Welcome to the jungle - Jonathan Harrington



 

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Lucy E. Wood
Lucy E. Wood

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MessageSujet: Welcome to the jungle - Jonathan Harrington Welcome to the jungle - Jonathan Harrington Icon_minitimeLun 4 Fév - 12:10



Welcome to the jungle

« Ruelles de Whitechapel »

Hiver 1893

Les yeux rivés sur la pauvre chaise de bois, qui, avec sa mauvaise paillasse, composaient le maigre mobilier de sa chambre, Lucy hésitait. Sur le dossier trônait une loque lamentable, pitoyable de laideur et qui, à elle seule, semblait résumer la misère de vie de sa propriétaire. La jeune rousse à qui appartenait ce châle de laine verdâtre, dont les franges pouilleuses pendaient tristement tout autour du siège, semblait en proie à un cruel dilemme. Elle était déjà vêtue et passablement coiffée, prête à sortir. Abîmée par l'existence et par une longue et extrême pauvreté, Lucy parvenait encore à être jolie et propre, par cet instinct de survie propre au femmes de misère qui se nourrissent uniquement grâce à leur charme. Aussi, malgré l'âpreté de son quotidien, la fatigue et l'usure du travail infâme qui lui fournissait son pain noir, la prostituée s'imposait un lavage quotidien à l'eau froide, par tous les temps, tâchait régulièrement de lisser ses boucles à la tendance rebelle, et s'ôtait du pain de la bouche pour acheter un mauvais morceau de savon noir. Sa robe était simple et en bon état ; les notions en couture de la jeune femme étaient suffisantes pour lui permettre d'effectuer elle-même les menues restaurations des outrages que le temps et l'usage infligeaient au vêtement. Si la coupe se démodait toutefois, Lucy n'y pouvait rien, et ses clients ne semblaient guère se soucier ni même être au fait des dernières fanfreluches à la mode dans les salons féminins. La fille de joie se montrait également impuissante en ce qui concernait ce châle, qu'elle gardait comme une relique, seul vestige de l'existence de sa mère, mais dont le délabrement commençait à inspirer de la répugnance. Elle avait quelques temps fait la fière, paradant dans les rues de Whitechapel en pleine nuit, sans rien d'autre sur le dos que sa robe de cotonnade légère, bravant le froid avec une inconscience stupide, préférant garder les maigres sous durement gagnés à du pain noir et à du fromage rance.

Cet entêtement idiot lui avait valu une grosse frayeur, quand une toux sèche l'avait surpris à l'aube, après une nuit de cavalcade, décolletée dans la neige, trempée et glacée jusqu'aux os. L'endurante Lucy qui travaillait par tous les temps, malgré le jeûne, les coups et le manque de sommeil, s'était alitée trois jour d'affilée, exténuée par une toux terrible qui la clouait chez elle, l'empêchant même de se mettre debout. Et celle qui avait eu si peur de mourir égorgée par cet abominable tueur de prostituée avait bien cru qu'elle allait trépasser sur cette paillasse humide, seule comme un chien, n'ayant comme seule compagnie que sa vieille voisine, une couturière réduite à la misère par son quasi-aveuglement et qui, d'ordinaire, tâchait d'éviter Lucy le plus possible, ne dissimulant pas son aversion pour le genre de créature qu'elle était. Mais, bonne femme au fond, alertée par cette toux rauque, glas d'outre-tombe et promesse de cercueil, elle avait fait aumône à la jeune malade de bouillon très clair et d'un peu de lait. La vieille, s'enquérant de son état et craignant la fin, avait même parlé d'envoyer un pasteur, ce que la fille de joie, dans l'état de faiblesse dans lequel elle était, avait trouvé la force de refuser avec vigueur.

Rétablie après une grosse frayeur, trois nuit de revenus de perdues et quelques semaines de difficile rétablissement, Lucy frissonna en s'imaginant Jonathan sur le seuil de sa porte, alerté par une pauvresse d'un autre âge et presque aveugle qu'il lui fallait administrer les derniers sacrements à une créature pitoyable se mourant dans sa tanière crasseuse. Elle ne se représentait que trop bien sa large stature qui aurait bouché l'encadrure de la porte, la lueur de son col blanc sur l'austérité de son vêtement, l'inséparable Bible dans le creux de sa main, ses cheveux blonds impeccablement lissés en arrière et sa mine grave. La fille de joie préférait mille fois mourir seule et oubliée, que sous l'intenable regard d'azur qui aurait pâli de tristesse en voyant le sort lamentable, mais inéluctable, qui attendait sa protégée. Et, sa nature solide sous sa fragilité apparente l'ayant finalement remise debout sans dégâts, l'orgueil de Lucy aurait-il pu se remettre du piteux spectacle qu'elle aurait offert au pasteur ? Neuf heures sonnèrent à l'église de Whitechapel. Il lui fallait prendre une décision, et, résignée, après un gros soupir, elle jeta la loque de laine mangée aux mites sur ses épaules, en se promettant de sortir demain à la lumière du jour en acheter un autre, et sortit.

