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Family diner - Ambrosine & John

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John Wicker

Âge : 33
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MessageSujet: Family diner - Ambrosine & John Mer 26 Sep - 18:22


L'invitation avait été envoyé à Ambrosine dans les plus brefs délais, pour un diner le jour suivant, dans le foyer des Wicker. La perspective de cet évènement avait détourné John de ses autres préoccupations pour la journée, obsédé malgré lui par l'envie que tout soit parfait pour la recevoir.
Même Rosaline l'avait observée en silence, légèrement étonné par ce comportement qui lui ressemblait en partie, par son côté psychorigide, mais qui s'étendait là à un domaine qui n'entrait pas dans son domaine d'expertise.

    - Les desserts sont-ils arrivés ? Demanda-t-il à sa jeune soeur, en apparaissant dans la salle à manger, impeccablement vêtu d'un costume presque trop élégant pour la circonstance. Encore une fois, la blonde fronça les sourcils, secouée par cette attitude, qui la prenait de cours, elle qui était officiellement l'organisatrice de la famille. Le livreur devait passer à 18h, déclara-t-il, en jetant un coup d'oeil à l'horloge Alder qui trônait dans un coin de la pièce, une des plus chères de son magasin.
    - John... Je pense sincèrement qu'avec tous les plats que tu comptes lui faire avaler avant, elle n'aura plus de place pour goûter la douzaine d'éclairs au chocolat français que tu as commandé... Soupira-t-elle, en haussant les épaules. Elle percevait une certaine vulnérabilité dans l'insistance de son frère, qu'elle n'identifiait que trop bien, pour l'avoir lue sous d'autres descriptifs, dans ses romans. Tu as l'intention de la faire tellement grossir qu'elle ne pourra plus passer la porte pour rentrer chez elle ? Ajouta-t-elle, en s'esclaffant à cette image, pour le détendre un peu.
    - Je veux juste qu'elle se sente bien, et trouve quelque chose à son goût, répliqua le jeune homme, sans relever la plaisanterie, trop concentré sur la liste de ses taches et leur exécution avant l'arrivée de sa fiancée. Elle habitera bientôt ici, si tout se passe bien, ajouta-t-il, avec plus de détermination qu'il n'en fallait pour parler de mariage.


Rosaline resta un instant silencieuse, dépassée par tous ces changements, qu'elle avait pourtant attendus depuis longtemps. Le stress de son ainé commençait à la gagner : si elle gâchait tout, d'une quelconque manière, John lui en voudrait profondément, et une occasion comme celle-ci ne se présenterait probablement plus jamais... Une bonne partie de la réussite de ce diner reposait aussi sur ses épaules.

    - Elle en a de la chance... Soupira la demoiselle. Moi aussi je veux quelqu'un qui m'attend pour m'embrasser...
    - Quoi ? Sursauta John, dont l'attention se porta subitement sur la blonde, qui attendait sa réaction avec une expression moqueuse : cette fois-ci, elle l'avait vraiment eu ! Qu'est-ce... Nous en rediscuterons plus tard... OU PAS, en fait, ajouta-t-il en accueillant d'un geste une vieille femme grisonnante mais visiblement encore agile.


En effet, John n'avait pas le temps de répondre, que July, leur employée de maison la plus fidèle, se présentait pour les interrompre, annonçant que Mademoiselle Bellamy venait de passer la porte d'entrée, et patientait en bas des escaliers de marbre que quelqu'un vienne l'accueillir.
Le brun s'exécuta immédiatement, se précipitant à la rencontre de sa promise, tandis que les paroles de Rosaline résonnaient dans son esprit. Devait-il l'embrasser ? Il n'avait aucune idée des règles de bienséance, une fois que l'accord de mariage avait été établis. Il n'était pas assez grand encore au moment où son père avait été jeté à la rue, pour qu'on lui enseigne ce genre de choses, et il n'avait aucun ami à qui il aurait pu demander conseil sur la façon de se tenir face à sa fiancée. Il était tout aussi démuni face à la demoiselle qu'il l'avait été, tant d'années plus tôt, devant la soudaine pauvreté.

