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Misery business | Susan

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Âge : 30
Emploi : Fondeur
Informations : Orphelin déposé au seuil d'une institution quelques semaines après sa naissance ✘ Ignore tout de ses origines, et n'y accorde aucune importance ✘ Fraie dans le monde de la petite délinquence depuis sa plus tendre enfance ✘ Ancien chef d'une bande gosses aventureux, à présent dissolue ✘ Suite à ça, a passé plusieurs mois en maison de correction ✘ La mort d'un de ses meilleurs amis, atteint de syphilis, a suffi à le convaincre de ne pas s'approcher des prostituées, règle qu'il suit toujours ✘ A fondé la Tribu, gang des rues sévissant à Whitechapel, dont il connait les moindres recoins ✘ Participe régulièrement à des combats illégaux organisés dans des bars, desquels il tire un joli pactole, ainsi que quelques petites cicatrices sur tout le corps ✘ Amateur d'armes blanches, il se sépare rarement de son couteau de boucher, tout comme de son vieux chapeau melon ✘ Se moque bien des forces de police, avec lesquelles il n'hésiterait pas à en découdre ✘ Ne voue que mépris à l'aristocratie et aux autres parvenus, mais grâce aux paiements reçus en échange de l'aide de son gang, il recrute de plus en plus d'adeptes, et accroît l'influence de la Tribu : son ambitieux objectif n'est autre que de faire tomber sous sa coupe Whitechapel et Southwark, pour mieux leur donner un second souffle, ainsi qu'une capacité de réponse envers les injustices infligées par les strates plus aisées de la société.
Avatar : Michael Fassbender
Quartier Résidentiel : Les bas quartiers de Whitechapel, son modeste fief
Messages : 385
Date d'inscription : 05/10/2016

MessageSujet: Misery business | Susan Ven 19 Oct - 14:35



Misery business

« On a gathering storm comes a tall handsome man
In a dusty black coat with a red right hand. »

Berges de la Tamise, 1892




Si le Diable existait bel et bien, à l’instar de son grand ami le bon Dieu au moins tout aussi invisible que lui, quelle carrière d’homme d’affaires n’avait-il pas ratée. Au lieu de rester terré six pieds sous terre à insuffler aux mortels de quoi transformer leur paradis terrestre en sublime chaos, il aurait pu mener à bien tant de grands projets une fois incarné, seulement armé d’un livre de comptes et de menus moyens lui permettant de faire comprendre aux mauvais payeurs que toute dette à son égard constituait le meilleur moyen pour écourter drastiquement son espérance de vie. Pensez donc : il n’aurait même pas eu besoin de faire appel à ses pouvoirs surnaturels, ceux qui faisaient tourner le lait, révérer les sorcières et trembler les curés, tant les désirs chahutant les cœurs de ses proies devenues clients relevaient du commun, entre héritages à décrocher plus vite que prévu, meurtres à orchestrer ou arnaques en tout genre à monter. Rien de bien difficile, ni ne nécessitant la plus ancienne et la plus secrète des magies ; avec un solide sens des affaires et une organisation tout aussi solide, Satan se serait fait des profits obscènes, suffisants pour lui permettre de racheter deux ou trois fois la terre entière, n’en déplaise à son ancien patron, qui alors n’aurait eu que les jupes de ses nonnes pour essuyer ses larmes, avant de tenter de vivoter à l’aide du maigre pécule récupéré lors de la quête. Non, vraiment, c’était à n’y rien comprendre : à quoi bon corrompre le cœur des Hommes pour leur susurrer de subversifs mots doux à l’oreille, quand on pouvait soi-même tirer son épingle du jeu et remporter une victoire indiscutable en se passant de serviteurs de bas étage ? On n’était jamais mieux servi que par soi-même, une sacro-sainte loi dans le milieu des affaires que Fergus ne connaissait que trop bien, pour en avoir fait le crédo grâce auquel sa cabale était devenue une entreprise florissante. Au fond, quelle aubaine n’était-ce pas pour lui que le grand cornu ait décidé de se cantonner à ses profondeurs volcaniques, pour mieux leur laisser, à lui et aux hommes taillés dans le même bois, toute la liberté nécessaire pour agir à leur guise et faire fructifier les fruits d’un talent bien utilisé. Qui va à la chasse perd sa place…

