Compagne de fortune [Ambro]



 
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Jeanne M. Moulin
Jeanne M. Moulin

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MessageSujet: Compagne de fortune [Ambro] Compagne de fortune [Ambro] Icon_minitimeMar 4 Sep - 14:55



Compagne de fortune

« La City, boutique de Jeanne »

Printemps 1892

Absorbée par l’ornement d’une large capeline d’un rose délicat, Jeanne, toute entière à son œuvre, suçotait distraitement les dragées d’un sac en papier disposé à portée de sa main. Le chapeau, aux bords larges et évasés, était destiné à une riche cliente, dont l’extravagance coquette laissait libre cours aux folies artistiques de la talentueuse française. La chapelière pouvait s’oublier là des heures, au fond de son arrière-boutique, laissant une vendeuse trôner au comptoir luisant de propreté et de dorure. La boutique de Jeanne était à son image ; voyante et sophistiquée. Et ce luxe tapageur n’était pas une dépense inutile pour la commerçante habile qu’elle était ; elle flattait là le cœur de sa clientèle, noblesse et haute bourgeoisie, qui retrouvait dans sa boutique le faste coutumier de leurs boudoirs et de leurs petits salons. Jeanne, prévoyante, anticipait la multitude de petits besoins de cette caste délicate. Souvent la plus jeune des apprenties trouvait, dans une armoire prévue à cet effet, de quoi préparer du thé, et quelques biscuits et autres gourmandises destinées à offrir une collation légère à ces dames ayant daigné consacrer du temps au travail de la chapelière.

Mais, bien que Jeanne soit très à l’aise dans son rôle de commerçante flatteuse et volubile, un besoin irrépressible, toujours, la ramenait à son atelier. Cet élan du cœur, cette passion authentique, finissait toujours par la pousser au fond de son antre, elle et son amour du travail, loin de l’hypocrisie opportuniste du commerce. Elle délaissait alors son comptoir au profit d’une vendeuse de confiance, superbe de gratitude et de fierté à la place stratégique de la spacieuse boutique. Elle n’offrait pas cet avantage à toutes ses filles, si bien qu’il était devenu prisé. Certaines pouvaient se plaindre de la sévérité de Jeanne, mais aucune n’avait à redire sur son implacable justice. Les préférées étaient les meilleures travailleuses, les acharnées de l’ouvrage, les tenaces et les patientes. Il y’avait du tragique dans cette justice implacable, qu’elle imposait à ses ouvrières avec un naturel remarquable, et le manque de raison total qu’elle infligeait à sa véritable enfant, illogisme dont, malgré tous ses efforts, elle ne parvenait pas à se défaire.

Madeleine était montée dans sa chambre, son roman sous le bras. L’oisiveté de la jeune fille, en plein cœur de la boutique que Jeanne voulait grouillante de vie, l’exaspérait. Aussi, devant cette apparition éthérée, aux épaules saillant sous la soie lilas tendre, à la gorge diaphane, la grosse française, irritée, lui avait recommandé de monter, si elle ne se décidait pas à bouger le petit doigt. Et Madeleine, qui ne dérangeait personne sur son tabouret, le livre sur ses genoux, s’était levée sans faire d’histoires, habituée aux excès d’humeur de sa mère à son égard. Jeanne était déconcentrée par cette ombre fantomatique, immobile, pâle et maigre, qui ne faisait jamais un bruit. Comment une femme aussi charnelle, aussi terrestre qu’elle, avait-elle pu mettre au monde un esprit aussi fantasque et romantique ? Leurs deux uniques points communs étaient la coquetterie et la foi. Mais ils ne suffisaient pas à emplir ce vide affectif qui se creusait toujours plus entre les deux femmes, d’autant que ces traits de caractère se différenciaient en fonction de leur personnalité ; Jeanne affichait une coquetterie sophistiquée et presque racoleuse de matrone qui cherche à plaire, et montrait une piété ostentatoire, quand Madeleine enfouissait sa paresse voluptueuse dans des soies caressantes, des velours chauds et des taffetas délicats, tout en priant avec une ferveur discrète tous les dimanches, en compagnie de sa mère.

Jeanne, sans cette présence qui l’irritait, se concentrait mieux. Et l’inspiration, insufflée par le vide de son atelier, revenait au grand galop, lui faisant plisser les yeux sur son ouvrage, malgré les lunettes que, malgré son extrême coquetterie, elle était désormais obligée de porter, au moins pour l’atelier. Les travaux de précision abîmaient les yeux très vite, et Jeanne, avec une rapidité affolante, voyait sa vue décliner. Cet outrage du temps était un coup dur pour cette solide normande à la santé robuste, car elle sentait l’énergie qu’il lui fallait désormais déployer et la fatigue qui découlait de quelques heures d’activité, qu’une nuit de sommeil suffisait à réparer à l’aube de ses vingt ans. Elle ne pouvait rien à cette vue déclinante, qui restait après tout une étape naturelle du vieillissement du corps, surtout lorsque les yeux étaient autant sollicités. Mais le tremblement de ses mains, conséquence désastreuse de son alcoolisme et de ses tentatives de sevrage ratées, était bien de son fait. Et la laideur de ce péché l’horrifiait, en voyant que, malgré la puissance de sa foi, elle finissait toujours par retomber dans ses affres, toujours avec plus de déchéance à chaque chute.