    - Ambrosine, soyez la bienvenue, annonça-t-il, tout en arrivant à sa hauteur, avec une allure plus calme, pour ne pas montrer l'angoisse qui l'habitait. Vous êtes magnifique, déclara-t-il ensuite, sans vraiment réfléchir à ce compliment, qui s'imposait tout naturellement, même à lui qui en était autrement avare, à la vue qu'elle offrait. Plongeant ses yeux dans celle de la rousse, il ne put s'empêcher, une fois encore, de s'approcher autant que possible de ce visage si joliment levé vers lui. Décidant de faire confiance à sa soeur, et parce que cette option était celle qui lui plaisait le plus, il mêla son souffle à celui de la Bellamy, lui ceinturant sans force la taille, juste pour l'attirer suffisamment contre lui, et, s'assurant qu'elle ne semblait pas vouloir le fuir, il l'embrassa, prenant quelques secondes, cette fois-ci, pour vraiment apprécier la douceur de sa bouche, réclamant plus d'intensité dans ces retrouvailles, dont l'idée l'avait tant bouleversé à l'avance. C'était sa façon, incontestablement maladroite sans doute, de lui montrer qu'il scellait lui aussi sa part, et qu'il essayerait de la rendre heureuse de toutes les façon qu'apparemment, d'après Rosaline, une femme voulait être traitée. Ma soeur se meurt d'impatience de faire votre rencontre, conclut-il, en se séparant d'elle, reprenant une distance à laquelle il était plus habitué dans ses relations en général.


N'oubliant pas les bonnes manières néanmoins, il lui tendit la main pour l'aider à grimper les escaliers, intentant de gros efforts de concentration pour ne pas se laisser distraire à l'idée de ce baiser, qu'il avait apprécié sans doute plus que de raison. D'un caractère peu démonstratif, il passait à affectionné malgré lui, et cette transition lui faisait presque tourner la tête... Il se secoua mentalement, bien décidé à regagner le contrôle de ses émotions, et à se montrer impassible pour la convaincre en bon homme d'affaires, avec des arguments plus percutants qu'un salut trop chaleureux, et non en... Ce qu'il était en train de devenir.



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Ambrosine L. Bellamy

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MessageSujet: Re: Family diner - Ambrosine & John Sam 24 Nov - 23:54



Family diner

John & Ambrosine



- N’est-elle pas superbe ? M’interrogea-t-on bien plus pour la forme que pour une approbation quelconque de ma part tandis que je fixais ma dernière acquisition.

Une fois n’est pas coutume, Mère s’était empressée de passer commande pour une nouvelle robe dès la réception de l’invitation à dîner chez mon fiancé. J’avais beau lui répéter sans cesse que d’une part, mon armoire était déjà assez pleine de toutes ses tentatives avortées de charmer mes prétendants, et que de l’autre, nous étions déjà engagés officiellement ; elle ne voulait pas céder sur ce point, allant même jusqu’à payer un tarif plus élevé auprès de Madame Adler afin d’obtenir rapidement ses services sur ce véritable chef d’œuvre. Si contrairement à ma génitrice, j’étais consciente qu’une telle parure n’était que pure caprice, j’étais forcée de lui donner raison : le travail de la couturière était excellent, comme d’ordinaire, ce à quoi j’étais sensible, comme toute jeune femme appréciant la beauté des choses communes. Cela étant, j’avais moi-même fourni des efforts pour paraître présentable, et avais pris l’initiative de commander l’un des derniers chapeaux de ma créatrice favorite, inspiré de ces couvre-chefs qui connaissaient un succès fou à Paris. Assorti à la robe, il était certain que je n’aurais pas à rougir de mes habits : les couleurs se mariaient harmonieusement entre elles et épousaient avec perfection la pâleur de mon teint blanchi par la poudre que Mère avait tapoté contre mon visage ce matin même.

Alors qu’elle m’enjoignait à poursuivre moi même son rituel de beauté, elle déblatéra quelques consignes à la dame de chambre concernant ma parure et vint s’asseoir près de moi afin de superviser son travail, ainsi que le mien. « Un peu plus de rouge », me réprimandait-elle, « ajoute donc du noir sur tes yeux, on ne les voit pas assez ». Je pensais avoir eu l’occasion de cerner suffisamment les goûts simples de mon futur mari pour comprendre qu’il n’apprécierait point tant de frivolités, aussi appliquais-je mon maquillage à la demande de Mère uniquement pour la rassurer – j’avais prévu depuis quelques heures d’en estomper l’effet dès qu’elle aurait le dos tourné, en espérant ne point me tromper sur les préférences de John. Si j’avais confiance en l’expérience de mes aînées, Père était bien différent de mon fiancé, et Dieu sait que je refusais d’apparaître comme une coquette auprès de ce dernier – pas alors que j’avais tout fait pour gagner son respect lors de nos précédentes rencontres.