Le beau principe posant que l’on n’était jamais mieux servi que par soi-même allait d’ailleurs se vérifier, plus vite que Lynch n’aurait pu le soupçonner. Il y avait deux jours de ça, un de ses lieutenants était venu le trouver, dernier maillon d’une des nombreuses chaînes d’intermédiaires séparant les hautes sphères du groupe de leurs clients et du monde extérieur potentiellement mal intentionné à leur égard : pour que l’on vienne le solliciter en personne, au lieu de laisser les « petites mains » de la Tribu se charger de la besogne nouvellement dévolue, l’affaire devait être de premier ordre, ou du moins sortant de leur ordinaire criminel. Vols, meurtres et autres petites arnaques se géraient très bien sans lui, pilotées par ses affidés dont le rang au sein de leur gang allait décroissant avec la facilité et la simplicité du travail à accomplir, ce qui lui permettait de se concentrer sur le fonctionnement de sa création, sur sa croissance, sur sa protection et sur la gestation de son avenir, à l’exception de quelques projets qu’il mettait lui-même sur pied, bien loin des prérogatives des simples hommes de main par qui le message lui était parvenu.

Curieux et pleinement disposé à se pencher sur tout cas épineux dont on lui aurait fait état, Lynch avait fixé le rendez-vous avec l’aristocrate en quête d’une aide charitable là où les relents de la mer se mêlaient au gris de la ville, au plus près du clapot de la Tamise. L’endroit, dégagé, ne se prêtait pas franchement à la mise en place d’une souricière, et rien ou presque ne s’avérait plus plaisant qu’un grand espace ouvert n’ayant pour murs et pour plafond que le bleu du ciel, la masse grise au loin de la cité, et les relents émanant des eaux trouble. Les entrepôts et débarcadères, au loin, vivaient leur propre vie sans rien demander à personne, pour mieux débarquer ou envoyer aux quatre coins du monde aussi bien marchandises que passagers, au milieu de fiers navires en construction. Il n’y avait pas besoin de s’éloigner bien loin de ces foyers d’activité pour trouver un endroit au calme sur la grève où discuter posément, seulement épié par les corbeaux et les chiens errants, en quête de détritus et autres restes humains sur lesquels festoyer. Le fleuve représentait pour bon nombre de désespérés un moyen simple d’en finir, qu’une âme charitable les pousse ou nom du haut d’un des nombreux ponts de la capitale : au matin, il ne restait plus qu’à arpenter la langue infinie de galets qui s’étiraient de part et d’autre de la Tamise, là où les constructions humaines de tout poil et de toute espèce de robustesse ne léchaient pas directement les remous de l’artère aqueuse de la ville. Chiens errants et mendiants ne craignant pas de détrousser des cadavres gonflés d’eau en avaient fait leur pays de cocagne, et l’on racontait même que certains miséreux, aux abois, n’avaient pas hésité à se découper de bonnes parts de chair relativement fraîche pour se sustenter durant les durs mois d’hiver. Ce jour-là, d’ailleurs, non loin de Fergus, entres les épaves de barges en bois en train de pourrir et tout ce que les dockers du coin pouvaient bien abandonner sur la grève, un groupe de jeunes enfants fouillaient en riant les pierres arrondies par le courant, à la recherche d’objets intéressants à revendre pour quelques shillings. Qui sait, avec un peu de chance, ils tomberaient peut-être sur un corps avant la fin de la matinée, sur lequel chercher une bourse, une montre à gousset, une ou deux dents en or… Pour beaucoup, la mort ne représentait plus grand-chose d’effrayant, surtout quand quelques espèces sonnantes et trébuchantes pouvaient être attendues en échange d’un mauvais moment passé à fouiller les vêtements ou la bouche d’un macchabé : sous couvert du jeu, ils arpentaient déjà les prémisses de la voie des hors-la-loi, chemin que beaucoup d’entre eux suivraient s’ils survivaient jusqu’à l’âge adulte. Lynch les contempla un long moment avec un mélange de fierté et de compassion au cœur, cette marmaille défroquée au visage et aux mains aussi crasses que leurs genoux étaient écorchés, lui qui avait fait partie des leurs avant de se créer sa propre chance et de s’y accrocher de toutes ses forces.