Aussi acceptait-elle ce handicap, qui dépréciait l’habileté de ses talentueuses mains, avec une soumission patiente de bonne chrétienne fautive qui accepte humblement le châtiment divin. Et si elle croyait le dissimuler habilement sous sa façade fière et tranquille de normande à santé de fer, Madeleine et ses filles la voyaient parfois s’essayer quatre ou cinq fois à enfiler un bout de fil dans le chas d’une aiguille, sans colère et résignée. Jeanne, intelligente, n’était pas sans savoir qu’un jour sonnerait le glas de la retraite, ou du moins de la fin des travaux manuels. Elle n’était pas inquiète pour ses vieux jours. Sa boutique avait connu une prospérité hors du commun, et la française, pratique et économe, en avait retiré des bénéfices si importants qu’elle aurait pu se reposer sur ses lauriers le reste de son existence. Mais une vie d’inactivité la glaçait d’horreur. Aussi préférait-elle ne pas y songer, ignorant superbement sa vue déclinante et ses mains tremblotantes, tâchant d’oublier le handicap omniprésent qu’elles lui imposaient, travaillant toujours autant mais s’échinant deux fois plus.

Elle oubliait tout face à ses créations, n’étant réellement heureuse que dans son art et dans la prière. Ces deux exutoires sauvaient cette femme brisée d’une mort certaine, et la tiraient d’une mélancolie qui n’était pas son naturel. Sa douleur prenait des formes plus physiques et plus violentes, comme l’alcoolisme, qui la noyait dans d’affreuses crises de colère et de chagrin dont seule Madeleine, courageuse et dévouée, s’occupait de l’en sortir. Le lendemain, Jeanne, ne se souvenant de rien, n’avait pas même la gratitude de se demander où sa fille si frêle avait trouvé la force de la transporter jusqu’à son lit. Il s’établissait des silences douloureux, des hontes inavouées, des amertumes refoulées, entre les deux femmes qu’un fossé séparait. Et les efforts de Jeanne, toujours dictés par son confesseur, ne duraient jamais très longtemps, pleine de mauvaise volonté envers cette fille que le moindre mouvement exaspérait.

La chapelière se déconcentrait. Une voix familière retentissait dans la boutique, une voix agréable, que son esprit, tout entier à sa tâche, ne reconnut pas dans l’immédiat. Levant le nez du chapeau rose tendre, ôtant ses affreuses lunettes d’un geste empressé, elle aperçut une chevelure de feu, que surmontait un magnifique chapeau couleur crème. Un sourire étira les lèvres de Jeanne. Il s’agissait de sa jeune cliente Ambrosine, la charmante noble francophile qui avait si bon goût. Coquette, avec un attrait tout particulier pour les chapeaux, fascinée par la France, elle avait tout pour séduire Jeanne, dont le port fier et altier était parfaitement adapté aux tenues compliquées qu’elle portait savamment. De plus, le statut privilégié de la jeune femme ne la rendait pas oisive, puisqu’elle s’investissait dans deux arts aussi ardus qu’exigeants qu’étaient l’écriture et la musique. Jeanne, ravie de la présence de la jeune femme, qui buvait ses paroles lorsqu’elle parlait longtemps et avec nostalgie de son pays natal, sortit de son atelier, bruyante et exubérante comme à son habitude :

- Ma chère amie, mais quel plaisir de vous voir ici !! Votre toilette est absolument magnifique !! Ne serait-ce pas de la dentelle de Chantilly ? Elle est merveilleuse !! Mais, à ce propos, je viens de recevoir plusieurs mètres de dentelle d’Alençon, une véritable merveille, désirez-vous que je vous la montre ?

La toilette était splendide, comme chaque fois qu’Ambrosine paraissait en public. Une robe de soie crème, assortie au chapeau, voyait la pâleur de sa teinte rehaussée d’une délicieuse dentelle de Chantilly noire, brodée sur le corsage, les manches et la taille de la jeune femme. La dentelle d’ébène, spécialité de la ville de Chantilly en France, valorisait la magnificence de la gorge et des poignets d’albâtre de la jeune noble. Cette cliente avait décidément un goût exquis. Mais, déjà, ravie et fière d’exhiber la dentelle issue de sa région d’origine, qui était désormais la dentelle réputée la plus fine et la plus chère, Jeanne disparut un instant au fond de son atelier, sans attendre l’approbation d’Ambrosine au préalable. Elle reparut à son comptoir, triomphale, orgueilleuse, portant avec délicatesse entre ses larges mains une pièce de dentelle d’une blancheur immaculée, à la finesse exquise, aux points brodés avec le génie acharné et patient des dentellières qui abimaient leur vue des heures durant pour chaque centimètre de cette merveille. La voix haute et affirmée, Jeanne s’exclama :

- Regardez-donc ma chère !! Avez-vous déjà vu une telle splendeur ? C’est une dentelle de ma région vous savez, Alençon est en Normandie. Elle est à présent réputée être la plus fine du monde. Mais touchez là, n’est-elle pas merveilleuse ?