Quelques retouches supplémentaires et Mère décréta enfin que j’étais prête à me mettre en route. Lorsque je descendis les marches de l’escalier extérieur, la voiture familiale m’attendait déjà, le cocher maintenant la porte ouverte pour moi de façon à m’aider à pénétrer à l’intérieur du véhicule avec plus d’aisance. Je jetais un coup d’œil rapide derrière moi afin de vérifier que les yeux de Mère ne m’épiaient pas avant de soulever légèrement mes jupons pour gagner ma place. Habitué à mes extravagances, le cocher ne rougit pas plus que d’ordinaire, et alla même jusqu’à esquisser un sourire amusé pendant que je le remerciais de ses attentions.

Durant le court trajet qui séparait mon domaine de celui de John, je me demandais à quoi pouvait bien ressembler son lieu de vie. Le fait qu’il puisse me déplaire m’effleura l’esprit quelques instants, mais j’eus tôt fait de l’effacer : il m’avait paru comme un homme de goût, et quand bien même cela n’aurait pas été le cas, sa sœur cadette lui aurait prêté main forte dans la décoration de la propriété, comme toute jeune femme éduquée. Je ne pourrais que m’y plaire, me répétai-je comme pour m’en convaincre, tandis qu’une nervosité nouvelle me gagnait au fil du temps. Silencieusement, je priais le fiacre d’aller plus vite encore : si j’appréhendais cette visite, j’avais conscience que mes inquiétudes s’évanouiraient au moment même où je passerai la porte.

Lorsque le moment tant attendu vint, je demandais quelques secondes supplémentaires avant de m’annoncer de façon à arranger mon chapeau qui n’avait pourtant pas quitté sa place et de défroisser ma robe qui tombait déjà parfaitement sur le sol. Lorsque je me rendis compte que je n’avais jamais fourni autant d’effort pour plaire à un homme, je secouais la tête, exaspérée par mes manières, et invitait les employés à prévenir l’hôte de ma venue.
Je m’étais attendue à ce qu’il m’accueille en respectant toutes les convenances qui s’imposaient face à une future épouse, mais le baiser qu’il m’offrit me prit de court autant qu’il me ravit. Si le romantisme n’avait jamais été énoncé parmi les critères autour desquels s’était formée notre relation, prétendre que je n’en appréciais pas les fruits n’aurait été que mensonge éhonté.
Je préférais néanmoins me convaincre que le rouge que je savais pour sur m’être monté aux joues n’était du qu’à un excès de maquillage que je n’avais pu retirer.

- Je suis ravie de vous revoir, John, et de me voir offrir l’opportunité de faire connaissance avec votre sœur, que je me fais une joie de rencontrer.

Je n’avais pris la peine de masquer mon enthousiasme à cette idée, sachant le jeune homme très attaché au dernier membre de sa famille. A dire vrai, ce n’était ni hypocrisie ni exagération : je me réjouissait à l’idée de passer quelques temps en compagnie de la jeune femme, que John m’avait décrite comme intelligente et cultivée. Je ne doutais pas un seul instant de notre bonne entente, que je m’efforcerais d’instaurer et maintenir, par choix aussi bien que par égard pour mon fiancé.

 

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John Wicker

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MessageSujet: Re: Family diner - Ambrosine & John Lun 26 Nov - 7:06



Si John avait été plutôt tendre dans son baiser, il l'était moins dans la façon autoritaire dont il tenait la main de la jeune femme, pour lui faire visiter la maison : c'était dans sa nature après tout, qu'il ne lui avait jamais réellement caché. Le Wicker avait été trop rabaissé, et il avait eu besoin de cette force, de cet esprit de domination, pour retrouver la position d'où la faiblesse de son père les avait déchus.
John, tout paré de ses atours les plus beaux et fins, n'avait pourtant que peu en commun avec les membres de son rang. Sa démarche le prouvait, au moins autant que son regard, à l'affut, celui d'un prédateur, toujours alerte, et plein de violence contenue. Pour être tout à fait honnête, il en ressentait pour la jeune femme, dont la présence l'apaisait autant qu'elle avait le don d'éveiller une tension particulière en lui, qu'il savait ne pas pouvoir satisfaire dans l'immédiat, ou jamais.

