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As if we were God blessed. ⋆ ft. Gerald & Loban [Fini]

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MessageSujet: As if we were God blessed. ⋆ ft. Gerald & Loban [Fini] Sam 14 Avr - 18:15



As if we were God blessed

« I’m sorry that I can’t be any help to you »


Durant l’Été 1891

La vie n’avait plus aucun sens. Beaucoup sont ceux qui brandissent l’étendard de ces paroles dans un désespoir latent, brisant l’espoir et la promesse d’un futur inconnu pour étendre sur le sol un long linceul sans imagination. On aurait peine à croire que malgré et parfois eux, la vie continue. Mais ces individus d’une profonde fragilité, et avouons-le, d’une apathie à la limite du ridicule, ne pensaient pas moins que la vie a une raison d’exister. Mais lorsque celle-ci disparait, celle-ci perd alors son sens. Un seul être vous manque et tout vous est dépeuplé, adapterons-nous très largement d’un auteur français. C’était plus qu’un être qu’il manquait à Lydess, à cette seconde précise. De sa toute jeune enfance jusqu’à maintenant, elle n’avait jamais vécu que pour une seule personne, une seule idée en tête, même un seul rêve. S’occuper de son petit frère de cœur, qu’elle aimait plus que tout au monde. Cet homme qu’elle avait presque adopté, nommé. A qui elle avait tout appris, de sa naissance jusqu’à ce qu’il soit véritablement adopté. Qu’après qu’il fut parti, elle ait rêvé à ce qu’il deviendrait, espérant que tout se passe bien pour lui et qu’il soit heureux. Lorsqu’elle fut dans la misère, elle se rêvait princesse en priant qu’il vienne un jour la chercher. Sa vie entière n’avait tourné qu’autour de son image, son éducation, son amour. Cet homme qu’elle avait élevé et dont elle était tombée éperdument amoureuse jusqu’à l’illogisme le plus parfait, elle qui avait toujours eu jusqu’ici des comportements logiques pour sa survie, agissant à présent comme une idiote depuis la seconde où elle l’avait revu.

Elle aurait tout donné pour pouvoir le retrouver, se persuadant que c’était sa destinée que d’être à ses côtés, même alors qu’elle s’amusait à séduire des ouvriers de labeur au fin fond de Southwark. La voyante avait pensé à lui tout en tirant les cartes pour un autre, tout en volant des tasses et du café sur les bords de la Tamise. Mais elle n’avait été capable de le reconnaître lorsqu’elle l’avait eu devant lui. Par la suite, elle avait nié ses ordres et sa propre sécurité, allant dans la tour contre sa volonté, tout cela pour satisfaire une envie égoïste cachée sous des atours mystiques et aventureux. Par sa faute, il était tombé d’une effroyable fièvre qui l’avait emmené à la porte de la mort. Malgré tout, il était là, avec elle, pour elle. Il aurait pu absolument tout lui offrir. Elle l’aimait tellement.

S’il n’avait fallu d’une seule soirée, alors que Lydess était seule dans son salon pour s’occuper en attendant que son chéri revienne de son travail. Elle commençait tout juste à s’y faire, à cette longue existence remplie de canapé et de nourriture. A bien y penser, elle avait peut-être déjà pris un ou deux kilos. Mais c’était bien le cadet de ses soucis. A ce moment, elle tirait les cartes, sur sa vie, sur ses amis, sur son couple, et bien évidemment… sur Loban. Ce qu’elle vit la terrifia jusqu’au plus profond de son corps, tant et si bien que son verre s’effondra sur le sol, le cristal s’étalant dans une mare de vin rouge. Son cœur fut pris de tremblements, tandis qu’elle partit sans même prévenir ses domestiques qu’elle allait dans sa chambre. Lydess continua de pleurer toute la nuit qui advint, ce jusqu’à ce que son aimé revint du Parlement. A la question de ses yeux rougis par les larmes, la sorcière répondit juste qu’elle s’était prise de la fumée de sauge dans l’orbite. Mais au plus profond de son âme, la peur commençait à prendre le pas sur toute autre émotion. Les cartes ne pouvaient être plus précises : si jamais ils devaient se marier, il arriverait un grand malheur sur eux, peut-être jusqu’à la mort de Loban. Ses rêves s’effondraient dans ce qu’elle avait toujours cru être ses plus précieuses alliées. Elle en vint à espérer que le Home Secretary n’en vienne jamais à vouloir un mariage, eux qui vivaient déjà comme un couple. Cela n’apporterait rien d’autre qu’une union légale sur le papier et devant Dieu. Oh, bien évidemment, Lydess aurait voulu avoir son heure de gloire, comme toutes les petites filles qui rêvent du mariage avec le prince Charmant. Mais pour le bien de son amour, la voyante était capable de faire une croix sur celui-ci. Malheureusement, son Prince n’en pensa pas la même. C’était une matinée si belle, un midi si beau. Le ciel était bleu, le soleil était chaud. Pas un seul nuage dans l’immensité et aucun brouillard n’obscurcissait la vue des plus hauts bâtiments de Londres. Lydess avait une robe délicate, mais fraiche qui lui permettait d’être belle malgré la chaleur de l’été et les lourdes modes anglaises. Sur le balcon où Lydess se cachait pour pouvoir regarder le jardin et les hauteurs de la capitale, Loban vint. Il n’y eut aucun sourire lorsqu’il posa un genou sur le sol, mais un regard horrifié de la part de la jeune femme. Un grand silence, ses yeux s’embuèrent de larmes. Son cœur lui hurlait de dire oui, mais son cerveau la haïssait d’avoir été aussi naïve. Comme s’il aurait pu se contenter d’une cohabitation en concubinage. Comme s’il se contenterait de son explication sur la destinée des cartes. Il la forcerait à accepter leur décision, qu’il serait plus fort qu’eux, et qu’il défierait la mort pour leur amour. Mais Lydess se refusait à de pareils risques. Aussi prie-t-elle ses cartes, l’autre main sur sa bouche pour s’empêcher de dire quelque chose qu’elle regretterait. Elle voulait dire oui si fort. Mais à la place, tremblante, sa main libre laissa tomber ses cartes qui s’étalèrent aux pieds de Loban. Plutôt tout abandonner.

Sans prendre le temps de prendre des affaires ni même de se changer, Lydess disparut du manoir, en larmes. Jamais il n’avait eu l’occasion de la voir comme ça, elle qui avait toujours été la grande sœur, la mère, la chère et tendre qui rassure et calme, depuis qu’il était tout petit. C’était très certainement la première fois qu’il la voyait pleurer. Jamais elle ne pleurait. Elle n’avait pleuré qu’à de très rares occasions dans sa vie : l’adoption de Loban, et la fois où son premier amour l’avait repoussé.

Son âme et son cœur déchirés, penser à lui et à ce qu’il devait ressentir à ce moment était hors de tout ce qu’elle pouvait imaginer. Elle voulait tomber à terre et dormir pour ne plus jamais se réveiller. Juste se cacher, quelque part sous la poussière, et se transformer statue. La vie n’avait plus aucun sens. Elle venait de le détruire, le sens de sa vie. Mais les cartes prévoyaient la mort de Loban, et Lydess ne pouvait pas imaginer une vie sans lui. Alors si s’éloigner pouvait lui permettre d’être encore en vie quelque part dans ce monde, alors elle prenait le coche sans hésiter, quoique ce ça puisse lui coûter. Au bout de plusieurs heures de marche dans Londres, ses pas la retournèrent dans les quartiers misérables. A Whitechapel, des enfants jetèrent de la terre sur sa belle robe à présent poussiéreuse. Marchant tel un fantôme, Lydess devait être si pitoyable. Ses bijoux lui furent volés sans qu’elle n’oppose la moindre résistance. Devant ce manque de réaction, des filles de joies se moquèrent d’elle et jouèrent avec ses cheveux qui auparavant, étaient juste un peu décoiffé par la marche. Arrivant devant le quartier de Southwark, ce ne fut qu’à ce moment qu’elle se réveilla un peu. A quoi bon maintenant ? Que devait-elle faire ? Que pouvait-elle seulement faire ? Retourner chez O’Farrell, prier pour avoir un peu de sa compassion, en échange d’une punition ? Elle n’en avait plus rien à faire. Elle ne lui serait plus d’aucune utilité maintenant qu’elle avait jeté son jeu de carte. Tout ce qu’elle avait, c’était la carte de sa mère dans une poche intérieure au niveau de son cœur. Elle n’avait même pas pris d’argent. Quel fuyard stupide elle faisait. Au moins, il ne pouvait pas imaginer qu’elle ait fuit avec son argent. Penser à lui la fit avoir un nouvel éclat de sanglot, elle dont les larmes semblaient s’être taries pour laisser un être apathique marchant sans but à travers les chaudes ruelles de Londres. Elle allait certainement devenir une prostituée de plus, acceptant avec placidité sa sombre existence, se remuant légèrement le popotin pour faire croire au plaisir avant de récupérer l’argent. Mais cette idée lui donnait cruellement la gerbe. Jamais elle n’était tombée aussi bas et tant qu’à faire, pourquoi ne pas aller se faire gentiment tuer par O’Farrell, ce serait de l’euthanasie, à ce compte.