Il faisait déjà nuit noire. La longueur de l'obscurité était un des rares avantages de l'hiver, augmentant la durée de labeur des prostituées, et donc des possibilités de gagner un peu plus d'argent. Mais il fallait justement ne pas trop tarder après le crépuscule, les ouvriers frileux se hâtant de rentrer chez eux, et les alpaguer à une sortie de taverne ou de cabaret. Aux plus récalcitrants, Lucy proposait de les faire monter chez elle, solution de repli qui ne lui plaisait guère mais dont elle était contrainte de s'accommoder par ces temps de givre qui ne donnait pas l'envie de se dévêtir, même aux plus valeureux. Lucy déambulait, en prenant bien soin de cacher sa gorge sous la laine mangée aux mites, consciente que la marche qu'elle s'imposait lui donnait la sensation d'une chaleur mensongère. Elle connaissait les quelques bars du quartier, dont les pancartes délabrées étaient éclairées par la lueur faible et grésillarde d'une lampe à huile, et s'en approchait discrètement, se méfiant toujours des patrouilles de police à qui il pouvait prendre l'envie de vérifier qu'aucune rixe ne se déroulait dans ces lieux où la boisson coulait à flots. La pêche n’était guère bonne. Il faisait trop froid. Pourtant Lucy entendait distinctement les échos d’une ivrognerie joyeuse derrière ces murs sombres, des cris de joie et des accolades bourrues, qui laissaient deviner la présence de nombreux hommes enclins à se laisser aller à la débauche, après s’être vautrés dans la bière et le whisky.

La fille de joie jugeait stupide de s’enfoncer dans le labyrinthe brumeux et glacial qu’étaient les ruelles de Whitechapel à cette heure-ci, quand les seuls clients qu’elle pourrait glaner se trouvaient ici. Aussi, se faisant discrète, elle se décida à faire le pied de grue à la sortie de cette taverne miteuse, dont la porte de fortune finirait bien par s’ouvrir sur un client potentiel. Il ne plaisait guère à Lucy de se vendre aux ivrognes. Le déplaisir était en réalité un doux euphémisme. Son corps un peu trop maigre pour certains s’était encore affiné à cause de sa maladie, aussi ne se sentait-elle pas assez solide pour surmonter la rudesse des coups d’humeur d’un homme soûl. Mais les aléas de cette période de l’année étaient si nombreux qu’il lui fallait pourtant serrer les dents et accepter ce qu’elle s’offrait le luxe de décliner en des temps plus cléments. Il lui restait simplement à espérer que l’ambiance chaleureuse qui semblait régner au cœur de l’établissement ne se mue pas en agressivité face à la prostituée de misère qu’elle était.

Tout semblait s’être déroulé comme Lucy l’avait prédit, à un détail près. La porte s’ouvrit à une telle volée qu’elle eut un sursaut, réprimant un cri de surprise, tâchant de se fondre instinctivement dans l’ombre. L’homme ne semblait pas agressif, seulement maladroit, rendu titubant par une ivresse évidente. Il avait perdu l’équilibre en se propulsant trop fort contre la porte, et s’était retrouvé les genoux sur le pavé, amortissant sa chute avec la paume de ses mains, dont une s’était écorché sur l’asphalte glaciale et saignait quelque peu. Pourtant, il ne semblait pas souffrir, paraissant seulement hébété de se retrouver agenouillé par terre, comme s’il n’avait pas même réalisé qu’il était tombé. D’un coup d’œil, Lucy eut la conviction qu’il n’appartenait pas à sa catégorie de clients habituels. Le costume de flanelle grise, certes débraillé et largement ouvert au niveau du col, semblait de très bonne qualité, fabriqué dans ces manufactures qui ne comptent pas les ouvriers et petits commerçants parmi leurs clients. De toute évidence l’homme, jeune, n’habitait pas Whitechapel. Il était sûrement de ces couches sociales aisées, de ces bourgeois ou même de petite noblesse. A la lueur de l’enseigne, Lucy jeta un coup d’œil aux mains de l’individu maladroit, et ses convictions furent validées ; elles étaient fines et blanches, et semblaient même manucurées. Elle n’avait donc pas à faire à un ouvrier. Les cheveux, qui lui tombaient à présent dans les yeux, semblaient avoir été lissés grâce à ces onguents et pommades abominablement chers et qui exhalaient de douces odeurs de lavande, de tilleul ou de verveine. L’homme se releva péniblement mais sans douleur apparente, dans la léthargie de l’ivresse qui annihile les douleurs pour un temps, et il regarda Lucy, qui réprima une grimace. Malgré toute sa bonne volonté, sa méfiance envers les ivrognes était tenace, même si celui-là ne semblait guère en état de lui faire grand mal. Quant à son statut social, il n’était guère un gage d’élégance ou de savoir-vivre. Même, Lucy, avec son pessimisme et sa lucidité habituelle, doutait fort qu’il accepte ses services. Un homme qui portait un habit de flanelle pouvait s’offrir des filles plus grasses et mieux mises, dans un lit chaud du bordel de Miss Bolton. Mais il l’avait vu et elle ne pouvait rester plantée éternellement d’un air stupide devant lui, sans même tenter quoi que ce soit. Dans ses coutumes instinctives et habituelles de racoleuse, elle laissé glisser le châle immonde ses épaules, dévoilant la blancheur de sa peau, qui restait son atout principal. Elle ne pouvait rien contre sa maigreur dûe au jeûne forcé ou à l’absence d’une chambre douillette spécialement dédiée à ses services. Mais si l’homme aimait les rousses un peu fluettes, elle n’avait rien à envier à la plupart des filles de Miss Bolton, ayant même décliné à plusieurs reprises la proposition d’en faire partie. D’un air anodin, comme pour évaluer l’humeur et le comportement de l’homme par une amorce de conversation banale, Lucy s’enquérit d’un air qui se voulait anxieux :