    - Elle sera bientôt votre soeur, à vous aussi, approuva-t-il d'une voix particulièrement douce, qu'il ne semblait utiliser que lorsqu'il parlait de sa cadette, qui apparaissait déjà en haut des marches, incapable de retenir son excitation. La voilà d'ailleurs... Ambrosine, je te présente Rosaline. Et réciproquement.
    - Je suis tellement heureuse ! S'exclama la concernée, en se jetant dans les bras de la demoiselle, risquant de la faire tomber. Inquiet, John glissa son bras dans le dos de sa promise, la protégeant fermement d'une chute devant tant d'enthousiasme, grondant sa jeune soeur d'un regard. Oh c'est une Adler, n'est-ce pas ? Elle est tellement belle !


John fronça les sourcils, complètement déconnecté des discussions de chiffons. En tant qu'homme, il avait reconnu immédiatement la grâce avec laquelle la demoiselle portait son habit, qui soulignait parfaitement sa propre beauté. Il était attaché aux apparences, et pour cause, mais pas au point de s'intéresser à la qualité des tissus qui recouvraient sa femme : cependant, si c'était ce qui la rendait heureuse, il commanderait pour elle les plus précieux voilages - il se souvenait, à présent, que Rosaline avait réclamé plusieurs fois de se rendre dans cette boutique, pour remplir ses placards de tenues qu'elle ne porterait qu'une fois, sans doute. John n'avait jamais su résister à ses caprices, quand il ne touchaient pas son état de célibataire.

    - Quelles sont vos passions Ambrosine ? L'interrogea Rosaline, en lui prenant le bras que John ne tenait pas, pour l'attirer plus vers elle, et vers la salle à manger, où la table était dressée. Vous avez du remarquer que John n'est pas particulièrement loquace, et j'ai du mal à lui soutirer la moindre information vous concernant... Je le connais juste assez pour voir que vous occupez ses pensées, plus souvent qu'il ne l'avouerait... Ajouta-t-elle plus bas, pas suffisamment néanmoins pour que son frère ne l'entende pas.
    - Rosaline ! La réprimanda-t-elle, ce qu'elle prit avec un sourire amusé, taquin. Pourrais-tu vérifier que tous les plats sont prêts, pendant que je fais visiter à notre invitée ?


Il congédia ainsi la pétillante adolescente, qui disparut avec un clin d'oeil, satisfaite de son effet. Le rouge était monté légèrement aux joues du Wicker, mais il n'en fit pas plus d'affaire, incapable d'avoir honte de la conduite de celle qui occupait, pour l'instant, la place la plus importante dans sa vie.

    - Rosaline adore décorer notre maison à son goût, expliqua-t-il, son regard guidant celui d'Ambrosine sur les tableaux, modernes, qui ornaient les murs. Mais vous aurez votre mot à dire, bien entendu... Nous déménagerons même, si cela vous plait de fonder votre propre foyer, à votre idée.


John n'était pas attaché aux lieux, et laissait le soin aux femmes d'entretenir son habitat : c'était une des caractéristiques qui lui restait encore de l'éducation machiste de l'époque, en quelque sorte. En vérité, il voyait que cela rendait sa soeur joyeuse de prendre cette charge, et n'aurait pas eu le coeur de l'en prévenir, estimant qu'il n'avait lui même pas les compétences nécessaires, ni le temps, pour organiser un intérieur.
Il lui présenta le corridor, et se dirigea vers un salon qui servait de bibliothèque, et qu'il avait le sentiment qu'elle aimerait. Ouvrant la porte, il l'observa avec intensité, pour lire l'expression de cette découverte, sur son visage. Passé la surprise, John se rapprocha d'elle, l'obligeant à mettre le dos au mur, pour ne pas avoir à se retrouver vraiment contre lui.