Elle ne pouvait aller chez Fergus et se faire employer par la Tribu. Cela en étant trop pour sa fierté défaite, l’ancienne cartomancienne ne pouvait sciemment se poser devant lui. Pour les mêmes raisons, il était hors de question qu’elle aille voir Devlin, si celui-ci était encore à Londres. Elle passa en revue tous les hommes qu’elle avait connus durant ses années de voyante. Mais aucun ne lui donnait envie de les revoir. Tout ceci commençait déjà à être d’une ancienne vie. Son existence même semblait déjà être révolue. La fière et enthousiaste Lydess, toujours la plus optimiste en tout et pour tout. L’être la plus lumineuse et la plus souriante que l’on pouvait trouver, qui parlait autant qu’elle pouvait avec justice, de son air maternel. Qui aurait pu croire qu’il s’agissait de la même personne, grossièrement entiché d’un vêtement qui ne ressemblait plus à rien, avec une tête du même acabit ? Finalement, elle se posa au pied d’un appartement qu’elle savait être celui de Gerald. Lydess n’était jamais sorti avec lui, le voyant un peu trop vieux pour elle. C’était un être bien plus drôle à avoir en ami qu’au lit. Mais elle n’était pas d’humeur à ses questions-ci. Rien qu’un toit pour la nuit serait bien. Elle ne pensait même plus à manger, ne sachant même pas pour quelles raisons elle pourrait se réveiller le lendemain matin. Finalement, elle monta les escaliers, et frappa lourdement à la porte en reniflant ses larmes perdues. Il lui faudrait bien parler à quelqu’un avant de devenir folle.

- Hey… je peux entrer… s’il te plait… ?

Le regardait-elle bien lui ou bien un endroit indéfini entre son nombril et son menton, au niveau de son propre regard à elle ? Peut-être bien.

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MessageSujet: Re: As if we were God blessed. ⋆ ft. Gerald & Loban [Fini] Lun 16 Avr - 23:29



As if we were God blessed.

« HEARTACHE. »

Southwark, été 1891.

Depuis les évènements de la Tour de Londres, Gerald avait poursuivi sa vie sans trop de soucier des conséquences de ce que son infraction avait pu causer. L’ancien marin était plutôt du genre insouciant, malgré la quarantaine largement passée. Vivre au jour le jour avait toujours été sa façon d’exister sans pour autant être un crédo vital. Il n’appréciait juste pas tellement se prendre la tête, peut-être que cela justifiait l’état actuel des choses dans sa vie désormais. Venant d’une famille de paysans irlandais, il n’avait jamais eu accès à l’éducation que tous les riches Londoniens avaient quasiment. Les quartiers les plus pauvres s’étaient offerts à lui mais en ayant une certaine rétrospective sur sa vie, le luxe ne lui manquait pas. Il n’en avait tout simplement pas besoin pour être heureux. Parfois, la campagne d’Irlande lui manquait, mais il s’était trouvé une nouvelle famille à Londres, avec la Tribu et il était fier de servir son petit gang, parfois avec trop de zèle. Mais Gerald avait toujours eu ce côté volontaire et rentre-dans-le-tas, ce qui correspondait plutôt bien avec sa carrure large. Le marin n’avait après tout pas trop de mal à se faire respecter des plus jeunes recrues mais il aimait bien endosser un rôle paternel.

Cependant, en y repensant, cet enthousiasme qu’il avait à enseigner les préceptes de la Tribu aux bleus lui rappeler cette enfant qu’il n’avait jamais pu élever. C’était le seul grand et unique regret de sa vie. Il l’avait confié à son frère plus âgé que lui mais au final, il se rendit compte que malgré sa paternité très jeune, il aurait tout fait pour être le meilleur des pères. Il espérait juste que sa fille était entre de bonnes mains désormais. Un peu triste à cette pensée qui lui prenait la tête tous les soirs (donc bien plus que l’existence de vampires, à Londres qui plus est), il ferma la porte de son échoppe et monta à l’étage où se trouvait son appartement. Il partageait l’immeuble avec d’autres gens aussi fortunées que lui mais Gerald n’était pas un homme qui se faisait beaucoup d’ennemis et s’entendait donc bien avec ses voisins, malgré ses activités plus illicites dans la nuit ou en fin de semaine. Il serait mentir de dire que le barbier ne s’ennuyait pas ces derniers temps. La Tribu était calme, Londres semblait avoir oublié son vampire qui était apparu seulement un mois ou deux auparavant. Tout était rentré dans l’ordre.

Il soupira doucement tout en se faisant rapidement cuire un œuf pour dîner. Il s’assit alors dans un vieux fauteuil défoncé, se demandant bien ce qu’il pourrait faire de sa soirée puisque rien n’avait été prévu au sein de la Tribu. Se promener au bord de la Tamise était une option, malgré le fait qu’elle soit encombrée de centaines de bateaux et qu’on peinait à voir l’eau polluée. Tandis qu’il réfléchissait tout en mangeant, on frappa lourdement à sa porte. Il n’attendait pourtant personne à cette heure-là. Intrigué, il se leva et partit entrebâiller la porte. Quand il reconnut Lydess, il finit par ouvrir complètement l’entrée, fronçant les sourcils de la voir ici. Oh Gerald était bien au courant qu’elle s’était fiancée (ou tout comme) avec le Home Secretary, c’était bien pour cela qu’il fut étonné de la voir dans Southwark dans un tel état de… détresse…? Elle qui était pourtant si joviale, elle avait les yeux encore rougis et gonflés d’avoir sûrement trop pleuré. Avant qu’il n’ait pu dire quoique ce soit, la jeune femme lui demanda si elle pouvait entrer et Gerald se poussa sa large carcasse de l’entrée immédiatement.

— Bien sûr, entre, entre, assieds-toi.

Tandis qu’il s’assurait qu’elle fasse bien docilement qu’il lui avait demandé de faire, il partit prendre un verre dans lequel il versa un peu de whisky. Ce n’était pas vraiment la boisson la plus délicate ni la plus raffinée mais il espérait que cela puisse réchauffer un minimum Lydess. Il lui donna le verre sans rien dire, sachant cependant qu’elle préférait le café mais le barbier n’avait pas les moyens de se l’offrir. Avec une petite moue triste, il s’assit dans un autre fauteuil à côté d’elle, la regardant sans rien dire. À vrai dire, il ne savait pas trop quoi faire dans cette situation et estimait que si la cartomancienne voulait se confier, elle le ferait d’elle-même. Cependant, les hypothèses de son mal fusaient déjà dans l’esprit de l’ancien marin et celle qui semblait la plus probable était la rupture amoureuse avec son Lord. Bien que sa robe ait souffert ainsi que sa coiffure, elle ne semblait pas avoir de marques de bleues ou d’autres blessures. Néanmoins, il voulait tout de même en être sûr, histoire de pouvoir anticiper une possible visite à la clinique la plus proche. Ce fut ainsi que, prudemment, il commença par dire :

— Si tu veux dormir ici ce soir et même cette semaine, tu peux, ne t’en fais pas…


Ainsi, elle n’aurait pas à s’inquiéter d’avoir un toit au-dessus de la tête pour la nuit. Puis, plus doucement encore, il reprit :

— Tu… Tu veux discuter un petit peu…? Manger quelque chose…?

Gerald était légèrement mal à l’aise, ne voulant nullement froisser l’une de ses rares amies féminines, ayant principalement que des connaissances masculines et pas forcément des plus distinguées.
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MessageSujet: Re: As if we were God blessed. ⋆ ft. Gerald & Loban [Fini] Mar 17 Avr - 0:37



As if we were God blessed

« I’m sorry that I can’t be any help to you »


Durant l’Été 1891

La voix qui était sortie de sa gorge rèche n'était plus qu'un fantôme déchiré de l'habituelle voix enjouée et entrainante de Lydess. Si elle était encore en état de réfléchir sur quoique ce soit sans s'effondrer, peut-être se serait-elle même étonnée d'être encore capable de parler. Il lui semblait déjà avoir perdu toute trace d'existence, alors qu'elle marcha mécaniquement à l'invitation de Gerald, une fois que celui-ci se fut dégagé du chemin. Elle ne remarqua même pas sa mine surprise, bien qu'elle pouvait l'entendre dans sa voix à lui, qui n'avait rien perdu de force depuis le temps. Alors que la cartomancienne s'asseyait sur le premier endroit qu'elle ait pu trouvé, la honte commençait à prendre possession de son corps. Que ce fut avec son vieil ami Fergus ou son pote de bar Gerald, il lui paraissait à présent avoir une marque de déchéance sur le front, un étendard au dessus de son dos qui dépeignait la stupidité de cette femme. La liste de ses hontes étaient à présent nombreuses: avoir cru au grand amour dans une noble vie qu'elle était sur le point d'accepter, avoir cru au grand amour sans se soucier de la vérité des cartes, avoir briser le coeur d'un homme à cause de la vérité des cartes, être là, être partie, être allée avec lui, être revenue. Tout était une raison de s'allonger sur le sol et disparaître dans la terre, jusqu'à son apparence qui était au delà du pitoyable. Elle n'avait pas l'air d'une fausse bohémienne, ni même d'une fille des rues. La voyante ressemblait tout juste à ce qu'elle était, un oiseau qui s'était brûlé les ailes et s'était roulé dans la boue, qui s'était rêvée si haut pour retomber à présent plus bas que tout ce qu'elle n'avait pu expérimenter. Lorsqu'elle était obligée à vivre dans la rue, après être sortie de l'orphelinat, au moins avait-elle ses rêves, ses croyances, et sa force de caractère pour survivre. Elle n'avait désormais plus rien. Ses croyances l'avaient trahis et Lydess avait trahi ses rêves en retour.