- Tout va bien Monsieur ? Vous vous êtes fait mal ?

Elle tenta même un petit sourire bienveillant à l’adresse du client potentiel, sans même être certaine que, s’il acceptait ses services, il serait en état de les honorer. En tout cas, Lucy ne perdait rien à essayer.


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Jonathan Harrington
Jonathan Harrington

Âge : 29
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Informations : Co-rédacteur en chef au Daily Telegraph, il s'est forgé un nom dans le journalisme en mettant la main sur des scoops lors de ses escapades nocturnes ⊹ Sa femme, Cecily, est morte en couche il y a six ans. Le bébé n'a pas survécu ⊹ Noble désabusé, il préfère passer ses soirées au bordel de Miss Bolton plutôt que d'assister à une soirée mondaine ⊹ Jonathan a honte de son corps depuis une chute sur une clôture lorsqu'il était enfant. Son torse est marqué à vie par l'incident ⊹ Héritera bientôt du titre et de la fortune de son père malade, et il n'en a pas franchement envie. Mais il devra assumer, sans doute... ⊹ Aime les promenades de nuit, qui l'inspirent beaucoup pour le journal ou ses idées de romans policiers. Féru de livres à énigmes ⊹ Dangereux quand il boit, et il boit beaucoup ⊹ Demi-frère d'Indianna Peters, même s'il l'ignore encore : son père lui apprendra, sur son lit de mort, qu'elle est la fille de la servante ⊹ Il s'entend très mal avec son petit frère, Edward, qui est son exact opposé ⊹ Sa fortune et son âge font de lui un parti très convoité au sein de l'aristocratie. Il n'a pas vraiment envie de se remarier, mais il sait que cet événement arrivera un jour ou l'autre.
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MessageSujet: Re: Welcome to the jungle - Jonathan Harrington Welcome to the jungle - Jonathan Harrington Icon_minitimeLun 11 Fév - 19:20



Welcome to the jungle

« Ruelles de Whitechapel »

Hiver 1893

Ce n’était pas une bonne journée pour Jonathan Harrington. À vrai dire, il avait arrêté de compter les jours depuis la dernière fois qu’il s’était couché apaisé. L’année 1893 venait seulement de débuter et le temps n’était pas clément à Londres ; aucun quartier n’échappait à la vague de froid hivernal qui venait frapper le sud du pays, pas même Westminster où Jonathan passait de plus en plus de temps à mettre de l’ordre dans les affaires de son père. À la demande de sa mère, il avait dernièrement engagé de nouveaux domestiques, « du sang neuf », disait-elle. La longue maladie qui touchait le Comte et patriarche depuis de longs mois ne faisait qu’empirer : mais le vieil homme s’accrochait tout de même à ce qui lui restait de vivant et tout le monde autour de lui était sur le qui-vive. Chaque matin, sa femme, ses fils, ses frères, sœurs et neveux se levaient avec la même idée en tête : est-il mort cette nuit ? Est-ce que tout est enfin terminé ?