    - Ma soeur n'a pas tord, Ambrosine, vous m'obsédez d'une façon à laquelle je ne m'attendais pas, déclara-t-il, en posant une main sur sa hanche. Je ne tiens pas à vous brusquer de mon impatience, mais je me surprends à souhaiter que ce mariage nous unisse au plus vite, pour que je puisse profiter de votre présence au quotidien, et vous découvrir chaque jour...
    - Mr WICKER ! Hurla soudain une voix grave.
    - John ! Répéta celle de Rosaline, qui semblait effrayée.
    - Ne bougez pas, ordonna-t-il à la rousse, sans réfléchir véritablement, soucieux de la protéger d'une menace quelconque, ou de la révélation de son secret peut-être, ne sachant de quoi il était question.


Abandonnant son étreinte, le brun coupa brusquement court à cette conversation pour retrouver un attitude plus sombre et sérieuse. D'un pas assuré, il se dirigea de nouveau vers les escaliers. D'en haut, il se pencha sur la rambarde, pour observer les personnages qui se pressaient dans l'entrée de son luxueux domicile : deux hommes l'attendaient là, soutenant un troisième, dont le sang tachait déjà le marbre du sol.



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Ambrosine L. Bellamy

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MessageSujet: Re: Family diner - Ambrosine & John Lun 17 Déc - 22:39



Family diner

John & Ambrosine



C’est avec une satisfaction qu’il aurait été vain de dissimuler que je laissais John me guider à travers la maison qui serait la mienne, si tant est que le partenariat dont nous avions convenu se révélait concluant. La main qui se posait sur la mienne ne me paraissait plus si étrangère à l’instar de son yeux scrutateurs qui, plongé dans les miens, semblaient vouloir lire en moi. Si nous nous étions trouvé dans un roman policier, il aurait été l’officier et moi l’accusée. Si nous avions vécu dans l’un de mes romans, l’intensité de son regard aurait dissimulé quelque lourd secret. Je ne savais pour quel scénario mon cœur souhaitait prendre parti.  Pour autant que je sache, l’idée de nos fiançailles avait l’avantage de nous être agréable à tous deux, à la manière du baiser que nous venions de partager. Cela avait le mérite d’éloigner les doutes que j’entretenais concernant mon futur, à défaut de les effacer de mon esprit anxieux. Pourtant chaque jour, je me demandais à qui j’avais délibérément offert ma main car après tout, je devais avouer en savoir beaucoup plus sur la vie de ma couturière que sur le passé de mon propre fiancé, c’était dire.

Le ton doux de mon futur mari me ramena à la réalité. La poigne qu’il maintenait était toujours aussi ferme, comme s’il avait peur que je ne m’enfuie de chez lui en courant ; mais sa voix était aimable et chaleureuse, à tel point que je me sentie touchée que notre mariage fut le sujet de notre discussion. A ses mots, je comprenais que son implication dans le rôle d’époux n’était pas feinte, et j’espérais un instant qu’il en soit encore ainsi une fois nos vœux prononcés.

- J’en serais bien honorée, lui répondis-je sincèrement. La jeune femme qu’il m’avait décrite avait tout pour plaire, autant à la gente masculine qu’aux dames de l’aristocratie que je lui permettrai de rejoindre grâce à l’union scellée avec son aîné ; et ma curiosité au sujet de la jeune femme allait de paire avec celle que j’entretenais pour mon fiancé. Incarnerait-elle véritablement la sœur dont j’avais toujours rêvé ?

Je compris que cela pourrait être le cas à la première embrassade. Lorsque la jeune femme se ruait pour me prendre dans ses bras, je lui rendis volontiers la politesse sans faire fit des formalités d’usage. Son enthousiasme était un plaisir pour les yeux et j’espérais qu’elle retrouverait en moi la même ferveur à l’idée de la rencontrer enfin.

- Le plaisir est partagé, votre frère m’a beaucoup parlé de vous, et je suis heureuse de constater que ses louanges se trouvent avérées.

Bien qu’au moment présent, le regard de John se faisait réprobateur envers celle qui s’était jetée sur moi, je ne m’étais jamais sentie aussi à l’aise auprès des jeunes femmes de mon rang, et je l’en aurais bien remerciée si tant est qu’elle m’en ait laissé le temps.