Le silence qui avait suivi l'invitation de Gerald ne rendait pas la situation plus ou moins terrible. Lydess préférait même qu'il ne pose pas de questions trop personnelles. Elle ne saurait même pas quoi répondre. Lorsqu'il lui tendit un fond de whisky, Lydess esquissa un demi-sourire si rapide qu'on pouvait très facilement passer à côté. Mais ce n'était pas un sourire de joie. Le verre d'alcool -surtout aussi fort qu'elle n'avait pas bu depuis très longtemps, lui rappelait ses tasses. Elle n'avait jamais eu besoin de Loban ou d'argent pour vivre. Juste du rêve de lui, et de tasses volés. Saurait-elle retourner voler des tasses et son café comme autrefois ? Serait-elle toujours aussi agile après avoir pris autant de poids dans la richesse des canapés ? Mais à quoi bon. La sorcière avait perdu ses cartes en plus de son âme et de son coeur. Elle ne servait plus à rien. Regardant le verre d'un air vide, elle finit par s'en saisir pour y tremper ses lèvres. Juste l'impression d'une lente mort, le fantôme d'une ivresse. C'était tout ce dont elle avait besoin, mais également tout ce qu'elle pouvait supporter. Reposant le verre non loin d'elle, son regard se refusait encore à croiser celui de Gerald. Pourtant, quand il parla à nouveau, il fallut bien lui donner une réponse. Son coeur ne savait même pas s'il fallait battre à nouveau quand il lui annonça qu'elle aurait un toit pour la semaine. Encore une fois, elle se demandait bien à quoi allait lui servir une semaine supplémentaire. Trouverait-elle une nouvelle raison de vivre ? Est-ce que Gerald pourrait comprendre, lui montrer la voie ? Elle avait peine à croire qu'un homme aussi "brusque" et irréfléchi pouvait faire preuve de sagesse dans une situation aussi désespérée que la sienne. Cela dit, elle n'avait déjà plus rien à perdre. Aussi émit-elle un faible sourire tremblant, levant très lègèrement la tête pour observer le menton de Gerald. C'était le contact visuelle le plus proche qu'elle pouvait faire pour le moment.

- Me...merci, de me garder... je peux me rendre utile en échange, faire un peu de ménage, à manger, tout ce que tu souhaiteras...

Elle soupira profondément, se tenant les coudes, genoux resserrés l'un à l'autre. Un frisson parcourut son échine tandis que l'alcool, bien que très léger, faisait l'effet de sa vapeur dans l'esprit fragilisé de Lydess. Ce qu'elle avait dit pouvait peut-être prêter à confusion mais elle s'en moquait bien. Rien n'était gratuit dans le bas monde, et rendre service à la manière d'une bonne petite ménagère ne la dérangeait plus, surtout pour un ami. A la question de si elle voulait manger, Lydess secoua la tête sans grande conviction:

- Excuse-moi... je n'ai pas très faim... et... je ne sais pas s'il y a beaucoup à dire... je suis juste... par...tie...

En parler faisant encore si mal, son coeur se déchirant en milles morceaux, se recomposant pour mourir à nouveau. Un cycle infernal qu'elle ne pouvait arrêter. Ses mains se crispèrent sur ses coudes tandis qu'elle se recroquevillait un peu plus sur elle-même. Des larmes venaient à nouveau brouiller la vision de Lydess qui baissa la tête vers le sol. Ses sanglots étaient retenus, montrant bien qu'elle cherchait à se contrôler, à prendre de profondes respirations pour ne pas crier. Gerald faisait parti, comme 99,9% de la population, de ceux qui n'avaient jamais vu Lydess pleurer ou être un peu triste, et peut-être même des 50% qui n'imaginaient même pas que de tels émotions pouvaient parcourir le corps de l'ancienne cartomancienne. Celle-ci se mordit un doigt pour reprendre conscience d'elle-même et marmona assez fort pour être entendue:

- Les cartes... ont annoncé la mort... les cartes... ont annoncé sa mort... si je... restais... si je restais...si je l'épou... épousais... il mour...rait... j'ai cru... que tout se pas...serait bien...

Ne restant déjà plus rien de sa belle robe à être sauver, Lydess en prit un pan pour se moucher sans aucune gêne dedans. Elle ne venait pas du beau monde et cela se voyait. Maintenant qu'elle avait annoncé la raison de sa fuite, et pourquoi elle était dans un état si catastrophique, lui permettait de lentement se calmer. Peut-être était-ce aussi à cause de la fatigue. En effet, on finit toujours par s'effondrer de fatigue après avoir longuement pleurer. Et dire que Lydess était fatiguée relevée de l'évidence, à ce stade là. Lasse et vidée, les yeux à demi-clos, elle se redressa en une expression misérable pour rajouter:

- Il a demandé... ma main aujourd'hui... je n'ai pas eu le choix... je le préfère vivant loin de moi... que... que s'il mourrait pour m'abandonner dans son monde...

Son dos tomba en arrière contre le dossier, tout son corps se détendant par l'intense fatigue, la crise de trop. Est-ce qu'elle pouvait encore tenir éveillé pendant quelques instants. Elle se faisait violence, ne voulant pas être un poids mort pour l'ami qui l'accueillait volontiers dans sa détresse.

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MessageSujet: Re: As if we were God blessed. ⋆ ft. Gerald & Loban [Fini] Mar 17 Avr - 10:50



As if we were God blessed.

« HEARTACHE. »

Southwark, été 1891.

Gerald la regarda sans rien dire, conscient qu’il s’était passé quelque chose d’assez grave dans la vie de la jeune femme. Lui qui avait toujours été prompt à bousculer les autres, il fit au moins l’effort de ne pas brusquer Lydess, respectant son silence et son besoin de compagnie sans avoir à parler ou se justifier. Il resta patient, chose relativement difficile chez lui pourtant, la regardant boire son verre ou décliner sa proposition de manger un morceau. Vu son état, reprendre des forces n’aurait pas été une mauvaise idée C’était même nécessaire. Mais elle semblait avoir les paupières lourdes et il était vrai que dormir dans un moment pareil n’était pas une mauvaise idée non plus. Mais Gerald était un homme insistant et têtu. Il avait bien quelques biscuits secs volés sur les quais de la Tamise pour les donner à Lydess. Ce n’était pas grand-chose, mais cela lui permettrait d’avoir au moins quelque chose dans l’estomac. Cependant, elle reprit la parole avant qu’il n’ait eu le temps de se lever et il ne put que l’écouter avec attention. Après tout, elle se confia à lui sans qu’il n’eût insisté plus que cela, il se devait de respecter ces confidences.

Comme il l’avait pensé, il s’agissait bien de quelque chose avec son Lord duquel elle s’était entichée. Gerald avait toujours eu une vision très négative de la noblesse, encore plus des politiciens. Il ne connaissait nullement l’histoire du Home Secretary mais il n’avait guère aimé son comportement au sommet de la Tour de Londres. Le barbier l’avait trouvé arrogant comme un pou et bien sûr de lui. Mais l’amour était un sentiment qui ne se contrôlait pas et si Lydess avait cru que c’était son prince charmant, il ne pouvait pas le lui reprocher. Néanmoins, selon les dires de la cartomancienne, c’était elle qui était partie pour le protéger d’une sorte de mort annoncée par les cartes. La situation était donc délicate et légèrement frustrante pour Gerald. Pour une fois que ce n’était pas un riche qui faisait un coup bas à quelqu’un de moins fortuné… Il fit une moue embêtée, ne sachant pas trop quoi dire pour la réconforter. Ennuyé, il posa sa large main sur l’épaule de Lydess, d’abord sans rien dire, continuant de chercher de quoi améliorer légèrement l’humeur de la jeune femme. Il fallait dire qu’il n’avait pas trop d’expérience dans ce domaine, les seuls maux de cœur qu’il connaissait étaient ceux de certains membres de la Tribu, éméchés et entichés d’une prostituée qui faisait juste sa besogne pour gagner son pain.

— Boarf… Tu sais, je pense qu’il s’en remettra… Ces gens-là ont un cœur de pierre…

Gerald ignorait bien évidemment le lien si fort qui unissait Lydess au Home Secretary mais c’était un détail conséquent qu’il ne pouvait cependant ni inventé ni deviné. De son pouce, il caressa l’omoplate de la jeune fille, songeant que lui aussi avait abandonné un être cher. L’ironie voudra que cet être cher soit justement la jeune femme dont il caressait l’épaule à cet instant. Mais là encore, Gerald ne pouvait pas le savoir sans un petit coup de pouce. Il resta donc silencieux quelques secondes avant de reprendre doucement :

— Je me doute bien que ce soit difficile… Mais je suis sûr que tu trouveras quelqu’un qui n’ait pas une vie si… bordélique. Quelqu’un de plus rangé. T’es une personne vive et qui se donne à fond, tu as sûrement besoin de quelqu’un de stable. T’as besoin de personne, toi !

Il lui fit un sourire amical avant de lui donner un petit coup de poing tout aussi amical sur le haut du bras, espérant au moins la faire sourire. Son visage se fit alors un peu plus sérieux.

— Après, tu sais… Quant à la demande en mariage… C’est un bourge et les bourges ça se lasse vite… Qui te dit qu’il ne t’aurait pas trompé d’ici quelques mois ? C’était peut-être même déjà le cas !