Volubile, passionnée, Jeanne, au-delà même de l’envie de vendre, désirait vraiment convaincre sa jeune amie, l’impressionner, la voir s’extasier avec autant d’ardeur qu’elle-même sur la qualité d’un produit qui venait de sa chère région natale. Puis, la sachant aussi gourmande qu’elle, surtout de sucreries, la chapelière s’écria d’un coup, distraitement :

- Voulez-vous goûter ces dragées ma chère amie ? Ils sont délicieux, je les prends chez le confiseur du coin de la rue, qui fait aussi les meilleures pralines de Londres.

D’un geste, elle posa le sachet sur le comptoir, à portée de la jeune main blanche gantée de soie. Ce n’était pas avec sa fille, qui n’avalait rien, qu’elle pouvait partager ce genre de plaisir, et ce goût pour les friandises la rapprochait de cette jeune noble pour qui elle avait une tendresse particulière, en plus de l’obséquiosité qu’elle devait à son statut de cliente.

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Ambrosine L. Bellamy
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MessageSujet: Re: Compagne de fortune [Ambro] Compagne de fortune [Ambro] Icon_minitimeDim 25 Nov - 12:02



Compagne de fortune

Jeanne & Ambrosine





Lorsque l’on se promenait dans les rues de Londres, on ne pouvait confondre la boutique de Madame Moulin avec aucune autre tant elle se démarquait par ses extravagantes décorations qui avaient toujours eu le don de dessiner un sourire amusé sur mon visage lorsque j’en passais les portes. En cliente fidèle, il suffit de quelques secondes aux vendeuses pour me reconnaître et me rejoindre à l’entrée pour m’inviter cordialement à pénétrer à l’intérieur du magasin coloré. On n’eut besoin de me le répéter une fois de plus que déjà, je prenais mes aises en l’attente de la propriétaire que je savais pour sure enthousiaste à l’idée de m’accueillir elle-même. Il n’était pas rare que l’on échange ensemble des banalités, et moi-même appréciais-je énormément les histoires que la dame pouvait me raconter lorsqu’elle se montrait un peu trop bavarde au goût des clientes et de sa propre progéniture qui semblait préférer la compagnie de ses romans. Si je ne pouvais le lui reprocher je comprenais aisément la frustration de la mère qui ne trouvait pas en son enfant un public ouvert à ses historiettes. Mère et moi-même avions maintenu jusqu’ici des relations plutôt froides et distantes que l’idée d’un prochain mariage avaient assouplies,  et nous avions toutes deux amèrement regretté cette conséquence inévitable au comportement que je m’étais trouvé forcée d’adopter afin d’échapper aux liens accablants du mariage. Durant ces moments de doute, Jeanne s’était trouvée être une conseillère aux ressources insoupçonnées, et une confidente à l’écoute, ce que ma génitrice avait cessé d’être. Depuis, j’appréciais converser avec la quadragénaire sans doute autant qu’elle aimait être écoutée.

Ne l’apercevant point depuis l’atelier où je la savais pertinemment se trouver, j’attendais patiemment en refusant le thé et les biscuits que ses employées me proposèrent instinctivement – par réflexe ou injonction de leur patronne, je l’ignorais, ce qui ne m’empêchait pas de me montrer sensible à ces délicates attentions qui s’étaient transformées en un rituel quotidien. Si dans un autre contexte, j’aurais sans hésitation cédé à la tentation, j’avais pris l’habitude de partager des sucreries en compagnie de la propriétaire de l’établissement que je savais adorer les friandises autant que moi. Ma présence annoncée, mon amie ne tarda pas à me rejoindre, m’interpellant parmi les clientes qui déambulaient autour de ses créations  comme si nous n’étions que deux en ce lieu. J’ignorais si cela était commun en France, son pays natal, mais je m’étais habituée à son accueil démonstratif.

- Jeanne, vous me voyez ravie de vous revoir, lui répondis-je chaleureusement. Mais regardez-vous travailler avec autant d’acharnement. Ne vous reposez-vous donc jamais Madame ?