Les bruits des galets remués par des pas approchants lui firent tourner la tête en direction de deux silhouettes approchant, deux femmes qui, en y regardant de près, n’appartenaient pas au même monde, à la manière des noyés ayant définitivement quitté celui des vivants. L’une d’elles étaient la fameuse nouvelle cliente de la Tribu, dont la folie de la demande serait une nouvelle fois mesurée, cette fois par le grand architecte-même du gang, dernière pour cette requête de trouver preneur. Comme à de bien peu nombreuses occasions, un des complices du bas de la pyramide hiérarchique traiterait directement avec le plus haut placé de cette même hiérarchie, autre symbole du caractère hors norme du cas présent, ainsi que du traitement de faveur dont jouissait, en quelque sorte, déjà la nantie pour laquelle Fergus acceptait de donner de son temps t e son énergie.

-Gerald m’a prévenu… lança le Britannique à l’adresse de la moins apprêtées des deux demoiselles, en référence à cet autre ponte du gang chargé de gérer les domestiques à leur solde, bien sagement essaimés un peu partout dans Londres au service de riches familles. C’est vous, McCorley ?

La question, adressée à sa seconde visiteuse, ne s’embarrassait pas de ronds de jambe inutiles, fioritures ou même l’élémentaire politesse d’usage : le criminel n’était pas non plus un philanthrope dans l’âme à ce point-là.




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MessageSujet: Re: Misery business | Susan Ven 30 Nov - 2:26



Misery business

« Whatever it takes »

Berges de la Tamise, 1892

C’était de la folie, de la pure folie ce qu’elle s’apprêtait à faire, mais elle ne pouvait renoncer maintenant. Le rendez-vous avait été fixé au bord de la Tamise, dans un endroit reculé de Londres que le printemps semblait avoir oublié. La clameur de la ville s’était atténuée derrière elle et une petite brise iodée s’était levée, charriant avec elle des relents de vase et le tapage des entrepôts où s’agitaient déjà marins et ouvriers sur l’autre rive. Susan marchait d’un pas prudent sur les galets qui jonchaient le sol et tentait de faire taire la petite voix qui lui hurlait de retourner chez elle, à la sécurité de sa demeure et à sa vie bien rangée. Pourtant, une autre part d’elle-même mourrait d’envie de rencontrer ce mystérieux Lynch, dont elle distinguait déjà la silhouette quelques dizaines de mètres plus loin. Il était temps qu’elle reprenne sa vie en main et cet homme pourrait l’y aider… ou être la cause de sa ruine. Mais si Susan avait bien appris quelque chose du commerce et des spéculations, c’était que prendre des risques pouvait s’avérer payant.

A côté d’elle trottinait Lily, la petite bonne grâce à qui cette rencontre improbable allait avoir lieu.  Il y a quelques jours encore, Susan ne connaissait même pas son nom et elle le réalisait désormais avec une pointe de honte. Après tout, les bonne n’étaient que des petites mains parfaitement interchangeables, ne croisant que rarement le chemin des maitres. Levées aux aurores et couchées bien après tout le monde, elles travaillaient dans l’ombre, le silence et l’indifférence, bien que peu d’entre elles trouveraient à s’en plaindre. Gamines de la rue miraculeusement extirpées de leur misère, elles étaient déjà bien contentes d’avoir un toit sur la tête, des repas assurés quotidiennement et d’avoir échappé au trottoir ou aux usines qui les attendaient comme seuls autres moyens de subsistance.

Pourtant, un beau matin, cette jeune fille s’était présentée auprès d’elle afin de lui suggérer une solution « aux problèmes de Madame ». D’abord étonnée et passablement irritée que lesdits problèmes soient connus de toute la domesticité, Susan avait néanmoins accepté de l’écouter. Il avait été question d’une certaine organisation qui agissait dans l’ombre pour ceux ayant les moyens de se payer ses services. Elle se proposait de faire remonter certaines informations aux membres de sa connaissance et de voir si l’un d’eux répondrait à son appel. Après quelques jours d’hésitation, Susan avait accepté son offre et apprit bientôt qu’une entrevue avec le chef de ce réseau avait été arrangée. Une situation assez exceptionnelle à en juger par le ton cérémonieux sur lequel la petite bonne lui avait annoncé à nouvelle. Quant à Susan, elle attendait de se retrouver face à l’individu en question pour juger de son potentiel à accomplir ses desseins. Quoi qu’il en soit, elle serait bientôt fixée et Susan se promit de songer à une promotion pour cette jeune fille, ou du moins une augmentation de ses gages, si la rencontre se révélait fructueuse.