Gerald s’était un peu perdu et avait laissé parler ses convictions avant son sens moral. Cependant, il n’était pas tellement quelqu’un qui avait sa langue dans sa poche et il préférait cautériser tout de suite le mal de Lydess, même si cela pouvait sembler un peu rustre. Il posa de nouveau sa main sur son épaule avant de reprendre doucement :

— Tu as sûrement bien fait, crois-moi…

Il lui sourit avant de se lever finalement, repensant à sa fille abandonnée. Elle devait avoir à peu près l’âge de Lydess désormais, quand il y repensait. Abandonner un amant était moins grave et avait moins de conséquences que de laisser tomber un nouveau-né. Il partit donc chercher les fameux gâteaux avant de les ramener à la jeune femme.

— Tiens, mange au moins ça, s’il te plaît. C’est mieux que rien. Mais je te peux te servir un autre verre si tu veux.

De nouveau avec un sourire, il la regarda un instant avant de se tourner vers le lit.

— Ah et tu peux dormir dans mon lit si tu es trop fatiguée. Tu en as plus besoin que moi, ce soir. On trouvera une solution plus tard, ne te préoccupe pas de ça. Tu peux rester autant que tu veux même.

Après tout, elle avait perdu son luxueux logis en fuyant le Lord. Gerald n’aimait pas cette idée que les femmes devaient dépendre de leurs maris. Cela justifiait peut-être sa situation maritale actuelle. Lui qui, au final, avait trouvé l’amour de manière parfaitement insolite, auprès d’une femme qui vivait en ermite dans la forêt. Une femme qui n’avait d’ailleurs besoin de personne et qui le lui avait bien fait comprendre. Il y repensait souvent, à son adolescence, bercée par une insouciance qui ne l’avait jamais vraiment quitté. Il avait été heureux ainsi. Non mais qu’il était actuellement l’homme le plus à plaindre, sa vie lui convenant parfaitement, mais il s’étonnait parfois à trouver que cette femme et cette fille lui manquaient. Comme le sentiment d’avoir rater l’occasion de fonder une vraie famille. Maintenant c’était trop tard et il n’avait guère la volonté d’en faire une nouvelle. L’image de ce que cela aurait pu être lui convenait.
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MessageSujet: Re: As if we were God blessed. ⋆ ft. Gerald & Loban [Fini] Mar 17 Avr - 11:51



As if we were God blessed

« I’m sorry that I can’t be any help to you »


Durant l’Été 1891

Comment pouvait-on comprendre la situation de Lydess ? Ce n'était pas seulement un vulgaire être masculin, ni même une rentrée d'argent régulière, ou bien même un jeu de carte qu'elle avait perdu aujourd'hui. Toute son âme venait d'être retiré de sa substance, jusqu'à son identité même. Mais malgré sa grande sympathie et l'effort évident qu'il mettait à essayer de réparer les blessures béantes de Lydess, cette dernière ne lui en voulait pas d'être aussi pragmatique dans l'évidence. Ce n'était qu'un noble parmi tant d'autres, s'étant entiché d'une souillon, l'élevant au rang de princesse, mais voyant évidemment d'autres beautés, plus belles, plus dociles. Un riche qui se remettrait rapidement de la perte d'une grasse sorcière au caractère trop présent. Quelque part, Lydess aurait donné tout l'or du monde pour vouloir le croire. Mais savoir qu'elle avait bien évidemment brisé le coeur de son âme soeur la tourmentait perpétuellement, incapable de voir la lumière au bout de cet infâme tunnel de regrets. Les nobles au coeur de pierre. Elle y croyait également, à cette mentalité du bas-peuple. La cartomancienne était autrefois toujours la première pour cracher son venin sur la haute société, s'amusant à se moquer d'eux avec ses comparses de la Tribu, dont Gerald lui-même. Elle y croyait toujours d'ailleurs, et même plus fortement que jamais, car elle avait pu avoir l'expérience de la cohabitation. Mais Loban n'était pas comme les autres nobles. Il n'était pas même comme les autres hommes à ses yeux. Mais Gerald ne pouvait pas connaître la tragique histoire de leur couple, lui qui ne connaissait même pas la vie de Lydess avant que celle-ci ne tombe dans le quartier de Southwark. Le barbier ne savait rien, mais sa gentillesse touchait le coeur de la jeune femme qui réussit à acquiescer un sourire sincère à chacune de ses petites tapes d'entrain.

Lydess Hentswig n'avait besoin de personne, c'était bien connu. Mais cette femme était morte à la seconde où elle avait tourné le dos à tout ce qu'elle avait toujours voulu. Quel pourrait bien être le but de sa vie à présent ? Oh, bien évidemment qu'elle pourra retrouver un travail, peut-être même avoir son propre logement et vivre correctement. Mais plus jamais elle ne pourra aimer un homme comme elle avait aimé l'homme de sa vie. Elle qui avait vécu du fantasme de son prince charmant, batifolant de petites relations sans grande importance, avait goûté à l'extase d'une relation quasi-surnaturelle, au delà de tout ce que les livres pouvaient raconter. Peut-être trouverait-elle en grand secours un homme gentil, pas trop bête ni trop chiant, qui lui permettra de pondre deux ou trois gosses qu'elle rêvait d'avoir. Mais toute la saveur de l'amour ou de l'esprit même de famille semblait s'être évanoui pour toujours. Le drame était trop grand, et le coeur de Lydess plus assez grand pour le supporter. Son regard papillota pour tomber sur des biscuits que Gerald lui proposait. Son ventre gargouillât à cette seule vue, elle qui avait pris l'habitude de tant manger. La voyante s'empara donc rapidement de la nourriture pour l'engloutir, reniflant ses larmes taries.

- Merci... pour tout...

Sa voix était fantomatique, même si toujours audible. Elle retrouvait dans la bouche le goût de la nourriture qui ne payait pas de mine, mais qui remplissait bien l'estomac. Il était déjà bien loin le temps de la pâtisserie de qualité, et si elle pouvait encore se poser des questions, Lydess se demanderait en combien de temps elle parviendrait à perdre tous les kilos en trop qu'elle avait savamment emmagasiné. Néanmoins, elle apprécia sincèrement son casse-croûte et prit une petite gorgée de whisky pour faire descendre le tout, ainsi que pour humidifier sa bouche dé-séchée par les larmes et la sécheresse de ces biscuits. Elle n'avait même pas assez d'énergie pour refuser le lit de Gerald, protestant pour ne pas trop le déranger dans son quotidien. Si ce soir elle avait besoin de confort, elle n'hésiterait pas à dormir sur le fauteuil à partir du lendemain. Il n'était même pas si tard que cela, même si les lueurs du soleil se faisaient de moins en moins visible à travers les fenêtres. Combien de temps avait-elle donc marcher ? Ses pieds la faisaient souffrir, dans leurs petites bottines de princesse. Se courbant pour atteindre ses chaussures, elle les retira lentement, à grand renforts de soupir. Ses vêtements actuels étaient tout ce qu'elle avait pour se vêtir, n'ayant pas pris d'affaires de rechange, et n'ayant plus ses habits de bohémienne depuis un long moment maintenant. Pouvant à présent se reposer les pieds, Lydess refit le tour de tout ce que Gerald lui avait dit. S'il devait l'aider à se reconstruire, il fallait qu'il connaisse toute l'histoire. Actuellement, l'idée qu'il se faisait de la peine de la cartomancienne était ridiculement faible.

- ... tu ne le sais pas... mais notre histoire était beaucoup plus que ça... tu trouves certainement ma phrase ridicule, que j'ai l'air d'une idiote qui croyait au prince charmant... c'est peut-être le cas...

Inspirant difficilement, les yeux encore humides rien que de parler, Lydess avalait sa salive en tortillant un bout de sa robe avec ses mains. Allait-elle tenir le coup ? Raconter la vérité à quelqu'un qui n'aimait pas un meilleur ami, ni même un confident habituel. Le destin les avait placé dans cette situation, et Lydess craignait de ne pas être à la hauteur. Rien que penser à quelque chose en rapport avec Loban lui donnait envie de mourir à nouveau dans une fontaine de larmes.

- Je sais que tu penses que le Home Secretary est juste un noble comme les autres, qui m'a prise par pitié ou par exotisme... mais le fait est que... enfin... c'est... oh bon sang...

C'était si difficile. Construire ses sentences revenaient à revivre sa vie à l'envers. Elle le voyait, enfant, trépignant à côté d'elle pour un oui ou pour un non. Elle se revoyait lui apprendre à écrire, changer ses couches alors qu'elle n'avait elle-même que cinq ans. Il avait été son bébé en jouet que toutes les gamines rêvaient d'avoir. Mais Lydess s'en était véritablement occupée, comme personne ne s'était jamais occupé d'elle, reportant tous ses besoins et ses espoirs dans ce petit bout de garçon malingre et espiègle, timide et curieux. La gorge serrée, la cartomancienne avait l’impression de revivre leur séparation à l'orphelinat, en milles fois plus douloureux.