L’indécision qui planait au-dessus des Harrington avait plongé Jonathan dans un état de torpeur qu’il ne pouvait oublier que chez Miss Bolton. Il s’était traîné toute la semaine, de chez lui à son bureau, de son bureau à la demeure familiale et de la demeure familiale à des dîners auxquels il se « devait » d’assister, apparemment. Tout le monde savait qu’il ne fallait rien attendre de cet homme qui se déplaçait comme si le poids de son propre corps était devenu trop lourd à porter. Les gens qu’il fréquentait – peu importe leurs milieux – savaient que cet état n’était pas qu’occasionnel ; pourtant, cette semaine s’était révélée bien plus compliquée que les précédentes, et plus rien ne pouvait cacher les cernes qui s’étaient incrustées sous les yeux bleus du journaliste. Son air maladif aurait pu rivaliser avec celui de son père, sans doute. Jonathan avait pourtant conscience du ridicule de la situation : lui, jeune, célibataire, riche et bientôt Comte se comportait comme s’il subissait à lui seul toute la misère du monde. Il savait qu’il était pathétique. Mais ce qui aggravait son cas, c’était le fait qu’il ne cherchait pas à guérir de ses vieilles blessures. C’était plus facile pour lui de ne pas penser aux conséquences de ses actes, d’achever tant bien que mal ses journées de travail pour se réfugier, en fin de journée ou en fin de semaine, entre filles de joies et alcool coulant à flot.

Mais même là, chez Miss Bolton, dans une petite pièce adjacente du grand salon où il pouvait boire pour oublier sans se soucier de son nom et ce qu’il représente, il n’arrivait pas à se sortir certaines choses de la tête. Non, ce n’est pas une bonne semaine, se dit-il, et il commença à jurer à haute voix, ce qui effraya quelques personnes se trouvant dans la pièce et le condamna à rester seul auprès de Camille, qui s’était assise près de lui depuis – depuis quand, déjà ? – et qui ne fit aucun geste quand Jonathan se leva et renversa la bouteille posée sur la petite table devant lui. Le bruit du verre fracassant le sol semblait faire bien plus de bruit dans sa tête qu’il n’en faisait réellement. Il respirait bruyamment et décida de se concentrer sur des choses concrètes.

Le tissu rouge des rideaux de la pièce. Les bruits provenant d’une chambre voisine. La lumière tamisée du lustre au-dessus de lui.

Il croisa les poings et s’assît de nouveau. Sûrement avait-il trop bu ces dernières années, et l’alcool n’avait même plus la capacité de lui faire oublier les choses avec lesquelles il n’arrivait plus à vivre. Dépité, il ferma les yeux. Il ne sentait l’ivresse que dans son corps.

Les premiers boutons de sa chemise défaits, sa peau rougie, le tintement dans sa tête. L’odeur du whisky.

Sa femme lui manquait encore plus que ce que ses actes laissaient croire. Il agissait comme une machine depuis sa mort, s’accrochant tant bien que mal aux choses qui le liaient encore avec le monde des vivants. Mais même si cela faisait longtemps qu’il ne s’était pas senti aussi mal, le vide à l’intérieur de lui était bien réel, et même s’il continuait de se rendre dans les quartiers les moins fréquentables de Londres, il savait que l’alcool ne pouvait l’aider à combler ce vide. Alors pourquoi se mettre en colère ? Il se ré-engonça dans le canapé et posa la main sur son front, cachant ainsi ses yeux. À chaque fois qu’il atteignait un niveau pareil d’inconscience, il se promettait de redevenir un homme le lendemain. Ça n’aurait donc servi à rien de se promettre de nouveau une telle chose ce soir-là : Jonathan ne tient pas ses promesses, encore moins celles qu’il prononce pour lui-même. La langue pâteuse et la voix rouillée, il commença à parler à la prostituée qui partageait le même canapé.

- Je dois trouver quelque chose à faire, dit-il comme pour lui-même.

Camille, qui avait été la première fille de joie qu’avait étreint Jonathan, six ans auparavant, sembla se redresser et se pinça la lèvre. Il ne l’avait pourtant prise qu’une seule fois, et depuis, elle restait près de lui à chaque fois que le jeune homme passait le pas de la porte. Elle devait être celle qui le connaissait le mieux sur Terre, pourtant, Jonathan ne connaissait de Camille que son prénom. Habituée à entendre ses confessions les plus intimes, la prostituée trentenaire s’étonna de la proposition de son client non-conventionnel.

- Et bien, il restait quatre chambres de libre, tout à l’heure, je peux peut-être aller voir si c’est encore le cas, Monsieur.

- Je ne parlais pas de ça, Camille, répondit Jonathan, une once d’agacement dans la voix. Je dois acquérir un nouvel… objectif. Occuper mon temps, avoir une conviction. Oui, oui, une conviction. Je ne pourrais pas passer ma vie vautré… ici, répond-il.

- Pardonnez mon erreur, Monsieur. Vous souhaitez m’en parler ?