Sur ces mots je m’avançais à sa rencontre afin de la saluer dans les formes. Ajustant légèrement l’un de ses chapeaux de façon à le remettre à la place qui lui était dédiée, j’inclinais la tête en signe de respect bien plus que par convention, mon rang supérieur à celui de la vieille femme. Elle restait cependant mon aînée, et une femme que j’admirais pour sa créativité et son travail acharné, auprès de laquelle j’entendais bien respecter toutes les convenances qui se seraient appliquées face à une dame au titre similaire. Quant à son invitation alléchante, je l’acceptai sans y réfléchir à deux fois : il n’était pas rare qu’elle me propose de contempler à ses côtés fils et tissus, et si j’avais accepté en premier lieu uniquement dans le but de ne pas la froisser, j’avais appris à ses côtés à apprécier la délicatesse et la beauté des matériaux avec lesquels elle travaillait chaque jour.

- Que vous êtes fine observatrice ! N’est-elle pas superbe ? Je n’ai pas pu résister à l’envie d’en commander une robe. Je suis vraiment enchantée qu’elle vous plaise, commentais-je flattée sous son regard approbateur. Jeanne était une femme de goût dont les suggestions vestimentaires étaient bien souvent exactes et pertinentes.

- Mais trêve de bavardage, ajoutais-je, me connaissant assez bien pour savoir qu’il ne m’en fallait que peu pour m’inciter à déblatérer sur mes parures. Guidez moi donc vers la fameuse dentelle dont vous m’avez si souvent parlé !

Mais Jeanne m’avait déjà abandonnée, se faufilant à travers les ouvrières affairées à leurs taches respectives jusqu’à sa propre table de travail afin de m’apporter le tissu en question. Celui-ci se trouva être comme annoncé, d’une splendeur inégalée, à tel point que je trouvais ma propre dentelle bien terne à côté de celle qui m’était présentée.

- Je ne peux que vous donner raison chère amie, je n’en ai jamais vu de telle ! Je déplore sincèrement d’être née anglaise alors même que la France nous offre de si belles étoffes, me plaignais-je en suivant son conseil, laissant mes doigts glisser lentement sur le tissu réputé pour être excessivement précieux et de ce fait, particulièrement onéreux, même pour une famille telle que la mienne. Le simple fait qu’elle m’offre l’opportunité de le toucher ainsi était un privilège qu’elle me réservait pour la raison évidente que je savais l’apprécier à sa juste valeur.

- Je serais curieuse de savoir ce que vous souhaitez en faire. Vos chapeaux sont de pures merveilles ! La complimentais-je, convaincue que la chapelière méritait amplement les louanges dont j’étais bien peu avare en sa présence. La raison de ma venue aujourd’hui était d’ailleurs en partie liée à ses dernières créations qui m’avaient tapé dans l’œil lorsqu’elle les avaient placées en vitrine ; autant que pour l’affection que j’avais pour sa personne. C’était pourtant l’invitation à partager un repas avec la famille de mon fiancé qui m’avait incitée à acheter un nouveau chapeau pour accompagner la robe que Mère avait fait faire à mes mesures pour l’occasion : je savais pertinemment que Jeanne aurait l’accessoire parfait pour ajouter la touche finale à la parure que j’avais prévu de porter ce jour-là.

- Je suis justement à la recherche d’un chapeau aux teintes douces pour agrémenter un nouvel habit, pensez-vous qu’il serait possible de me confectionner l’une de vos magnifiques couvre-chefs ? Lui demandais-je en acceptant sa proposition gourmande, piochant quelques dragées dans le sachet qui avait été disposé face à moi, afin les déguster avec mon amie.

Si j’aurais pu me rendre dans n’importe quelle échoppe, Jeanne était consciente que je ne jurais que par ses œuvres, et ce, depuis la première que je lui avais commandée. Il est de ces créateurs dont l’on ne peut se passer, et je comptais bien investir à ma manière dans le commerce de mon amie autant qu’il m’était possible de le faire, convaincue de la qualité et de l’originalité de son travail.

- Je dois rencontrer sous peu la famille de mon futur époux et je voudrais être élégante pour l’occasion, vous comprenez. Je suis certaine que vous serez la plus à même de répondre à ma demande, me trompe-je ? Lui demandais-je en agrémentant ma question du sourire complice de celle qui connaît déjà la réponse à sa propre question.

Je doutais qu’elle ose nier mes propos. Ma confiance à son égard n’avait aucune borne, à la manière de l’enthousiasme dont elle faisait preuve à chacune de mes requêtes.

 

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She should have been a son

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MessageSujet: Re: Compagne de fortune [Ambro] Compagne de fortune [Ambro] Icon_minitimeVen 4 Jan - 9:05



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« La City, boutique de Jeanne »