- Je... Nous avons été tout les deux élevés dans le même orphelinat. Les infirmières l'ont trouvé sur le pas de la porte d'entrée et ne voulaient pas s'en occuper... il n'y avait pas assez de places... moi j'avais toujours vécu là, on m'y a déposé quand j'étais un bébé comme lui... alors du coup, je exigeais de m'en occuper, qu'il partagerait ma place, et je l'ai élevé... du moins jusqu'à ce qu'il soit adopté par les Renfield.... nous étions plus qu'un simple couple... mais personne ne pouvait le savoir... j'ai vécu toute ma vie dans l'espoir de le retrouver alors oui... je ne suis qu'une stupide idiote qui a cru au prince charmant... et j'ai failli réussir... mais les cartes... m'ont tout arraché...

Ce qui devait arriver arriva. Puisant dans toutes ses dernières ressources pour raconter son histoire sans pleurer, ce fut dans un terrible sanglot déchirant que Lydess conclue le résumé de son couple. Elle n'avait pas eu le temps d'en raconter plus et ne le souhaitait même pas, pleurant à chaudes larmes sur la destruction du sens de sa vie. Cette simple idée tournait en rond dans son esprit, se répétant au fur et à mesure des minutes sans jamais arrêter.

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MessageSujet: Re: As if we were God blessed. ⋆ ft. Gerald & Loban [Fini] Mar 17 Avr - 15:18



As if we were God blessed.

« HEARTACHE. »

Southwark, été 1891.

Gerald essayait tant bien que mal de consoler la jeune femme qu’il ne connaissait seulement via la Tribu. Après tout, il ne savait pas d’où elle venait et vice-versa. C’était, quelque part, un peu triste, mais cela n’empêchait pas le barbier de considérer la cartomancienne comme une amie. Une vraie. Quelqu’un de confiance malgré tout. Mais est-ce que cette relation était réciproque, là était la vraie question. Après tout, Lydess n’avait jamais réellement fait partie officiellement de la Tribu. Il savait juste qu’elle connaissait Fergus depuis un long moment et que c’était comme cela que la cartomancienne s’était rapprochée du gang. Le reste demeurait obscur et inconnu pour Gerald. Après tout, on parlait guère de son passé, au sein de la Tribu, tant que tu servais convenablement et loyalement les intérêts de la petite communauté de brigands. Quelque part, c’était triste, cela empêchait parfois de créer de véritables liens mais il comprenait aussi la démarche et cela ne le déplaisait pas tant que cela. Quoiqu’il en soit, il se servit lui-même un verre de whisky pour en boire une gorgée avant de resservir discrètement Lydess, malgré son absence de réponse, tapissant le fond du verre plat du liquide couleur ambré.

Lydess s’embarqua alors dans le récit de son histoire afin que Gerald puisse bien comprendre le mal qui rongeait le cœur de la jeune femme qu’il venait d’héberger. Le récit fut long et décousu à cause de la peine qui serrait la gorge de la cartomancienne mais il fut nécessaire. Le barbier ne lui en voulait pas d’avoir du mal à aligner deux mots convenablement, c’était bien normal dans une situation pareille. Alors il resta silencieux, calme et discret, voulant saisir le moindre morceau du récit sans interruption quelconque de sa part. Savoir comment quelqu’un comme Lydess, qui participait pourtant aux éructions de haine envers les nobles et les bourgeois autrefois, s’était retrouvée à être plus bas que terre à cause d’un noble. Un noble qui n’était soi-disant pas comme les autres, selon elle. Gerald dut reconnaître alors qu’elle avait raison, dans son récit, de traiter le Home Secretary différemment des autres personnes de son rang. Le jeune politicien venait de loin et il avait eu un parcours étroitement relié avec la jeune femme en larmes à côté du marin. Il était vrai qu’avec cette histoire en connaissance, Gerald put plus facilement comprendre le mal et la douleur qui rongeaient la pauvre Lydess.

À la fin de l’histoire de la cartomancienne, le barbier ne sut quoi vraiment quoi dire ni quoi faire. Il n’avait jamais été dans une situation semblable et n’avait jamais été autant l’oreille attentive de quelqu’un. Ne sachant pas trop quoi faire face à la crise de larmes qui secouait les épaules de Lydess en sanglots, Gerald la prit finalement dans ses larges bras sans rien dire. La différence de taille entre les deux étaient assez conséquente ce qui devait renforcer l’effet de l’étreinte réconfortante de l’ancien barbier. Ce dernier en profita pour lui caresser le dos, toujours dans un but de rétablissement moral pour la cartomancienne. Elle était encore jeune, elle s’en remettrait sûrement un jour. Il était évident que pour l’instant, elle avait l’impression que le monde s’écroulait autour d’elle, mais elle avait encore de belles années devant elle. Les prochains jours seraient juste un peu difficiles mais Gerald savait qu’elle était une battante et qu’elle serait sur pieds prochainement. Du moins, il l’espérait. Après, il trouvait cela un peu étrange de tout abandonner pour quelques cartes tirées au hasard. Non pas qu’il dénigrait tout ceci, il respectait les croyances de chacun, mais il ne croyait tout simplement pas au destin.

Il continua de la câliner un peu mais étrangement, il ne trouva pas cela étrange avec Lydess. Il n’aurait su dire pourquoi, malgré leur différence d’âge, mais il n’avait pas envie qu’elle se dérobe à lui, sans aucune arrière-pensée à tout ceci. Il souhaitait juste qu’elle aille mieux car la voir pleurer était vraiment quelque chose qui ne collait pas avec son caractère. Au bout de plusieurs secondes, il finit par la prendre par les épaules et la reculer un peu afin de lui sourire amicalement. Il dit alors avec sincérité :

— Je comprends mieux à présent pourquoi c’était si important… Je ne sais pas quoi te dire de plus, désolé… Au final, vous n’avez pas tellement grandi ni évolué ensemble, ni dans le même monde alors peut-être que ça cicatrisera plus vite que tu ne le penses… Tu es quelqu’un de bien, Lydess… Tu as fait ça pour le protéger après tout, ça ne fait pas de toi quelqu’un de méchant.

Il tenta de lui sourire de nouveau avant de se lever.

— Mais je t’en prie, allonge-toi, tu te sentiras sûrement mieux. Si tu veux, on peut parler d’autre chose pour te changer les idées… Je ne sais pas trop de quoi mais bon, on peut toujours essayer ! Parce que je ne pense pas que te remuer la tête sur ce sujet te fasse vraiment du bien…

Il fit une moue un peu triste avant de lui apporter une autre couverture qui l’enroula autour des épaules de la cartomancienne.

— Tu devrais peut-être te changer aussi… Ces habits de bourge sont pas ultra confortables pour dormir avec. Je dois avoir deux trois trucs de rechange. Ce sera sûrement trop grand, mais ça dépannera.

Il sourit doucement et partit lui chercher une chemise et un pantalon en toile propres, bien évidemment. Il les déposa au pied du lit.

— Tu devrais peut-être te passer un peu d’eau sur le visage. Tu feras attention, le robinet fuit un peu.

Son air bienveillant n’avait pas quitté son visage. Il s’était toujours attaché à ce petit bout de femme qui ne se laissait jamais marcher sur les pieds par qui que ce soit et qui pourrait tenir tête à la reine elle-même. Mais la voir dans un tel état de détresse lui fendait le cœur et il ne pouvait s’empêcher d’être très prévenant à son égard. Ou paternel. Comme avec les plus jeunes recrues de la Tribu.
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MessageSujet: Re: As if we were God blessed. ⋆ ft. Gerald & Loban [Fini] Mar 17 Avr - 16:29



As if we were God blessed

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Durant l’Été 1891

Son histoire avait été si difficile à ressortir, et c'était peut-être l'une des rares fois qu'elle l'a sortait aussi honnêtement à quelqu'un. Jusqu'ici, elle avait toujours été très évasive au sujet de l'existence de Loban et sa responsibilité dans sa vie. Elle était si reconnaissante du silence de Gerald qui l'écoutait posément sans lui poser aucune question entre ses longues respirations secouant tout son corps. Lorsqu'il la prit dans ses bras durant le long sanglot qui avait étreint son esprit fatigué, Lydess ne se le fit pas demander deux fois. Son embrassade était tout aussi chaude que pouvait l'être celle d'un ouvrier bien bâti de Southwark. Un aura paternaliste qui manquait tant à la jeune cartomancienne. Dans le silence qui suivait ses pleurs qu'elle peinait à calmer, une autre personne se serait peut-être écarté. Mais elle continuait à chercher la protection de cet homme qu'elle ne connaissait qu'à peine. Leurs relations ne tournaient effectivement qu'autour de l'alcool et de la Tribu, ainsi que des railleries sur la haute société et la gentille moquerie de leurs compagnons. Lydess avait bien remarqué le comportement naturellement protecteur de l'individu, le reliant parfois à sa propre attitude de mère envers les enfants défavorisés. Il semblait alors tout naturellement que ce fut lui qui console la grande et imposante figure d'autorité qu'elle avait pu être par le passé. La voyante lui en était tant reconnaissante, qu'il ne la juge pas pour l'idiote qu'elle avait été, mais écoutant patiemment ses malheurs. Mais elle même se sentait tant gamine prétentieuse, à être monter si haut pour descendre dans une misère qu'elle n'avait encore jamais expérimenté -même alors qu'elle vivait dans les rues de Whitechapel, et pis encore, à importuner un homme qui avait bien assez à penser comme ça, dans sa vie de vieux garçon indépendant et voué à la Tribu. Un homme qu'elle pensait être bien trop bon et patient avec elle, mais dont elle louait l'existence à ce moment précis.