Jonathan considéra Camille un instant. C’était une femme intelligente, indéniablement. Cependant, les pensées du journaliste se télescopaient à toute vitesse dans son esprit, et rien n’était clair : mais le besoin de changer quelque chose était bel et bien là, depuis quelques instants, dans son esprit. Il ne pouvait perdre ce nouveau souffle qui était venu s’insuffler en lui. Il était ivre, et s’il ne prêtait pas attention à cette pensée étrange, il allait l’oublier à jamais. Il se leva d’un bond et tituba sur quelques pas. S’accrochant d’abord au mur sombre pour trouver son équilibre, il chercha ensuite sa bourse dans la poche intérieure de son manteau, trop luxueux pour les lieux. Il prit une pièce et la posa devant Camille, sans prendre le temps d’évaluer sa valeur, remercia la prostituée, et prit le chemin de la sortie.
Jonathan marchait maladroitement dans le couloir qui l’emmena de nouveau au grand salon du bordel. Il avait toujours trouvé cet endroit étrange – peut-être était-ce un bordel comme un autre, mais Jonathan n’en fréquentait qu’un seul. L’endroit était humide et triste, sans vie ; mais il semblait qu’on avait essayé, tant bien que mal, de cacher cet aspect lugubre sous des tapis colorés et raffinés imitant ceux des plus beaux Salons de Westminster, des rideaux fins aux couleurs chaudes et des tables propres (du moins en début de soirée) pour permettre aux clients de s’installer confortablement. L’accès aux salles plus intimes, comme celle où se trouvait Jonathan quelques minutes plus tôt, constituait un investissement que beaucoup des clients de Miss Bolton ne pouvaient se permettre. Pour Jonathan, il ne s’agissait que d’une petite dépense. Il aurait peut-être eu quelques scrupules de dépenser ainsi la fortune familiale, mais tout ce qu’il obtenait au bordel était acheté avec l’argent qu’il gagnait au Daily Telegraph. Ses journées achetaient ses nuits : c’est pourquoi il essayait de s’investir un maximum dans la rédaction du quotidien. Il savait qu’au couché du soleil, il en serait récompensé.

La nuit était déjà bien entamée, et l’heure n’était plus aux petites représentations des filles de joie pour appâter le client. Les hommes présents dans la pièce semblaient bien trop occuper pour prêter attention au journaliste. Il contrastait pourtant avec le décor et ses occupants, et il état déjà arrivé que l’un d’eux, trop ivre, s’en prenne à Jonathan en le menaçant – assez ridiculement – de lui voler son argent. Mais la patronne du bordel le savait : Jonathan était un client bien trop important pour le laisser se faire attaquer par un autre. Son agresseur se fit jeter dehors et on ne le revit plus chez Miss Bolton. Jonathan n’avait pas vraiment peur de se faire agresser - il passait déjà de trop nombreuses soirées à airer des les recoins les plus sombres de la ville pour avoir peur d’un pauvre alcoolique sans condition -, pourtant, il préférait ne pas se faire trop remarquer.

Arrivé à l’entrée de la maison close, il bascula de tout son poids sur la porte, encore perdu dans ses pensées, cherchant à clarifier les idées qu’il avait en tête. Trop occupé pour se rendre compte de ce qu’il venait de se passer, il vécut un vague instant de flottement, comme si les images qui défilaient sous ses yeux ne faisaient pas sens dans son cerveau.
Il faisait très froid dehors. Il venait de tomber sur le parvis de la bâtisse. Il ne savait pas ce qu’il faisait ici. Fronçant les sourcils, il regarda ses mains, légèrement écorchées par sa chute. Il saignait, mais le froid était plus douloureux que la plaie. Comment s’était-il retrouvé sur l’asphalte ? Il se rappelait avoir pris la direction de la sortie du bordel, mais c’était déjà il y a une éternité. Le jeune homme sentait une présence près de lui, et leva les yeux au moment où il se releva péniblement de sa chute. Une jeune femme très maigre avait assisté à la scène. Une jeune femme ? La rouquine, qui portait un simple châle sur les épaules, avait l’air si fragile que Jonathan se dit qu’elle aurait pu se casser en deux si c’était elle qui était tombée. Ne l’avait-il pas blessé en ouvrant la porte, d’ailleurs ? Il examina la fille avec lenteur, sûrement à cause du choc provoqué par sa chute – et de l’alcool, d’ailleurs.
Elle n’avait pas l’air blessée mais malade. Sa peau semblait naturellement pâle, comme toutes les filles aux cheveux roux, mais les lumières du bordel et de la nuit rendaient ses traits translucides, lui donnant une allure surnaturelle, presque fantomatique. Elle était jolie, Jonathan ne pouvait le nier. Et pauvre. Sa robe était pourtant propre et plutôt soignée, aussi étonnant que cela puisse paraître. Mais une ombre aussi fine se promenant dans Whitechapel avec, en guise de vêtement chaud, un simple châle sur les épaules et par un froid pareil, ne pouvait être qu’une fille de joie vivant à son compte.
Visiblement, la sortie fracassante de Jonathan n’avait pas fait peur à la demoiselle, qui ne recula pas devant la hauteur du corps du jeune homme. Leurs tenues trahissaient leurs classes sociales : ils étaient les exactes opposés. D’une voix quelque peu anxieuse, la rouquine demanda :

- Tout va bien monsieur ? Vous vous êtes fait mal ?