Printemps 1892


Certains hasards de la vie laissaient penser que Dieu, sans doute, était facétieux. Donnant à Jeanne une fille diamétralement opposée à elle-même, il lui faisait croiser le chemin de cette belle jeune noble, qui aurait été une enfant parfaite. Tout réunissait ces deux femmes pourtant d’âge et de classe sociale différentes, si bien que la chapelière, en sa compagnie, se montrait naturellement volubile, enjouée et chaleureuse, là où elle n’était que froideur, irritation et indifférence pour sa propre progéniture. De plus, la flamboyante noble semblait, elle aussi, ravie de la voir, leurs relations ayant franchi le seuil des échanges commerciaux. Sans doute Ambrosine avait-elle une raison marchande de venir trouver Jeanne, mais il s’agissait là du prétexte idéal pour les visites de courtoisie qu’elle se plaisait à lui rendre. Le plaisir étant partagé, la française éclata d’un rire tonitruant, quelque peu attendrie des égards que portait sa jeune amie à son repos et à sa santé. Rien, pourtant, n’effrayait plus Jeanne qu’un repos forcé, condamnation définitive à l’oisiveté tant méprisée que finiraient bien par lui imposer ses membres épuisés, si robuste fut-elle. D’un geste large de sa main chargée de bagues, comme cherchant à englober sa boutique, elle lui répondit avec une apparente gaieté :

[b] - Ma chère, vous savez bien que le repos ne me sied pas ! Je ne supporte pas de tourner en rond, à rêvasser et perdre mon temps. Je suis bien mieux dans ma chère boutique. [b]

La chapelière avait bien trop le sens du commerce pour tenir ce genre de propos devant une autre noble. Elle méprisait en secret leur oisiveté, contrainte de se montrer obséquieuse devant ses plus riches clientes, masquant son dédain devant la paresse orgueilleuse de leur vie, qu’ils étalaient comme une fierté. Si elle se permettait ces familiarités avec Ambrosine, c’est que la jeune fille, en plus d’être une amie, n’était pas de cet acabit d’oiselles stupides satisfaites de languir des journées entières sur des sofas de soie au fond de boudoirs molletonnés. La jeune femme profitait du temps libre que lui offrait sa condition pour cultiver ses deux talents de l’écriture et de la musique, et appréciait le travail à sa juste valeur. La preuve en était le salut de la jeune femme, qui courba légèrement la tête devant la chapelière. Si la noble clientèle respectait Jeanne pour son talent, elle veillait toujours à ne pas oublier la supériorité de son rang, et, de fait, ne montrait jamais de déférence devant la bourgeoise et ouvrière qu’elle restait, malgré sa créativité, son originalité et sa richesse.

La jeune femme, tout comme Jeanne, n’était pas insensible à la flatterie sur sa coquetterie soignée, pensée, travaillée. Aussi parut-elle ravie du compliment sur l’exquise dentelle de Chantilly qui ornait sa robe, et qui avait dû lui coûter excessivement cher. Il s’agissait là d’une des dentelles les plus cotées de l’époque, très en vogue, à la magnificence délicate, difficile à porter cependant. Seule l’élégance naturelle seyait à cette dentelle, aussi Jeanne, consciente en son for intérieur de son exubérance frôlant la vulgarité, n’avait jamais commis le blasphème d’en revêtir ses toilettes. Il fallait toutefois admettre qu’Ambrosine était un magnifique modèle ; Fine, le port altier de sa classe donnait toute sa grandeur à cette dentelle sophistiquée qui ne pouvait qu’aller aux coquettes. Là où ce tissu aurait semblé un déguisement sur les femmes trop simples, il rehaussait délicieusement les robes des plus coquettes, pour souligner les teints de lait les plus délicats. L’union de l’ébène avec cette soie crème sur cette peau de rousse relevait décidément du génie.

[b] - Elle est sublime ! Elle contraste magnifiquement bien avec cette soie crème, et elle réhausse avec un goût exquis votre teint de lait. Je vous félicite, ma chère amie, votre couturière est femme de talent. [b]

Jeanne se précipitait déjà pour récupérer avec excitation la dentelle d’Alençon qu’elle souhaitait montrer à la jeune femme, l’écoutant à peine. Puis, avec une rapidité que son physique imposant ne laissait pas soupçonner, elle était déjà revenue, étalant sur son comptoir luisant de propreté la dentelle dont elle était si fière, et qu’elle avait obtenu à grands frais. La chapelière rosit, gonflée d’orgueil devant les compliments d’une jeune femme qui avait si bon goût. Ravie du petit effet qu’avait produit sa luxueuse dentelle, Jeanne eut un large sourire lorsqu’Ambrosine montra une curiosité manifeste pour la création que pourrait faire la chapelière avec cette merveille immaculée. Très heureuse de répondre à cette fine connaisseuse et amatrice, la française lui répondit d’un ton enthousiaste :

[b] - Je l’ignore encore, cela dépendra des désirs et commandes de mes clientes. Quoi qu’il en soit, j’ai déjà quelques idées et ébauches. Cette merveille n’ornera que des chapeaux simples, aux teintes souples et aux coupes modestes. Une matière aussi noble se suffit à elle-même, et elle serait gâchée, perdue au milieu de fanfreluches et autres ornements qui l’égale pas. Ce doit-être elle qui trône sur la pièce. [b]