Il s'écarta finalement d'elle pour la regarder avec des yeux d'une sincèrité qui mit du baume au coeur de la jeune femme. Avec toutes ses nouvelles informations, son langage avait très subtilement évolué; il avait comprit son message. Ses compliments la firent sourire. Il était vrai qu'au delà de Loban, il y avait tant d'autres enfants qui avaient besoin d'elle. Peut-être pourrait-elle continuer son rêve de devenir institutrice ? Mais voir tous ces enfants ne lui rappelait-elle pas éternellement le seul enfant qui avait été à la fois sien et amour ? Elle ne savait pas et craignait d'expérimenter l'ascenseur émotionnelle. Il la rassura un peu plus par la suite, déclarant qu'elle n'avait rien fait de mal, et que ce n'était que de la protection. Certes, mais elle ne pouvait s'empêcher de sentir son coeur saigner, et ne pouvait que trop bien imaginer le vide dans celui de Loban, qu'elle voyait déjà seul dans son immense demeure. Une vision qui lui fit passer une main sur son visage, incapable de faire face. Mais Gerald se levait déjà pour lui offrir le lit, déclarant qu'il vaudrait mieux qu'elle se repose, ce qui était on ne peut plus vrai. Lydess n'en pouvait déjà plus d'être éveillée, un cauchemar vivant ayant pris vie au petit midi. Penser qu'il y avait à peine moins de douze heures, elle prenait son petit déjeuner sur un balcon de la demeure Renfield, après avoir embrasser son cher et tendre qui partait travailler dans la bibliothèque. Non pas qu'elle était révulsée à l'idée de revoir son ami et de passer une nuit chez lui, mais autant dire qu'elle aurait préféré d'autres circonstances. La veille encore, elle avait pu masser le corps somptueux de son amour à qui elle avait pourtant dit adieu aujourd'hui. Les larmes faillirent monter à ses yeux une fois de plus, tant et si bien qu'on ne voyait déjà plus depuis un moment le véritable blanc de ses yeux. Mais Gerald parlait de changer de sujet, alors il fallait qu'elle fasse un effort. Il n'y avait plus de retour en arrière possible, alors penser à autre chose était effectivement la meilleure chose à faire. Elle sourit péniblement et resserra contre elle les pans de la couverture qu'il mettait autour de ses épaules.

Il lui présenta de nouveaux vêtements de dépannage, pour homme certes mais cela ne dérangeait pas l'ancienne cartomancienne. Elle avait eu l'occasion de porter un pantalon très confortable durant la nuit de la... son cerveau chercha à fermer automatiquement cette information. Ne plus y penser. Changer de sujet. Il lui offrit aussi de se débarbouiller le visage, ce que Lydess ne refuserait pas. Sa peau était à demi-sèche de tout le sel qui s'était déversé dessus, couverte de poussière et encore à demi-trempée par les larmes qu'elle venait de pleurer. Autant dire qu'elle ne ressemblait plus à rien et s'empara des vêtements avec empressement. Elle les prit et sourit doucement à Gerald, le regard toujours triste:

- Merci... je reviens....

Mais avant tout, elle avait oublié quelque chose d'important. Détâchant ses cheveux des quelques petites épingles qui restaient, elle sortit de sa poche la carte de l'Impératrice, chose qu'elle ne s'était vouée à jeter aux pieds de son aimé. La posant délicatement sur la table de chevet afin de ne pas l'emmener avec elle dans la salle de bain et risquer de la tremper, Lydess reprit les affaires et alla rapidement dans la dite salle d'eau. Ce fut avec soulagement qu'elle retira ses guenilles de princesse, ayant jusqu'à l'impression de retirer une mue. Débarassée de tout ce qui la rapprochait à la noblesse, elle trouva beaucoup plus simple le fait de se calmer. Au vu de la corpulence non des moindres de la jeune femme, les vêtements ne lui étaient pas si petits que cela. Restant plusieurs secondes silencieuse et droite dans la petite salle de bain, Lydess ne savait guère quoi faire. Elle se trouvait fixée dans le temps qui ne s'écoulait maintenant plus. Et même s'il y avait forcément une voie de sortie vers la lumière, la voyante aurait tant voulu la trouver avec sa main dans la sienne. Peut-être que la nuit porterait conseil. Se regardant le visage dans le miroir, son regard fut effaré de son reflet. Sa peau rouge et gonflée, ses yeux tout aussi écarlates qui rendait l'ensemble de sa tête à l'image d'une tomate. Pouvait-on encore faire la différence entre ses yeux, son visage et ses cheveux ? Plus véritablement, si ce n'était les traces de terre qui adoucissait les contrastes et dessinaient les marques de son visage. Prenant un peu d'eau dans le robinet, pas trop afin qu'il ne fuit pas trop, Lydess tenta de se débarbouiller comme elle put, se rafraichissant au moins, si elle ne pouvait se laver. Elle n'avait pas la tête à être coquette et se suffirait bien assez du strict minimum.

Cela dit, elle mourrait de l'idée d'un café, tant son cerveau lui tournait: autant dire que l'alcool n'aidait pas. Le café lui permettait de rester éveillée et alerte, lui permettant de répondre rapidement et avec esprit. Mais elle se sentait vide, n'avait pas mangé depuis trop longtemps maintenant, et ce n'était pas un whisky et un biscuit qui allait la sauver. Même avant de retrouver Loban, elle s'était faite un point d'honneur à privilégier la nourriture aux vêtements, en ce qui concerner ses vols ou ses différents achats. Une partie d'elle, celle qui reprenait lentement de l'air dans le néant, ou peut-être la partie qui tentait d'aveugler la peine, eut particulièrement hâte d'aller voler du café pour Gerald dès demain. Cela sera une manière comme une autre de le remercier et d'améliorer ses conditions de vie. Mais qu'elle se trouvait mesquine. Une autre partie d'elle mourrait sans autre synonyme, et méprisait l'autre de tenter de retrouver une vie sans Loban. S'il n'était pas heureux, Lydess n'avait pas le droit d'être heureuse, criait cette petite voix.

Soupirant profondément de ce conflit intérieur que rien ne pourrait éteindre, pas même les belles paroles de Gerald qui ne cherchaient pourtant qu'à aller dans son sens, Lydess sortit de la salle de bain pour arriver, un peu timide, dans la salle principale. Sa tête tournait mais ce n'était finalement pas aussi désagréable que son ventre qui criait famine. L'air de rien, les biscuits lui avaient ouvert l'appétit. Alors qu'il lui tournait le dos, la jeune femme glissa d'une petite voix après avoir toussoter:

- Est-ce... tu voudrais que je fasse le dîner...? Enfin, si tu n'as pas encore dîner... je... je ferai bien à manger.

Il était tout aussi rare de voir Lydess pleurer que de la voir aussi mal à l'aise. En effet, elle n'avait pas l'habitude de profiter de la bonté des gens, et quémander ainsi un dîner l'agaçait profondément. Mais elle avait faim et préférait tourner la demande de cette manière afin d'aider un peu.

- Ne t'en fais pas, je n'ai pas perdu mes compétences en cuisine en allant chez les bourges ...!

Sa tentative d'humour passait totalement à la trappe, tant sa voix était faible et absolument pas convaincue de ce qu'elle disait. Au moins, elle essayait, même si cela se voyait que ce n'était qu'un faux-semblant.

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MessageSujet: Re: As if we were God blessed. ⋆ ft. Gerald & Loban [Fini] Mar 17 Avr - 18:56



As if we were God blessed.

« HEARTACHE. »

Southwark, été 1891.

Gerald la regarda prendre les affaires qu’il lui avait prêtées et détourna le regard quand elle partit se changer. Sachant qu’il avait au moins quelques minutes devant lui, il en profita pour débarrasser la bouteille et les verres et dépoussiérer quelques meubles. Après tout, il n’invitait pas grand-monde chez lui et passait le plus clair de son temps hors de son appartement. Le ménage n’était pas non plus son fort mais le lieu était étrangement bien entretenu. Cependant, le regard du barbier s’arrêta rapidement sur un détail. Ses yeux furent attirés par un petit bout de carton qu’avait posé Lydess sur la table de chevet. L’ancien marin savait pertinemment que la curiosité était un vilain défaut mais dans son cas, c’était plus fort que lui, comme il avait pu le démontrer lors de l’épisode de la Tour de Londres. Il jeta un coup d’œil prudent à la porte de la pièce où se trouvait la cartomancienne. Il avait presque peur de se faire attraper dans sa curiosité, mais il songea que Lydess n’avait pas non plus tenté de dissimuler ce qui semblait être une carte. Ce n’était donc pas un objet confidentiel que personne n’avait le droit de voir. Alors il la prit, par simple curiosité.

Cependant, ce qui était censé être une simple carte de tarot se révéla être tout autre chose aux yeux de Gerald qui l’avait bien évidemment déjà croisé dans sa vie. Il y avait précisément vingt-huit ans. Cela aurait pu être une banale carte du tarot de Marseille s’il n’y avait pas eu la petite inscription en haut à droite. Le temps sembla s’arrêter instantanément pour le petit brigand. Cette carte, elle n’avait pas pu l’inventer. C’était exactement la même que celle que la mère de sa fille avait donné à celle-ci. Gerald savait que le nom de son enfant était marqué dessus mais la génitrice n’avait voulu lui révéler (après tout, elle vivait seule dans la forêt donc elle devait avoir ses raisons d’entretenir le mystère) et avant qu’il ne la fasse partir pour Londres pour se faire adopter, l’Irlandais n’avait pu trouver quelqu’un qui sache lire. Il était seulement resté avec le souvenir d’une adorable petite bouille et de cette carte. Cette même carte. Cela ne pouvait pas être une vulgaire copie, personne n’avait d’intérêt à imiter un objet assez quelconque en soi avec une simple inscription représentant un nom. Cela devait être l’exemplaire unique.