Jonathan fixa quelques instants son interlocutrice tant la situation lui paraissait irréelle. Il essaya de se re-concentrer sur ses mots, mais il les avait déjà oubliés. L’ombre d’un sourire – bienveillant, pas aguicheur – semblait se dessiner sur les lèvres de la jeune femme, qui paraissait encore plus petite et frêle quand il fit un pas vers elle.

- N’avez-vous pas froid ? Pourquoi êtes-vous dehors par un temps pareil ?

Sa voix se voulait calme et assez forte, comme pour masquer le pathétisme de son propre état. Il approcha un peu plus la jeune femme, puis, se rendant compte d’à quel point sa question précédente était stupide, il s’empressa de reprendre la parole :

- Enfin… Je sais pourquoi vous êtes là. Mais pourquoi ne… ne travaillez-vous pas avec les autres… femmes, à l’intérieur ? Vous allez mourir de froid avant le petit matin si vous ne trouvez pas un endroit pour vous abriter, ou quelque chose pour vous couvrir.

Jonathan ne savait pas vraiment pourquoi il discutait avec la fille de joie, mais sa situation le mettait terriblement mal à l’aise. Il était sur le point d’aller chercher son cochet, qui attendait toujours à l’extérieur de Whitechapel pour ne pas attirer l’attention des plus pauvres en quête de charité ou des voleurs attirés par l’attelage luxueux. Et cette femme, que ferait-elle en attendant ? Lui s’endormirait sûrement sur le chemin et, une fois chez lui, se glisserait dans des draps chauds près d’un bon feu de cheminé. Mais cette femme, elle, avait-elle seulement un endroit pour dormir ? Oui, sûrement, pensa Jonathan : elle était propre et assez élégante pour une personne démunie.
Mais le jeune homme était tiraillé. Un instant, il considéra même l’idée d’accepter ses services pour lui donner de quoi s’acheter un nouveau châle, plus chaud, moins miteux. Mais il ne savait pas si c’était très correct… ni s’il pouvait être capable d’honorer qui que ce soit, en considérant dans lequel il se trouvait ce soir là.

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MessageSujet: Re: Welcome to the jungle - Jonathan Harrington Welcome to the jungle - Jonathan Harrington Icon_minitimeVen 15 Fév - 13:21



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« Ruelles de Whitechapel »

Hiver 1893

L’homme fixait Lucy d’un regard étrange, sans le dégoût ni le dédain qui accompagnent d’ordinaire l’œil des bourgeois confrontés à la misère. Il avait simplement l’air abasourdi, l’esprit rendu lent par son ivresse, et paraissait s’être trouvé nez à nez avec un fantôme. A dire vrai, la jeune rousse devait dresser un portrait assez fidèle de l’idée que se faisait l’imagerie populaire d’un spectre. La maladie avait laissé les vestiges de ses outrages, creusant un peu plus le corps déjà maigre, auréolant de cernes violacées les yeux bleus de Lucy, qu’elle avait jolis pourtant. Son teint de rousse était devenu crayeux, rendu livide par l’absence de nourriture, de repos et de chaleur indispensables à une bonne guérison et tout ce piteux visage, surmonté de son imposante crinière, ce corps d’une fragilité extrême pourtant debout sous le froid mordant, tout cela devait lui donner un air surréaliste. Aussi la prostituée laissa-t-elle à l’homme saoûl le temps de s’habituer à son étrange présence, ainsi qu’à la morsure de l’air glacé ; le contraste avec l’atmosphère du bordel que Lucy s’imaginait étouffante et enfumée avait dû être saisissant. Aussi, tout cela combiné à la chute violente qu’il venait de subir, l’homme, sonné, semblait ne reprendre ses esprits qu’avec peine. Il n’avait regardé les paumes de ses mains que d’un air distrait, presque indifférent à la chair égratignée dont le froid vif devait aiguiser la douleur.