Jeanne se rendait à peine compte que son babillage professionnel devenait très vite incessant en compagnie de sa jeune amie. Sa longue tirade prit fin cependant, et elle prit connaissance du but de la visite d’Ambrosine. Celle-ci était à la recherche d’un nouveau chapeau, naturellement, qui siérait à une toilette neuve que Jeanne n’avait pas eu l’occasion de voir. Un coup d’œil expert à la jeune femme relançait déjà son inspiration. Toutes les teintes douces ne convenaient pas à la chevelure flamboyante de la jeune femme, et le rose pâle sur lequel elle travaillait en faisait partie. Il était destiné à une blonde délicate, un peu fluette, aux yeux d’azur délavé. La beauté d’Ambrosine était plus piquante, presque sauvage, qui, de fait, ne seyait pas à la délicatesse des couleurs pastel. La chapelière écartait déjà mentalement le lias tendre, le rose pâle et le bleu ciel de la liste des éventualités. Il était bien dommage que sa jeune cliente ait eu besoin d’une teinte douce et claire, car, à ce moment précis, une inspiration fouettait la créativité de Jeanne ; se représentant la jeune femme portant une robe d’un rouge sang, sublime, l’idée d’un chapeau de feutre noir, aux larges bords, simplement posé sur les boucles fauves d’Ambrosine, s’imposait à elle. Il ne serait surmonté que de quelques roses rouges et d’un ruban de soie écarlate. Jeanne se perdait dans la contemplation idéalisée de son inspiration, en oubliant un moment les désirs de la cliente, qui ne correspondaient pas aux divagations actuelles de son esprit. Chassant de son esprit l’apparition pourtant sublime qu’elle avait eue, la chapelière revint sur terre, posant les yeux sur sa cliente et amie, qui étayait sa demande. Il s’agissait d’une occasion formelle, la rencontre avec la famille de son fiancé, d’où la demande de teintes claires et délicates sans doute. Le rouge et le noir étaient donc définitivement à bannir. Jeanne plongea dans une réflexion de quelques instants, ne cessant de fixer son modèle dans une attitude professionnelle.  Le vert d’eau allait magnifiquement bien aux rousses. Toutefois, s’agissant d’une rencontre protocolaire précédant un mariage, la chapelière faillit se frapper le front, tant cela lui semblait évident, et de bon goût ; du blanc. Une création sobre, d’une simplicité candide et d’une pureté virginale. De l’immaculé, des formes souples, des fleurs fraîches ; Jeanne tenait son idée, sans même avoir vu ou demandé la moindre précision sur la toilette qui devait accompagner sa création. Enthousiasmée, fouettée dans son inspiration, Jeanne répondit, un immense sourire s’étalant sur son large visage :

[b] - Bien entendu, vous savez que vous pouvez toujours compter sur moi, ma chère amie ! J’ai une idée, mais il me faudrait plus de détails sur votre toilette, la couleur, la matière, afin de savoir si elle est réalisable. De quelle couleur sera votre robe ? Je songeais, moi, vu les circonstances et votre jeunesse, à un chapeau tout de blanc. De la matière simple et délicate, de la pureté, de l’innocence ; du satin blanc, un voile de dentelle, des fleurs fraîches ; roses blanches, lys, muguet…Des formes évasées mais douces, qui encadreront votre visage. Il est tellement fin que vous pouvez vous le permettre. Enfin quelque chose de sophistiqué mais qui respire le naturel, voyez-vous ? [b]

Passionnée, Jeanne se perdait de nouveau, au risque d’ennuyer sa cliente qui n’avait pas à subir le méli-mélo des réflexions de la chapelière au sujet de sa création future. De plus, elle avait soumis cette seule idée, ne laissant donc aucune autre option à sa cliente, semblant vouloir lui imposer sa création plutôt que la lui suggérer. Se rattrapant, décidée à rester professionnelle malgré l’affection qu’elle vouait à la jeune femme, la française se rattrapa :

[b] - Hormis le blanc, votre carnation et votre chevelure se marieront parfaitement avec une jolie teinte vert d’eau, des marrons légers, tels que le taupe ou le châtaigne. Le rouge doit vous aller magnifiquement bien, mais l’occasion ne s’y prête guère. Il sera fait selon vos préférences, et, bien entendu, selon la toilette avec laquelle le couvre-chef doit se marier. [b]

Elle lui lança un sourire inspiré. Il y’avait de ces clientes, dont le physique et le goût laissaient libre cours à la créativité de Jeanne, ce qui la ravissait. Ambrosine en faisait partie. Elégante, jolie, sophistiquée mais délicate, elle pouvait se laisser aller à de l’originalité, à du compliqué, sachant que la jeune noble aurait des occasions de porter ces créations, et que sa fière allure ne la ridiculiserait jamais. Elle était née pour porter le chapeau. Et c’était une des rares qualités que Jeanne concédait à la noblesse, quelque peu envieuse au fond de ses clientes de cette classe ; elle avait ce maintien, arboré depuis des siècles, coulant dans leurs veines depuis des générations, cet orgueil inné qui donnait ce port altier et fier que Jeanne n’aurait jamais.