- Vos yeux ne vous trompent pas, c’est bien l’œuvre de Madame Adler, confirmai-je en hochant la tête, et défroissant les plis imaginaires qui auraient pu s’y trouver, par réflexe. Appréciez-vous autant que moi son travail ? Si tel est le cas, peut-être pourrions-nous nous rendre ensemble dans sa boutique une fois prochaine. Je ne dirais pas non à la présence d’une autre femme pour m’aider à choisir mes tissus et broderies.

A ma proposition, j’ajoutais sur le ton de l’humour, en me tournant vers son frère:

- Je doute que John se passionne pour la soie et la dentelle autrement que sur sa fiancée. Me trompe-je ?

La question était bien entendu rhétorique : si j’avais remarqué que John prenait grand soin de se vêtir avec goût, je l’imaginais difficilement s’extasier sur parures et étoffes comme je le faisais aux côtés de Madame Adler et Madame Moulin. De fait, mon interrogation fut rapidement balayée par les questions de celle que j’aimais considérer comme ma nouvelle amie, qui malgré les commentaires de John, tentait d’en apprendre plus à mon sujet. Ses manières m’amusaient autant qu’elles me plaisaient, pour m’avoir également été reprochées à plusieurs reprises par ma famille – mon époux allait rapidement se rendre compte que ses inquiétudes quant au comportement de Rosaline étaient infondées. A défaut de me repousser, elle parvenait à me convaincre que la promesse que j’avais faite à son frère avait été une bonne décision, et que je pourrais sans doute m’épanouir au sein de ce foyer.

- Je suis une grande lectrice, commençai-je à lister en oblitérant volontairement ma passion pour l’écriture, qui me semblait un aveux bien trop dangereux pour cette fin de journée qui s’annonçait délicieuse. Je me passionne également pour les arts et la musique…

L’interruption de John fut bien appréciée alors que je m’interrogeais sur ce que j’aurais pu offrir de plus à la jeune fille, malgré les bonnes intentions dont elle faisait preuve. Si ma profession était restée secrète, mon enthousiasme pour la politique actuelle et les faits divers n’étaient pas non plus choses à dire en présence de son mari. Lorsqu’il la renvoya en cuisine avec pour ordre de superviser l’organisation du dîner, j’en aurais presque soupiré de soulagement – John, au moins, se montrait bien moins indiscret, d’autant plus suite au commentaire amusé de sa sœur sur les sentiments qu’il entretiendrait possiblement à mon égard. J’accueillais la plaisanterie avec joie sans tenter de dissimuler le rouge qui me montait aux joues cette fois-ci, en constatant que mon fiancé s’en trouvait presque aussi embarrassé que moi. Pour autant, cela ne suffit pas à perturber notre visite qui reprit son cours dans une atmosphère charmante.

- Je ne trouverais pas le cœur à critiquer l’œuvre de votre sœur, le rassurais-je. Qui plus est, les goûts de Rosaline sont remarquables.

Lorsque je m’étais imaginée vivre avec le mari que mes parents m’auraient choisi, j’avais visualisé manoirs macabres et gentilhommières à la manière des romans gothiques. Jamais je n’aurais songé à une demeure conviviale comme celle-ci. La cerise sur le gâteau fut la dernière pièce que John me fit découvrir. Au regard qu’il me lanca, je devinais qu’il l’avait laissée pour la fin pour une bonne raison. Celle-ci n’était autre que la somptuosité du lieu, constatais-je en entrant dans un salon dont les murs étaient masqués par des bibliothèques débordant d’ouvrages diverses et variés. Mon étonnement fit place à un ravissement sans nom alors que je n’avais aucun mal à visualiser les après-midi que je pourrais y passer à lire en compagnie de mon mari et de ma nouvelle sœur.

- John...je n’aurais pu être plus comblée ! Lui confiais-je, en essayant d’exprimer ma joie à travers des mots.