Le jeune homme fit un pas mal assuré vers la prostituée qui ne bougea pas, le laissant la dévisager à sa guise, tandis qu’elle-même ne se privait pas de lorgner de plus près l’aspect de son client potentiel, tâchant, de par de petits détails physiques et vestimentaires, d’en découvrir un peu plus sur sa classe sociale et sa personne en général. Mais le premier coup d’œil lui en avait plus appris que cette petite inspection en détails ; outre le fait qu’il était jeune, Lucy put voir, aux cernes qui ne venaient sans doute pas d’un labeur physique, qu’il paraissait tourmenté, ce qui était aisé à deviner rien qu’au regard de la situation ; qu’un jeune bourgeois plutôt bien fait de sa personne se retrouve à errer ivre mort dans les bordels et les taudis qu’étaient les rues de Whitechapel en pleine nuit prouvait bien, si besoin était, du niveau de détresse dans lequel il se trouvait. Malgré sa propre misère, la fille de joie, empathique au fond, malgré les allures glaciales qu’elle se donnait, éprouva un élan de pitié ; on pouvait donc se payer des costumes à des centaines de shillings et être profondément malheureux au point d’avoir envie de saoûler avec des catins de bas étage dans le pire quartier de Londres ? On pouvait donc être insatisfait en possédant ce que la majorité des gens ne pourront qu’envier avec une admiration religieuse ? Sans vraiment parvenir à se l’expliquer, Lucy trouvait cela très triste, et elle aurait voulu trouver une parole gentille, gratuite, qui n’aurait pas vexé l’homme, socialement bien supérieur à elle. Mais elle n’eut pas à se donner cette peine ; car, hébété par son état et la situation qui semblait presque comique, de par son absurdité, il ne prit même pas la peine de répondre à la question de la frêle prostituée. Il ouvrit la bouche tout d’un coup, pour lui demander si elle n’avait pas froid, et pourquoi elle s’amusait à déambuler dehors par un temps pareil.

Sérieusement ? Il était clair que ce jeune bourgeois n’était pas un habitué de cet infâme quartier. Elle réprima un léger rire sardonique, ainsi qu’un haussement d’épaules, ayant vite compris que l’homme ne se moquait pas d’elle. D’ailleurs, il semblait s’être assez vite rendu compte de son erreur car c’est assez vivement qu’il reprit la parole, et de manière plus décousue que sa tirade précédente, qu’il avait mis plus de soin à déclamer, comme s’il tâchait de ne pas laisser paraître sa flagrante ébriété ; il s’étonnait simplement qu’une fille de son état ait la bêtise de risquer la mort au cœur de l’hiver londonien, quand une place devant l’âtre de la cheminée de Miss Bolton l’aurait sagement attendu. Pour cela non plus, Lucy ne pouvait lui en vouloir ; qui, à part les jeunes femmes défavorisées, étaient au courant des pièges tortueux dans lesquels les maquerelles enfermaient leurs filles ? Lucy en avait bel et bien entendu parler, et il s’agissait de pratiques répandues et coutumières de tous les bordels.

On appâtait d’abord les filles de joie par la promesse d’un bon lit chaud, de draps propres et de trois repas par jour. A cela, dans les débuts, et dans le but d’étourdir sa proie, s’ajoutaient une jolie robe aux teintes colorées, brodées aux manches et à l’ourlet, accompagnées de menus colifichets, des fichus, des pièces de dentelles pour le corsage, des bas de soie. Les victimes apprenaient bien vite qu’elles devenaient débitrices de par ces luxueuses babioles d’apparât qu’il leur faudrait rembourser pour recouvrer leur liberté, tout en sachant pertinemment qu’une vie entière de labeur n’y suffirait pas. Alors les brimades commençaient, l’esclavage, le travail acharné, la violence des propriétaires. Et Lucy, effrayée plus que tout au monde par l’idée de la perte de sa liberté, avait tenu bon jusque-là l’atrocité de l’hiver anglais, les crimes monstrueux de Jack L’Eventreur et la faim terrible pour ne pas finir prisonnière des insinueux filets qu’étaient les maisons de passe.

Mais comment expliquer cela à un homme, riche, et ivre de surcroît ? Malgré son air de préoccupation concernant l’état de la prostituée, il l’aurait sans doute, elle et son misérable sort, complètement oublié demain, émergeant de ses draps blancs et remis de sa péripétie de la veille par une bonne nuit de sommeil et un petit déjeuner solide. Inutile donc de s’étendre en explications que son interlocuteur ne comprendrait pas, et qui l’indifféraient sans doute ; Lucy se contenta donc de lui répondre, d’un ton poli mais désabusé :

- Ces maisons ne sont que des prisons dorées pour les filles comme nous, Monsieur…Et nous ne sommes que des esclaves…Plutôt mourir de froid.