La chapelière détacha soudain son regard d’Ambrosine, ayant peur de paraître impolie ou impatiente. Afin de lui laisser un instant de réflexion tranquille, Jeanne saisit avec d’infinies précautions sa dentelle, qu’elle rangea à l’abri de son atelier. De retour à son comptoir, elle plongea de nouveau la main dans son sachet de papier qu’elle mettait entre elle sa cliente, suçotant avec délices le sucre enrobant l’amande qu’elle finissait par croquer de ses dents incroyablement solides pour son âge. Puis, elle leva les yeux vers la jeune femme, attendant sa réponse, un sourire confiant éclairant son visage prématurément vieilli.

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Ambrosine L. Bellamy
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MessageSujet: Re: Compagne de fortune [Ambro] Compagne de fortune [Ambro] Icon_minitimeJeu 9 Juil - 16:51


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Jeanne & Ambrosine

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Prétendre avoir choisi l’atelier de la chapelière pour une raison autre que la propriétaire elle-même n’aurait été que mensonge éhonté : si j’avais toujours apprécié le talent de madame Moulin et la qualité que promettait chacune de ses œuvres d’art sous forme de couvre-chef, c’étaient bel et bien son œil affûté et ses suggestions pertinentes que je recherchais lorsque ma route me menait à la porte de sa boutique. J’avais beau me répéter que mon fiancé ne prêterait probablement autant d’attention que j’y accordais en ce moment même au chapeau que je porterais ce soir-là, je n’arrivais pas à éloigner mon esprit des doutes et de l’inquiétude : et si je lui laissais une mauvaise impression ? Loin de moi l’idée de passer pour une coquette durant ce dîner. Mais ne pas porter de chapeau ? Ce serait insensé ! Aucune jeune femme bien éduqué n’aurait osé sortir sans. Force était d’admettre que j’ignorais parfaitement ce que je recherchais lorsque j’avais décidé de me rendre chez ma commerçante favorite ; au fond de moi, j’espérais qu’elle puisse m’aider à retirer ce poids de mes épaules, à l’inverse de ma mère qui se faisait une joie à l’idée de ce futur mariage, à tel point qu’elle me répétait sans cesse à quel point cette rencontre avec la famille de John serait décisive pour notre futur.

- Je vous reconnais bien là, chère amie ! Je n’insisterai donc pas si c’est ce qui vous rend heureuse. Qui serais-je pour vous le reprocher alors même que je serais la première à pleurer votre départ.

L’idée de la retraite ne l’effleurait pas encore, même si, je le savais pour en avoir discuté avec elle au cours de mes visites hebdomadaires, la chapelière n’ignorait pas que ce moment si redouté approchait à grands pas. J’aurais aimé pouvoir la rassurer ou lui prêter main forte mais j’étais incapable de le faire financièrement ou même moralement : il n’aurait pas été bien chrétien de lui mentir et de lui promettre que tout s’arrangerait. Elle avait choisi un métier manuel, et bien que j’aurais cent fois préféré la voir derrière un bureau à superviser toutes les petites mains qui étaient en mesure – sûrement plus rapidement et facilement qu’elle à ce jour – de donner naissance aux inventions de son esprit grandiose, elle avait toujours désiré concevoir ses chapeau du début à la fin, quitte à s’évertuer elle-même à la tâche. N’importe quel commerçant se serait plu à laisser les tâches ingrates à ses employés sous qualifiés, qui n’avaient pour eux que force et jeunesse à défaut d’éducation – mais pas Jeanne, qui faisait fit des études et de la culture pour le mérite qu’elle voyait en ses vendeuses et couturière qui se montraient digne de sa confiance. C’était, je le crois bien, l’une des choses que j’appréciais le plus dans la boutique de la quadragénaire : cette atmosphère agréable et conviviale que l’on ne trouvait que dans les échoppes qui savent maintenir des relations cordiales entre employeurs et employés. Certes, il y avait bien mademoiselle Moulin, qui venait troubler cette ambiance plaisante par sa présence fantomatique lorsqu’elle avait le malheur de quitter ses appartements, mais qui aurait donc pu en tenir rigueur à la jeune femme, qui n’avait pas su répondre aux attentes de sa mère ? J’étais bien placée pour savoir qu’une telle chose n’était pas simple, moi qui m’efforçai de ne pas croiser la mienne dans les couloirs de notre demeure lorsque j’en avais l’opportunité. Elle ne s’était jamais montrée mauvaise avec moi, malgré les ennuis que j’avais pu lui causer – mais cela n’excusait pas ses demandes bien trop exigeantes et les droits qu’elle s’accordait sur ma vie, et cela, sans même me consulter. Je me demandais parfois si j’aurais été une femme différente si elle m’avait laissé mener ma vie comme je l’entendais. Aurais-je été une femme mariée ? Aurais-je eu des enfants ou me serais-je perdue, comme beaucoup d’autre ladies avant moi ? C’est l’esprit occupé par ces questions rhétoriques que je répondais mécaniquement à mon interlocutrice au sujet de ma robe du jour.