Sans sa main sur ma hanche et son corps aussi proche du mien, sans doute me serais-je empressée d’observer plus en détails les livres contenus dans ces si nombreuses étagères, mais mon corps se fit plus insistant que ma force d’âme et plia sans mal ma volonté alors que mes joues s’enflammaient et que mes membres semblaient refuser de m’obéir. Je ne pouvais ni me mouvoir ni prononcer un seul mot tandis que je l’écoutais me confier ses sentiments et ses attentes ; non pas parce qu’elles me faisaient honte ou m’effrayaient, mais parce que je me surpris à les partager. Puis soudain, sans même avoir prémédité quelque geste que ce soit, je sentis mon corps se rapprocher de John sans que le jeune homme n’y soit pour rien. Ses mains se trouvaient toujours autour de ma taille, son regard, plongé dans le mien ; mais la distance entre nous avait été réduite à tel point qu’il m’aurait sûrement suffi de lever la tête à hauteur de la sienne pour que nos lèvres ne se rejoignent de nouveau.

Sans doute était-ce ce qu’il se serait produit si un hurlement n’avait pas interrompu ce moment étrange qui avait eut lieu entre nous le temps de quelques secondes. Mon agacement ne dura pas plus longtemps lorsque je me rendis compte de la gravité de la situation, quand Rosaline renchérit d’une voix qui n’avait rien de rassurante. Comme je m’y étais attendu, John avait été plus rapide que moi à réagir.

- Comment voulez-vous que … commençais-je avant que mon fiancé ne s’avance à la rencontre du danger qui s’était présenté. Je ne doutais pas un seul instant qu’il parvienne à éliminer la potentielle menace qui venait de pénétrer dans la demeure familiale, cependant c’était bien mal me connaître que de me demander de rester impassible face à un tel cas de figure. Je n’hésitais que quelques secondes avant de m’élancer à sa suite, en cherchant la pauvre Rosaline du regard, soucieuse de son état. Cependant, un coup d’œil à l’étage inférieur me fit comprendre que ce n’était pas pour la jeune femme qu’il fallait s’inquiéter, et que la seule menace qui planait concernait la vie du nouvel arrivant.

- Oh mon dieu, m’exclamai-je en remarquant la tache ensanglantée qui venait décorer le marbre de l’entrée. D’instinct, je me tournais vers John alors que les couleurs quittaient mon visage.

- Nous devons lui porter secours.

Je n’avais cure de savoir qui était cet homme, ni ce qui lui était arrivé si cela était inutile à son diagnostic. Il était hors de question que je le laisse mourir sur le sol de ma future maison.
 

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MessageSujet: Re: Family diner - Ambrosine & John Dim 13 Jan - 16:30



Se débarrasser de Rosaline n'était en général pas chose aisé, car la demoiselle aimait à discuter des heures, et John ne la privait pas normalement de ce genre de distractions, bien heureux qu'elle puisse trouver des interlocuteurs pour l'occuper. Cette fois-ci cependant, il s'agissait de son invitée, et s'il la voulait à l'aise absolument, il tenait aussi à s'accorder quelques instants seul avec elle, avant de commencer un repas qui n'en finirait surement pas en bavardages de femmes.
A une époque où les hommes appréciaient encore de se retirer dans leurs propres salons pour fumer un cigare, le Wicker avait conservé cette tendance à l'isolation des thèmes futiles, préférant l'abri d'un coin sombre à une table trop rieuse et colorée, qui l'incluait rarement. Il se montrait néanmoins tout à fait poli en société, et d'une rhétorique parfaitement adaptée à ne pas froisser ses voisins de chaise, sauf s'il en avait la volontaire intention.

Il fut satisfait de voir que la maison plaisait à Ambrosine en tout cas, et qu'il serait donc dans ses désirs de rester, ce qui lui éviterait les inconvénients d'un déménagement auquel il aurait pourtant consenti. Bien entendu, il avait gardé le meilleur pour la fin, comme pour achever de la convaincre... Et elle semblait plutôt conquise, délaissant la vue des livres qu'elle chérissait pourtant tant pour se laisser aller contre lui. S'ils avaient déjà été mariés... Il ne faisait aucun doute que John aurait usé de son autorité pour combler plus encore la jeune femme, en fermant la porte derrière eux.
Mais l'heure n'était pas à ce genre de plaisir, et l'envie de la posséder devrait attendre que leur union soit scellée en bonne et due forme - il s'y pliait pour les enfants qui pourraient venir à naitre d'une étreinte hors du mariage, et qui aurait eu, comme lui, un obstacle à surmonter avant même leur venue, aux yeux de la société. Pour rien au monde il n'aurait souhaité ce genre de désagrément, et salir sa promise d'une telle réputation, les accusations ne tardant jamais dans ce genre d'affaires, que la communauté de Londres adorait compter.
Malgré lui, ses mains se faisaient néanmoins plus pressante sur le corps de la jeune Bellamy lorsqu'un cri mit définitivement fin à cet élan.