Une foule de questions se bouscula dans la tête du barbier. Lydess l’avait-elle trouvé par hasard ? Elle avait dit faire partie d’un orphelinat, avec le Home Secretary, l’aurait-elle trouvé là-bas ? L’aurait-elle volée à sa propriétaire, anéantissant ainsi les seules chances de Gerald pour retrouver sa fille ? Une sorte de colère monta en lui, même s’il essayait de se convaincre de l’innocence de Lydess. Peut-être l’avait trouvée, tout simplement, et l’avait gardée pour tenter de retrouver celle dont le nom était marqué sur la carte. Ou alors… et les âges correspondraient… la cartomancienne se trouverait être sa fille. C’était pour l’instant l’hypothèse la plus saugrenue qui lui était venue à l’esprit et il ne savait quoi en penser. De plus, ses souvenirs étaient maintenant trop flous pour tenter de mettre un visage précis sur la mère de Lydess… Et il avait plus l’impression que sa mémoire était faussée car quand il y réfléchissait, son seul et unique amour ressemblait étrangement à la jeune femme qu’il hébergeait. Il entendit d’ailleurs cette dernière parler et lui demander quelque chose mais il n’écoutait pas. Il prit plutôt la carte entre deux de ses doigts et se tourna vers Lydess.

— Où as-tu trouvé cette carte…?

Il la regarda droit dans les yeux, l’air sérieux. Il n’était nullement menaçant quoique légèrement et involontairement agressif mais pour lui, et peut-être d’ailleurs pour Lydess, cela représentait énormément.

— S’il te plaît, ne me mens pas. C’est vraiment important pour moi, je connais cette carte. Où l’as-tu trouvé ?

Il se montrait insistant, il était vrai, mais il ne parvenait à contenir les émotions qui se bousculaient avant la réponse. Chaque version pouvait dire beaucoup de choses et remettre un peu d’espoir dans le cœur du barbier. Ou alors l’annihiler complètement. Le souffle court, toute trace de sourire ayant disparu, il pointa l’inscription sur la carte.

— Je ne sais pas lire, tu peux me dire ce qu’il y a d’écrit ? Si j’ai le moindre de doute de ton honnêteté, je te jure que je la garde pour moi. C’est vraiment important, Lydess, je ne plaisante pas…

Il avait presque de l’imploration dans sa voix, lui qui pouvait enfin retrouver sa fille perdue depuis presque trente ans. Cependant, il ne voulait pas non plus brusquer la cartomancienne qui traversait une phrase relativement difficile. Elle n’y était sûrement pour rien dans l’obtention de cette carte qui, pour elle, ne voulait probablement rien signifier. Se rendant compte qu’il avait peut-être été trop brusque, il reposa la carte et soupira. Avant que Lydess n’ait eu le temps de répondre, il se justifia :

— Excuse-moi… C’est que… cette carte ressemble fortement à celle qu’avait ma fille… Fille que j’ai moi aussi abandonnée pour la protéger parce que j’étais trop jeune et que ma situation était trop instable… J’avais peur d’une nouvelle famine en Irlande et…

Il fit une moue.

— Je suis principalement venu sur Londres pour la retrouver mais en presque vingt ans, c’est le seul indice que j’ai…

Il soupira et baissa tristement la tête, n’ayant rien à dire de plus. Il releva les yeux et fit avec un sourire plus doux :

— Je vais faire à manger, ne t’occupe pas de ça… Puis j’ai déjà dîné donc bon.

Il tenta de rire doucement avant de se diriger vers le coin cuisine. Perdu dans ses pensées, il fit simplement un autre œuf et fit réchauffer un reste de soupe. Ce n’était pas tellement la saison, mais Gerald n’avait pas tellement le budget pour se payer autre chose. Il était déjà bien content d’avoir un toit, mais il était cependant sûr que Lydess ne ferait pas la fine bouche sur le manque de diversité du repas.
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MessageSujet: Re: As if we were God blessed. ⋆ ft. Gerald & Loban [Fini] Mar 17 Avr - 22:07



As if we were God blessed

« I’m sorry that I can’t be any help to you »


Durant l’Été 1891

Lydess commençait à sortir de l'état de choc apathique dans lequel elle s'était enfermée depuis qu'elle avait quitté la demeure des Renfield. Son coeur lui semblait battre à nouveau normalement, quand bien même le moindre songe en direction de son amour perdu pouvait la faire replonger dans le gouffre des ténèbres qu'elle s'était construite. Elle avait tout eu, sur un plateau en argent. De l'amour, une situation financière parfaite, un futur mari que toutes les femmes s'arrachaient... Il ne lui faudrait pas longtemps pour trouver quelqu'un d'autre, et la voyante était même persuadée qu'il avait dit non à de très nombreuses prétendantes rien qu'au souvenir d'elle. Et pour un tirage de carte, pour un sombre destin, la cartomancienne avait tout rejeté, tout fuit. Tout plutôt que de vivre dans un monde où il n'existait plus. Loban pouvait-il comprendre son point de vue, ou au moins l'imaginer ? Elle priait intérieurement que oui. Qu'il comprenne qu'elle ne souhaitait que sa survie, même si c'était loin d'elle. Mais pour le moment, au delà de la souffrance, de la tristesse et de la honte, c'était plus que tout l'intense frustration qu'elle éprouvait au delà de toutes les peines. Son destin avait été celui dont rêvait toutes les petites filles, se souhaitant souillon sauvée par un grand prince charmant pour vivre dans un merveilleux palais, se marier... ils vécurent longtemps et eurent beaucoup d'enfants. Cela avait également été le rêve de Lydess pendant plus de dix ans. Et elle avait été à deux doigts de le tenir entre ses mains. S'il n'y avait eu l'âpre épée de Damoclès sur sa tête. Il ne vivrait pas longtemps si jamais ils se mariaient. Et s'il n'y avait eu que les sentiments de la jeune femme, mais pourrait-elle continuer de vivre, si jamais il partait en l'abandonner avec des enfants ? Comment pourrait-elle reprendre goût à quoique ce soit ? Terrassée par la responsabilité et un nom, un univers qui n'était le sien, des titres d'une lourdeur immense qu'elle ne pensait pas avoir les épaules pour tenir.

Retour à la case départ. Mais une chance pareille ne se reproduirait plus jamais. Tentant de mettre de côté toutes ces terribles pensées, Lydess revenait vers Gerald avec un semblant de sourire triste mais qui commençait à ressembler à quelque chose. Cependant, la figure qu'il lui montra en se retournant la figea de tout son long. L'avait-elle déjà vu avec une mine si grave ? La carte se trouvait entre ses doigts et la cartomancienne voulait faire un geste en avant pour la récupérer. La prunelle de ses yeux, presque sa carte d'identité. Son visage se crispa en une expression de peur, trop inquiète qu'il fasse la moindre marque ou qu'il déchire sa carte. C'était des pensées illogiques, Gerald n'était pas aussi mesquin; mais à cette seconde de panique et de fatigue, elle aurait bien pu croire n'importe quoi. Elle voulut répondre, mais n'en eut le temps, continuant de fixer alternativement la carte et Gerald d'un air suppliant. Pas ça, pas un nouveau drame. La voyante commençait tout juste à calmer la source de ses larmes, mais si le barbier se mettait à également lui faire mal au coeur... Il l'ordonnait à ne pas mentir, déclarant qu'il connaissait cette carte. Lydess amena la main à sa bouche, serrant le poing contre ses lèvres. Comment pouvait-il connaître cette carte qu'elle gardait toujours sur elle depuis sa naissance ? L'avait-il déjà vu accroché au dessus de son lit, dans sa roulotte ? C'était forcément ça. Gerald était-il déjà venu dans sa roulotte à l'époque d'O'Farrell ? Elle ne s'en souvenait plus, trop accaparé par tout ce qui lui arrivait aujourd'hui. Si seulement tout pouvait tout simplement s'arrêter... son coeur s'accélérait au fur et à mesure du temps qui passait et de Gerald qui semblait s'énerver de plus en plus. Ne pas le voir sourire rendait son immense corps beaucoup plus imposant et terrifiant. Ce que Lydess avait admiré comme paternalisme se transformer en une terreur froide. Il voulut savoir ce qu'il y avait d'écrit sur la carte, et la jeune femme était si terrifiée pour sa carte fétiche qu'elle ne pensa même pas à noter le fait qu'il ne savait pas lire. Il la garderait si elle ne se montrait pas assez honnête, mais comment pouvait-il juger l'honnêteté d'une personne s'il ne voulait croire que ce qu'il voulait bien entendre. Très clairement, Lydess montra des signes de panique et murmura pour elle-même:

- Non... non pitié... pas ma carte...