- N’est-ce pas qu’elle me va bien ?

J’attendis son retour pour lui raconter une anecdote qu’elle apprécierait à coup sur.

- Pour tout vous dire, lui dis-je du ton des confidences, en m’approchant délicatement d’elle et en baissant de quelque peu le volume de ma voix. Elle était destinée à éblouir l’un de mes prétendants. Vous savez comment est Mère, elle ne reculerait devant rien – et surtout pas le prix – pour convaincre un homme de m’épouser. Je donnerai cher pour connaître sa réaction si elle me voyait parcourir ainsi les rues de Londres alors même que j’ai refusé de porter cette parure pour un homme. Mais n’êtes vous pas d’accord Madame, que cette dentelle est bien trop précieuse pour être destinée seulement à séduire ?

- Mais celle que vous m’avez apportée ? C’est une pure merveille. Celle qui vous achètera un chapeau qui en sera orné sortira de cette boutique cent fois plus distinguée, je peux vous l’assurer. J’en suis témoin, rien de tel que l’un de vos couvre-chefs pour mettre une femme en valeur.

Mon regard était attiré par la nouvelle matière que je n’avais encore vue nul part ailleurs. Plus je l’observais, plus je m’en entichais et m’imaginais la porter sur l’un des modèles que me décrivait en détail madame Moulin. Que j’aurais aimé un tel chapeau, une telle prestance ! Mère m’en aurait fourni les moyens si je lui avais demandé – si j’avais prétexté vouloir le porter pour le dîner en compagnie de la famille Wicker, par exemple – mais pouvais-je vraiment me permettre de telles extravagances alors même que j’essayais de prouver à mon mari que je n’étais pas l’une de ces précieuses que l’on trouvait dans chaque boutique prisée, ces dernières années ? J’abandonnais le tissu à sa détentrice en un long soupir : ce n’était probablement pas très avisé.

- Suis-je bête, je ne vous l’ai même pas décrite encore cette robe ! J’ai demandé à madame la couturière quelque chose de très simple et de rafraîchissant. Nous avons choisi ensemble des soies jaunes et ivoire qui mettent mon teint et mes cheveux en valeur, lui expliquai-je en commençant à regretter amèrement de ne pas avoir choisi une teinte plus conventionnelle qui aurait pu se marier avec cette nouvelle dentelle.

Bien heureusement, la proposition de la chapelière me rendit ma bonne humeur : un chapeau fleuri. Évidemment, que c’était ce qu’il me fallait. Rien de mieux pour souligner mes joues roses et le vert de mes yeux qu’une charmante composition florale qui ferait une coiffure charmante pour peu que l’on m’attache joliment les cheveux pour l’occasion.

- Une fois de plus, voilà que vous m’épatez Madame. Je viens vous voir sans savoir encore ce que je veux et vous me proposez ce qui convient parfaitement à la situation que je vous explique. Vous êtes sans contexte une experte en la matière ! La complimentais-je en piochant une fois de plus dans le sachet tentateur à mi-distance entre moi et mon amie, qui semblait profiter autant que moi de ses sucreries qui n’auraient pas du être au menu à une telle heure de la journée. Mère aurait été dévastée de me voir ainsi manger entre les repas – à quelques semaines du grand évènement, qui plus est ! Jeanne et moi nous étions décidément bien trouvées.

- Mais… commençais-je ma phrase avant de prendre une grande inspiration, comme pour rassembler le courage qui semblait me manquer pour prononcer cette phrase que je n’aurais jamais cru m’entendre dire un jour.

- Ne pensez-vous pas que ces soieries et ces chapeaux seront de trop ? Mon fiancé est un homme simple, qui n’aime pas les fioritures. Je m’efforce de correspondre à ses attentes, mais j’ai bien peur que Mère ne s’emporte et me force à porter bien trop d’artifices. Rassurez-moi, chère amie, les couleurs se prêtent-elles à une telle occasion ? Vous avez du être invitée à nombre de dîner et je n’ai aucun doute sur le fait que vous ayez été une femme très courtisée. Dites-moi Madame, pourrais-je lui plaire, apprêtée ainsi ?

Plus la date approchait, plus je m’interrogeais sur la question. John m’avait vue dans mes plus beaux habits à l’église ainsi qu’en tenue d’équitation, mais jamais encore je n’avais eu à m’habiller pour plaire à d’autres yeux que les miens, et cela me terrifiait au plus haut point. J’avais peur d’exagérer ou de ne pas accorder assez d’efforts à ma présentation. Que dirait mon fiancé ? Qu’en penserait sa sœur cadette ? Mon cœur menaçait de défaillir, rien qu’à cette idée.

 

Code by Sleepy






She should have been a son

She should have died when she was born

She should have worn the crown of thorns

She should have stood out in the crowd

She should have made her mother proud


hela.

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