resterait pas tranquille!
Il fit un effort surhumain pour se relever. Pantelant, il vit la Vampire parvenir enfin à saisir la jeune inconsciente et la jeter dans les airs en direction de l'homme comme fétu de paille avant de tituber, désorientée par cette attaque.
L'Anglais se jeta et l'attrapa au vol. Ils se regardèrent, un échange long, silencieux, mais qui parlait bien plus que les discussions budgétaires de la Chambre des Lords.
Elle ouvrit les lèvres pour tenter de dire quelque chose, mais le Britannique coupa court.
-Corde… à mon signal!

A peine eut-il prononcé ces mots qu'il la jeta en direction de la targette où était nouée une corde, finissant de se déchirer l'épaule droite dans l'effort.
Il analysa: la Vampire n'était pas alignée. Il fallait corriger cela!
Il enleva sa veste, trop encombrante et arracha son foulard coloré. Vêtu de sa simple chemise, il n'était plus entravé.
Il ne tenait debout que par la seule force de sa volonté, mais il devait l'aligner. Pour Iulia, pour tous ces braves gens, un dernier assaut!

-Tu espères la mettre à l'abri, Etranger? Je la tuerai pour son crime de lèse-majesté… et tu la regarderas mourir avant de rendre l'âme à ton tour!
-Je cherche une majesté, et je n'en vois pas.
-Impudent!
-C'est "Monsieur" Impudent, s'il vous plait!

Les 2 corps se heurtèrent en un ultime assaut.
Dans la tête de l'étranger, tout alla vite: elle est trop rapide pour sa propre pensée donc, ses coups étaient prévisibles, faciles à anticiper, moins à éviter, mais c'est cette faiblesse qu'il fallait exploiter!

Il évita et bloqua avant de contre-attaquer, visant les faiblesses humaines pour parvenir à lui faire mal, frappant le plexus, la gorge, claquant l'oreille pour lui faire perdre l'équilibre. Autant de frappes perfides qui faisaient mal et augmentaient la rage de la mort-vivante, la rendant encore plus prévisible!
Ses coups étaient foudroyants, mais l'Anglais bougeait toujours un cran avant, lisant en elle comme dans un livre ouvert, bougeant sur ses appuis. peu importe qu'il prenne des coups: l'adrénaline le maintenait debout et capable d'encaisser le pire!
Il transcendait sa douleur... pour protéger cette jeune fille... pour en terminer avec cette infâme créature qui lui faisait face et qui mettait tout le monde en danger, Iulia la première.
Iulia, quant à elle, regardait, impuissante, le combat qui se déroulait sous ses yeux. Si rapides… Ils frappaient tellement vite qu'elle n'arrivait même pas à voir les coups. Mais cet homme, un faible humain, tenait la dragée à un monstre à la puissance défiant l'entendement.
Elle ne pouvait qu'espérer le signal, la main prête à tirer la corde.
Mais il ne tiendrait pas longtemps. Déjà, la différence de vitesse se faisait sentir et ce monstre ne se fatiguait pas, lui!
Il n'aurait droit qu'à une chance! Il bougea comme il fallait et l'amena pile là où il voulait.
-Désolé. Murmura-t-il.
Se baissant et remontant en uppercut, il lui fit même sentir qu'une femme pouvait aussi avoir mal lorsqu'elle subissait un low blow!
Ses mains remontèrent et saisirent le col, il pivota sur lui-même en tombant à genoux, plaquant son dos contre le torse de la vampire et serrant de toutes ses forces, effectuant une tenaille en étranglement.

-Maintenant! Cria-t-il

Iulia frappa la targette, il eut un bruit de bois se détendant brutalement, puis un son métallique sec, un éclair argenté et la Comtesse Sanglante se figea, les yeux emplis de surprise… avant que sa tête se détache de son corps et que le tout tombe sur le coté, doucement, lorsque l'homme lâcha le corps désormais entièrement sans vie, les mains et les avants-bras maculés du sang de la Vampire.
Plus loin, dans un mur, le responsable de ce raccourcissement était figé: un disque de fonte de près de 30 cm de diamètre, au bord tranchant comme un rasoir, propulsé à grande vitesse par un assemblage de plusieurs tiges de bois souple.
C'est fou ce qu'un forgeron ayant les bonnes instructions pouvait faire avec un simple plat à tarte!

Toujours à genoux, complètement ensanglanté, il regarda la jeune fille, aide providentielle et inattendue. Il eut un mince sourire, bras ballants, doigts gourds, saignant de la bouche, du nez et des yeux.
Puis tout se mit à tourner, tout devint noir.
Il s'effondra face contre terre tandis que Iulia se précipitait, poussant un cri d'horreur. Elle tentait de le ranimer, de le soutenir, le tenant dans ses bras.
-Non! Ne mourez pas! Restez avec moi! Dites quelque chose! A l'aide! La comtesse est morte! Par pitié! Sortez! Venez m'aider!!!




Une semaine plus tard

Iulia ne pouvait pas dormir.
Une semaine avait passé. Enfin, la région était tranquille, mais à quel prix? Il avait fallu qu'un étranger vienne de loin et risque sa vie pour cela.
Le prix était-il trop lourd? 3 générations de lâcheté. Etait-ce cela qu'étaient devenus les fiers Valachiens?
"On ne peut pas demander à un paysan de devenir un soldat. C'est un trop lourd sacrifice dont nul n'a besoin, surtout pas lui." Disait-il, un soir.
L'aube commençait à poindre à l'horizon lorsqu'elle sortit, son instinct parlant pour elle. Elle le sentait.
Elle se dirigea vers l'étable où elle le vit en train d'harnacher son cheval.