Lucy s’éloignait du sujet, et, contrairement à ses habitudes, parlait trop, ce qui n’était guère prudent. Ceci dit, les chances d’avoir des problèmes futurs avec ce bourgeois ivre mort et qui semblait complètement déboussolé restaient infimes. Mais la prostituée perdait ces temps-ci de sa superbe, et le piédestal sur lequel reposaient les rares principes qu’elles s’imposaient commençait dangereusement à s’effriter. La maladie n’était qu’une excuse à ce changement radical de comportement qui coïncidait avec l’importance que prenait Jonathan dans sa vie, et qui, de par sa simple bonté, ébranlait toutes les convictions de solitude et de misanthropie que Lucy s’infligeait par sécurité. Car d’ordinaire la fille de joie n’aurait pas affiché cette empathie pour un client et n’aurait pas amorcé la conversation sur quelque chose d’aussi éloigné de la prestation qu’elle tâchait de vendre. D’autant plus que celui-ci, aussi égaré et ivre qu’il était, serait sans doute sa seule chance de la nuit d’obtenir de quoi déjeuner le lendemain. Il était donc sage de se concentrer sur cette infime chance, personnifiée par cet homme à la présence totalement incongrue dans le secteur de Lucy, même s’il y’avait fort à parier qu’il ne serait nullement intéressé par des services qu’il pouvait ou avait dû trouver de meilleure qualité au sein de la maison de laquelle il sortait. Ramenant ses pensées à son compagnon de rue alcoolisé, la prostituée leva les yeux, et jugea utile de le remercier pour l’amabilité, sincère ou non, qu’il avait eu de se préoccuper de sa santé, alors que lui-même avait les paumes sanguinolentes et la tête qui devait tourner affreusement. D’un ton d’une politesse presque obséquieuse, qu’elle réservait à tous ses clients, même les ouvriers, Lucy ajouta :

- Vous êtes bien bon de vous préoccuper de mon sort, Monsieur, mais je suis plus solide que j’en ai l’air…

Une moue de profonde concentration s’étira sur les traits du visage de l’homme, ravagés par l’ivresse. Lucy avait déjà remarqué l’effort extrême que semblait provoquer la petite réflexion chez les hommes saoûls. Sans doute une idée essayait-elle à grand peine de faire son cheminement dans son cerveau embrumé, mais, soit elle ne parvenait pas à aboutir, soit il était difficile à l’homme de se décider. Se demandait-il si Lucy valait les quelques shillings qu’elle réclamait et l’affront du froid glacial pour une simple passe à la va-vite ? Ou bien cherchait-il un moyen de s’extirper de cette situation bourbeuse dans laquelle il s’était empêtré ? Car, même si la prostituée se savait excessivement pessimiste, n’importe quelle personne lucide aurait jugé très probable qu’un homme titubant d’ivresse, blessé et sortant tout droit d’un bordel, ait la moindre envie de s’encanailler d’une catin malade et presque morte de froid. Les rejets humiliants faisaient pourtant partie intégrante du travail de la jeune rousse, et glissaient sur elle sans lui infliger rien d’autre qu’un léger désappointement concernant le repas ou le morceau de savon que ce revers venait de lui refuser.

L’unique personne au monde étant capable de la blesser rien qu’en ouvrant la bouche n’étant pas là ce soir, et s’opposant à y penser car la nécessité absolue l’appelait au plus vieux métier du monde –voilà quasiment deux jours que Lucy jeûnait-, elle se décida à rebondir sur les paroles de l’homme, et de jouer franc jeu, le jugeant trop alcoolisé pour s’adonner aux subtilités :

- Mais j’imagine que, étant donné d’où vous sortez, vous ne serez pas intéressé par mes services.

D’un geste de la tête, Lucy indiqua l’écriteau de bois, éclairé d’une lampe à huile, qui indiquait en lettres tracées à la peinture dorée, patinée par le temps « Maison de Miss Bolton ». La jeune rousse était passée des centaines de fois devant ce panneau, sans jamais pouvoir le décrypter. Mais, grâce aux leçons de lecture que lui prodiguait le pasteur de Whitechapel, elle en avait articulé péniblement chaque syllabe au cœur d’une nuit plus douce, quelques semaines auparavant. Ce balbutiement maladroit lui avait causé une grande fierté, et la pensée que Jonathan en était la cause lui avait réchauffé le cœur. Son image revenait violemment dans son esprit, tandis que le froid, invasif, semblait pénétrer dans tous ses os. Se secouant la tête, elle concentra son esprit sur le jeune bourgeois qui lui faisait face, ramenant son châle sur ses épaules d’un geste instinctif. Il était clair que quelques minutes encore les épaules nues l’amèneraient vite à la tombe qu’elle avait par miracle évité il y’a si peu de temps. Et puis, nul n’ignorait que la mode distillée par la bourgeoisie victorienne était aux filles grasses. En bonne santé, Lucy ne partait déjà pas gagnante, mais, au sortir d’une maladie, ses épaules et sa gorge devaient susciter plus de pathétisme et de dégoût que d’envie et de stupre. La fille de joie patientait donc, réprimant les sursauts de froid que lui infligeaient la station immobile, et attendit sagement qu’une décision tranchée fasse irruption dans son cerveau embué par l’alcool.

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