Intimant à la demoiselle de ne pas bouger, John se précipita à la rencontre du problème... L'angoisse lui serra les entrailles, non à la perspective d'affronter une énième crime dans son business, mais de devoir gérer celle-ci le soir où il essayait de se montrer à sa future femme sur son futur jour - il semblait que malgré ses précautions, il allait devoir lui montrer son visage de la nuit. Il en avait toujours eu l'intention en vérité, mais pas si tôt, et pas dans des conditions qui l'obligerait à divulguer les choses sous un si mauvais angle.
Car en effet, c'était bien un homme blessé qui s'épanchait de son sang sur le marbre de l'entrée, et cela ne présageait rien de bon pour la soirée à venir... Ce genre de provocations ne devaient pas trainer, et il devrait régler le problème, assez rapidement pour que personne ne doute de son pouvoir.
Il n'avait pas besoin qu'on lui explique ce qui s'était passé : il savait.

    - C'est le Gros Bill et sa bande, quand on est arrivé... Commença l'un de ceux qui tenait l'estropié, avant de se taire devant le regard noir de son supérieur, qui lui faisait ainsi signe de ne pas prononcé un mot de plus. Il s'est pris plusieurs coups de couteaux dans la panse, trois ou quatre j'dirais, on a pas vraiment pris le temps...
    - Amenez-le dans la chambre verte, ordonna John, en interrompant ce dialogue inutile.


Croisant les yeux bleus de sa soeur, parfait reflet des siens, il hocha la tête. Rosaline savait exactement comment réagir dans ce genre de situation, et s'empressa d'obéir aux attentes de son frère. Enfin, le Wicker se tourna vers Ambrosine, son expression toujours sombre, et réprobatrice. Ainsi investi de la force que lui conférait son rôle, John semblait plus grand, plus dangereux... Il eut du mal à reprendre une certaine contenance, et sourire à sa fiancée avec douceur.

    - Ambrosine, pour votre propre sécurité, il va falloir que... Commença-t-il, avant de s'interrompre, en réalisant qu'il ne parviendrait jamais à lui ordonner une conduite, sans lui donner une véritable justifications de ses décisions à son égard. Nous allons nous occuper de lui, ne vous en faites pas.


A vrai dire, ce n'était pas la première fois, et surement pas la dernière, que de l'hémoglobine était versée sur le sol de cet appartement, aux apparences si classes. Plusieurs fois même, cela avait été le sang de John qu'il avait fallu laver, et il portait encore quelques cicatrices peu anciennes, que sa soeur avait pansé avec patience et compréhension. Ambrosine saurait-elle prendre le relai, s'il le fallait ? John la questionna du regard, craignait que d'en dire plus, dans l'immédiat, ne la fasse définitivement fuir.

    - Je comprendrais que vous vouliez rentrer chez vos parents, et je peux vous trouver un fiacre, si c'est ce que vous désirez, proposa-t-il, par politesse, parce qu'il ne tenait pas à l'embarquer malgré elle dans des ennuis qu'elle ne recherchait pas. Quoi qu'il en soit, je vous demanderai de garder le secret sur ce que vous avez vu ce soir... Promettez-moi.


Il se rapprocha de la rousse, sa démarche plus prédatrice encore qu'elle ne l'avait jamais vu. John n'était plus tout à fait le même, ou peut-etre le voyait-elle vraiment, pour la première fois, comme il se montrait lorsqu'il dirigeait le monde des combats illégaux, d'une main ferme, avec un ascendant naturel qui imposait le respect.

    - J'ai besoin de votre parole Ambrosine, maintenant, insista-t-il, désormais assez proche pour que leurs souffles se mêlent à nouveau. Si vous restez, sachez que vous serez ma femme en vous réveillant au matin, car je ne pourrais vous laisser repartir sans cet engagement...



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MessageSujet: Re: Family diner - Ambrosine & John

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Family diner - Ambrosine & John

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