-Vous partez?
L'Anglais eut un sourire sans interrompre sa tâche:
-Je vais mieux. Ce n'est pas la panacée, j'ai encore mal à certains endroits dont j'ignorais l'existence mais assez de repos: il y a beaucoup à faire.
Le cœur de la jeune femme se serra dans sa poitrine.
-Vous… Ils voulaient faire une fête… en votre honneur.
L'homme s'arrêta et regarda la jeune femme.
-C'est pas nécessaire. Et puis, c'est vous qu'il faut fêter…
Il rigola légèrement.
-…c'est vous qui avez tué la Vampire.
Iulia se précipita, le saisissant par le col, les yeux emplis d'une colère soudaine:
-Comment osez-vous dire ça?! J'ai rien fait!
Il sourit encore et posa sa main sur les doigts fins de la roumaine, la faisant tressaillir à ce doux contact, la faisant lâcher.
-Ne minimisez pas vos actes dans ce combat.
-Et pourquoi pas? Vous êtes en train de le faire!
-Oui, mais je suis anglais! Fit-il en éclatant de rire. Et vous, vous avez fait preuve d'un courage que j'ai très rarement vu.
Elle ne put s'empêcher de sourire, un sourire triste: il n'allait pas rester, rien ne le retiendrait, ni tous ces gens reconnaissants, ni elle.
Les doigts de l'Anglais effleurèrent sa joue si douce.
-Prenez soin de vous, Iulia.
-J'aurai aimé… Elle ne parvint à finir sa phrase, mais l'homme compris aux yeux embués, à l'expression triste qu'elle avait.
-Je n'en ai pas le droit, jeune fille. Veillez sur vous. Je sais qu'un jour, vous rendrez un jeune homme plus heureux que tout, mais je ne suis pas cet homme: je ne pourrais que vous rendre malheureuse en échange. L'inquiétude, le fait que je disparaisse… je ne pourrai pas vous faire vivre ça. Ca serait… criminel de ma part.
Chaque mot faisait mal, mais elle comprenait: il tenait à elle, à sa manière. Il ne voulait pas qu'elle passe son temps à s'angoisser pour elle. Ils avaient noué des liens si forts durant sa convalescence... Du moins le pensait-elle, l'espérait-elle.
Mais son avis à elle? Comptait-il à ses yeux?
Hélas, il était facile de voir que non. Il ne bougerait pas sa ligne de conduite d'un iota. Ca le rendait plus attachant encore: il était prêt à ne pas connaître le bonheur juste pour préserver l'autre.
Il monta sur son cheval après y avoir posé ses sacoches. Iulia avait envie de pleurer, mais elle le cacha.
-Vous vous rappelez? Vous aviez parlé de votre amie qui vivait sous l'égide d'une carte de tarot?
-Lydess? Oui, elle se conçoit sous la protection de l'Impératrice.
-Vous disiez que votre carte, à vous, était la Tour.
Il rigola, se souvenant de cette conversation.
-Il faut dire que tous ceux qui m'entourent tentent de gâcher tout ce que je fais, surtout pour eux.
-Vous vous trompez.
Cette phrase, dite avec tant de tristesse que cela piqua l'intérêt de l'étranger.
Elle lui tendit une carte.
-Je l'ai gardée parce que… je voulais… enfin… votre carte, c'est pas la Tour. C'est celle-là.
Il la regarda, et eut un sourire complice, plongeant son regard dans celui de la jeune femme.
-C'est vraiment comme ça que vous me voyez?
-Plus que toute autre.
Il la rangea dans sa poche intérieure de veste et pris la main de Iulia.
-Prenez soin de vous. Soyez heureuse.
Il voulut tourner bride mais elle retint le cheval.
-Attendez! Est-ce que je peux… vous demander une dernière chose?
-Quoi donc?
-Si un jour… Dieu me fait don d'un garçon… j'aimerai lui donner… votre nom.
Il est vrai qu'à aucun moment, il n'avait dit son nom, à personne. Il eut un sourire et répondit dans un soupir:
-Ca, ça vaut toutes les fêtes du monde… Devlin. Je m'appelle Devlin.
-C'est anglais?
-Gaëlique. Ca veut dire "Féroce".
Elle eut des yeux comme des soucoupes et éclata de rire, rejointe dans son hilarité par Devlin.
-Vous vous appelez "Féroce"?! Grand Dieu!
-Que voulez-vous? Déjà bébé, j'avais mauvais caractère.
Il la regarda une dernière fois
-Adieu, Iulia. Que l'avenir vous soit propice.

Il partit au trot sous le regard triste de la jeune femme.
-Retourne-toi. Murmura-t-elle.

Il ne devait pas le faire, il ne devait pas se retourner.

Une carte.

-S'il te plait… Devlin…

S'il se retourne, il ne pourra plus partir.

Une simple carte qui disait tout de lui, selon une jeune fille d'un lointain village roumain.

-Retourne-toi.

Il ne fallait pas!

Une simple carte à jouer, d'un jeu ordinaire.

Des larmes coulèrent sur de jeunes joues.

-S'il te plait!

C'était son lot. Le bonheur était pour les autres.

Le cheval et son cavalier disparurent.

…Le Valet de Cœur.





©️ plumyts 2016


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