Mais lors qu'il reposa la carte sur la table basse, se calmant, la voyante ne se calma pas pour autant. Loin de là même, quand Gerald avoua qu'il s'agissait là de son premier indice pour retrouver sa fille qu'il avait abandonné depuis plus de vingt ans, racontant la difficulté de sa situation de l'époque. Lydess écarquilla les lèvres, comme un poisson barbotant hors de l'eau. Si son rêve s'effondrait, c'était à présent l'intégralité de son monde et de son identité même qui tombait comme un château de carte. Était-ce véridique ? Non, c'était impossible. Ils devaient tous les deux se tromper. Peut-être que l'histoire que les infirmières lui avaient raconté était finalement entièrement fausse. Elle avait beau regarder Gerald, de long en large son visage fermé et mélancolique, aucune véritable et évidente ressemblance ne lui apparut. Il fallait lui répondre, lui raconter, avoir le fin mot de cette histoire. Tout s'embrouillait déjà dans la tête de la pauvre femme. Mais voilà qu'il partait déjà dans la cuisine, lui proposant de lui faire à manger lui-même. Lydess aurait voulu l'arrêter, lui dire que ce n'était finalement pas grave, ou qu'elle pouvait le faire elle-même et qu'il pouvait s'asseoir. Mais elle était glacée et le moindre de ses mouvements la faisait souffrir. D'une main plus blanche que jamais, elle prit la couverture que Gerald lui avait auparavant donné et s’emmitoufla dedans. Après deux ou trois profondes respirations, la jeune femme se rapprocha du puissant barbier mit au fourneau et murmura assez fort pour qu'il puisse l'entendre, d'une voix faible:

- C'est... c'est mon prénom, qu'il y a de gravé dans la carte... Lydess... c'est comme ça que les infirmières ont pu me nommer après m'avoir trouver sur le pas de leur porte. Cette carte était accrochée à ma cheville... j'ai souvent demandé à mes gardiennes d'où ça provenait, mais elles n'ont jamais pu me répondre. Je l'ai toujours gardé sur moi, elle ne m'a jamais quitté... c'est une sorte de.. porte-bonheur pour moi...

Durant tout son dialogue, elle avait baissé la tête vers le sol, priant de ne pas se prendre un revers de droite pour une quelconque raison. Son histoire pouvait-elle être si incroyable ? Mais surtout, est-ce que Gerald accepterait. Lydess ne pouvait pas mentir, même si elle l'avait voulu. Ainsi, elle avait un père, en vie, qu'elle avait croisé de nombreuses fois sans savoir. L'ironie de cette situation, dans le débarras actuel de ses émotions, ne lui arracha à peine un sourire face à l'absurdité. L'idée d'avoir en face d'elle son véritable géniteur la rendait tremblante de gêne. Ils avaient toujours parler comme des amis proches, d'un langage aussi chargé et libre que parlent tous les membres de la Tribu. Il ne serait jamais venu à l'esprit de la voyante de parler comme ça à un parent. Elle ne s'était d'ailleurs pas gênée, lorsqu'elle l'avait rencontré, à lui faire remarquer qu'il était bel homme. Ses joues rougirent d'une atroce honte, pire encore que tout ce qu'elle avait pu encore ressentir comme honte jusqu'ici. Ah au moins, ils avaient changé de sujet. Mais était-ce mieux ? La révélation semblait tomber comme un cheveu sur la soupe et Lydess était parfaitement incapable de savoir comment réagir. Devait-elle le prendre dans ses bras ? Pouvait-elle l'appeler Papa, ou bien Père ? Elle n'arrivait même plus à prononcer son prénom. Pourtant il le fallait bien. Elle demanda, en ultime point final de ses questionnements:

- Est-ce... tu es sûr qu'il s'agit de la bonne carte... Gerald ? Je veux dire.. si ça fait maintenant plus de vingt ans...

Lydess leva ensuite la tête vers lui, voulant croiser son regard pour confronter sa fameuse honnêteté. Mais sur son propre visage régnait l'incertitude et l’inquiétude. Elle avait, tout comme lui à coup sûr, peur de la vérité. Lui l'avait cherché presque toute sa vie, tandis que Lydess l'avait entièrement occulté.

©️ plumyts 2016


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MessageSujet: Re: As if we were God blessed. ⋆ ft. Gerald & Loban [Fini] Mar 17 Avr - 23:26



As if we were God blessed.

« HEARTACHE. »

Southwark, été 1891.

Gerald continuait de faire le modeste dîner de Lydess, en silence, culpabilisant de s’être emporté sur elle. Il n’avait pas voulu lui faire peur, surtout dans un moment pareil. Il avait été rustre et brusque et elle n’avait absolument pas besoin de cela. Se sentant parfaitement minable, il essaya de se faire tout petit malgré son imposante carrure, ne rendant pas la chose aisée. Il s’était déjà excusé auprès de la cartomancienne mais il avait peur que cela ne suffise pas et il comprendrait. Cependant, il entendit ses petits pas s’approcher de lui et Gerald lui jeta un regard désolé. Il s’en voulait réellement d’avoir levé la voix contre elle mais il n’osait à présent plus rien dire. Peut-être que son estime pour lui avait incroyablement chuté puisqu’il avait abandonné son enfant sans plus de manières. Venant de l’orphelinat, elle nourrissait sûrement une rancœur envers les géniteurs qui se débarrassaient ainsi de leur progéniture. Pour la première fois ému depuis longtemps, il soupira et se passa une main sur le visage avant d’essayer de se reconcentrer sur l’œuf qui frétillait dans la poêle. Il prit alors une assiette et un bol avant de servir également la soupe. Enfin, il sortit des couverts et se tourna vers Lydess.

Elle avait bien l’air bien en peine après l’interaction qu’ils avaient eu autour de la carte et Gerald s’en voulait atrocement. Il se mordit la lèvre inférieure et baissa aussi les yeux sans rien dire de plus. Elle lui expliqua la provenance de sa carte et cela conforma du coup sa théorie qu’il considérait comme improbable : Lydess était sa fille. Il n’y avait aucun intérêt à ce qu’elle lui mente, il l’entendait dans sa voix. Et puis, il avait toujours vu la cartomancienne comme quelqu’un d’honnête et qui n’avait pas la langue dans sa poche. Cela n’aurait donc pas été logique qu’elle lui mente à ce sujet. Il resta cependant silencieux, n’y croyant pas lui-même. Puis finalement, il leva doucement les yeux vers le visage de celle qui semblait être sa fille et tenta de lui sourire légèrement, bien que mal à l’aise. Commencer une relation pareille après tant d’années d’absence… Et puis, ce qui renforçait ce malaise était sûrement le fait que les deux êtres se connaissaient depuis un moment maintenant via la Tribu. Gêné, Gerald se gratta nerveusement l’arrière de la tête tout en écoutant la dernière question de Lydess sur la certitude que c’était bien la même carte.

— Oui… Peu de carte de l’Impératrice sortie du Tarot de Marseille porte cette même inscription au même endroit… Je n’ai pas la meilleure des mémoires, mais ce genre de détail concernant ma fille, je ne pouvais pas l’oublier…

Il essaya de lui sourire de nouveau mais l’émotion le reprit alors, lui faisant presque monter les larmes aux yeux. Après tout, c’était vingt-huit ans de recherche qui s’arrêtaient. Le but d’une vie qui s’achevait. Quelque chose se terminait, mais pas complètement encore. Si Gerald avait toujours voulu connaître sa fille, il aurait aussi voulu établir un vrai de lien familial avec elle et il n’était pas sûr que Lydess accepte, ce qu’il comprendrait parfaitement. Il l’avait abandonnée, elle avait raison de le jeter. Mais il ne pouvait concevoir cette idée de vivre de nouveau loin de son enfant. Subjugué par des émotions nouvelles, il parvint cependant à bafouiller :

— C’est prêt, si tu veux. Excuse-moi juste…

Il sortit rapidement de la cuisine pour s’enfuir dans la grande pièce à vivre. Il se cala contre la fenêtre et regarda dehors comme si le ciel pouvait lui apporter une lueur de réponse dans tout ceci. Quelque part, il était juste perdu, repensant sans cesse aux souvenirs d’un amour éphémère et d’une union fertile, au grand désarroi des parents. Gerald savait déjà, à l’époque, qu’il s’en voudrait toute sa vie de faire partir sa fille unique à Londres pour se faire adopter. Longtemps, il s’était demandé si une famille avait bien voulu d’elle et si elle était heureuse à présent. Durant toutes ces années, il n’avait souhaitait que son bonheur, même à distance et même sans la connaître mais il semblait bien que dans l’état actuel des choses, ce n’était pas tellement le cas. Il se calma quelques instants en regardant dehors, essayant de contenir ce flux d’émotions qui le prenaient un peu trop par les tripes. Il soupira doucement et se décida finalement à revoir Lydess. Son visage avait encore du mal à s’accorder avec le fait qu’elle soit sa fille mais là n’était pas la chose la plus dérangeante : comment s’appeler ? Gerald n’était pas sûr d’échanger brusquement avec « Papa » (« Père » faisant beaucoup trop bourgeois pour lui). Peut-être que laisser filer le temps était la meilleure des choses et voir comment cela évoluait. Cependant, il ne se sentait guère d’avoir le courage de commencer une conversation. Il resta donc silencieux, essayant de sourire à Lydess bien que son regard était relativement fuyant. Finalement il finit par dire :

— Encore désolé pour tout à l’heure, je ne voulais pas te faire peur… C’est juste que… Enfin…

Il soupira et finit par baisser les yeux, tristement, l’air coupable. Il l’aurait bien serrée dans ses bras, mais avec la révélation de leur lien de parenté, il était étrangement bloqué.
©️ plumyts 2016



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