A mesure qu’elles approchaient de la haute silhouette qui se détachait sur le bleu pâle du ciel, Susan scruta avec curiosité l’homme dont les traits se précisaient un peu plus à chaque pas. Elle se surprit à le trouver plutôt séduisant, bien qu’il différât en tous points des hommes qu’elle avait connus jusqu’à présent. Sa carrure et la musculature qui l’accompagnait certainement témoignaient d’une vie de labeur étrangère aux dandys oisifs qui peuplaient les salons et il émanait de lui une force, une certaine brutalité contenue qui semblait ne demander qu’à se déchainer si l’occasion se présentait. Il était impressionnant, intimidant même. La jeune femme sentit son assurance flancher tandis qu’elle arrivait à hauteur de l’individu et tenta de se ressaisir comme elle put. Ce n’était rien d’autre qu’une sorte de contrat à négocier, comme elle l’avait déjà fait auparavant.

L’homme s’adressa d’abord à Lily, à propos d’un certain Gerald dont Susan n’avait pas la moindre idée de qui il pouvait être. Puis il tourna son regard perçant vers elle :

- C’est vous McCorley ?

Susan cilla face à cette familiarité totalement déplacée mais ne releva pas. Inutile de le mettre dans de mauvaises dispositions alors qu’elle avait une demande si cruciale à formuler. Elle ne s’attendait pas à rencontrer un gentleman mais elle ne s’était pas non plus attendue à une attitude aussi cavalière de la part de ce Lynch. La seule connaissance des personnes de moindre condition qu’elle  possédait venait des employés de ses usines et de ses domestiques, qui la traitaient toujours avec la déférence due à son statut. La jeune femme trouva soudain sa position très inconfortable. Elle n’avait aucun ascendant sur cet homme ; il n’était pas à son service, accordait visiblement peu d’importance à la hiérarchie sociale, n’avait a priori aucun intérêt à l’aider, si ce n’est pour son argent. Généralement, c’étaient les autres qui dépendaient d’elle et non l’inverse. Il était plutôt ironique qu’elle doive s’en remettre totalement au bon vouloir d’un homme, un étranger de surcroît, pour se débarrasser de l’emprise qu’avaient pris ses ignobles associés sur sa vie.

Elle s’éclaircit la gorge comme pour chasser ces pensées contrariantes de son esprit et salua son interlocuteur d’un élégant signe de tête.

- Mr Lynch… Je vous remercie de m’accorder cette entrevue, fit-elle posément, avec un sourire poli.

Elle éprouvait l’impression étrange de se livrer à une sorte de Saturnale, une improbable inversion des rôles qui l’aurait fait rire si l’enjeux de cette conversation n’avait pas été si crucial pour elle.

- Ma demande est quelque peu… particulière mais j’ose espérer que vous prendrez au moins le temps d’y réfléchir. Voyez-vous, mes parents ont eu le mauvais goût de mourir en laissant derrière eux une fille unique et célibataire comme seule héritière de l’affaire familiale, ce qui à l’air de déplaire fortement aux associés de l’entreprise, ironisa-t-elle d’une voix quelque peu durcie par le mépris qu’elle éprouvait à l’égard de ces derniers et le souvenir des affronts qu’elle avait dû endurer depuis près d’un an. Je veux reprendre le contrôle de mes affaires.

Une bourrasque de vent fit se détacher une boucle brune de son chignon, qu’elle replaça prestement sous son chapeau. Le moment était venu de formuler sa demande. Susan se rapprocha un peu de Lynch, de manière à parler plus doucement. L’endroit avait l’air désert mais mieux valait prendre des précautions. Si qui que ce soit venait à découvrir son plan, sa réputation serait ruinée.

- Aussi aurais-je besoin d’un homme capable de se faire passer pour mon fiancé, tout en faisant suffisamment forte impression auprès de mes associés pour qu’ils comprennent qu’ils n’auront désormais plus la main sur l’affaire McCorley. Quelqu’un capable de leur tenir tête, voire de les intimider, précisa-t-elle avec une conscience aigüe de son propre échec dans cette tâche. Connaîtriez-vous quelqu’un qui serait en mesure de répondre à mes attentes ? Naturellement, l’argent n’est pas un problème. Votre prix sera le mien.

Elle soutint son regard, s’efforçant de ne pas paraître trop fébrile tandis qu’elle attendait la réponse à son extravagante demande. Après tout, le pire qui puisse arriver serait qu’il lui rie au nez et lui refuse le service demandé. Elle n’était plus à une humiliation près, songea-t-elle cyniquement.

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